La veuve létale et le tueur innocent

De
Publié par

C’est le parcours d’un jeune homme brillant promis à un grand avenir mais qui, par la rigidité de ses principes, se jette dans tous les combats contre les maux et les injustices de la vie et qui, à la fin, ne sait s’il a tout gagné ou perdu. C’est aussi une histoire d’amour impossible qui au lieu d’apporter le bonheur sème la désolation et la mort.



Volton Fishta est né à Tirana en Albanie en 1968. Après plus de vingt ans passés en France, il vit désormais entre Paris et l’Alaska. Il a publié un recueil de poèmes d’adolescence dans les colonnes de Nacional, la gazette de la communauté albanaise de Boston, puis un essai, Les errements agnostiques, en France.

Publié le : vendredi 17 juillet 2015
Lecture(s) : 0
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954591612
Nombre de pages : 296
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
CHAPITREILetempsdesplaqueminiers
Paulétaitunenfantmalicieux,vivantheureuxdanslacabanedesagrandmère.C’étaitunepetitebaraqueenboisrefouléeaufondd’unecoursomptueusesurlaquellesedressaientd’autresmaisonstellementsomptueusesaussi,quelaprésencedecettemisérableboîtedecartonàcôtédecesbâtimentsorgueilleuxétaitquasiindécente.Pourtant,ceramassisdeplanchesquinepayaitpasdemineétaitlefoyeridéaltoutenfantauraiteulachancedegrandir,cettechèrecabaneavecsadoucefraîcheurenétéetsatendrechaleurenhiver.Unedesqualitésdelabaraqueétaitsapositionstratégiqueaufonddelacour.Cettecourcontenaitenelletouslesingrédientsnécessairespourdevenirl’esquissedugrandmondequePaulallaitdécouvrir,maisbeaucoupplustard.Trèsvite,ilfitdelabaraquesonchâteau,sonlieuderepos,depréparationdesexpéditionsetd’observation,avecsonemplacementidéalauboutdumondeetsesfenêtresavecvueimpeccableausudetàl’est.Toutecetterégionimmense(environtrentemètressurquarante)étaitorganiséeetclassifiéeparrapportàlabaraque.Àl’extrémitéestdelacour,ilyavaitlegrandpaysalliéetprotecteur,parfoisagaçantparsadébordanteprotection;c’étaituneénormemaisondirigéeparlechefsuprême,lecapodeicapi,lefrèreaînédeGrandmèremaisaussidetouteslespersonneséminentesquipossédaientuntoitsurlacour.Chaquemaisonavaitsonprésident,sonroioudictateur,sessujets,sesmassesoppriméesetsesdélinquantsetmarginaux.Pourserendreaupaysdugrandchef,ilfallaitpasserparuneespècedebrècheàpeuprèsentretenue,quidonnaitsurunejungleimpitoyablederoses,pommiers,figuiers,unerangéedevignesetd’autresplantesdontPaulneconnutlenomenaucunelangue.Larégionétaitquandmêmetraverséepardeuxgrandesroutesnationales,lesseulesvoiesrecouvertespardugranitecimentébeauduretpropre.Lapremièrereliaitlabaraqueàlagrandemaison;ladeuxièmereliaitlagrandemaisonaumondeextérieur.Enprincipeellelareliait,maisenréalitéelleseterminaitsuruneporteblindéeàl’ancienneavecdestasdeferrailleetdesclésetuneclochequisonnaitl’alertegénéralesilaportes’ouvrait,chosequiarrivaitrarement.C’étaitlepostedefrontière.Lamaisonlaplusprochedelabaraquesetrouvaitjusteàcôté,enbiais,onlavoyaitdelafenêtrecommedansunécrantélé.C’étaitlepaysagresseurdangereuxetprovocateurcommandéparunméchantdictateurjalouxetarrogant.Lefaitqu’ilétaitledeuxièmefrèredeGrandmèrenerendaitqueplusodieuxsoncomportementétrangementcruelenverselle.Àl’époquePaulnesavaitpascequec’étaitunêtremalheureux,iln’étaitquelacibleidéaledesesbatailles,diversions,sabotages,guérillas,etc.Entrelesdeuxpaysilyavaitunefrontièretrèsfragileconstituéeparuncheminsinueuxsurlequelonavaitfaitdestentativesdeconstructiond’unealléedécentepourempêcherlaboued’inonderlesmaisons,maistoujourssabotésparunepartieouparl’autre.Devantleurmaisonilyavaitaussiuneforêtintéressantededeuxoutroisorangers,citronniersetmandariniers.Ilyavaitmêmeuneespècedeferme,c’estàdirequelquesgrillagespleinsdetrousetdefilstordusetrouillés.Jadiscecoinavaitabritétroisquatrepoulesetuncoq,tousdisparusdansdescirconstancesobscures.Onaccusaitdesvoleurs,leshiverstroprudes,mêmePaulilparaît.MaiscettedernièrehypothèseétaituneinfamieduToundjc’estcommeçaquel’onavaitbaptiséledictateur,surnominspiréd’unfilmdel’époque,unméchantféodalimpieetinique.