Le cartel des volcans

De
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San Martín (Mexique), décembre 2010. L’explosion gigantesque d’un pipeline secoue toute la ville et une marée de pétrole en feu se déverse dans les rues, emportant tout sur son passage. Les responsables de ce désastre : des narcotrafiquants.
Inspiré de ce fait divers, Le cartel des volcans raconte l’histoire tragique de Juan Esteban Duarte, un jeune délinquant qui sombre dans la violence et les activités criminelles, sous la férule de Ramón qui, depuis un soir d’été de son enfance, est devenu l’homme qu’il déteste le plus au monde. Son frère cadet, Diego, assiste, impuissant, à sa descente aux enfers.
Sous les étoiles, apparemment calmes, les volcans Popocatepetl et Iztazihuatl se profilent à l’horizon, toujours silencieux. La nuit, Juan Esteban et ses compères siphonnent le pétrole et le revendent, impunément. Les hommes de Ramón sont heureux jusqu’à ce que Juan Esteban ne puisse plus contenir sa colère et sa soif de vengeance…
Le cartel des volcans, un roman noir, réaliste et engagé, qui dénonce les ravages de la drogue et du crime organisé dans un pays pas très éloigné du nôtre.
Publié le : mercredi 29 mai 2013
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EAN13 : 9782895974055
Nombre de pages : 156
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PATRICE ROBITAILLE
Le cartel
des volcans
ROMANCartel_Robitaille_L.indb 2 13-04-27 17:10Le carte L des vo Lcans
Cartel_Robitaille_L.indb 3 13-04-27 17:10d u MÊM e auteur
Le chenil, o ttawa, Éditions L’Interligne,
coll. « c avales », 2010.
L’homme qui mangeait des livres,
o ttawa, Éditions L’Interligne, 2010.
Cartel_Robitaille_L.indb 4 13-04-27 17:10Patrice robitaille
Le cartel des volcans
r o Man
Cartel_Robitaille_L.indb 5 13-04-27 17:10Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Robitaille, Patrice, 1964-
Le cartel des volcans [ressource électronique] / Patrice Robitaille.
(Voix narratives)
Monographie électronique.
Publ. aussi en format imprimé.
ISBN 978-2-89597-404-8 (PDF). — ISBN 978-2-89597-405-5 (EPUB)
I. Titre. II. Collection : Voix narratives (En ligne)
PS8635.O2694C37 2013 jC843’.6 C2013-902179-5
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Tous droits réservés. Imprimé au Canada.
eDépôt légal (Québec et Ottawa), 2 trimestre 2013
00-Intro.indd 6 13-04-27 17:10À la mémoire des personnes qui ont péri
à San Martín et de celles qui meurent encore
au Mexique à cause du cartel de la drogue.
À Manon, que j’aime.
Cartel_Robitaille_L.indb 7 13-04-27 17:10Cartel_Robitaille_L.indb 8 13-04-27 17:10Toute ressemblance avec
des personnes existantes ou ayant existé
ne serait que pure coïncidence.
Cartel_Robitaille_L.indb 9 13-04-27 17:10Cartel_Robitaille_L.indb 10 13-04-27 17:101
c ette nuit-là, un vent chaud transportait l’odeur du pétrole
en feu sur toute la plaine. La ville, qui s’était endormie
dans la plus parfaite obscurité, s’était réveillée dans les cris
et les hurlements déchirants des enfants et des femmes
emprisonnés dans leurs maisons. e lle s’était éclairée
entièrement, rougie par le feu, jusque dans ses quartiers les
plus misérables et s’était remplie de cette lueur vermeille
qui illuminait de tous ses feux la ligne d’horizon de s an
Martín. s es collines et ses volcans, Popocatepetl et
Iztazihuatl, semblaient, malgré le feu grandissant, dormir à
tout jamais.
u n vent chaud, puant l’hydrocarbure enfammé, se
levait et retournait les ramures des cyprès qui avaient été
jusque-là plus silencieux qu’à l’habitude. L’incendie
courait dans les rues comme une lave qui détruit tout sur son
passage. La lune, belle et ronde de la veille, laissait
toujours par endroits, de façon surprenante, sa lumière bleutée
jaillir derrière les nuées noires et épaisses qui parcouraient
le ciel. La fumée envahissait l’espace tout autour. c omme
d’habitude, il faisait chaud à la casa de niños *.
d iego et Évélia avaient été réveillés par les cris
déchirants de d aniela. Jamais ils n’auraient pu se douter même
* Pour la traduction des mots espagnols, se reporter au lexique p. 143.
