La relativité des choses

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Nathan, Jenny, Joshua, une famille traditionnelle, qui vit au rythme des activités professionnelles d'un père et mari souvent absent. Un beau jour, tout bascule. Dans leur vie vont apparaitre le Capitaine Hamon, le Colonel Szabo et le Procureur Fortin. Cette famille va se retrouver au coeur d'une histoire pas banale, qu'on ne peut souhaiter à personne. Pas meme à son pire ennemi. Laurent, dans son univers particulier, a à coeur de vous faire frémir, réfléchir et trembler à l'idée que cela puisse vous arriver un jour. Parce que personne n'est à l'abri...
Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748181982
Nombre de pages : 223
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2 Titre
La relativité des choses

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Titre
Laurent Chevrier-Bouttet
La relativité des choses

Roman Noir
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8198-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748181982 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8199-9 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748181999 (livre numérique)

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. .

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RELATIVITE
Nathan, en cette belle journée de printemps,
revient chez lui, après un déplacement
professionnel qui l’a conduit aux Etats-Unis.
Son jet privé survole la côte, et, en regardant
par le hublot, il aperçoit sa villa, qui surplombe
la mer, juste posée sur la falaise. Son regard est
attiré par un nombre impressionnant de
gyrophares, qui semblent stationnés dans sa
propriété. Pourtant, tout à l’heure, lorsqu’il a
appelé son épouse, tout semblait aller pour le
mieux. Il cherche nerveusement son téléphone,
qu’un de ses assistants s’empresse de chercher
avec lui, voyant l’excitation de son patron. Une
fois l’appareil en main, le jeune homme
sélectionne le numéro de son domicile. Après
de longues minutes, une voix masculine répond,
demandant à Nathan qui il était. Il explique qu’il
est le propriétaire des lieux, et que, de ce fait, il
aimerait bien savoir ce qui se passe chez lui.
L’homme, très embarrassé, lui répond qu’il ne
pouvait lui en dire plus par téléphone. Nathan
tente bien d’insister, mais l’autre a déjà
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raccroché. L’inquiétude se lit sur le visage de cet
homme d’ordinaire si impassible. Ses
collaborateurs, qui l’ont accompagné dans ce
déplacement, sentent qu’il se passe quelque
chose de grave, et n’interrompent pas le cours
des pensées de celui qui est à la fois leur patron,
et un véritable ami.

A trente-cinq ans, cela fait bientôt dix ans
que Nathan a créé son entreprise. Il est ce que
l’on appelle communément un golden boy, c’est
à dire un de ces agents qui jouent en bourse
l’argent des autres. Pour cela, il a suivi un cursus
universitaire au Royaume-Uni, et aux Etats-
Unis. Immédiatement, il a été repéré par les
plus grands cabinets, comme étant une valeur
montante. C’est pourquoi, alors qu’il était
encore étudiant, des magnats de la finance ont
commencé à faire appel à lui pour qu’il s’occupe
de leurs intérêts. En très peu de temps, Nathan
est devenu incontournable sur toutes les places
boursières. Le plus prestigieux cabinet new-
yorkais s’est attaché ses services, moyennant
une rémunération conséquente. Mais, très vite,
l’ambitieux jeune homme, après quelques mois
seulement, s’est senti à l’étroit dans cette
structure. D’autant qu’il a amassé une véritable
fortune, grâce à des opérations audacieuses qui
ont assuré un gain monumental à certaines
sociétés. Il s’est donc lancé dans l’aventure, avec
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des collaborateurs français, anglais et
américains. Tous ensemble, ils se sont appliqués
à convaincre ceux qui croyaient en eux de les
suivre. Cela n’a pas été facile, car, dans le
monde de la finance, on reste fidèle à ceux qui
assurent des plus-values substantielles.
Pourtant, en moins de temps qu’il ne faut pour
le dire, le cabinet de Nathan s’est retrouvé
parmi les dix meilleurs au monde. On venait de
partout le consulter, quand de gros investisseurs
voulaient se lancer sur un nouveau marché.
L’erreur ne faisait pas partie du vocabulaire du
jeune homme. Aussi, dès qu’un de ses
collaborateurs réalisait une opération
hasardeuse, il faisait l’objet d’une remontrance
appuyée, destinée à montrer l’impitoyable
réalité de ce monde inhumain.

