La Terre Gaste

De
Publié par

" Regarde le dernier des hommes, si ce n'est toi. "


Publié le : mercredi 27 août 2014
Lecture(s) : 6
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021186925
Nombre de pages : 74
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
LA TERRE GASTE
MICHEL RIO
LA TERRE GASTE
r o m a n
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
ISBN9782021199567
© Éditions du Seuil, mars 2003
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contre façon sanctionnée par les articles L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
Le soleil rouge est à son zénith sur un fond orange et rose. Midi crépusculaire. Il y a bien longtemps que le bleu a fui le ciel. Et la mer. À l’ouest, audelà
du plateau continental que la régression de l’océan
a abandonné aux ardeurs des jours torrides, plate
forme en pente douce ponctuée de monticules
autrefois des îles, encombrée dans son littoral des
coulées alluviales en galettes vomies par des cours
d’eau disparus et figées par la sécheresse, brutale ment interrompue par un àpic vertigineux, un
7
LA TERRE GASTE
Atlantique brun s’encaisse à mitalus, entre l’arête de la falaise et la plaine abyssale. L’atmosphère
brûlante a des remuements lourds, charriant des
nappes de pestilence. À l’est, en pleine terre, sur plombant au loin la houle d’une forêt nue et morte qui fixe ses racines inutiles dans le sol durci
comme un mortier, la Montagne disperse les éclats
de sa couverture de miroirs. Depuis une éternité,
je la contemple, sachant qui elle est, ce qu’elle est, ce pourquoi et par quoi elle est. Une éternité. De bruit et de mouvement d’abord. Puis de décrue du bruit et du mouvement. Puis de silence. Sans jamais faire un pas dans sa direction. Mais le
silence, alourdi au fil du temps jusqu’à une pesan
teur effroyable, fait qu’à présent je me mets en
route. Je vais à elle, à travers les dédales des hauts
fûts desséchés, dans les chemins enfouis sous une
épaisse couche de poussière remuée par mon pas
qu’elle étouffe. Je marche à l’orient toute la fin du jour, toute la nuit et la moitié du jour suivant. Et
8
LA TERRE GASTE
au midi je suis à son pied occidental. Elle resplen dit comme un colossal rubis dans la lumière rouge,
réfléchissant de ses millions de capteurs solaires les rayons de sang qui la gorgent d’énergie. C’est un cône parfait taillé dans la masse primaire, gigan
tesque. J’entreprends d’en faire le tour. J’arrive à
son nord. Là, sur un ubac de cent vingt degrés, le manteau des miroirs s’interrompt, marquant les limites de la course efficace du soleil au solstice
d’été. Le granit rose dénudé joue en camaïeu avec les rutilances du ciel et les ocres de la terre. La porte est au plein nord. Elle est faite d’une seule pièce dans une matière translucide qui paraît d’une inimaginable densité. Je m’approche et sou dain elle s’illumine, m’enveloppant dans une lumière blanche. Et mon cerveau enregistre ce message silencieux :
« Si tu es compétent, tu entreras. Si tu ne l’es pas, tu seras détruit. Tu peux encore t’éloigner. »
9
LA TERRE GASTE
Je reste. Quelques secondes, et puis :
« Deux anomalies. La première positive : hyper compétence. La seconde négative : aberration bio logique. Pas de précédent. Résultat positif. »
La porte s’efface dans la muraille de granit. J’entre et elle se referme aussitôt. Un tunnel abondam ment éclairé enfonce sa rampe lisse, en pente
douce, dans les entrailles du massif. Je parviens à une immense rotonde, cylindre surmonté d’un dôme, dont les parois et la voûte sont faites de
la même matière que la porte. Je sais que c’est la matière de la Mémoire. Au centre exact de la salle, il y a un siège unique. Je m’assieds et aussitôt la lumière diffuse qui baignait l’espace devient un réseau de faisceaux incandescents, rayonnement en demisphère, tous dirigés vers moi. Et de nou veau ces messages muets dans mon crâne.
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.