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Cartel_Robitaille_L.indb 11 13-04-27 17:10Le carte L des vo Lcans
dans les pires scénarios imaginables que, pour fuir les
autorités, Juan e steban aurait pu s’en prendre au père Fernand
d ion avec autant de malveillance. Fernand d ion, c’était
Fernando pour eux, ce missionnaire venu du c anada pour
aider les enfants abandonnés de la ville. Il était là depuis
toujours, si longtemps en fait, qu’il avait fni par devenir un
ami. Jamais ils n’auraient cru Juan e steban capable d’agir
de la sorte, sans réféchir, dans un élan de folie meurtrière
qui le rangeait désormais du côté de r amón Herrera d iaz,
l’homme qu’il avait détesté le plus au monde.
d aniela, qui avait été avec le prêtre depuis le début,
était à genoux sur les carreaux blancs de cette cuisine où
elle s’était tant dévouée pour les enfants, ces enfants que
Fernando avait recueillis à la casa de niños. e lle pleurait
abondamment, sans pouvoir s’arrêter. e lle avait pris son
chapelet de la v ierge de Guadalupe, qu’ils venaient de
fêter, et l’avait placé sur la compresse ensanglantée
couvrant la plaie de l’homme qui ne bougeait plus, mais qui
regardait, sans parler, les enfants afolés qui se tenaient
debout autour de lui et qui pleuraient à chaudes larmes en
le voyant dans cet état.
Fernando regardait au plafond cette ampoule qu’il
avait si souvent remplacée à l’aide de son vieil escabeau de
bois recouvert de peintures de toutes sortes, cet escabeau
qu’il avait utilisé pour rendre cet immeuble délabré plus
joli. L’escabeau, il ne l’utiliserait plus jamais. L’ampoule
projetait sur toute la pièce une lueur blafarde qui lui
rappelait tous les moments qu’il avait passés là à rire avec ces
orphelins qui pleuraient maintenant sans lui, dans cette
cuisine qui avait été l’endroit de tant de joies, de tant de
paroles et de tant de chagrins partagés. c ette cuisine avait
été le lieu où tout avait été dit, et cette casa tout entière
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portait en elle les souvenirs qui avaient été pour lui, en
vieillissant, son plus grand bonheur.
d aniela pleurait comme la madone et ses larmes qui
tombaient sur le prêtre blessé traduisaient non seulement
toute l’afiction dans laquelle cette terrible tragédie la
plongeait, mais aussi tout son refus de le voir la quitter
si abruptement pour l’autre monde, le monde des êtres
aimés et disparus à jamais. e lle refusait de voir Fernando
étendu là, mourant, tout près d’elle et qui ne bougeait plus,
mais qui priait avec eux, paisiblement, avant de partir. Lui,
l’homme qu’elle avait tant aimé dans ce travail de tous les
instants, était dans cette mare de sang qui s’était répandue
tragiquement autour de lui sans s’arrêter. d aniela pleurait,
afchant toute la douleur de perdre celui qui leur avait tout
donné ; tout donné à ces enfants dont personne d’autre ne
prenait soin et pour qui ils étaient devenus la seule famille
au monde.
Le regard du prêtre s’efaçait, se voilait dans les larmes
de la prière de cette vieille dame devenue une amie
irremplaçable qui veillait sur lui avant l’arrivée des secours. o ui,
son regard s’efaçait, subjugué par l’engourdissement qui
vient avec les dernières images qui apparaissent avant de
fermer défnitivement les yeux. Immobile, il s’accrochait. Il
avait pris la main de d aniela dans la sienne comme pour la
rassurer, lui faire comprendre que les choses sont ce qu’elles
sont, irrémédiablement, qu’il ne pouvait rien y faire ; que
ce départ précipité, il ne l’avait pas choisi ; que s’il avait
pu rester à la casa pour l’amour des enfants, il l’aurait fait
de tout cœur, sans regretter quoi que ce soit, surtout pas
d’avoir donné sa vie pour les orphelins de s an Martín.
a près avoir raccroché le téléphone, d iego s’était
approché de lui. s on cœur voulait s’arrêter devant cette scène
terrible et injuste qui le ramenait à lui si douloureusement,
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Cartel_Robitaille_L.indb 13 13-04-27 17:10Le carte L des vo Lcans
parce qu’il n’avait jamais voulu dénoncer à la police
fédérale — pas plus que le père Fernando en fait — les activités
criminelles de son frère.
