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Le Cinéma des familles

De
463 pages
Dans la famille lambda vous demandez la mère, le père, le frère, la sœur. Chaque fois que vous attendez une carte, vous en obtenez au moins deux – Mammère première la naturelle, Mammère seconde l'adoptive, Mompère l'espion, le pianiste, le pasteur, un frère proliférant dans les fourmilières et la mousse, une sœur poupée ou cantatrice, etc. Dans le cinéma des familles, chacun porte sur l'écran une ombre démesurée où l'autre peut se fondre. Leur rencontre a lancé des scénarios de crimes, de sacrifices, de fugues, de retrouvailles. Jim fut-il condamné à tort? Quel âge avait Tom? Rose a-t-elle survécu? Alice est-elle idiote? Où va la rivière? Suis-je un monstre? Avec ça, les témoins s'inventent des dialectes, car ce sont des enfants. Et là où une autofiction aurait cru rassembler les membres, le cinéma de toutes les familles démultiplie le foyer, le disperse jusqu'à la lune, jusqu'aux étoiles. C'est Alice qui chante cela. Le film a déjà commencé.
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Le ciném a des fam illes
D U M Ê M E AU T E U R
chez le même éditeur
L es A llures naturelles, 1991. L e Chemin familier du poisson combatif, 1992. K ub Or(avec Suzanne D oppelt), 1994. Fmn, 1994. S entimentale journée, 1997.
chez d’autres éditeurs
Guillaume d’Ockham. L e S ingulierinuit, 1989., M Chercher une phrase, C hristian Bourgois, 1991. Personal PongVilla Saint-C lair, 1997.(avec Jacques Julien), H andicap(avec Jacques Julien), Rroz, 1999.
Pierre Alferi
Le cinéma des familles
R oman
P.O.L e 33, rue Saint-André-des-Arts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 1999 ISBN : 2-86744-713-5
– Raquim ara drom pitolon dupourilugam è ? – C aralam ou l’ontélechelle ! – At ta ta, bougrignotte. – M éci lorm i désinajoliparoviaque, quantiloptesse, entoucastique. – Épitrant, épitrouge, épivanèche. – I lsé p ar écap iso n n é l’écr avalo n ch e agr an d o m -brune, savétuvu, justalam ardébor duboudutrac, afindalir couralam antoci vouzo. – Vatendétous, venm outendé ?
O n trouvait des petits m ots, com posés de m ots de ce genre dans une syntaxe qu’on pouvait supposer stan-dard, sur des post-it collés à tableau de bord de voiture porte de frigidaire cham p d’étagère coin de table queue d e chat erran t. Je les écris phon étiqu em en t, car je n e savais pas lire. M êm e qu an d j’en en ten d ais u n par la voix de M om père ou M am m ère qui l’avait déniché, j’y entendais celle de Tom , m on frère aîné, leur auteur.
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Je n’y com prenais presque rien, m ais les paroles des p aren t s n ’ét aien t p as m oin s im p én ét rab les, et le t on attendri dont ils prononçaient ces hapax, visage penché su r graphie gau che avec arron d i bienveillan t d es yeu x bouche en cul-de-poule, m e faisait soupçonner ce cr yp-tolangage de m ’être m oins étranger que le leur. Il était du côté bébé, du m ien. J’y devinais quelque chose qui m e parlait m e séduisait, un r ythm e une articulation, je l’entends encore quand je parle. Le jour où je saurai les règles, je pourrai traduire les sept phrases de cet insipide incipit. Leur form e logique n’a je crois rien d’original ; au contraire, dans leur « syntaxe qu’on pouvait supposer standard »Tom avait dû capter le ruisseau encaissé dans la stru ctu re profon d e, com m u n e à tou tes les lan gu es, q u ’im agin èren t cer tain s lin gu istes. M ais ce r u isseau , avec son débit doux à nos dix oreilles, suivait un chem in bien à soi dans la structure de pierre. C ’est le chem in de notre fam ille.
1
Apparition de Mam m ère
É vid em m en t elle n e t ’a p p a r u t p a s, d it es-vo u s, puisque tu apparus en elle, détaché dans un cri sur le fond qui fut elle. C ette préhistoire appartient à l’histoire à dorm ir debout vraie, com m e la révolution de la Terre autour du Soleil. O r, M am m ère m ’apparut soleil qui se lève sur planète naguère fondue en lui. M ’apparut sans passé, bien jeune pour avoir un m ari, un autre fils – ce devait être que D ieu ou m oi l’avions créée avec une his-toire virtuelle, com m e du néant sortit Adam avec nom -bril, la Terre avec fossiles. La voir si neuve et si entourée m e troubla, m e fit pleurer, et d’avoir été précédé en un m onde qui n’existait pas. C ’est toi, lui dis-je dans m on idiom e de voyelles, tu débarques en m êm e tem ps que m oi, m ais alors que trafiquais-tu avant l’heure dans ces lim bes où je n’étais pas ? M a prem ière nuit sur Terre nuit dont n’était pas séparé le jour encore Terre vide et vague tournant à vue de nez dans le jeune systèm e solaire
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je la p assai, p ar u n e d érogation , d an s la ch am b re d e M am m ère. La clinique était d’avant-garde, on y parlait relaxat ion p ér id u rale accou ch em en t sou s l’eau san s douleur, on n’y rangeait pas les nourrissons au dortoir car il fallait « n e p as cou p er le cord on affect if ». L e silence de la cham bre fut plein de souffles et m a cécité d’om bres, le corps couché eut d’abord une carrure floue d e cach alo t , m ais sem b la p lu s p et it en vr ai q u e d u dedans. Bientôt je la rem is : m am asure m am ansarde m onm as. E lle ét ait fin e. Ain si ser ait t o u jo u r s, p o u r m o i, Lafemme. L’archiforme où elle m’apparut ne fut donc pas fessue mammaire G aïa chthonienne, bien au contraire. N i bon sein ni m auvais, nul colostrum , ni droit ni gauche – ainsi je serais ambidextre : dessin, graphème gracile sans gras et sans couleur, à la rigueur grain sur peau pâle, roux slave. C ar elle avait souffert de consomption adolescente, ç’avait été sa grande épreuve. D ans le sana où s’étiolait la d er n ière gén érat ion p erd u e d es p h t isiq u es M om p ère l’avait découverte bien en chair pourtant, parce qu’au lieu de se camer aux camélias elle suivait en désespoir de cause le régime d’un guérisseur à base de fromage à pâte molle et vin rouge fort en tanin. Le poumon rongé par l’angoisse – selon l’étiologie qu’elle-même après coup choisit pour avaler le miracle de sa guérison – repoussa, il paraît que c’est im possible. M ais reven u e d ’en tre les m or tes elle ren on ça à ses q u atre cou lom m ier s et d eu x litron s d e jurançon quotidiens, redevint fine.
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