La tombola des innocents

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Jack est un chic type. Il a créé sa petite entreprise d’aide à la personne sous le nom un peu pompeux d’Aide providentielle. Père aimant et concubin à l’écoute de Lizzy, jeune femme qui partage sa vie, il se révèle être aussi un tueur appliqué et besogneux.
Publié le : lundi 18 avril 2016
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EAN13 : 9791026205135
Nombre de pages : non-communiqué
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Stéphane POIRIER

La tombola des innocents

 


 

© Stéphane POIRIER, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0513-5

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À Philippe Vourch

Carole Boucly

Mes parents

 

Chapitre 1

 

 

Je venais de pousser un type sous le métro, et m’étais éloigné avec le sentiment du devoir accompli.

Ça n’avait pas été difficile, juste deux semaines de traque. Sa vie était réglée comme du papier à musique, et il ne m’avait pas fallu longtemps pour gober ses habitudes, jusqu’à l’endroit précis où il se plaçait Gare de l’Est, sur la ligne 4, pour entrer dans la rame qui le conduisait directement à son boulot.

C’était un banquier, un mec d’une cinquantaine d’années aussi sombres qu’un ciel d’hiver dans le Finistère Nord, prévisible et éteint, avec une femme grasse et blonde, avare de caresses et de mots tendres, et un ado, un garçon aux cheveux blonds et longs qui ne lui parlait plus.

J’avais pu observer cette triste scène deux soirs de suite, planqué dans les haies, devant chez eux, dans la nuit opaque, alors que leur pantomime de dîner se déroulait dans l’encadrement de la porte-fenêtre éclairée.

Je n’avais pas eu besoin d’en savoir plus, j’avais pris ma décision sans hésiter, et avais laissé un message sur son portable en étouffant ma voix d’un mouchoir pour lui dire que j’allais le tuer. Puis je m’étais débarrassé du mobile à carte en le balançant dans la Seine.

 

Après avoir poussé le type sous la rame, je m’étais aussitôt évaporé dans la cohue. Alors que les cris épouvantés des usagers semblaient me poursuivre dans le monde souterrain, je m’étais extirpé de la foule, et avais pris la première sortie pour retrouver l’air libre. J’avais dû me débattre pour me frayer un passage dans les couloirs du métro, la capuche du sweat rabattue sur la tête, rangeant mes épaules, puis les déployant pour avancer d’un pas maîtrisé afin de ne pas attirer l’attention.

J’avais continué à marcher ainsi sur les trottoirs encombrés de travailleurs prêts à en découdre avec une nouvelle journée, de gosses harnachés de cartables, accrochés aux mains de leurs parents en direction de l’école, et de toute une faune à laquelle je me sentais de plus en plus étranger. Il faisait beau, humide, mais beau. Une de ces belles journées d’automne qui fleurissait dans l’ocre des feuilles jonchant déjà le bitume.

 

J’ai préféré faire un détour plutôt que de rentrer directement chez moi. Un détour d’une petite heure, avec un arrêt dans un bistrot pour prendre un café. J’étais calme, étrangement en paix. Mes mains ne tremblaient pas.

Je suis resté peut-être une dizaine de minutes, adossé au zinc avant de ressortir. Mary Rose, ma fille, devait passer à dix heures chez moi, avec les croissants avant de se rendre à la fac. C’était notre rituel du lundi. Ses cours ne commençaient qu’à midi et on aimait se réserver ce moment rien qu’à nous. Elle me parlait de ses cours de socio, de ses sorties, de ses amours… et de ses inquiétudes quant à son avenir professionnel.

J’aimais ces moments précieux rien qu’à nous. Lui donner toute la confiance que j’avais pour elle et en elle. Notre rendez-vous secret… qui n’en était pas un. Même si elle vivait avec sa mère qui s’était recasée avec un pauvre type « bien sous tous rapports », on avait toujours été proche, aiguisant la jalousie stupide de mon ex-femme, même avant la séparation et le divorce. Raison pour laquelle Mary Rose ne préférait pas éventer nos rencontres, sans les dissimuler pour autant. Sa mère n’était pas conne, la connaissait, et devait faire des efforts surhumains le lundi soir pour ne pas bombarder notre fille de questions. Se taire, en demandant juste, évasive, comment s’était déroulée sa journée.

 

Je ne comprenais toujours pas pourquoi mon ex-femme m’en voulait autant. Surtout après six ans. C’était elle qui m’avait quitté, m’avait foutu à la porte à l’époque où j’avais perdu mon boulot. C’est vrai que je n’allais pas fort suite à mon licenciement, dépité et enragé contre tout et tout le monde, et qu’elle avait dû assurer le quotidien pendant plus d’un an. Mais je n’y pouvais rien si mon entreprise avait choisi de délocaliser pour bosser avec les Chinetoques. Et je m’étais bougé le cul autant que j’avais pu pour me remettre en selle, mais personne n’avait voulu de moi. J’étais retourné vivre chez ma mère — mon père nous avait quittés trop tôt — dans ma chambre de gosse, au milieu de mes bouquins de la Bibliothèque rose et verte, dans un lit qui avait rétréci pendant toutes ces années, et était devenu trop court et trop étroit pour l’homme que j’étais devenu. Ça avait duré quatre ans, au bout desquels ma mère était morte, et j’avais hérité du petit trois pièces. Elle avait fini sa vie avec un cancer à la con dans tout le corps, dans des souffrances qu’on n’aurait pas imposées à un chien, et c’est là que j’avais trouvé ma vocation. Pas directement. Un élément extérieur avait tout déclenché.

 

Ma petite entreprise tournait bien. J’étais blindé de fric, car bien souvent ma clientèle s’acquittait de sa dette bien au-delà du prix convenu, et je me retrouvais avec des dons mirobolants tombés du ciel. Ma fille me disait que j’étais un Saint, c’est pourquoi la vie se montrait aussi généreuse avec moi. Tu fais le bien autour de toi, Papa, c’est pour ça !

 

Je ne savais pas trop quoi dire, quoi lui répondre. Je n’avais pas vraiment ce sentiment, même si mon job était d’utilité publique, je n’espérais quand même pas être canonisé par notre Sainte Mère l’Église. De plus, j’étais un semi-clandestin du fisc, et sous l’appellation officielle de ma société baptisée pompeusement « Aide providentielle », il avait fallu que je me dégote un expert comptable sorti des égouts pour dégraisser des sommes d’argent pas toujours propre. Mais comme tout roulait depuis des années, j’avais fini par ne plus m’inquiéter.

 

En arrivant chez moi, j’ai filé sous la douche. Je m’étais pourtant lavé le matin pour aller tuer le type, mais je voulais faire peau neuve avant l’arrivée de Mary Rose. J’avais une bonne heure, et suis resté longtemps sous l’eau chaude les yeux fermés. Quand je suis sorti de la cabine, nettoyé, j’ai enfilé un peignoir, et rempli le lavabo pour me raser. Puis me suis mis de l’after-shave. J’ai balancé les vêtements portés le matin dans la corbeille de linge sale, et suis allé sortir de nouvelles fringues dans la penderie de la chambre. Slip, chaussettes, jean propre et chemise, et me suis habillé.

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