La Vie comme à Lausanne

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Au grand dam de sa mère qui le voulait poète, Charles-Arthur ne rêve que d'une chose : devenir footballeur. Adolescent espiègle et gourmand, jeune homme épris de politique, Charles-Arthur vit la drôle de guerre enterré sous la ligne Maginot, s'engage prudemment dans la Résistance, avant de s'installer dans une carrière ronronnante de député centriste. Une satire réjouissante de la vie politique et de son idéal... à la suisse !





" Chaque page apporte sa brassée de trouvailles, sur tout. "


Le Monde





Prix Roger-Nimier 1978





Publié le : jeudi 25 juin 2015
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EAN13 : 9782021145328
Nombre de pages : 272
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La vie comme à Lausanne Erik Orsenna est né en 1947. Professeur d’économie jusqu’en 1981, il entre au cabinet de Jean-Pierre Cot au ministère de la Coopération, devient conseiller culturel du président François Mitterrand pendant trois ans, puis maître des requêtes au Conseil d’État. Il est aujourd’hui conseiller d’État et préside le Centre international de la mer à Rochefort (Charente-Maritime). Auteur de nombreux romans, notamment deLa Vie comme à Lausanne, prix Roger-Nimier 1978,L’Exposition coloniale, prix Goncourt 1988, etLongtemps (1998), il a aussi consacré un livre à André Le Nôtre :Portrait d’un homme heureuxainsi que deux ouvrages à (2000), l’apprentissage de la langue française :La grammaire est une chanson douce(2001) etLes Chevaliers du Subjonctif(2004). Il a été élu à l’Académie française en 1998.
Du même auteur
Loyala’s Blues Seuil, 1974 et « Points » n° P470 Une comédie française Seuil, 1980 et « Points » n° P471 L’Exposition coloniale prix Goncourt Seuil, 1988 et « Points » n° P30 Grand Amour Seuil, 1993 et « Points » n° P11 Deux Étés Fayard, 1997 et « Le Livre de poche » n° 14484 Longtemps Fayard, 1998 et « Le Livre de poche » n° 14667 Discours de réception à l’Académie française et réponse de Bertrand Poirot-Delpech Fayard, 1999 Portrait d’un homme heureux, Le Nôtre 1613-1700 Fayard, 2000 et « Folio » n° 3656 La grammaire est une chanson douce Stock, 2001 et « Le Livre de poche » n° 14910 Madame Bâ Fayard, 2003 et « Le Livre de poche » n° 30303 Les Chevaliers du subjonctif Stock, 2004
Portrait du Gulf-Stream : éloge des courants Seuil, 2005 et « Points » n° P… Dernières Nouvelles des oiseaux Stock, 2005 Voyage aux pays du coton : petit précis de mondialisation Fayard, 2006 EN COLLABORATION Villes d’eaux avec Jean-Marc Terrasse Ramsay, 1981 Rêves de sucre photographies de Simone Casetta Hachette, 1990 Besoin d’Afrique avec Eric Fottorino et Christophe Guillemin Fayard, 1992 et « Le Livre de poche » n° 9778 Rochefort et la Corderie royale avec Eddie Kuligowski CNMHS, 1995 Docks : promenade sur les quais d’Europe avec Frédéric de La Mure Balland, 1995 Mésaventure du Paradis. Mélodie cubaine photographies de Bernard Matussière Seuil, 1996 et « Points » n° P1322 Histoire du monde en neuf guitares en collaboration avec Thierry Arnoult Fayard, 1996,2004 et « Le Livre de poche » n° 15573 L’Atelier de Alain Senderens
avec Alain Senderens Hachette Pratique, 1997 Le Geste et la parole des métiers d’art direction d’ouvrage Le Cherche-midi, 2004 Salut au Grand Sud avec Isabelle Autissier Stock, 2006
TEXTE INTEGRAL
ISBN : 978-2-02-114532-8
er (ISBN 2-02-004721-7, 1 republication)
© Éditions du seuil, 1977
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Cet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.
pour Henri de M. pour Jean-Hervé L.
1
BYRON ENFANT OU LE FILS APOCRYPHE
I
Dans les coulisses de la terrible année quatorze, tandis que s’étirait au-dessus des Vosges une colonie menaçante de cumulo-nimbus bleutés, Charles-Arthur, ni saison ni lumière, comme une longue paresse, il faisait sombre et tiède, une sorte de creux, de mare dans le sable, de baignoire aux parois molles, comme un dimanche matin qui n’aurait pas fini, Charles-Arthur n’était pas encore né. Un garçon, une $lle ? À la rondeur du ventre, personne ne pouvait deviner. Via Andrea Doria, on parlait de lui au neutre, en italien si ce genre existait. Mais elle, la dame toujours allongée, elle aurait préféré un $ls. Et l’Époux n’était pas là. Faut dire qu’elle en changeait comme on se mouche, chaque dimanche, après l’oce, de l’eau bénite sur les doigts, et suivez-moi jeune homme, à quatre pas, tout le reste venait. Disons plutôt en baissant les yeux et pour ne pas éveiller le censeur qui sommeille, disons plutôt que le trop tendre Époux, de flu-xi-on, venait de décéder. Donc, n’étaient les aubaines, elle vivait seule et s’appelait Louise, Louise-Angelica. En rentrant chez elle, fermait ses volets, tirait ses rideaux de velours bistre. Moins pour se cacher du monde que pour oublier Rome qu’elle n’aimait pas. Elle préférait regarder à son mur les éventails et les photos de matadors,quelques-uns de ces miroirs bombés que l’on nomme sorcières et dont elle faisait collection, des gravures de jardins, des souvenirs de golf, près du but, où l’herbe est si rase et douce au toucher. Puis elle s’approchait des tables basses, tendait la main, caressait longuement, du bout des doigts, des dizaines de fauves, des lions, des tigres, pumas et ours du Caucase, taillés dans le bois, l’écaille ou la pierre. Cette animalité courbée, cette peuplade en$n docile la rassurait. C’était son idéal dans la vie : susciter le désir et, juste à temps, d’un sourire, d’un souvenir, lui rappeler la bienséance. Mais elle manquait toujours le bon moment, la phrase exacte sur l’amitié, elle y songeait toujours trop tard, l’irréparable une fois commis. En un mot, son existence n’était point si vertueuse qu’elle l’eût souhaitée. Elle ne s’en trouvait pas responsable, accusant une certaine lenteur du cerveau, une étrange indolence, à l’endroit de la pruderie. Souvent elle passait le jour étendue sur son lit, remontait ses oreillers, prenait le livre, à main gauche, sous le tapis, tournait les pages, feuilletait, choisissait au hasard l’une des onze mille histoires, rêvait d’étreintes plus sauvages que savantes ou bien l’inverse quand la porte, deux coups puis trois, parfois même le vendredi, s’ouvrait. Fortunata passait la tête ; on ne remarquait d’elle que l’ampleur du giron et un nœud blanc dans les cheveux : – Un monsieur pour Madame… – Faites-le monter, ma fille. Alors arrivait, le chapeau à la main, toujours un peu timide, le dragon, l’homme d’Église ou l’écrivain. – Ma chère, je viens de Paris pour le plaisir de vous voir. Hier encore Jaurès…
Jesais,monami.PourJaurès,hélas,jesais.Maisparlezmoinsfort,s’ilvous
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