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Le cercle secret (Harlequin Mira)

De
504 pages

Le cercle secret, Suzanne Forster

En 1982, dans une école privée de Californie, quatre adolescentes, martyrisées et contraintes par leur directrice de se soumettre aux caprices sexuels d'hommes influents, ont formé un club secret, en jurant de toujours se soutenir. Jusqu'à ce que l'une d'elles se suicide et que la directrice soit retrouvée assassinée...

Vingt ans plus tard, les trois lycéennes ont surmonté le drame et sont parvenues au sommet de l'échelle sociale : Mattie est devenue juge fédéral, Breeze, femme d'affaires, et Jane, première dame des Etats-Unis. Jamais elles n'ont dévoilé ce qui s'était réellement passé ce jour-là. Mais lorsqu'un journaliste trop curieux entreprend de faire la lumière sur cette affaire, toute leur vie menace de s'écrouler. Pressées par l'urgence, elles reforment alors le cercle d'autrefois. Pour étouffer la vérité. Pour empêcher que ne se ravivent les blessures secrètes du passé. Et surtout, pour prévenir un scandale retentissant...

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Mes remerciements éternels à ceux qui
m’aiment malgré mes défauts.
Ils se reconnaîtront.

1.

Rowe Academy, Ecole de jeunes ?lles
Tiburon, Californie
Hiver 1980

Son caraco de coton était très près du corps. Elle en?la pardessus une fraîche chemise blanche qu’elle boutonna en laissant déborder un peu ses seins.

Il se tenait derrière elle, et son image se re?était dans le miroir en pied. Elle s’assura qu’il suivait religieusement chacun de ses gestes. Les rituels vestimentaires avant l’amour lui avaient toujours paru étranges, mais lui les appréciait. Il paraissait hypnotisé, et elle se demanda si son cœur battait déjà la chamade.

Les plis de sa jupe écossaise portefeuille lui couvraient à peine les genoux. Elle exécuta une pirouette et les pans s’envolèrent. Elle se sentait joyeuse et légère comme une gamine, et sa longue natte noire sautilla de plaisir. Transformation accomplie, elle était dans la peau du personnage, et il le sentait sûrement. Elle se baissa en évitant de croiser son regard dans le miroir, et tira ses bas de coton sur ses mollets. Elle aurait préféré des bas de soie, mais tout devait être authentique. En guise de maquillage, elle s’était pincé les joues pour se donner bonne mine et, oui, tout de même, elle avait passé un soupçon de gloss sur ses lèvres. Mais pas de bijou. Ça ne faisait pas partie du costume.

Elle se redressa. Il n’était plus dans le miroir. Elle se retourna pour le chercher du regard en espérant qu’il s’était allongé sur le lit, tremblant de désir et de honte, à sa merci. Aujourd’hui, il fallait qu’il la désire plus que jamais car elle avait quelque chose d’important à lui annoncer, quelque chose qui déterminerait l’avenir de leur relation.

Son cœur se serra quand elle le vit debout près de la fenêtre. Il regardait dehors, dans la cour de récréation située deux étages plus bas.

Le bâtiment aux murs recouverts de lierre était construit en forme de U, sur le modèle des châteaux victoriens, et il n’avait pas toujours abrité une école pour jeunes ?lles de bonne famille. Ce château, elle y avait grandi. Il avait appartenu à sa famille jusqu’à ce que sa grand-mère décide de le léguer à une fondation. Ça ferait bientôt quinze ans qu’elle en avait été dépossédée et que ses appartements de directrice se trouvaient relégués au deuxième étage de l’une des tours. Elle était enfermée dans une tour… Comme une prisonnière.

Elle le rejoignit, mais il l’ignora. Il paraissait fasciné par une délicieuse créature aux cascades de boucles rousses et au doux sourire de madone. Elle s’était installée près de la fontaine qui trônait au centre de la cour, apparemment indifférente à la brume de gouttelettes qui auréolait son beau visage d’un voile de communiante. Découragées par le froid piquant, les autres pensionnaires ne s’étaient pas aventurées dehors, mais sans doute celle-ci recherchait-elle le calme et la solitude.

— Tu veux cette gamine ?

Elle avait posé la question d’un ton glacial et amer, mais il ne parut pas s’en émouvoir.

— Ce n’est pas une gamine, rétorqua-t-il. Je dirais plutôt une petite femme en herbe. Fraîche, adorable, d’une pureté virginale.

Intérieurement, elle écumait de rage. Tout juste trente ans et déjà évincée par une vierge minaudante. Elle s’était donnée corps et âme à cet homme. Toute sa vie tournait autour de lui… A présent, elle n’osait plus lui annoncer la grande nouvelle : elle craignait de passer pour une idiote.

Elle se sentit envahie d’une colère froide — en dessous de zéro, de la glace en fusion. Elle allait lui donner ce qu’il voulait, mais en lui faisant payer le prix fort. C’était un homme important ; il avait le pouvoir de la détruire. Mais il avait dépassé les bornes et ils le savaient tous les deux. Oui, elle allait lui servir sur un plateau ce qu’il réclamait, mais ça lui coûterait cher. Très cher.

Prison de St Quentin
Eté 2005

Le soleil enveloppé de brume ressemblait à une lune argentée. La porte principale s’ouvrit avec un bruit métallique. Une longue et ?ne silhouette fantomatique s’encadra en vacillant sous le porche. L’homme ?t quelques pas. Il paraissait glisser au-dessus du sol et son costume noir ?ottait autour de son corps décharné. Ses épais cheveux d’un noir bleuté retombaient devant ses yeux, lui masquant la lumière. De son visage, on ne voyait que des pommettes saillantes et une mâchoire anguleuse. Un détenu. Un rescapé du couloir de la mort auquel on rendait sa liberté.

Il ne paraissait pas conscient de la route qui s’étendait devant lui. Il avança encore de quelques mètres et ?t lentement volte-face en se balançant comme un arbre trop grand qui oscille sous le vent. Puis il leva lentement une main et replia ses doigts en laissant le majeur dressé — moins par provocation que pour tester l’état de ses droits constitutionnels. En?n libre ! Il n’en revenait pas. Une portière de voiture claqua au loin et il sursauta comme si on lui avait tiré dessus.