La sirène de Port Haliguen

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Nuit calme ?

Une lumière étrange s'allume au bout du quai à Port Haliguen. L'Ondine est descendue de son piédestal. Ce n'est plus une statue figée mais une femme vivante et belle.

De la main, Vénus l'invite à la rejoindre. Le spécialiste de la pêche au bar n'en croit pas ses yeux. Le vieil homme s'avance, fait le grand saut… et se noie.

Landowski est en vacances ; c'est à Quiberon que le célèbre flic se cache en compagnie de la magistrate Lorraine Bouchet.

Incognito ? Pas si sûr. On semble bien avoir décidé de lui pourrir la vie. Et on tue. Le premier de la liste est précisément ce vieux pêcheur qui devait l'emmener en mer…

Secrets de famille, sombre machination et désirs inavouables sont au menu de cette affaire criminelle truffée de rebondissements.

De Quiberon à Saint-Pierre, de Plouharnel à Carnac, le commissaire Landowski va devoir faire le tri.

Mais attention, le chant des sirènes est mortel !
Publié le : lundi 30 mai 2016
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782374531670
Nombre de pages : 175
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Extrait
Tout à coup, il eut le souffle coupé.
Elle bougeait !
Oui, la statue bougeait, il en était certain.
Ce n’était plus l’image d’une jeune ondine en métal poli placée à l’extrémité du môle, le corps bien lisse et les cheveux trop blonds. Ce n’était plus cette pièce de bronze, désespérément froide et insensible aux caresses des passants.
C’était une femme, une vraie.
Elle était vivante, faite de chair et de sang. Tout son corps respirait la vie. Elle occupait bien l’espace comme une star sur une scène de spectacle. Il voyait même son visage éclairé d’un joli sourire. Et ses yeux qui semblaient le caresser malgré la distance. Oui ses yeux avec cette incroyable lueur.
Elle s’était débarrassée de ce morceau de filet de pêche qui emprisonnait sa jambe gauche en plein jour. Descendue de son bloc de granit taillé en deux cubes superposés comme un piédestal, elle s’était approchée du bord.
Elle l’invitait de la main en répétant son geste avec insistance. Son bras ondulait. Ses doigts joints formaient une coupe semblant puiser dans l’espace la lumière pour rapprocher les êtres, pour l’extase.
Une femme. Il ne se trompait pas. Belle. Belle et nue.

Depuis quelques minutes, il sentait un poids étrange sur la poitrine et cette curieuse sensation d’oppression progressive comme si son torse tout entier était pris dans un énorme étau que quelqu’un serrait lentement, inexorablement.
Il s’en inquiéta un instant, pensant à ce qu’il avait absorbé, puis il mit cela sur le compte de la forte émotion qui le bousculait. Il y avait de quoi fouetter le sang. Il ne pouvait détacher son regard de cette vision inattendue, de ce spectacle irréel d’une jeune femme qui l’invitait à la rejoindre. Il y avait si longtemps, oui si longtemps, qu’il n’avait pas vu de si beaux yeux s’intéresser à lui.
Mais il n’avait pas peur comme si l’étreinte lui semblait douce. Pour atteindre la félicité, il devait passer par ce stade d’initiation et se préparer à un choc bien plus grand quand il allait enfin la serrer contre lui.
Il se passa la main sur le visage buriné par les embruns comme pour tenter de retrouver ses esprits. Il en avait essuyé des paquets de mer au large de La Teignouse pendant bien des années. Des belles sirènes, il était certain d’en avoir vu les nuits de pleine lune. Parfois même, il avait cru que l’une d’elles allait monter à bord, mais jamais aucune de ces naïades noctambules n’avait poussé le bouchon assez loin.
L’une après l’autre, elles avaient peuplé ses nuits jusqu’à ce que ses ardeurs nocturnes froissent visiblement ses draps, mais elles avaient toujours croisé au large. Sans l’aborder. Au matin, il n’avait jamais trouvé trace de leur passage et il en avait été meurtri. Il aurait tant aimé retrouver un petit goût salé au bout de ses doigts. Si cette sirène-là n’était qu’un rêve, elle aurait disparu quand il allait ouvrir à nouveau les yeux.
Dans le seul café ouvert à cette heure tardive, il y avait eu cette jolie demoiselle qui s’était assise un moment près de lui. Elle avait l’air d’être un peu seule dans cette assemblée où les femmes présentes fumaient et buvaient comme les hommes. Peut-être que leur solitude les avait rapprochés le temps d’un verre de stout à la mousse aussi amère que discrète.
Il l’avait déjà rencontrée auparavant. Toujours la nuit, dans un bar ou un autre. Ils avaient toujours parlé dans des coins sombres et discrets comme si la belle avait peur que la lumière ne rompe le charme. Il lui avait raconté sa vie puisqu’elle était la seule à écouter un vieux loup de mer comme lui fleurant bon la vinasse et la marée.
La banquette de moleskine était étroite. Elle avait favorisé un rapprochement naturel. Il ne se souvenait pas de ce qu’elle lui avait dit. Il n’avait gardé dans l’oreille que le son soyeux de ses mots sucrés quand elle lui avait proposé un morceau de gâteau breton fourré aux pruneaux. Il lui avait trouvé un goût amer comme si la pâte de fruits avait viré sous la chaleur. Il avait quand même fini sa part sans rien dire. Pour une fois qu’il voyait la jeune femme en pleine lumière. Elle avait de si beaux yeux en amande et un sourire désarmant. Comme ces madones un peu tristes portées en procession dans les rues des pays du sud.

Elle avait peu parlé se contentant de le regarder puis de sourire parfois avant de retrouver cet air absent qu’il lui connaissait bien.
Puis elle l’avait quitté. Comme les autres. Toutes les autres.
Il l’avait regardée s’en aller, se frayer un passage vers la sortie et se retournant une fois, une seule fois. Ensuite il avait bu des verres et chanté à tue-tête des chansons de marins avant d’être poussé au-dehors par une horde d’inconnus qui ne connaissaient vraiment rien de la fraternité du monde de la mer.
Il avait frissonné de passer d’une ambiance surchauffée à un air frais et pur. Il avait marché seul sur le quai des Sinagots en enjambant les joints entre les pierres comme s’il risquait un gage en ratant son saut de puce.
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