Évélia pleurait. e lle revoyait Fernando, les dimanches,
dans la cour intérieure avec tous ces enfants abandonnés
qui riaient de ses grimaces théâtrales et de ses petits jeux
divertissants qui visaient à ensoleiller leurs jours. t ous ces
enfants qui avaient tant eu besoin de lui dans le passé et
qui ne cherchaient rien d’autre que l’amitié désintéressée
de cet homme, si bon pour chacun d’entre eux et pour
Juan e steban aussi. Le prêtre gisait maintenant à ses pieds,
cet homme qui s’était complètement efacé pour eux, pour
leur rendre la vie acceptable.
Le bruit de la sirène s’était amplifé avant de s’éteindre.
Les gyrophares de l’ambulance éclairaient les fenêtres de la
casa, reprenant les lueurs de cette toile de feu qui projetait
cet incendie sur toute la ville, mais qui n’était jamais arrivé
à l’endroit où se trouvait depuis toujours l’orphelinat de
s an Martín.
d iego se pencha pour regarder le prêtre de plus près,
pour le réconforter, lui dire de tenir bon. Il lui releva la tête
qui baignait dans le sang et plaça une serviette enroulée
sous sa nuque. L’homme était devenu trop faible pour
réagir. Il ne respirait presque plus, mais il souriait légèrement
et cligna deux fois des yeux avant de ravaler cette salive
qui ne venait plus. La douleur et la brûlure de la plaie se
dissipaient d’elles-mêmes. Puis il ferma les yeux avant de
leur dire, paisiblement, qu’il les aimait tous :
— Les quiero a todos.
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a lors qu’ils étaient jeunes, quand les camions à benne des
éboueurs de s an Martín étaient repartis, que les bruits des
bulldozers dont les chenilles étaient recouvertes de boue
s’étaient éteints et qu’on n’entendait plus rien à des
kilomètres autour, Juan e steban et d iego étaient les rois de
la décharge qu’ils écumaient pour en extirper des trésors.
Ils jouaient dans les ruelles adjacentes à l’orphelinat du
père Fernando, la casa de niños du vieux franciscain située
non loin de la cathédrale. Leur monde, c’était le centre de
s an Martín dont les murs étaient recouverts d’un mortier
inégal. c e mortier avait la couleur des fancs des collines
qui coulaient au nord de la plaine. c ette plaine menait
aux quartiers de la Santísima et de la Colonia Petrolera, des
quartiers réservés aux mieux nantis, les ricos qu’ils les
appelaient, ces gens riches qui se promenaient avec leur jolie
femme dans leur Mercedes, leur BMW ou leur v olvo
rutilantes. Ils conduisaient en contournant les oubliés de
l’orphelinat. Ils étaient des vedettes insouciantes parce qu’ils
croyaient posséder le monde. Ils avaient la cigarette à la
main, étaient sans ridules ni plis sous les yeux parce qu’ils
n’avaient jamais marché sur la décharge pour survivre au
temps qui déchire la peau quand on est un enfant qui n’a
plus de parents. Ils passaient tous les jours dans leur bolide
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Cartel_Robitaille_L.indb 15 13-04-27 17:10Le carte L des vo Lcans
sur les grands boulevards de s an Martín. c ela faisait rêver
les orphelins d’un monde meilleur, mais ce bonheur leur
semblait cruellement inatteignable.
c e dont ils rêvaient le plus, c’était de se procurer, un
jour, un de ces bolides tout neuf pour cracher le dinero
comme ces ricos. Ils rêvaient de se promener dans les rues
empoussiérées de la ville, de cueillir des femmes, de les
balader à leur tour et de découvrir, avec elles, les larges
rues des plus beaux quartiers où se cachent les villas les
plus cossues de s an Martín. Mais là où ils avaient grandi,
les tacots restaient immobiles sous le soleil et les hommes
qui cultivaient la terre n’avaient pas le droit de rêver à ce
monde inaccessible. Les enfants avaient plaqué, contre les
murailles de tôle et de brique fendue, des caisses et des
cartons vides qu’ils avaient trouvés à la décharge. Ils les
avaient apportés là, près des bicoques chaufées au soleil
pour se les approprier et pour montrer leur seul bien. Le
plus souvent, ils y fourraient n’importe quoi : des sacs de
nylon orange qui avaient déjà contenu des fruits ou des
oignons, des bouts de corde autrefois blanche, noire et
bleue, mais des bouts si courts, si inutiles que seules les
caisses pouvaient prendre une réelle valeur à leurs yeux.
