Le Cirque rouge

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La terreur règne dans les rues de Londres depuis qu’un tueur sanguinaire s’attaque aux femmes au soir tombé. Au Cirque rouge, les prostituées Blanche, Marie, Hélène et Violette vivent dans la peur d’un nouveau meurtre. Leurs vies vont soudainement basculer et leurs passés remonter à la surface lorsque l’une d’entre elles quitte la maison close pour aller vivre chez un lord étrange et excentrique... La traque commence alors et toutes sont menacées. De sombres parcelles de leurs vies ressurgissent ; dévoilant ainsi les secrets de chacune.

Un roman mêlant intrigue policière et psychologique !


Publié le : vendredi 14 août 2015
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EAN13 : 9782332983800
Nombre de pages : 302
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ISBN numérique : 978-2-332-98378-7

 

© Edilivre, 2015

Partie 1

Le cirque rouge

Blanche

Elle en avait trois. Trois robes plus usées les unes que les autres. Elle les choisissait avec l’humeur du moment, en se demandant quelle attitude elle allait prendre durant la soirée. L’une était d’un rouge profond, son décolleté était plongeant et laissait entrevoir une très grande partie des seins, seins qu’elle n’avait d’ailleurs pas beaucoup. Cette robe-là était provocante, audacieuse. Non, ce n’était pas pour aujourd’hui. La bleue peut être. La couleur était intense, à en faire mal aux yeux. Elle était réservée aux soirs où Blanche se sentait pétillante et animée par une joie de vivre certaine. Mais pas aujourd’hui. Le calme régnait. La fatigue se faisait sentir. La détresse montait petit-à-petit. Elle choisit alors la robe verte. La couleur sombre s’alliait parfaitement avec son teint laiteux et ses cheveux châtains. Elle remarqua que les jupons avaient été déchirés. Certainement par quelques clients brutaux. Le genre de clients qui ne laisse pas la place à la douceur. Elle s’observa un instant dans le miroir et resta pensive sur le mot « douceur ». Depuis combien de temps n’en avait-elle pas eue ? Elle ne saurait plus le dire. Son monde était dénué de sensibilité. Même ses amies se montraient très vulgaires, presque masculines. Voilà tout ce qu’elle avait appris à connaître durant sa courte vie. Les hommes, le sexe et la violence. Bien que le sexe fût son métier elle n’y portait aucun intérêt, considérant plus cela comme une tâche à accomplir plutôt qu’un plaisir certain. Les hommes ne s’intéressaient pas à elle, et elle le leur rendait bien. La tâche était mécanique, méthodique et parfaitement ordonnée. Sauf lorsqu’un mauvais client arrivait à passer à travers les mailles du filet. Cela arrivait parfois, malgré la prudence de Charles qui veillait au bien être de ses filles en s’assurant que les clients n’étaient pas violents. Mais lorsque Charles ne voyait pas, quand un mauvais client parvenait à passer, alors les filles devaient se taire et encaisser, et parfois s’apprêter à des jeux aussi dégradants que dangereux. Blanche le savait. Elle connaissait ces pratiques-là. Elle les avait déjà employées. Et lorsque l’acte violent était terminé, lorsque l’homme quittait les lieux, elle vomissait et se haïssait. Elle se sentait souillée et humiliée. Il fallait alors que l’une des autres vienne la consoler et lui apporter un peu de tendresse. Sentiment très rare dans ce milieu si hostile. Et quand le moment était venu d’aller se coucher, l’esprit de Blanche vagabondait et s’échappait. Elle aurait voulu un titre de noblesse, une protection et de l’argent à foison. Elle aurait voulu être une femme respectée, enviée de tous et de toutes et non pas une putain souillée et abimée. Elle aurait voulu se marier avec un homme respectable ayant quelques investissements dans la finance et les affaires. Et elle aurait voulu avoir des enfants à qui elle aurait fait partager son goût pour les arts et la littérature. Car elle lisait parfois. Pas autant qu’elle le souhaitait. Mais lorsque les clients partaient, lorsque les autres filles ne lui prêtaient pas attention elle sortait de sa cachette de minuscules livres qu’elle prenait plaisir à parcourir. Les histoires d’amour ne l’attiraient pas, il y a bien longtemps que l’amour l’avait quittée. Peut-être même n’en avait-elle jamais eu. Elle préférait les intrigues policières, les mystères inexpliqués et les meurtres crapuleux. Son cœur se mettait alors à battre plus fort et elle voulait toujours en savoir plus. Ne parvenant plus à s’arrêter de lire avant de connaître le meurtrier. Elle aurait voulu faire partager ses goûts à ses enfants. Peut-être tomberait-elle enceinte un jour, les méthodes contraceptives de Charles n’étant pas parfaitement sûres. Mais elle n’aurait qu’un enfant né de violence. Et si elle avait une fille, celle-ci serait vouée à grandir dans son bordel et à devenir une traînée. Blanche ne le tolérerait pas. Elle préfèrerait la mort plutôt que de devoir vivre ainsi. A vingt-deux ans la mort était une idée qui faisait régulièrement son apparition dans son esprit. Alors que d’autres jeunes filles de son âge pensaient au mariage et aux enfants, Blanche pensait à la mort très souvent. Elle y songeait quand son cœur était soudain pris de pitié, ou quand elle remarquait qu’elle pourrait aussi aimer. Toutes ces musiques, ces robes, ces clients et ces pratiques qu’elle connaissait depuis toujours parvenaient parfois à la répugner lorsque son cœur s’animait et lui faisait part de ce qu’il aurait voulu vivre. Mais elle s’efforçait de ne rien ressentir, de se fermer au monde et aux sentiments. Elle se devait de satisfaire les hommes qui la payaient. Comme Charles le lui rappelait souvent : Blanche est une pute de luxe. Les clients paient cher pour avoir l’accès à ce bordel. Les filles ont un toit et ne travaillent pas dans la rue. Elles mangent tous les jours à leur faim. Et elles ne sont pas prisonnières. Si un jour l’une d’entre elles souhaite partir, qu’elle le fasse. Charles le lui répétait souvent, comme pour s’assurer que Blanche se sente chanceuse d’être sous son aile. Comme s’il avait peur qu’elle mette fin à ses jours. Comme s’il ne voulait pas qu’elle oublie que c’était lui qui lui avait sauvé la vie alors qu’elle gisait dans un caniveau étant petite. Mais elle ne voulait pas quitter le Cirque Rouge, elle ne saurait pas quoi faire ni même où aller une fois dehors. Elle n’aurait rien ni personne. Et par les temps qui couraient il ne faisait pas bon d’être seule sans nulle part où aller. Blanche se tenait au courant de l’actualité de la ville. Elle aimait connaître tout ce qu’il se raconte et ce qu’il s’y passe. Mais depuis quelque temps de sombres desseins s’étaient abattus sur les quartiers environs. Des gens se faisaient tuer le soir venu sans raisons apparentes. Un homme pris d’une folie furieuse massacrait sans vergogne, déchirant les chaires pour ensuite s’en repaître. Il ne faisait pas bon être dehors par ces temps-là. Une fois le soleil couché les gens se calfeutraient chez eux pour ne rouvrir les portes qu’une fois la nuit et la terreur passées. L’excitation de Blanche avait été à son paroxysme quand elle avait appris cela. Elle n’avait plus besoin de se plonger dans ses livres pour vivre une sombre histoire. Voilà que la fiction était devenue réalité, le quartier s’était animé. Elle aurait voulu savoir. Peut être même aurait-elle voulu voir un cadavre, en faire le dessin et essayer de trouver qui avait fait cet acte horrible. Elle aurait voulu faire partie de la police. Afin de ne pas avoir besoin de se réfugier dans ses livres pour ressentir l’excitation et l’effroi. Elle se plaisait à penser qu’elle trouverait peut-être si elle arrivait à mener son enquête. Un cognement contre sa porte de chambre la fit sursauter et la tira de ses pensées. Charles était encore venu gueuler, comme à son habitude.