En dix années, les résultats n’ont jamais cessé
de s’accroître, atteignant même des sommets
ces derniers temps. Jenny, l’épouse de Nathan,
lui reprochait bien souvent de ne plus jamais
être à la maison. Il lui répondait qu’il fallait qu’il
travaille, pour leur assurer un avenir doré. La
jeune femme, superbe créature brune aux yeux
verts, n’en avait que faire. Bien sûr, elle aimait
ce luxe dans lequel ils vivaient, mais elle
regrettait les absences répétées de celui qu’elle
avait épousé il y avait sept ans maintenant. Au
début, il était attentionné, prévenant. Même
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lorsqu’il partait en déplacement, il avait toujours
ce petit geste, cette attention touchante. Or,
depuis quelque temps, c’était différent. Nathan
était devenu trop sérieux, toujours préoccupé,
jamais vraiment détendu. Il ne s’occupait même
plus de leur fils, Joshua, qu’il aimait pourtant
énormément. C’était comme si son esprit n’était
plus accaparé que par le profit. Jenny souffrait
de cette situation, parce que c’était elle qui
devait répondre aux multiples interrogations de
leur fils.

A de multiples reprises, elle avait bien essayé
d’en discuter avec Nathan, mais il lui répondait
évasivement, toujours plongé dans ses dossiers
ou affairé à émettre des ordres sur son
ordinateur portable. Cette situation la rendait de
plus en plus malheureuse. Ce n’était pas cela, la
vie à laquelle elle avait rêvé, avec un homme
comme Nathan. Bien sûr, elle savait depuis
toujours que son travail était important, mais
jamais elle n’aurait pu imaginer que cela
prendrait de telles proportions. Entre les
absences répétées, ce n’était plus un mari, plus
un père qui rentrait à la maison, mais une
machine à calculer, un ordinateur connecté
vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Jenny était
déçue. L’homme qu’elle avait rencontré sept ans
plus tôt, dont elle était tombée amoureuse, ne
ressemblait en rien à cet être froid, distant,
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qu’elle voyait entre deux portes quand il était là.
C’était comme si on lui avait changé son
compagnon. Elle le reconnaissait de moins en
moins.

Lui, qui adorait ces moments de détente
passés en famille, pour profiter de leur fils, ne
prenait même plus le temps de jouer. La vie
était devenue triste, banale. Et puis, il y avait
toutes ces obligations pesantes, où il fallait
côtoyer le gratin mondain. Jenny était de moins
en moins à l’aise, dans ce monde auquel elle
n’appartenait pas. Nathan lui reprochait
souvent d’être trop distante, trop réservée ; elle
n’y pouvait rien, c’était sa nature. Elle ne
pouvait tout de même pas faire semblant de
s’amuser, là où elle s’ennuyait à mourir ! Qu’est-
ce que ça pouvait bien lui faire de rencontrer
des ministres, des hommes puissants qui la
répugnaient au plus haut point ! Ces gens, elle
les trouvait ennuyeux, mais surtout malsains,
avec leurs discussions sérieuses qui basculaient
irrémédiablement au grivois dès que les esprits
étaient embrumés par l’alcool et d’autres
substances désinhibitrices. Elle détestait cela,
parce que certains hommes se permettaient
avec elle des libertés qu’elle ne leur autorisait
pas. Nathan, lui, ne réagissait que trop rarement
à son goût à ces atteintes à son intégrité de
femme mariée. Elle se posait pas mal de
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questions à ce sujet, d’autant qu’elle
n’accompagnait que très rarement son époux
dans ses déplacements professionnels. Elle se
demandait si, pendant qu’elle était occupée à
prendre soin de leur enfant, lui n’avait pas
d’autres activités coupables. Ce climat de
suspicion créait une ambiance conflictuelle,
dans laquelle ni elle, ni lui, et encore moins leur
fils, ne s’épanouissait.