c eux qui marchaient les pieds nus passaient
l’aprèsmidi au soleil, non loin des villas de s an Martín qui
dormaient silencieusement au pied des volcans. d ans les
rues, quand ils partaient jouer, les chiens errants de s an
Martín, des animaux en mal d’amour et de nourriture,
gambadaient derrière eux pour les suivre jusque dans le
parc ou à l’autre bout de la ville, là où les adolescents se
donnaient rendez-vous. a vec leurs museaux, les chiens
fairaient tout. d ans les ruelles, aux coins des rues, le long
des clôtures, des murets ou sur les trottoirs, ils cherchaient
la moindre pitance.
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Cartel_Robitaille_L.indb 16 13-04-27 17:10Le carte L des vo Lcans
Parfois, pour les éloigner, Juan e steban leur lançait des
cailloux : c’est à ce jeu qu’il riait le plus. v oir ces chiens
sursauter, blessés à une patte, cela le faisait franchement
rigoler. d iego avait beau lui dire d’arrêter, son frère lui
répondait de se fermer la gueule sinon, pour s’amuser
davantage, ce serait lui qui serait lapidé jusqu’à ce qu’il
tombe au sol.
La rue avait été pour Juan e steban ce paradis
économique un peu pourri qu’il continuait de pourrir par sa
présence, mais il était fer de lui-même. L’endroit favorisait
les rencontres et lui permettait de faire son petit
commerce destructeur, sans qu’il en prenne jamais vraiment
conscience. e nfant, seul ou avec e rnesto et r odrigo, il
aimait sillonner les ruelles à la recherche de clients pour
leur larguer ses premiers chemos, ces sacs de colle Resistol
5000 qu’il préparait en petites quantités pour se faire des
montagnes d’argent.
d es enfants comme lui, un peu désespérés, un peu
abandonnés, il en trouvait tous les jours. Il adorait rendre
service et ne se gênait surtout pas pour leur prendre le peu
de pognon qu’ils avaient dans les poches ou qu’ils avaient
volé pour s’ofrir ce luxe des vapeurs cérébrales. Il passait
une bonne partie de la journée à se faire des amis, des
vrais, des enfants capables de lui acheter des chemos qui
leur donnaient l’impression d’exister et de profter de la
vie. d ans les rues, sur les étals des commerçants du bazar à
ciel ouvert, parfois il réussissait à piquer des articles sans se
faire prendre. Les objets volés, il les rapportait à la maison
pour les ofrir à Maria Luisa comme de jolis cadeaux qu’il
n’aurait jamais pu lui ofrir autrement. Quand les cam -
briolages avaient été particulièrement proftables, il était
très fer de lui remettre, en souriant, le butin subtilisé. Les
yeux de Maria Luisa s’allumaient. e lle était si heureuse de
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Cartel_Robitaille_L.indb 17 13-04-27 17:10Le carte L des vo Lcans
savoir que le petit faisait des courses pour les vieillards du
coin qui le récompensaient avec ces trucs bidon, mais tout
neufs. e lle ne se doutait de rien. Juan e steban lui
racontait des bobards et elle continuait à se douter de rien. e lle
se contentait de sourire et de le remercier. c ’était bien le
moins qu’elle puisse faire pour ce petit qui en faisait tant
pour la rendre heureuse.
u n jour, par contre, Juan e steban, s’était fait prendre.
Le commerçant de l’étalage d’étuis en cuir l’avait surpris
en fagrant délit. Il l’avait retenu en attendant la police.
