La poupée russe qui chantait catalan

De
Publié par


En l’an 2000, tout paraît sourire à Jacques. Infirmier libéral, celui-ci réside sur son voilier, dans le port de Saint-Cyprien, et, depuis peu, vit une liaison torride avec une jolie blonde venue de l’Est…


En l’an 2000, le littoral catalan est devenu un paradis touristique, il n’évoque plus en rien l’enfer vécu, sur ces mêmes lieux en février 1939, par les réfugiés espagnols fuyant les franquistes. Pourtant, en l’espace d’une semaine, plusieurs morts violentes et une disparition mystérieuse, vont amener Jacques à évoquer le souvenir de son grand-père anarcho-syndicaliste et combattant républicain pendant la guerre civile espagnole.


Proxénètes russes, bordels espagnols, magie gitane, agents secrets et bateaux sabordés : tous les ingrédients pour une intrigue moderne et échevelée sont réunis ici. Cependant, la force de ce polar réside aussi dans les témoignages poignants des survivants qui racontent leurs batailles, leurs amours et leurs drames vécus lors de la guerre d’Espagne et de la Retirada.

Publié le : jeudi 1 janvier 2009
Lecture(s) : 26
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782361330118
Nombre de pages : 218
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Chapitre 1 Barcelone, année 1939
Le 25 janvier 39, les troupes franquistes pénétrè rent dans Barcelone. Aucun coup de feu ne fut tiré. La capitale catalane était à genoux. Durant les trois dernières années, une grande partie de sa jeunesse avait été tuée ou mutilée sur les fronts de la guerre d’Espagne. Ceux qui avaient pu partir, étaient sur le chemin de l’exil. Beaucoup de ceux qui crurent aux discours du généralissime Franco, qui, à la radio par lait de paix et de réconciliation nationale, payeront cette crédulité de leur vie.
Du 26 au 31 janvier, les phalangistes ont mas sacré sans retenue. Sans souci d’une quelconque procédure judiciaire, ils fusillèrent. Dans les rues ou dans les maisons. Ils massacrèrent les personnes inscrites sur leur liste d’opposants. Durant ces cinq journées, il y eut dix mille assassinats. Puis la jus tice militaire ordonna aux phalangistes d’arrêter ces « enfantillages » et se chargea d’établir l’ordre fran quiste. Les conseils militaires dictèrent des dizaines de milliers de sentences de mort et il y eut environ vingtcinq mille exécutions.
7
26 janvier, 7h30 du matin, Nuria réveille son fils. Elle ne l’enverra pas à l’école, les rues de Barcelone sont trop dangereuses. Luis est petit et menu pour son âge, si bien que son père a pu lui confectionner une cachette sous le plancher. Luis a pour consigne de se glisser dans cette cache si quiconque frappe à la porte d’entrée. Son père Juan, âgé de trentecinq ans, est sympathisant socialiste. Il craint d’être sur une liste de personnes à arrêter.
8h, Luis et ses parents sont dans la cuisine, ils déjeunent. Des coups sont frappés contre la porte d’entrée. – Vite fils ! Juan soulève quelques lattes du plan cher et Luis se glisse dans l’étroite cachette. Nuria ne bouge pas, ne répond pas tout de suite. Les coups de poing contre la porte redoublent. Puis ce sont des coups de botte et de crosse. Le cœur de Nuria cesse de battre pendant quelques secondes. Elle pressent que les coups de pieds et de crosses qui résonnent contre la vieille porte, sonnent leur glas. Juan a fini de replacer les lattes pour refermer la cachette de Luis, le cœur de Nuria recommence à battre. La porte d’entrée est fracassée, quatre phalangistes pé nètrent dans la maison. Ils arrivent tout de suite dans la cuisine où le café fume encore sur la table. Nuria ne distingue pas les visages, elle reconnaît les chemises bleues marquées avec le joug et les flèches brodées en rouge. Juan est debout derrière la table, il lève les bras et leur dit en castillan : – Tranquilles, nous sommes des civils neutres. Ce sont les dernières paroles qu’il pourra pronon cer, car un des phalangistes lui brise la mâchoire in férieure d’un coup de crosse. Deux autres lui cassent un genou et plusieurs côtes à coups de crosse et de botte. Juan est affalé sur le sol, immobile mais tou jours conscient.
8
Le quatrième phalangiste pose son fusil dans un coin et se dirige vers Nuria. Celleci devine son intention et lui crie : * – Ne me touche pas,cabron! Pour toute réponse, elle reçoit un coup de poing au menton. Toujours debout mais à moitié sonnée par le coup reçu, elle perçoit comme venant de très loin, la voix du phalangiste qui lui crie : – Ferme ta gueule, sale pute ! La brute lui ajuste un deuxième coup de poing dans le creux de l’estomac. Le choc lui coupe le souffle et la plie en deux. Plusieurs mains la soulè vent et la couchent à plat ventre sur la table. Un des phalangistes lui soulève la jupe puis lui arrache la culotte. Elle essaie de recracher le sang qui lui em plit la bouche, lui coule dans la gorge et la gêne pour respirer. Elle n’a pas un mouvement, ni un cri, ni un gémissement, lorsque le phalangiste la pénètre. Son esprit est déconnecté de sa chair. Elle croise le regard de son mari qui gît encore sur le sol. Les yeux effarés de Juan lui font penser au regard de son petit garçon lorsqu’il se réveille apeuré par un de ces cauchemars qui hantent certaines nuits d’enfant. Juan veut se relever, sa main droite agrippe la table pour s’aider. Sa main gauche dresse un poing rageur vers le phalangiste qui le vise avec son fusil. Le phalangiste tire. Le coup de feu résonne comme un coup de tonnerre. Nuria ferme les yeux une se conde, lorsqu’elle les rouvre, elle voit Juan par terre, mort. Une énorme tache rouge se dessine au milieu de la chemise blanche. Elle sent le violeur qui se raidit pour éjaculer au fond d’elle. La détonation et
* salaud
9
sans doute la présence de la mort ont provoqué sa jouissance. Une pensée traverse l’esprit de Nuria et l’imprègne d’une douloureuse certitude : – C’est donc aussi cela l’Humanité.
Nuria n’a plus envie de vivre, ni pour elle même, ni pour son fils. Le violeur s’est retiré et est maintenant occupé à boucler son ceinturon. Les trois autres ricanent. Elle se retourne brusquement et se jette sur son tourmen teur. Avant que celuici n’ait réagi, elle lui arrache d’un coup de dent une partie de l’oreille gauche qu’elle crache au sol. Puis elle remord, mais cette foisci dans le cou. Un instinct venu du fond des âges lui fait chercher la jugulaire. Les deux mains jointes derrière la nuque de l’homme, Nuria ne touche plus le sol. Ses lèvres, comme des babines, sentent le pouls de l’homme battre dans la jugulaire. Ses dents veulent déchiqueter cette veine. Dans un premier temps les trois autres phalan gistes éclatent de rire, puis lorsqu’ils entendent leur camarade crier d’une voix terrorisée : – Arrachez cette chienne de moi ! Vite !La puta * que la parió ! Ils interviennent. Comme les coups de poings et de crosses n’arrivent pas à la faire lâcher prise, ils la tuent à coups de baïonnette. Luis resta douze heures pétrifié dans sa cachette.
* La pute qui l’a enfantée !
1
0
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les Vendangeurs du Caudillo

de mare-nostrum-editions

L'été de l'égorgeur

de mare-nostrum-editions

Les portes du garage

de mare-nostrum-editions

suivant