Àl’autreboutdelacour,toutaufond,setrouvaitladernièremaisonhabitéeparuneconfédérationtrèscompliquéeconstituéeessentiellementparlesdeuxderniersfrèresdeGrandmère.C’étaitunegrandemaison,sansdoutelaplusmoderne,dotéed’unecave,d’unebayevitrée,d’unbelescalierenspirale,etla
3
seulemaisonàavoirdesfenêtressurlemondeextérieur.C’étaitengénéralunpaysneutreetaccueillant,maisavecquidescomplicationsfâcheuseséclataientdetempsentemps.Lessujetsdesconflitsétaientdifférentsmaislaplupartd’entreeuxétaientcausésparunarbre,particulièrementattirant,quisetrouvaitcolléàlabaraque,maisquibizarrementappartenaitaupluspetitfrèredelaFamillesurCour.Ilsetrouvequecetarbre,ungrandioseplaqueminier,desurcroîtenlacéparunevignejuteusedelongenlarge,étaitdevenulelieupréférédesexpéditionsdePaulquipassaitlaplusgrandepartiedelajournéedanssesbranches.Sahauteurprodigieuse,presqueégaleaudeuxièmeétagedelamaisonenface,l’aspiraitsansarrêt.Paultentaittouslesjoursdenouvelleshauteurs,denouveauxpassagessurdesbranchesplusfragilesetpluscompliquéesetdenouvellesvuessurl’horizon,notammentsurlesautrescoursavecdesmaisonsétrangèresaudelàdesmurs.Enoutre,l’arbrecachaitdestrésorsnutritifsdanssesfeuillages,deskakisbienmûrssurtoutceuxpiquésparlesabeillesavecdesnoyauxdedans,sansnégligerlesgrappesderaisin.Envéritécetarbreétaitlelieudepèlerinages,dedécouvertespourPaul.Maisbien,laviolationdeceterritoiresuscitaitlescolèresdesonpropriétaireetcompromettaitlesrelationsaveclepaysd’enface.Maislevieilhomme,legrandoncle,n’étaitpasméchant,aucontraire,ilétaitlepluscultivé,lepluslibéraletmodernedesquatrefrères,desfoisilétaitmêmefortsympathique,dansletempsilauraitjouéduviolon.Lacontrariétévenaitplutôtdesafemme,quedesproblèmespsychomoteursobligeaientàrestercloîtréedanssachambre.Danscetétatlimité,elles’occupaitletempsàmonterlagardederrièresafenêtreauxrideauxsombres,etdèsqu’elleconstataituneintrusiondanssonarbre,elledéclenchaitl’alerte.Maintesfois,différentsmembresdelafamilledePaul,dontsonpère,luiavaientinterditl’accèsàcetarbre,raisondepluspourqu’ilyintensifiâtsesincursions.Chosenonnégligeable,l’arbreétaitaussisacachetteparexcellence.Chaquefoisqu’ildisparaissaitaprèsn’importequellebêtisepourfuirlessermonsdesgrandespersonnes,cellescin’avaientqu’àleverlesyeuxversleplaqueminierpourl’apercevoiràtraverslesbranches.Pourtant,Paulrestaitabsurdementpersuadéqu’ilétaitintrouvabledansl’arbre.Maisfinalement,ilavaitpeutêtreraison,iln’étaitpasintrouvablemaisintouchablehaut,parcequ’onimaginemalsagrandmèreousestantesoun’importequelleautregrandepersonneallergrimperpourlechercher.D’ailleurs,çanes’estjamaisproduit.Lesseulsêtresqu’ilcroisaitdanslesarbresétaientleschats.Ilyavaitaussilesinsectes,insignifiants,alorsquelesoiseauxinutiled’enparler,complètementinapprochables,dèsqu’ilmontaitilsfilaientloin.Parcontreavecleschatsilcommuniquait,mêmeplusfacilementqu’aveclesgrandespersonnes.Pendantqu’avecleshumainsilfallaitabsolumentparler,etmêmebiens’exprimerpourcommuniquer(Parle!Raconte!?Change!Pourquoi?Commenttuaspufaireça?!),avecleschats,laparoleétaitinutile.Parexemple,Jass,cevieuxpirateàl’œilgauchecrevé,quandilsebaladaitnonchalammentsurlemurhautdetroismètres,onvoyaittoutdesuitequ’ilvoulaitdireàPaul:«Vatefairevoir,tunem’intéressespas,minable.»Maiseh!quandilssetrouvaientparhasardgueuleàgueuledansuncoindujardin,ilprenaitsespattesouplutôtsesjambesàsoncouenhurlant:«AusecoursMaman,Tonton,ilvam’égorger!»Etill’auraitfaitetlesavaitcetenfoiré,nonseulementparcequ’ilappartenaitàToundjmaisparcequ’ilétaitcrade,infâmeetmouchard.EtPauldevenaitfouderagequandlecabotréussissaitàinséminerleventredelabellechatteKeti,quiappartenaitàsatanteNela.Parunétrangestrabisme,ilavaitdumalàlesdistingueretl’appelajusquetardtanteKeti.Sonautreaffinitéavecleschats,aprèslafainéantiseetlavolatilité,étaitlesactivitésillégales.Ilsvolaienttoutmorceaudeviandequitraînaitsouslenezden’importequelleménagèreenl’espacedequelquesdizainesdesecondesdedistractiondesapart.Paulvolaitdesfruits,desagrumesetdestasd’objetsinutilesquisetrouvaientàcôtédesautresmaisonsetqu’iloubliaitaprèslesavoircachésdansdesendroitspaspossiblesjusqu’àcequ’illesredécouvreavecjoieetlesoubliedenouveau.Ilyavaitdanscepaysdeuxautrescitoyensdelamêmepositionsociale,etplusoumoinsdelamêmetailleetâge.C’étaientlesdeuxpetitsfilsdugrandchef,sescousins.Laplupartdutemps,ilsétaientoccupésàdestachespharaoniques,ilsnettoyaientleurjardinetlavaientlesalléesinterminablement,àcroirequec’étaitleurpierredeSisyphe,laverdeuxalléesquinepouvaientjamaisresterpropres.Ilslavaientaussilelinge,lavaisselle,pendantquePaul,laseuletachequ’onluiavaitconfiéec’étaitdenepasrenverserlescasserolesdeGrandmèreetengénéraldefairelemoinsdedégâtspossible.Quandsesdeuxconcitoyensavaientfinileurstravaux,onpermettaitàPauldetraverserlabarrièreetleursparentstoléraientsonséjourdansleurricheterritoire,nonsansseméfierdesoninfluencerébelliqueauprèsdeleurstravailleurs.AlorsilsselivraientàdesguerressanglantesentrecowboysetIndiens,entreguérillasetnazisouentreservicessecretsetagentsimpérialistes.Lacourétaitcouvertedecadavres,lesmortss’entassaient,lesballes
4
sifflaientdepartout,ilfallaittoutlecourageetl’astucieuxsavoirfaired’ungaillardde7anspouréviterlamort.Etpourtantquandcellecifinissaitpararriver,lemomentonsetuaitétaitdesplusagréables.Onselaissaittombersurl’herbegénéreuse,onrestaitimmuablespendantquelquesinstants,détachésdecemondeimpitoyable,oncontemplaitlejardinpaisiblecouvertdefleursetderayonslumineux,pendantquelesdeuxautressurvivantsvenaientserecueillirsurlecorpsdeleurcamaradetombépourlacause.Maislaplusgrandeénigmequeportaitlepaysétaitlaquestiondesfilles.Onvoyaitbienqu’ellesétaientdifférentestoutenignorantenquoiconsistaitcettedifférence.Ellesexerçaientunetroublanteattractionmagnétiquebienaudessusden’importequelkaki,grappederaisinoumêmesionleuravaitmisentrelesmainsuneBeretta9mm.Évidemment,lesseulespersonnesavecquiPaulpouvaitdébattredusujetétaientsesdeuxcousinsquin’étaientpasplusavancésquelui.Aucoursdecesentretiens,chacunapportaitsesdernièresrévélationsdontlaplupartétaientdesfantaisiesaberrantes.IlsepourraitquesilaFemmeétaittelqu’ilslaconstruisaientdansleursimaginations,elleauraitétéleportraitmodèled’unextraterrestresympathique.Lanotionétaittellementfloue,exceptéleursgrandsmèresetmèrestoutlerestedubeausexefaisaitpartiedesprochainesconquêtes.D’ailleurs,leseulintérêtàdevenirgrandétaitlesfemmes.Parfoisilyavaitdesfillesquivenaientdel’extérieur,c’étaientsûrementdescousines…Maisdanscettecour,danslabaraquemême,habitaitLAFEMME,laplusbelledumonde,laprincessemalheureusequ’ilsesentaitledevoirdedélivrer,sapremièretentativedegrandamour.C’étaitsatanteNelaqu’ilarrêtajustementàcettepériodedeconfondreavecsonchat.Ilallaplusloinenéliminantl’attribut«tante»sepermettantleluxedel’appelertoutcourtNela.Ensaprésencesoitilplongeaitdansdesétatsdeprofondehypnose,soitilentreprenaitdesacteshéroïquesdestinésàattirersonattentionquiterminaientengénéralparattirerl’attentiondetoutlemondeparl’ampleurdescatastrophesetpunitions.Mêmeàsonabsenceilsentaitlesespacesimprégnésparsonpassage.Surtoutquandilsehasardaitdanssachambreilsetrouvaitentouréd’untasd’objetspérilleuxetdesarômesparfumésquiluidonnaientdesvertigeshallucinatoires.IlpassacetteépoqueàattendrelejourilladélivreraitduméchantOgre,obtenantlarécompensesuprêmedontilignoraittout,maisfinissantdanssesbrasettendresbaisers,chosequ’àsongrandétonnementellefaisaitsouventsansbesoind’aucunhéroïsme.Onpeutdirequ’iln’eutpaslecomplexed’ŒdipemaisdeNela.Enfin,ilyavaitladernièrecatégoriesocialedeshabitantsdelacour:lesfantômes.Ilsn’étaientpastrèsbavards,ilsétaientmêmepresqueinvisibles.AudébutPaullescraignaitunpeu,maisavecletempsilcompritqu’ilsavaientautantpeurdelui.Leurquartiergénéralsetrouvaitdansunpuitsabandonnéaumilieudelacour,scelléparunimmensecouvercleenboisquiàl’époquedevaitpeserdestonnes.Lesrencontresentrelesdeuxespècesavaientmarquél’histoiredelacour.Leurrécitautourdufeupendantlesgrossessoiréesd’hiver,àvoixbassedepréférence,faisaitpasserunfrissongénéraldeplaisanteffroi,etonsesentaitencerclésetsurveillésparlesténèbres.MaisPaulsedisaitquelesfantômesaussideleurpartdevaientseraconteruntasdechosesinvraisemblablessureuxlesvivants,etillesimaginaittremblantsetenvahisparlaterreurdesvivants!C’étaitridicule,ilfallaitquequelqu’unmettefinàcemalentendu;Pauleutbeauleschercherpendantdesnuitsinterminablespourleurexpliquer,ilsn’osèrentjamaisapparaîtreetrestertranquillesdevantlui.LesseulesfoisPaulavaitl’impressiondelestenirenfin,c’étaientdesmouvementsimperceptiblesd’ombresqu’onnepouvaitattribuerniauxlégersventsdusoirniauxchats.Finalement,Paulfutdécouragéparleurnonvolontédecoopérationetparleursfuitessystématiquesetdécidadeneplusjamaisadresserlaparoleàunfantôme,saufs’ilparlalepremier.Audessusdetoutcelaetaudessusdetoutlereste,ilyavaitlagrandmère.Unlienincorruptibles’étaitinstalléentreelleetPauldepuislanaissancedeceluici.ElleavaitdonnénaissanceseulementàdesfillesdontlamèredePauletsesdeuxsœursetattendaitavecimpatiencelanaissanced’unmâledanslamaison.QuandPaularrivaaumonde,elleconsidéracettenaissancecommel’arrivéeduMessieetluidédiaunamoursanslimites.Lavien’avaitpasépargnécettepetitefemme.ElleétaitnéedansleslointainesmontagnesàlafrontièredelaMacédoine,chasséeparlabarbariedesSerbeségorgeantetéventrantfemmesetenfants,échouéedanscepetitpaysmisérable.Étantunetrèsbellefemmedanssajeunesse,pendantlaDeuxièmeGuerremondialeelleavaitépouséungendarmecalabrais,pauvrediableàquionavaitpromisdesvacancesaulieud’uneguerreimpitoyable.Àlafindelaguerreetladéfaitedel’Italie,ilavaitrefuséderentrerchezluipourvivredanslepaysdesafemme.Pendantlaguerre,lamaisonavaitservidebasearrièreauxpartisanscommunistes,maisunefoislaguerrefinie,lenouveaurégimefitmined’oubliercettebasearrièreets’enpritsystématiquementausoldatitalien,enlejetantetenlesortantpériodiquementenprison.Pendantce
5
temps,Grandmèresedébattaitaveclavie,mettaitaumondefilleaprèsfille,selanguissantd’ungarçon,eteffectuaitdestravauxdesplusdégradantsquiluiminaientlasantéetlemoral.Unjoursonmarifuttrouvépendudanssacellule.Personnenecrutausuicide,carunhommeavecunefemmedévouéequil’attendaittouslessoirsdansl’espoird’unesortiehasardeuse,etsurtoutavectroispetitesbouchesànourrirnepouvaitlesabandonnercommeça.Lapetitefemme,seulesanslesou,trouvarefugeauprèsdesesfrères.Ilsluiconstruisirentlabaraqueaufonddelacour,luipermettantdevégéternonsansunsentimentdesupériorité.Lapauvrefemmesedébattaitentreuntravailharassantethumiliant,sestroispetitesfillesenbasâge,etlesremarqueshautainesdesesgrandsfrèresetlescomméragesdeleursfemmes.Petitàpetitsasantécommençaàdéclinerdepartout:rhumatismes,tension,cœurfragile:elleétaitdevenuevieillesitôt.Suivirentdescuresdethérapie,médicaments,soinsqu’ellearrivaitàpeineàpayeretquil’obligeaientàs’absenter.Sagrandefille,lafuturemèredePaul,àpeineentréedansl’âgetendre,futchargéedetenirlamaisondebout.Sonenfancepritfinavantdecommencer,