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Catherine Choupin La Puriste
© Catherine Choupin, 2017
ISBN numéridue : 979-10-262-0316-2
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
Le CoDe De la propriété intellectuelle interDit les copies ou reproDuctions Destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproDuction intégrale ou partielle faite par dueldue procéDé due ce soit, sans le consentement De l’auteur ou De ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants Du CoDe De la propriété intellectuelle.
Pour Eloïse, mon adorable petite-fille américaine, avec l’espoir de lui faire découvrir toutes les beautés et les nuances de la langue française.
«Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme». Nicolas Boileau,L’art poétique, chant 1, vers 159-160, 1674.
PAttachement scrupuleux à la pureté du langage et à la correctionurisme : grammaticale, en fonction d’un modèle intangible et idéal.
Les ressemblances avec des personnes réelles ne son t pas toujours de pures coïncidences.
Chapitre 1 Une étrange épidémie
Entre octobre 2014 et janvier 2015, huit professeurs de classes préparatoires et d’université moururent subitement à Paris. Certes, avec la dépression économique, il paraissait presque avantageux de perdre des fonctionnaires dont les générations futures n’auraient pas à payer les retraites. Malheureusement l’on ne remplace pas au pied levé de tels éléments, surtout avec la crise de la vocat ion très nette dans ce domaine. Comment un pays peut-il d’ailleurs espérer susciter l’enthousiasme en exigeant un minimum de six années d’études difficiles après le baccalauréat et en dispensant le SMIC aux jeunes diplômés ? Il est temps que la France traite ses professeurs comme les autres pays occidentaux. Mais c’est une autre histoire…
Le phénomène finit par alarmer le ministère : huit agrégés morts en quatre mois e d’un infarctus, dans les grands lycées du Quartier latin et du 16 arrondissement, cela dépassait nettement les chiffres de mortalité habit uels et paraissait suspect. Avait-on affaire à un Jack l’éventreur du corps professoral ? D’un point de vue strictement clinique, chaque médecin légiste avait conclu à une banale « crise » cardiaque, ou plutôt, si l’on veut céder à la mode pédante, à un « accident vascu laire cérébral ». Ils pouvaient avoir été simplement victimes du plus grand tueur en série de tous les temps, mais il semblait bon de vérifier s’ils n’avaient pas été victimes ég alement d’un imitateur éphémère de la grande Faucheuse.
L’Education nationale diligenta donc une enquête en toute discrétion ; on la confia e non à un inspecteur de la brigade criminelle mais au commissaire de police des 5 et 6e arrondissements, la majorité des « victimes » ensei gnant ou résidant dans le Quartier latin. Philippe Chardon avait fait une classe préparatoire avant de s’orienter vers le droit et la police. Il serait à l’aise pour enquêter dans ce milieu méconnu. Il avait 43 ans et avait déjà débrouillé avec succès quelques affaires criminelles complexes, voire « épineuses », selon la traditionnelle plaisanterie de ses collègu es. Il était fort occupé, mais depuis la suppression des fonctionnaires que le précédent quinquennat avait entamée, l’Etat n’avait d’autre possibilité que de surexploiter ses agents. Philippe avait d’autres affaires en cours, sans compter les affaires courantes, et on lui sugg éra de s’intéresser à celle-ci à ses « heures perdues ».
C’était un étrange dossier sans plainte ni crime av éré. Juste une coïncidence troublante. Philippe était chargé de s’intéresser à des morts qui semblaient toutes très naturelles mais qui ne l’étaient peut-être pas. Par où commencer ? Il fallait trouver des points communs entre les victimes : la plupart d’en tre elles travaillaient en classes préparatoires, deux à l’université ; elles avaient la cinquantaine. C’étaient des professeurs renommés qui voyaient passer des centaines d’élèves chaque année. Ils enseignaient soit la littérature soit la philosophie. Philippe se sou vint du travail énorme qu’abattaient ceux qui représentaient ces disciplines en classes prépa ratoires HEC. Ils avaient deux épreuves à corriger, la dissertation et le résumé e t, contrairement à leurs collègues
’économie et de mathématiques qui bouclaient leur t emps complet avec une seule classe, ils étaient obligés d’avoir au minimum troi s classes, voire quatre, pour atteindre leur quota d’heures : ils avaient donc trois ou qua tre fois plus de copies à corriger. Et quiconque a déjà aperçu la longueur d’une dissertation frémira en imaginant que des êtres humains, nouveaux Sisyphes, se dévouent pour lire e t corriger ces centaines de pages, qui se régénèrent impitoyablement tous les quinze jours.
Un véritable sacerdoce : ces galériens trimaient au tant que leurs élèves, mais les élèves ne vivaient à ce rythme que deux ou trois années. Des propos d’un ancien ministre de l’Education nationale, Claude Allègre, revinrent à la mémoire de Philippe et le firent sourire : il avait affirmé en 1998 que les professeurs de classes préparatoires travaillaient si dur qu’ils mouraient tôt et qu’il en savait quel que chose. « Le Canard enchaîné » en avait fait des gorges chaudes. Là résidait peut-être la seule raison de cette surmortalité : les professeurs étaient de plus en plus écrasés par le nombre croissant d’élèves qu’on leur imposait. Philippe se rappelait qu’ils étaient soixante dans sa seule classe. Un travail déjà pénible devenait dangereux pour la santé, si exaltant fût-il.
