La Quatrième Main

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C'est un lac vert émeraude, quelque part dans le nord des Etats-Unis. Patrick Wallingford est couché sur un ponton tiédi par le soleil et une femme à la voix sensuelle, qu'il entend sans la voir, lui propose de retirer leurs maillots mouillés.


Ce rêve est induit par un puissant analgésique administré au héros dont un lion vient d'avaler la main gauche alors qu'il faisait un reportage sur un cirque, en Inde.


Avec sa verve drolatique, Irving nous raconte la rencontre entre un candidat à la greffe, un brillant chirurgien sauvé de l'anorexie par sa jeune bonne marathonienne, une yupette aux dents longues, une maquilleuse mâcheuse de gomme. Et enfin une sirène vêtue d'un sweat-shirt vert, vert comme un lac quelque part dans le Nord, dans un récit sur la perte et la récupération, qui mène un adolescent attardé à l'âge d'homme - de père - pour l'attraction d'un être et d'un lieu magnétiques.


Et si l'auteur cherchait à nous prouver que la force du désir est la plus magique des prothèses !


Publié le : jeudi 25 avril 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021126372
Nombre de pages : 377
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J o h n I r v i n g
L A Q U A T R I È M E M A I N r o m a n Tr a d u i t d e l ’ a n g l a i s ( É t a t s - U n i s ) p a r J o s é e K a m o u n
Éditions du Seuil
Extrait de la publication
T E X T E I N T É G R A L
T I T R E O R I G I N A L The Fourth Hand
É D I T E U R O R I G I N A L Random House, New York © original: 2001, Garp Enterprises, Ltd ISBNoriginal: 0-375-50627-6
ISBN9782021126365 re (ISBN2-02-050910-5, 1 publication)
© Éditions du Seuil, avril 2002, pour la traduction française.
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Pour Richard Gladstein et Lasse Hallström
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«… Une personne qui est à la recherche de quelque chose ne voyage pas vite.»
Le réparateur de téléphone, dansStuart Littlede E. B. White
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1.
Le type au lion
Figurez-vous un homme qui s’apprête à vivre un évé-nement éclair, la perte de sa main gauche, bien avant d’avoir atteint la quarantaine. A l’école, c’était un élève prometteur, un enfant droit et sympathique, sans être follement original. Les cama-rades qui se rappelaient encore le futur récipiendaire de la main tel qu’il était dans les petites classes ne l’auraient jamais décrit comme audacieux. Plus tard, au lycée, malgré ses succès auprès des filles, il fit rare-ment preuve de hardiesse, de témérité jamais. Beau sans conteste, son atout majeur aux dires de ses anciennes petites amies, c’est qu’il se rangeait toujours à leur avis. A l’université, personne ne lui aurait prédit qu’il allait devenir célèbre. «Il était si peu entreprenant», disait l’une de ses anciennes conquêtes. Quant à une autre jeune personne qui l’avait briève-ment fréquenté en fin d’études, elle allait dans le même sens avec cette formule: «Il n’avait pas l’assurance de quelqu’un qui se destine à faire quelque chose de sa vie.» Il arborait en permanence le sourire déconcertant de celui qui aurait la certitude de vous avoir déjà rencontré quelque part, mais serait bien en peine de se rappeler dans quelles circonstances… à un enterrement, dans un
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bordel? Ces spéculations expliquaient peut-être pourquoi le chagrin le disputait à l’embarras dans son sourire désarçonnant. Il avait eu une liaison avec sa directrice de thèse – qu’il faille y voir la cause ou la conséquence de sa déso-rientation dans le troisième cycle de ses études. Ce professeur, divorcée avec une grande fille, allait décla-rer: «Impossible de se fier à un garçon aussi beau. Par ailleurs, c’était le type même de l’étudiant qui peut mieux faire – son cas n’était pas aussi désespéré qu’on l’aurait cru au départ. On avait envie de l’aider, on avait envie de le faire évoluer. Et surtout, on avait envie de coucher avec lui.» Ce disant, il passait dans les yeux de la dame une lueur inconnue jusque-là, fugace comme un changement de ciel à la tombée du jour, fulgurante comme un rayon ignorant des distances. Tout en remarquant sa «fragi-lité devant le mépris qu’on pouvait lui témoigner», elle soulignait «combien c’était touchant». Mais cette décision de subir une greffe de la main? Ne faut-il pas tenir de l’aventurier ou de l’idéaliste pour courir les risques qu’une telle opération comporte? Aucune personne de sa