elleprenaitsoindesesdeuxsœursquinecomprenaientencorerien,comptaitlemoindrepetitsoupouressayerdelemettredecôté,missionimpossible.Sesonclesquiavaientgardélamentalitédel’occupationottomanenefaisaientrienpourluisoulageruntantsoitpeulespeines.Ainsifutelleprivéederêves,projetsettoutcequifaitlabeautédel’adolescenced’unejeunefille.Malgrétout,elleavaitd’excellentesnotesenclasse,etàlafindubaconluiproposauneécoled’architecture.Sesonclesencoreunefoisl’empêchèrent,nesupportantunefilleseuleparmitantdejeuneshommes.Elles’inscritenmathématiques,cequ’elleenseignatoutaulongdesavie,nonsansunsentimentdemalentendu.Ilenallaittoutautrementpourlafamilledupère.C’étaitunefamillesolide,dirigéeparunpatriarcheéclairé,notableetpropriétairedeterrainsdegrandevaleurauborddelamer.Cethomme,legrandpèredePaul,avaitbâtisonpetitempirepierreparpierre,etdirigeaitsafamilleavecjustesse.Ilavaitquatrefilsetunefille,dontl’aînéétaitlepèredePaul.Lepatriarcheétaitunhumanistepragmatique,danssafamillelareligionn’avaitquepeudeplace.Ilétaitfierdesafemme,desesenfants,etdecequ’ilavaitaccomplidanslavie.Avecl’arrivéedurégimecommunisteen1945,cethommequidétestaitlapolitiquecompritdesuitequ’ilétaitendanger:ilfitensortedecachertoutessespropriétésetdepasserpourunemployémodesteauservicedupeuple.Lefaitquesonfrèrefutcommandantd’unbatailloncommunistedansl’arméedelibérationdespartisansluiépargnad’autrestracas.Maisletempsd’orétaitrévolu,luietsafamilledurentconnaîtrelesprivationsd’unrégimetotalitaire.Ilréussitàscolarisertoussesenfantsjusqu’àunhautdegré,ayantconsciencedel’importancedel’instruction,quiluiavaitpermisdesesortirdetouteslessituations.LepèredePaulfutenvoyéàl’Institutagronomique,ilsedébrouillatrèsbien,etobtintuneboursepourallerétudieràMoscou.Parlasuitedesavieilparlaittrèspeudecettepériodequ’ilpréféraitvisiblementlaisserdansl’ombre.Cethommeidéalisteetdroittombaamoureuxdelajeunefemmedèsqu’illavit,maisilluifallutunparcoursdecombattantpourobtenirsamain,aprèsunexamenapprofondidelapartdelafamilleobscurantiste.Finalement,ilfutjugébonparti,etlajeunefemmequineconnaissaitriendelaviesetrouvamariéeàcethomme.DecetamourcraintifnaquitPaul,l’enfantJésus.Ilfutl’aboutissementtriomphald’unelongueattente,surtoutducôtédesagrandmèrequin’avaitvugrandirquedesfillesdanssamaison.Durantcetempsdefestivités,lesdeuxparentsdupèredePauldécédèrentd’unétrangemal,cequifutqu’ilnerestaitplusquelagrandmèredesquatregrandsparents.Lepetitfutchoyéetgâtéautantqu’ilétaitpossible,inconsciemmenttoutelafamilleluiprévoyaitungranddestin.Pendantquesonpèredonnaitdescoursdegénétiqueetsamèredemathématiques,ilfutconfiéàlapersonnequinepouvaitplusseséparerdecettetêteblanche,sagrandmère.Ainsifutilamenéàpassersontempsdanslacourautourdelabaraque,traînantderrièresagrandmèreavecunedévotionréciproque.Uneconnexionspécialeettrèsfortes’établitentrelesdeux.Lavieillefemmeprotégeaitsonpetitcommeunelionne,nepermettaitàpersonnedeluifairelamoindrecritique,quelquebêtisecederniereutaccompli.Lepetit,sesentantpousserdesailes,n’arrêtaitdecommettredesbêtises.Ilavaitpleineconfianceenlaprotectiondesagrandmère,surtoutquandillavoyaits’adresserauTypeHautpourfairesesprièresquiconcernaientengrandepartielepetit.Pauladoraitsurtoutlespromenadesenbus,sagrandmèrel’amenaitàfaireletourdelavillesansbut,enprenantunbusetallantdeterminusàterminus.Ilavaitledroitdesemettreducôtéduchauffeuretrêvassaitsursonavenirglorieuxentantquechauffeur,maispasdebus,parcequ’ilyavaittropdemondeselonsongoût,maisdecamionpoubelle.Puissagrandmèreluioffraitlaglacepannacottaàlavanillequ’il
6
aimaittant.Parfoiselleletraînaitàsesvisiteschezdesamies,d’horriblesmonstreschaleureuxpleinsdepoilsaunezetauxoreilles,enadorationdevantcettetêteblonde,lecouvrantpleindesucreries,dejouetsetdebave.
