La Peau du monde

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Il suffit parfois d’un incident de parcours plus ou moins grave, une simple déviation, et l’envie vous prend de tout abandonner. Paris d’abord, une femme, un métier, des amis d’habitude.Envie de changer de nom, d’adresse. Se fondre dans l’anonymat d’une chambre d’hôtel. Rêver à la vie de ces forains qui invariablement se déplacent, ne restent pas. Nulle part.L’accident arrive. Henry part retrouver son frère Julius, hospitalisé à Saint-Malo, la ville où ils ont grandi l’un à côté de l’autre. Henry comprend qu’il a toujours vécu à côté de quelqu’un, des êtres les plus chers, des choses les plus douces. A côté. Jamais avec.Et si son frère n’existait plus ? Et si Élisabeth, sa femme qui l’attend à Paris, ne s’en donnait pas la peine ?Henry voudrait tellement s’effacer, disparaître, mais sans que l’on s’inquiète pour lui, il aimerait qu’on oublie tendrement, qu’on le laisse. Comme on rend une voiture de location à une agence, une clé de maison de vacances aux vacanciers suivants, un lit d’hôpital à quelqu’un qui souffre davantage.Sentir enfin que rien ni personne ne nous retient.
Publié le : jeudi 25 juillet 2013
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EAN13 : 9782021065848
Nombre de pages : 199
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JACQUESPIERRE AMETTE
LA PEAU DU MONDE
r o m a n
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
Extrait de la publication
ISBN9782021065855
©ÉDITIONS DU SEUIL,SEPTEMBRE1992
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Pour Suzanne
Debout à mon pupitre Je vois par la fenêtre, au jardin, le sureau. Jy distingue du rouge et du noir, Et brusquement je me rappelle le sureau De mon enfance à Augsbourg. Pendant plusieurs minutes je me demande Très sérieusement si je vais aller chercher Mes lunettes sur la table, pour voir A nouveau les baies noires sur les rameaux rouges.
Bertolt Brecht,Temps difficiles
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Paris
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Je taime, Henry. Considère que je suis lami qui vient te chercher au bureau. Considère que je suis là pour finir ton article si tu nen as plus lénergie. Jai connu ton père et te dis : Oui, tu lui ressembles. Désormais tu as son âge. Considère que moi aussi je me réfugie dans les actes secrets. Changer le ruban de la machine. Être trempé sous la pluie de la verrière. Regarder les rotatives tourner avec nos articles les tiens les miens. Prendre un café si longtemps. Dans la terrasse vitrée laisser traîner sa main sur la rambarde et sentir le froid du métal monter dans le bras.
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Horatio éteint le plafonnier et oriente la lampe. Sur la table, des piles de journaux, des cahiers avec des gribouillis de toutes sortes, une bouteille deau minérale, un gobelet avec les cercles bruns du café, des brûlures de cigarettes, des cartes de visite, des trombones, un cube de plastique transparent, des photos décolorées, des visages au soleil devant un voilier. Henry dort dans une position tassée. Sa chemise kaki avec son col ouvert, les aisselles en sueur, le visage affaissé sur lépaule, dans une bizarre cour bure. Il dort les sourcils froncés. Horatio ôte sa veste et sinstalle sur le tabouret, de lautre côté de la table. Il fouille au milieu des enve loppes, des bouteilles dencre, des bouts de papier, et trouve enfin un stylo à bille baveux tout mordillé au bout. Il reprend les papiers dHenry et commence à
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barrer des lignes entières dun geste lent et précis. Doucement, insensiblement, Henry ouvre les yeux, il regarde Horatio. Le geste lent et équilibré dHoratio sur les gribouillis dHenry. La lampe de bureau, le mur nu le visage fatigué et tranquille dHoratio. Je narrive pas à le finir, dit Henry. Moi je le finis. Il est mauvais ? Pas vraiment. Oh, cest mauvais, mauvais, ditil, la bouche pâteuse. Et pourquoi cest mauvais ? Tu es fatigué, cest tout, répond Horatio. Tu noses plus mengueuler. A mon âge, on nengueule plus, on donne des indemnités. Tu es triste, Henry. Cest mauvais pour tes articles. Tu restes dans la pénombre. Dans ce journal, ceux qui écrivent sont en bonne santé. Lépoque a changé, dit Henry. Tu es plus beau avec tes cheveux gris. Tu aimes bien arriver en retard, te faire remarquer, être mal heureux. Tu es heureux dêtre malheureux, non ? Tu tétends sur les feuilles moelleuses de tes anciennes chroniques. Cest incroyablement tendre à ta nuque.
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Henry entre dans le demisommeil du passé, quand les feuilles de papier sagitaient dans lair calme. Les étés à travailler sur la terrasse sur une table de bambou. Les courants dair, le souffle dair, les cafés crème, le reflet glacial de la silhouette dans la baie vitrée, tout avait une forme.
Tout devenait forme. Le crépitement de la machine les pieds sur la chaise les cendriers laissés sous la pluie les étés entiers passés à travailler dans des bureaux pleins de courants dair. Ensemble, Horatio.
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