Le petit n’avait pas arrêté de lui donner des coups de pied
pour se dégager et prendre la fuite, mais le vieillard était
plus fort que lui. Juan e steban était furieux contre
luimême de s’être fait attraper par cet homme qui jurait de le
recouvrir avec de l’alquitrán. Quand les policiers sont
arrivés, ils l’ont reconduit chez lui, compte tenu de son jeune
âge. Maria Luisa s’était mise à le soupçonner, à vouloir le
surveiller de plus près. e lle ne disait rien, mais savait que
son fls était devenu un voyou. Paco était mort depuis trois
ans et Maria Luisa ne savait plus comment le prendre. s on
fls était combatif, hargneux envers les autres. Il passait
le plus clair de ses journées avec ces autres petits voyous
qui l’exaspéraient quand ils venaient le chercher pour aller
faire leurs afaires loin de la maison et ainsi échapper à sa
vigilance. e lle travaillait toute la journée. e lle avait tenté
de lui imposer une gardienne, mais cela n’avait pas suf.
Juan e steban prenait la fuite et revenait à des heures peu
convenables. L’été, pour se rapprocher de ses deux fls et
pour arrondir les fns de mois, elle s’était mise à vendre des
boissons froides sur le bord de la route, près du poste de
péage : de l’agua de horchata, de tamarindo ou de jamaica.
au début, Juan e steban y avait trouvé un certain
intérêt. s a mère lui faisait une paie de quelques pesos à la fn
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Cartel_Robitaille_L.indb 18 13-04-27 17:10Le carte L des vo Lcans
de la journée et, naturellement, ses talents de vendeur
faisaient le reste. Ils passaient la journée sur le bitume où ils
voyaient les volcans se dessiner à l’horizon. À force
d’approcher les voitures pour vendre les boissons, leur corps
s’imbibait de cette odeur de mazout et d’hydrocarbure.
a rrivés à la maison, les garçons se lavaient sous l’eau qui
coulait d’un robinet défectueux raccordé à un arrosoir
vissé au mur extérieur de la maison. Ils se savonnaient
vigoureusement, appuyés contre le mur blanc et craquelé
de leur modeste demeure. Ils restaient là sous le soleil
accablant où les arbres laissaient pendre leurs branches lourdes
pour leur faire comme une ombrelle verte et luxuriante. Ils
n’avaient pas grand-chose, mais le peu qu’ils avaient leur
sufsait : ce qui se trouvait là sur la table, ce n’était pas
énorme, mais c’était à eux et à personne d’autre. Les jours
d’été leur procuraient un bonheur imprévu.
Ils étaient heureux et cette vie, aussi difcile qu’elle pût
sembler, leur apportait un bonheur sans complication et
une certaine tranquillité d’esprit depuis que Maria Luisa
s’était faite à l’idée que Paco était bel et bien mort et qu’il
ne reviendrait jamais plus. Il y avait parfois des moments
pénibles, mais elle savait que cela faisait partie de toutes les
vies. Les passants achetaient leurs boissons et Maria Luisa
avait l’impression de réussir son pari. c ouverte de son
chapeau au large rebord feuri pour se protéger du soleil,
il lui semblait que tout pouvait enfn recommencer. Les
garçons passaient entre les véhicules arrêtés et, à mesure
que la journée avançait, leurs provisions de boissons
froides diminuaient rapidement. L’agua de jamaica se vendait
bien. c e petit commerce la rassurait un peu.
La semaine, elle ne pouvait pas vraiment surveiller
Juan e steban, mais le samedi, elle savait qu’il n’était pas
avec ces petits voyous qu’il incitait à cambrioler avec lui
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Cartel_Robitaille_L.indb 19 13-04-27 17:10Le carte L des vo Lcans
les étalages du grand bazar de s an Martín. e n le voyant
travailler avec enthousiasme, son humeur avait changé.
e lle était plus joyeuse, comme résignée à poursuivre sans
jamais plus aimer quelqu’un d’autre que ses deux enfants.
c ette décision sembla apaiser le chagrin qui l’habitait
depuis des années. Maria Luisa était toujours aussi belle
et séduisante dans sa robe d’été. Quand elle était avec les
petits, elle riait, comme si rien d’autre n’était nécessaire
à son bonheur. Juan e steban était avec elle et nulle part
ailleurs. Ils ofraient de l’ agua aux gens arrêtés sur la route
fédérale. d e l’agua bien froide, avec de la glace, aux trois
saveurs les plus appréciées. Parfois, la conversation avec les
estivants devenait familière.