***
Ayantapprisàlireetàécriresurlesslogansdepropagandeettoutesoccasionsquiseprésentaientaucoursdelajournée,Paulentraàl’écoleprimaireà5ans.Enclasserapidementilmontradeuxfacettescontrairesdesoncaractère.L’heuredeleçonétaitdiviséeendeuxparties:lapremièrel’institutriceinterrogeaittroisouquatreélèvessurladernièreleçon,etladeuxièmependantlaquelleelleenseignaitlaleçonàvenir.Pendantl’interrogationPaulsemontraitunevéritableplaiepourlaclasse:assisaudernierrang,ilinventaitbêtisesurbêtise,jetaitdesobjetsdanstouteslesdirections,injuriaitsescamarades,adoraittirerlescheveuxdesfilles,etc.L’institutriceétantuneamiedesamère,nesavaitcomments’yprendreaveccecancre.D’autantplusquependantladeuxièmepartiedelaleçon,l’institutriceexpliquaitlaleçonsuivante,Paulsetaisaitcomplètement,ouvraitgrandlesyeuxetlesoreilles,etaucunmotdel’institutriceneluiéchappaitcarilavaitunegrandesoifd’apprendreetunecuriositésanslimites.Auboutd’unedemiheure,ilconnaissaitdéjàlaleçonsuivante,ilneluifallaitqu’unerépétitionrapideàlamaisonlesoir.Ilestànoterqu’ilgardacettefaçondefonctionnerenclassetoutesavie,étantunenfantterrible,turbulent,intenablemaisaussilepremierdelaclassedanstouteslesmatières.Sanscompterqu’iladoraitsebagarreràlarécré,neperdaitaucuneoccasiondeprovoquertoutlemonde.Ilsebagarraitavecdesgarçonsquiavaientdeuxoutroisansdeplusetgagnaitrarement,maisrentraitfierdesesboursoufluresetl’œilaubeurrenoir.Danslacourdel’école,Paulfitladécouvertedufootball.Unsportonpouvaitdonnerdescoupsdepiedsetéventuellementdepoingsentoutelégalité,Pauladmiracejeu.D’abord,ilcommençaparjouerderrièretelundéfenseurmaislebutadversel’attiraitcommeunaimantetilnerataitjamaisuneoccasionpourmonteràl’attaque;celas’avérapayantcarilmarquaitsouventdejolisbuts.Leprofdesportlaplaçaenmilieuoffensifgaucheetc’estainsiqu’ilévolualongtemps.Aprèsdeuxheuresdefoot,Paulsesentaitplaner,surtoutsisonéquipeavaitgagnéetilavaitmarquéquelquesbuts,unedouceeuphoriel’envahissait.Lefootluiappritaussirespecterquelquesrèglesdebasequ’iln’avaitpasrencontréesjusquedanslavie.Maisilrestaitunmauvaisgarnementmêmesurleterrain,nesupportaitpasqu’onluifassedespassesinexactes,netoléraitaucuneerreurdesescoéquipiers,etrouspétaitsansarrêt,eninsultantàlongueurdetemps.Paulpassaitpeudetempsavecsesparents,àlamaison.Ilmangeaitvitefait,jetaituncoupd’œilàlatéléetallaits’enfermerdanssachambrepourécouterlaradio,étudieretliredesromansd’histoire.Sesamiss’appelaientDumas,Dickens,Lermontov,Poe,Hemingway,JackLondon.Ils’évadaitdansdesmondesl’héroïsmeétaitlanorme,desgrandsespaces,desguerres.Aujourdeses8ans,ildemandaàsonpèreunfusil.Lepère,quiétaitunidéalisteetpacifisteconvaincu,restaestomaquéparcettedemandeetluifitcomprendrequejamaisiln’yauraitd’armedanscettemaison.Cefutunmalentendudetropquiprovoqualepointderupture.Dèslors,Pauldétestasonpèreetilcommençaàleconsidérercommeuntyranàabattreentraversdesonchemin;ilavaitencoremoinsconfianceensamèrequiétaitunefemmetropeffacéepourqu’onpuisseentirerquelquechose.Ducouppersonnen’avaitledroitdeletoucher,ilavaithorreurdescâlins,repoussaitviolemmentunemaincaressantequitentaitdeluitoucherlescheveux.Ildevenaitsauvage.Maisdanscemondequ’iln’appréciaitdéjàbeaucouprestaitquandmêmeunepersonnequiavaittouslesdroitssurlui,sagrandmère.Illuiréservaittoutl’amourdontilétaitcapable,elleétaitlaseulepersonneaumondeàavoirledroitdeleprendredanssesbrasetdelecâlinercommeunbébé.Parfoisilmettaitsatêteentresesgenoux,selaissaitallerauxhistoiresàvoixdoucedeGrandmèreetsomnolaittranquillement.Lelienentrepetitfilsetgrandmèrenefaisaitqueserenforcer.C’étaittoujoursautourdelapetitebaraquequ’ilsesentaitencoreheureux,etilpréféraitdormirchezGrandmèreplutôtquechezlui,etilétaitleseulàavoirledroitdel’appeler«Nonna».Bref,Paulétaitentraindedevenirunpetitsauvagegâté.