C’est d’ailleurs pour cela que ce dernier
déplacement, il l’avait fait seul, alors qu’elle
aurait dû l’accompagner. La veille de son
départ, elle lui avait reproché de les négliger,
elle et Joshua. La date de ce voyage coïncidait
avec l’anniversaire de son mari, et elle aurait
tout simplement aimé qu’ils puissent le fêter
tous les trois. Rien que tous les trois, comme
une famille normale. Là encore, elle s’était vue
reprocher son attachement à des banalités, à des
détails insignifiants. Jenny avait tenté
d’expliquer à son mari l’importance d’un tel
événement pour un enfant, mais Nathan n’a
rien voulu savoir. C’est donc brouillés qu’ils se
sont séparés, avant que le jeune homme ne
parte pour les Etats-Unis. Tous les jours,
comme à l’accoutumée, l’homme d’affaires est
redevenu un mari, un père pour quelques
instants ; juste le temps nécessaire pour prendre
des nouvelles de sa petite famille. C’est cela qui
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faisait que Jenny aimait encore son mari. Parce
que, s’il n’avait pas eu ce petit côté humain, elle
l’aurait probablement quitté depuis longtemps.
C’est dans ces moments, trop rares, qu’elle
retrouvait un peu l’homme dont elle était
tombée éperdument amoureuse.

Le soir, dans son lit, toute seule, la jeune
femme pleurait, se demandant comment ils
avaient pu en arriver là. Eux qui s’étaient
promis de ne pas devenir comme tous ces
arrivistes, tous ces couples dont ils se
moquaient il n’y a pas si longtemps ; ils étaient
devenus pires. Leur vie sentimentale ressemblait
à un immense désert. Heureusement qu’il y
avait Joshua, pour rappeler qu’un jour il avait
existé des sentiments profonds entre eux. Plus
les jours passaient, et plus Jenny était persuadée
que son mari avait une aventure, qu’il s’était
laissé entraîner dans l’engrenage de ses clients,
de ces amis douteux qu’elle haïssait. Parce que
c’était cela, au fond : elle les détestait, tous ces
magnats qui lui volaient peu à peu son mari.
Même s’il avait eu une simple aventure
sentimentale, elle aurait pu la lui pardonner.
Mais là, elle était certaine qu’il s’agissait d’autre
chose. Pour avoir discuté avec d’autres épouses
de financiers, d’hommes d’affaires influents, elle
en avait retirée l’intime conviction qu’il se
passait des choses pas très catholiques dans
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certaines réunions de travail. Ce qui l’inquiétait
le plus, c’est qu’elle était de plus en plus certaine
que Nathan s’était laissé piéger à ce jeu.

Chaque matin, au réveil, après des nuits
souvent agitées, elle avait entrepris, depuis
quelques mois déjà, de tout consigner ses
sentiments, ses craintes, ses doutes, dans un
journal intime. Nathan n’en savait rien.
D’ailleurs, pour le soupçonner, encore eut-il
fallu qu’il prête le moindre intérêt à sa
merveilleuse épouse. Cela faisait bien longtemps
qu’il n’avait plus fait attention à elle. Comme si
elle avait perdu de son éclat, qu’elle s’était ternie
tout à coup. Une femme pourtant si désirable, si
belle, si charmante ne semblait plus l’intéresser.
Tous les efforts qu’elle faisait pour lui ne
provoquaient aucune réaction. C’était à se
demander s’il la voyait encore. Cette situation
faisait souffrir Jenny, parce qu’elle se posait une
multitude de questions, quant à l’avenir même
de leur couple. Quand elle tentait de lancer le
sujet, ce n’était jamais le moment. Plus aucune
lueur n’éclairait le regard du jeune homme. A
croire que tout en lui s’était éteint, sauf l’appât
du gain.