Les gens les remarquaient : ils la connaissaient, c’était
la femme aux deux garçons qui avaient pris d’assaut ce
poste de péage. s ur une table pliante, en bordure de la
route, Maria Luisa avait placé leurs afaires pour ne pas
les laisser sur la terre poussiéreuse : il s’y trouvait tout le
matériel pour préparer les boissons, les pots, la glacière,
les petits sacs et les pailles qu’ils piquaient dans les sacs
et qui tenaient en place avec des élastiques qu’ils tiraient
d’un bocal. Le prix était avantageux : dix pesos pour une
boisson, vingt-cinq pesos pour trois. Ils étaient devenus les
commerçants ambulants du poste de péage, les vendedores
ambulantes comme on les appelait dans les voitures. e lle
croyait sincèrement que, pendant qu’il était là, avec elle
et d iego, à vendre du jus près de ce poste de péage qui
sentait le monoxyde de carbone à plein nez, Juan e steban
tournerait le dos aux ruelles et au chemo. Les recettes ne lui
rapportaient pas grand-chose, mais, au moins, elle savait
qu’elle s’était donné la peine d’essayer.
L’expérience ne dura pas très longtemps.
20
Cartel_Robitaille_L.indb 20 13-04-27 17:10Merci à Guillermo c astellanos Machorro,
à sa famille ainsi qu’à n oémie Giguère
pour la lecture du manuscrit, la vérifcation
des faits et du vocabulaire espagnol.
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Cartel_Robitaille_L.indb 147 13-04-27 17:10Cartel_Robitaille_L.indb 148 13-04-27 17:10t a BLe des Mat Ières
1 ................................................................. 11
2 15
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4 27
5 36
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9 67
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15 125
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17 133
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20 141
Lexique .................................................... 143
remerciements ......................................... 147
Cartel_Robitaille_L.indb 149 13-04-27 17:10Cartel_Robitaille_L.indb 150 13-04-27 17:10v o Ix narrat Ives
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Chronique d’une journaliste au Congo, 2013.
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Cartel_Robitaille_L.indb 153 13-04-27 17:10Imprimé sur papier Silva Enviro
100 % postconsommation
traité sans chlore, accrédité Éco-Logo
et fait à partir de biogaz.
Couverture 30 % de fibres postconsommation
Certifié FSC®
Fabriqué à l’aide d’énergie renouvelable,
sans chlore élémentaire, sans acide.
Couverture : Aftermath of a pipeline explosion,
San Martín Texmelucan, 19 décembre 2010
© Ulises Ruíz Basurto/epa/Corbis
Photographie de l’auteur : Guillermo Castellanos
Maquette et mise en pages : Anne-Marie Berthiaume
Révision : Frèdelin Leroux
Achevé d’imprimer en mai 2013
sur les presses de Marquis Imprimeur
Montmagny (Québec) Canada
02-Lexique_TDM.indd 154 13-04-29 09:14Cartel_Robitaille_L.indb 1 13-04-27 17:10San Martín (Mexique), décembre 2010. L’explosion
gigantesque d’un pipeline secoue toute la ville et une
marée de pétrole en feu se déverse dans les rues,
emportant tout sur son passage. Les responsables de ce désastre :
des narcotrafquants.
Inspiré de ce fait divers, Le cartel des volcans raconte
l’histoire tragique de Juan Esteban Duarte, un jeune
délinquant qui sombre dans la violence et les activités
criminelles, sous la férule de Ramón qui, depuis un
soir d’été de son enfance, est devenu l’homme qu’il
déteste le plus au monde. Son frère cadet, Diego, assiste,
impuissant, à sa descente aux enfers.
Sous les étoiles, apparemment calmes, les volcans
Popocatepetl et Iztazihuatl se profilent à l’horizon,
toujours silencieux. La nuit, Juan Esteban et ses compères
siphonnent le pétrole et le revendent, impunément. Les
hommes de Ramón sont heureux jusqu’à ce que Juan
Esteban ne puisse plus contenir sa colère et sa soif de
vengeance…
Le cartel des volcans, un roman noir, réaliste et engagé,
qui dénonce les ravages de la drogue et du crime
organisé dans un pays pas très éloigné du nôtre.
Patrice Robitaille est né à Québec et a grandi
dans le nord de l’Ontario. Après avoir été
enseignant et bibliothécaire, il est aujourd’hui registraire
au c ollégial. Son premier roman, Le chenil, a été
fnaliste en 2010 au Prix littéraire du Gouverneur
général du Canada, catégorie littérature jeunesse.
Le cartel des volcans est son troisième livre.
VOIX NARRATIVES
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