connaissance ne l’aurait jamais défini en ces termes, et pourtant, idéaliste, il avait dû l’être, en son temps. Dans son enfance, sans doute, il avait eu sa part de rêves; et s’il avait gardé par-devers lui ses buts dans la vie, il s’en était pourtant fixé. Pour sa directrice de thèse, qui assumait volontiers le rôle de psychologue-expert, le fait qu’il ait perdu ses parents pendant ses études devait avoir joué un rôle important dans sa vie. Toutefois, ceux-ci l’avaient mis à l’abri du besoin de sorte que leur mort ne lui posait au moins aucun problème financier. Il aurait pu fréquenter l’université jusqu’à ce qu’il y obtienne une chaire ou rester étudiant à vie. Pourtant, quoiqu’il ait toujours
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réussi dans ses études, il ne frappait pas ses professeurs par sa motivation: ennemi de l’initiative personnelle, il était l’homme de l’occasion. Autant dire qu’il présentait toutes les caractéristiques de celui qui va s’accommoder de la perte de sa main en s’adaptant de son mieux au handicap que cela entraîne. En somme, ses amis et connaissances auraient vu en lui l’homme qui se résignerait à n’avoir qu’une main. Aussi bien, il était journaliste de télévision: est-ce un métier qui requiert l’usage de ses deux mains? Lui jugeait cependant qu’une main toute neuve était ce qu’il lui fallait, non sans envisager d’emblée les complications médicales consécutives à la greffe. Ce qu’il ne voyait pas, en revanche, expliquait sa vie peu fertile en expériences: il n’avait pas assez d’imagina-tion pour entretenir l’idée perturbante que cette main de rechange ne serait pas tout à fait à lui, dans la simple mesure où elle aurait commencé par être à un autre. Comme il était approprié qu’il soit journaliste de télé-vision! C’est dans son ensemble une gent futée, à l’es-prit rapide, capable d’aller droit au but. On bat le fer tant qu’il est chaud, à la télévision. Et de même, celui qui décide de se faire greffer une main n’est guère homme à tergiverser. Quoi qu’il en soit, Patrick Wallingford – c’était son nom – aurait volontiers troqué sa célébrité contre une main de rechange. Au moment de l’accident, il était en pleine ascension dans le journalisme télévisuel, et il avait déjà travaillé pour deux des trois grandes chaînes, tout en déplorant chroniquement l’incidence fâcheuse de l’Audimat sur l’information. Combien de fois avait-il vu un directeur de l’information, plus familier des toi-lettes des hommes que de la salle de direction, prendre une décision «commerciale» qui compromettait un reportage d’actualités? Il estimait d’ailleurs que les
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rédacteurs en chef avaient abdiqué en faveur des experts en marketing. Pour tout dire, il considérait que les profits escomptés par les chaînes de leur section «informations» étaient en train detuerl’information. Pourquoi vouloir que les reportages d’actualités rapportent autant que ce que les chaînes nommaient le «divertissement»? Pour-quoi soumettre la section «informations» aux mêmes contraintes de rentabilité? L’information, ce n’était pas ce qui se passait à Hollywood; ce n’étaient pas non plus les Championnats du Monde de football ou le Super Bowl. L’information, c’est-à-dire aux yeux de Patrick Wallingford, l’information véritable, les reportages appro-fondis, ne devait pas entrer en compétition avec les comé-dies et les prétendues «dramatiques». Il travaillait encore pour l’une de ces chaînes de pre-mier plan lors de la chute du mur de Berlin, en 1989. Se trouver en Allemagne pour couvrir cet événement his-torique l’enthousiasmait, sauf que les reportages qu’il envoyait étaient soumis à des coupes claires – il arrivait parfois qu’on en coupât la moitié. Un directeur lui avait d’ailleurs dit: «L’info de politique étrangère, ça vaut de la merde.» Lorsque la chaîne se mit en effet à fermer ses bureaux à l’étranger, Patrick fit la démarche d’autres journa-listes de télévision avant lui, il alla travailler pour une chaîne d’information; ce n’était pas une chaîne d’une grande qualité, du moins diffusait-elle des actualités internationales vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Avait-il la naïveté de se figurer qu’une chaîne d’in-formations n’aurait pas l’œil rivé à l’Audimat? On y était au contraire avide de sonder les taux d’écoute, pour suivre à la minute près les fluctuations de l’atten-tion du spectateur. Pourtant, parmi ses confrères des médias, il s’était
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