Certains profanes ricanent peut-être devant ce tabl eau de forçats de l’enseignement, si contraire à l’idée que l’on se fait souvent des professeurs. Ils ignorent que pour eux, les « petites vacances » se passent à corriger les copies, samedi et dimanche compris, et les « grandes vacances » à préparer les cours de l’année suivante : en culture, par exemple, le thème étudié change chaque année. Parler pendant un an de « La vérité » ou de « La sensibilité » ou de « La nature » ne s’improvise pas. Il faut lire de nouvelles œuvres en détail, les étudier sous un jour inédit. Les professeurs d’économie et de langues ne sont pas soumis au changement de thèm es mais au renouvellement incessant des sujets d’actualité : ils doivent constamment se mettre à jour. Un professeur de classes préparatoires est donc une espèce très p articulière : seul un être qui a la vocation, qui aime le travail pour le travail et qui a peu de besoins, peut accepter d’entrer dans cet « ordre ». Les professeurs du secondaire ne sont pas mieux lotis et de surcroît, leurs élèves ne sont pas toujours aussi motivés que ceux des classes préparatoires. Quant à ceux du collège, ils ont moins de travail, c’est vrai, mais ils ont à faire à une population souvent hostile et incivile, qui peut me ner même les moins fragiles à la dépression nerveuse, une autre source de mortalité. L’établissement de Verrières dans les Yvelines, créé spécialement pour le personnel en détresse, peut en témoigner.
Chapitre2 Extrait du bulletin de La Société des agrégés de décembre 1998
Titre : Risques particuliers des professeurs de classes préparatoires.
Lettre d’un sociétaire à monsieur Claude Allègre, m inistre de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie. 22 octobre 1998.
«Monsieur le ministre,
profitant de quelques rares moments de loisir hier soir mercredi 21 octobre, vers 23h30, et ayant la chance de recevoir la chaîne « C anal assemblée », j’ai pu assister au débat budgétaire, relatif à l’enseignement secondai re, et notamment entendre une question que vous a posée monsieur le député et anc ien ministre Robert Poujade à propos des classes préparatoires aux grandes écoles.
Je vous ai alors entendu répondre et répéter : « le s professeurs de classes préparatoires travaillenttrop et ils meurentjeunes » ; vous avez même ajouté : « j’en saisquelque chose ».
J’ai moi-même l’honneur d’enseigner en classe prépa ratoire depuis plus de vingt-cinq ans ; cependant à la modeste place que j’occup e, je ne peux avoir une vision du monde éducatif aussi large que la vôtre du fait de votre situation privilégiée au sommet de l’Etat. Je vous demande donc d’avoir l’obligeance d e bien vouloir m’indiquer sur quels fondements reposent vos propos inquiétants quant au sort de mes collègues, ainsi que du mien. J’aimerais savoir :
1) Quel est le taux de mortalité des professeurs de classes préparatoires et quelle est leur espérance de vie ?
2) Quelles sont les causes connues d’une surmortalité éventuelle ?
3) Quelles mesures conservatoires comptez-vous pren dre pour éviter que la disparition prématurée du personnel enseignant de ces classes ne se traduise aussi par la mort des classes préparatoires ?
4) Quelles primes de risques avez-vous l’intention d’accorder à ce personnel particulièrement exposé ?
En vous remerciant par avance pour vos réponses, je vous prie de croire, monsieur le ministre, à mon fidèle attachement à notre chère Education nationale. »
NB : Vérification faite, monsieur Claude Allègre a dit en réalité «travaillent beaucoup» et non «travaillent trop». Notre collègue a commis l’erreur de bonne foi.
Chapitre3 Un élève humilié ?
Philippe commença par vérifier les comptes rendus de chaque décès et tenta d’accéder au dossier médical de chacune des « victi mes ». Sur les huit, seuls deux avaient des antécédents cardiaques connus. Mais cela n’entraînait pas nécessairement une suspicion de meurtre car le moindre inspecteur sait que l’infarctus ne prévient pas toujours et peut frapper à toute heure.
Les grands points communs étaient l’âge, la profess ion, la discipline et le lieu d’exercice : les prestigieux lycées des beaux quartiers parisiens et la Sorbonne. Philippe se rappela une affaire qui avait eu lieu en Russie : un psychopathe avait tué son ancien instituteur avec toute sa famille pour se venger des humiliations scolaires qu’il lui avait fait subir quarante années auparavant. Avec de telles re ncontres, tout métier devient extrêmement dangereux : mettre un zéro à un élève peut s’avérer mortel.
S’agissait-il d’un névrosé de ce genre, qui se vengeait sur tous les professeurs de culture, de la honte que lui avait infligée un prof esseur particulier ? Dans ce cas, le premier mort suspect était peut-être la source de tous les autres crimes et Philippe devait se pencher sur les notes les pires qu’il avait administrées aux élèves depuis des années. Il constata que les notes étaient très souvent lame ntables ! Le décalage entre le secondaire et la classe préparatoire était énorme d ans toutes les disciplines, et particulièrement en français, du fait que les nouve lles générations ne lisaient plus : le contraste entre l’inculture des élèves et les exige nces de la matière aboutissait à un désastre. Or il n’était pas question de mentir aux élèves en gonflant artificiellement les notes, comme on le fait depuis plus de trente année s en France au baccalauréat ; car désormais ils passaient un concours, et non un examen. Leurs notes devaient refléter leur niveau réel pour qu’ils prissent conscience de leur insuffisance et travaillassent en conséquence.
Si Philippe voulait suivre cette piste des mauvaise s notes, il lui faudrait plusieurs vies, car elles étaient aussi nombreuses sur le car net de notes informatique des « victimes » que les grains de sable de la mer… La classe préparatoire, cette exception française, était une véritable école d’humilité. Trouver le psychopathe qui aurait mal réagi à un 2 en contraction ou en dissertation serait plu s malaisé que de trouver une aiguille dans une botte de foin. Philippe nota sans grande conviction une dizaine de noms.