***
7
Àlamaison,Paulavaitunautregrosproblèmeàgérer.SonpèreavaitunmeilleuramiappeléDalipKurti.C’étaituncollègue,unvieilamid’étudesquivenaits’incrustertropsouvent,sansmanières.IlvenaitrendrevisiteavecsafemmerencontréeenURSSquiparlaitàpeinelalanguedupays.Ilss’amenaientendébutdesoiréeetrestaientclouésaucanapésanslamoindregênepourleconfortdeleurshôtes.Dalipétaitunétrangemélanged’obscurantismeottomanetd’illuminismemarxisteléniniste,grandadmirateurdeStalineetMao.Lesdeuxamisparlaientgénériquementdetravail,puisilspartaientsurlapolitiquequelepèredePauldétestaitd’ailleursmaisqueDalipluiimposaitaussibienquesaprésence.Iltenaitdesgrandsdiscourscontrel’impérialismeetlerévisionnisme,surlagranderévolutionmondialequeceminablepaysd’àpeinedeuxmillionsd’habitantsallaitfairetriompherpartoutetquiallaitfairerentrerdegréoudeforcelemondeentierdanslecommunismepuretdébarrassédetoutetachedepropriétéprivée.IlreprochaitaupèredePaulsonneutralismeetidéalisme,letraitaitpresquedepetitbourgeoisinstallédanssonconfortscientifique.EnvéritélepèredePaulétaitundéçudusocialisme,ilavaitréaliséasseztôtleshorreursdecesystème,maisrefusaitobstinémenttoutesorted’engagementsetnesavaittropquoirépondreàDalip.Enpartantduprincipecommuniste,cedernierconsidéraitlamaisondesonhôtecommelasienneetn’avaitaucuneenviedepartir.Cegenredesoiréestraînaitendébordantminuit,incommodantprofondémentlapetiteviedelafamilledePaul.LamèredePaulessayaittimidementdeleurservirlecafépourleursignifierquelasoiréedevaitseterminer,maisDalipetsafemmeadoraientlaisserrefroidirleurcafépendantdesheures,demandantmêmeunsurplusdesucre.Danssonexaspération,lamèreavaitfiniparleurtrouverlesurnomapproprié:Mr&MrsMicawber.Maisleplusexaspérédansl’histoireétaitPaul.D’habitudeilattendaitquetoutlemondeaillesecoucherpourregarderleswesternssurlaRAI.LaprésencedeMicawberfoutaittoussesplansenl’air,etildevenaitfouderage.Ilinventaituntasdetroublesdanslamaisonpourfairepartircesenvahisseurs;iléteignaitobstinémentlatélévision,mêmelalumièredusalon,ileffectuaitdesalléesetvenuesentresachambreetlesalonenexprimantouvertementsondésagrémentdecetteprésenceindésirable,maisiln’étaitpasencoredetaillepourluttercontreMicawber.C’estainsiqu’ilconnutsonpremierennemimortelqu’ilsejuradecombattreàvie,luietsesidéesducommunismesoviétique,ettouslesgensdesonsort.