De son côté, Nathan souffrait de cette
situation. Il aurait vraiment aimé consacrer plus
de temps à sa femme et son fils, mais ses
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affaires ne lui permettaient plus de le faire. Il ne
se rappelait même plus de la dernière fois qu’il
avait joué avec Joshua. Pas plus qu’il ne se
souvenait de la dernière fois qu’il avait fait
l’amour avec sa femme. Pourtant, il l’aimait, il la
désirait, mais ses affaires l’accaparaient trop
pour qu’il puisse penser à de telles futilités.
Tout ce qui comptait, pour l’instant, c’était la
pérennité de son entreprise. Le reste, il serait
bien temps de s’en occuper ensuite. Après tout,
lui et Jenny étaient jeunes ; ils avaient toute la
vie devant eux. Tout ce qu’il faisait, il était
persuadé que c’était pour leur petite famille,
pour leur bonheur à tous les trois. Bien
entendu, il fallait faire des concessions, des
sacrifices, mais c’est le prix à payer pour qui
veut réussir dans le monde des affaires. Nathan
le savait. Sa femme avait dû le comprendre. A
ses yeux, si elle l’aimait vraiment, elle était
capable de tout comprendre, de tout accepter.
Quant à Joshua, il prendrait le temps de lui
expliquer, plus tard comment il avait pu en
arriver là. Pour l’instant, l’essentiel, c’était son
travail, et rien d’autre.

Aussi, ce soir-là, en rentrant de son voyage
aux Etats-Unis, était-il surpris de l’effervescence
autour de sa maison. Qu’avait-il bien pu se
passer de si grave, pour que la police ait investi
les lieux, et que ce soient des policiers qui
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répondent au téléphone à la place de sa
femme ? Sitôt son jet posé, Nathan a donné ses
recommandations à ses collaborateurs, avant de
prendre sa voiture pour se rendre à son
domicile. Son chauffeur, qui l’attendait, n’en
savait pas plus que lui, puisqu’il ne se rendait
pas à la propriété de son patron lorsqu’il était
en déplacement. Le jeune homme ne
comprenait vraiment rien à ce qui se passait. Le
trajet entre l’aérodrome et sa villa lui parut
interminable. Plus il se rapprochait, plus
l’angoisse lui étreignait le cœur. Pourtant, il
avait l’habitude des situations tragiques, lorsqu’il
traitait des affaires sur le fil du rasoir. Mais là, ce
n’était pas un de ses marchés qui le préoccupait,
mais sa femme et son fils. Pour la première fois,
depuis bien longtemps, ses dossiers étaient
relégués au second plan. La seule chose qui le
minait, c’était de savoir ce qui s’était passé chez
lui.

Lui, d’ordinaire si tranquille, si serein, était
dans tous ses états. Depuis qu’il avait survolé sa
maison, et qu’il avait vu le déploiement de
forces, il avait énormément de mal à contrôler
ses émotions. Jamais, ces derniers mois, il
n’avait été ainsi déstabilisé par quoi que ce soit.
Aucune de ses tractations ne lui avait procuré
un tel regain d’émotion. A bien y réfléchir, il se
demandait même si cela lui était déjà arrivé
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depuis qu’il connaissait sa femme. Son cœur
battait la chamade, menaçant à tout instant de
lui déchirer la poitrine. Il ne tenait plus en place.
A plusieurs reprises, il fustigea même le
chauffeur de rouler si lentement, alors que
celui-ci conduisait aux limites du raisonnable,
pour conduire son patron le plus rapidement
possible auprès des siens.

Lorsque la grosse berline noire se présenta à
la grille, des agents en tenue étaient postés là. Ils
demandèrent au chauffeur qui était assis à
l’arrière ; lorsque celui-ci déclina l’identité de
son passager, les policiers laissèrent passer le
véhicule, en saluant réglementairement, comme
s’il s’était agi d’un ministre. En regardant au
dehors, Nathan s’aperçut que toute sa propriété
grouillait de policiers, de gendarmes, et de
personnages qui faisaient des allées et venues
incessantes. Enfin, le véhicule s’immobilisa,
juste devant le perron, où trois hommes en civil
semblaient l’attendre. Il alla directement vers
eux, pour s’enquérir de ce qui était arrivé. Il
pressentait déjà que ce devait être grave, vu le
nombre impressionnant de représentants des
forces de l’ordre présents chez lui. En
l’accueillant, les trois individus se sont
successivement présentés : il y avait là le
capitaine de police Hamon, le colonel de
gendarmerie Szabo, et le procureur de la
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République Fortin. En entendant le titre du
troisième homme, le sang de Nathan n’a fait
qu’un tour. Il savait pertinemment que la
présence d’un procureur n’était requise sur les
lieux d’un méfait que lorsqu’il y avait crime de
sang. Le jeune homme se planta donc devant le
magistrat, lui demandant des explications.
Celui-ci s’exécuta, sans sourciller, en y mettant
les formes, comme il avait l’habitude de le faire.
L’homme d’affaires, en entendant les paroles du
représentant de l’Etat, est allé s’asseoir sur
l’escalier de service, un peu sur le côté de la
maison. Il n’en croyait pas ses oreilles : cet
homme venait de lui dire que la gouvernante
avait retrouvé sa femme et son fils morts, tous
les deux, dans son bureau, criblés de balles. La
scène du crime, selon les dires du magistrat,
accrédités par les deux officiers de la force
publique, ressemblait à un carnage. Il y avait du
sang partout, et une odeur de poudre
persistante, comme s’il s’agissait d’un règlement
de compte.

Personne n’avait envie de donner de détails
scabreux à cet homme qui venait, en quelques
minutes, de perdre sa femme et son fils dans
des conditions tragiques. Cependant, le
procureur tenait à ce que l’homme
l’accompagne à l’intérieur, parce que la
procédure le requérait. Ce n’était pas de gaieté
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de cœur qu’il demandait à cet homme, meurtri
dans sa chair, de contempler l’horreur des corps
ensanglantés de sa femme et de son fils. En
entrant dans la grande pièce que constituait le
salon, Nathan a eu un haut le cœur : cette odeur
l’indisposait fortement. Il a donc sorti un
mouchoir de sa poche, qu’il s’est appliqué sur le
nez, pour ne plus sentir. Tout, autour de lui,
était cassé, dévasté ; comme si un ouragan avait
traversé la pièce. Mais ce n’était pas là qu’avait
eu lieu le crime ; parce qu’il s’agissait d’un
crime, c’était certain, il ne pouvait en être
autrement, vue l’atrocité des blessures infligées
aux victimes. L’homme d’affaires suivait le
magistrat comme un zombie, les yeux
écarquillés par tout ce sang qui jonchait les
murs, le sol, les meubles. Tout avait été souillé
par ce liquide rougeâtre qu’un monstre avait
répandu. Enfin, ils arrivèrent devant ce bureau
où il aimait tant travailler. La porte avait été
défoncée, comme si on avait lancé quelque
chose à plusieurs reprises contre.

Un homme, tout de blanc vêtu, est venu au
devant de Nathan, en lui demandant de ne
toucher à rien, pour ne pas effacer les
empreintes, et tous les autres indices
susceptibles d’être exploités par la police
scientifique. Le jeune homme, loin de ces
préoccupations terre à terre a répondu par
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l’affirmative, ne sachant même pas ce que
l’autre venait de lui dire. Ses yeux ne quittaient
pas le fond de la pièce, où deux draps blancs
recouvraient ce qui ressemblait à deux corps.
Des larmes ont commencé à couler le long des
joues du jeune homme, qu’il ne pouvait
contenir. Le procureur lui a tendu une boîte de
mouchoirs en papier, en lui demandant de bien
vouloir le suivre. Si le magistrat prenait tous ces
égards avec Nathan, c’est parce qu’il savait avoir
à faire à un notable de cette ville, un homme
important. Parce que c’est cela qu’était le jeune
génie de la finance : un homme important.
Qu’est-ce qu’il s’en fichait, en cet instant, de la
considération des autres à son égard ! Tout ce
qu’il voulait, c’était voir sa femme et son fils. Il
insista donc auprès du magistrat pour qu’on lui
montre les corps de ses proches. Plusieurs
personnes étaient là, affairées ; on leur demanda
de se retirer quelques instants. Le procureur
demanda à ce qu’on ferme la porte du bureau,
pour les laisser seuls. Le nécessaire fut fait
rapidement. Le magistrat a alors demandé à
Nathan de s’approcher, tandis qu’il soulevait les
morceaux de tissus imbibés de sang qui
recouvraient les deux victimes.

Tout s’est soudain mis à tourner autour de
lui, ses yeux se sont révulsés, et il a perdu
connaissance. Il a fallu requérir le concours
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