***Ainsiallaitsavieentrel’école,leslivres,lacabanedeGrandma’etsespotes.Maisquelquechosed’essentielmanquaitencoreàcettevie,dontPauln’avaitpasencoreconscience.Unbeaujourdeprintemps,lagrandmèrel’envoyachezlevendeurdeglacesqu’ilaimaitbeaucoup,pouracheterdeuxglaceschocolatvanille.C’étaitunrituelétablientrelesdeux,enfind’aprèsmidiquandlachaleuratteignaitsoncombleetquicontinuaitjusqu’àlafindel’été.PaultraversalaruequartierdesCyprès,seprésentaavecsessousetpritlesdeuxglaces.Quandilsemitàretraverserlarue,iltombanezànezavecunecréaturetrèsétrange,cequ’onappelaitunefille,environ14ans.Ellefilaàcôtédeluisansleremarquer,avecunedémarcheaérienne.Paulfutclouésurplace,ébahiparcequ’ondevaitappelerbeauté,lesglacesaupointdeluitomberdesmains.Lafilleétaitgrandeetélancée,paréed’unecheveluredoréeetunregardbleuâtre.Pauleutl’impressionqu’uneféel’avaitfrôléetsedemandacommentunetellebeautépouvaitsepromenerdanslemêmequartierquelui.Ilfitl’expériencedouloureusedel’impuissanced’unenfantde10ansfaceàcephénomèneinaccessible.Maisledécouragementnefaisantpaspartiedesoncaractèreilsefitlesermentderetrouverunjour,ilnesavaitoù,quand,comment,cettecréature.MaisletourbillondelavieemportaPauldanssoncours,etlelendemainl’enfantavaitoubliécetterencontre.Petitàpetit,ils’enfonçaitdanslapériodesombreetdésastreusedelapuberté,sombrantparfoisdanslasolitudelaplustotale,parfoisdansl’exubérancechaotiquedesonâge.EntretempsPaulfutinscritàl’équipedefootballdesonécole,etl’entraîneurleplaçaarrièregauche,vuqu’ilétaitgaucheretqu’onn’avaitpersonnedansceposte.Paulquiétaitdeconstitutionnormalesouffritbeaucoupfaceauxattaquantsadversesquifaisaientunetêtedeplusquelui,quilebousculaientsansménagementetluifaisaientpasserdesalesmoments,aupointquel’enfantsemitàdemanders’ilétaitfaitpourlefoot.Maisl’annéesuivante,l’entraîneurchangea,etlenouvelentraîneurditàPaul:Mongarçon,tuvasmonterd’uncranauterrainettuvasjouermilieuoffensifgauche.CefutlalibérationpourPaul,ilétaitfaitpourmarquerdesbutsaveclaprécisiondiaboliquedesonpiedgaucheetquandilmarquaitiléprouvaitunsentimentincomparabled’explosiondessens,unbonheursanspareilpourunpetitgarçon.LefootballfournitàPaullacadrequiluiavaitmanquéjusqu’alors,lerespectdes
8
anciens,desrègles,ladisciplinequipouvaitprocurerjusqu’auplaisirdefairepartied’uneaventureparticulière,etunefaçonméthodiquepouravancerdanslavie.Etpourtant,ilnepouvaits’empêcherd’êtrehappéparlevortexobscurdelapuberté.Iltraversal’époqueducollègeenétantlepremierdelaclasseetaumêmetempsl’élèveleplusindiscipliné,lecauchemardesinstitutrices,l’initiateurdetouteslesbagarresàlarécré.Sescheveuxblondsetsesyeuxvertsattiraientlesfilles,maisilseméprenaitenversleursintentions,ilavaitplutôtl’impressionqu’ellessemoquaientdeluiquandellessemettaientàchuchotersursonpassage.Globalementiln’aimapascettepériodeetcetteécole,ilauraitpréféréresterchezluioufaireletourdelavilleenbuscommejadisavecGrandma’.Seullefootballluimettaitdubaumeaucœur,luipermettantd’évacuerletroppleind’énergieetd’exprimersasoifdevictoires.Aussiàcetempsiltombaparhasardsurdeslivresnombreuxentouteslanguesquitraînaientpartoutdanslamaison,etsemitàjeteruncoupd’œilàPlaton,Aristote,Spinoza,etc.Ileutdesdifficultésdecompréhensionmaisnetardapasàtrouverlaclépourcomprendreuntantsoitpeudequoiils’agissait.Celaallaitavoirdesconséquencesimportantesdanslasuitedesavie.Ilfautdirequ’ilavaitunerelationcompliquéeavecDieu.Audébut,àl’instardeGrandmère,ilsemitàprier,parfoispourdesbabioles,parfoispourdeschosesvraimentimportantesquiluitenaientàcœur.Maissystématiquement,chaquefoisqu’ilfaisaituneprière,lecontraireseproduisait.AlorsilsemitàdouterdeceCréateurtoutpuissant;ilsedemandad’abords’ilétaitvraimentécouté.EnsuiteilmitencauselatoutepuissancedecetÊtreSuprême.Puisildoutadesavéritablenature,s’ilétaitvraimentbonous’ilsemoquaitnarquoisementdesmalheursicibas.Etpuisinévitablementilsedemandas’ilexistaitvraimentetillelaissatomberdéfinitivementavecmépris.L’enseignementmarxistequ’ilallaitrecevoirallaitlerenforcerdanscettevoie.
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.