« Qu’est-ce que tu fous la colombe ? T’es encore en retard ! Il y a un client qui te réclame tout de suite, alors enfile tes jupons, met un sourire sur ta jolie figure et ramène tes fesses ! »

L’énervement matinal de Charles était le signe annonciateur du début de la journée de travail. Blanche se regarda une dernière fois dans le miroir et essaya de mettre une lueur de gaîté dans ses yeux sombres. Elle noua ses cheveux sur sa nuque et descendit les escaliers. Puis elle se laissa emporter par la frénésie du monde du Cirque Rouge, encore une fois.

Marie

L’argent. Voilà ce qui permettait à Marie de pouvoir s’acheter des robes et des collants que les autres ne pouvaient pas avoir. Elles en étaient jalouses et elle le savait. Se sentir ainsi enviée l’excitait tout particulièrement. Elle adressait chaque jour une prière à son époux qui lui fournissait tout l’argent qu’elle voulait. Mais elle devait constamment faire face à un souci majeur : son mari ignorait tout de sa vie de débauche. Elle maniait le mensonge telle une épée, avec souplesse et dextérité. Elle devait toujours parfaitement réaliser cet art au risque de perdre toute dignité. Il avait voulu une femme jeune, belle et fraîche mais ne savait pas la satisfaire. Et s’il y avait une chose dont Marie ne pouvait se passer, c’était bien le sexe. Elle avait un mari aimant et fidèle qui ne jurait que par elle. Mais les grands sentiments répugnaient la jeune femme. Elle préférait les plaisirs charnels à l’amour, qui pour elle n’avait guère d’importance. Et elle mentait. Elle montait des scénarios de toutes pièces pour pouvoir s’évader une journée voire plusieurs parfois. Elle quittait sa bague pour enfiler quelques faux joyaux avant d’entrer en scène et de se faire passer pour une catin comme les autres, une traînée qui n’avait pas d’autres endroits où aller. Dans ces quartiers-là personne ne la connaissait. Elle était simplement Marie, la jolie blonde aux yeux bleus très douée pour les plaisirs corporels. Nul ne se doutait qu’à quelques kilomètres de là, dans les quartiers riches, elle avait un mari qui l’attendait pour dîner. Il lui était parfois arrivé de se trouver face à un homme qu’elle connaissait, un homme riche venu satisfaire un besoin refoulé depuis trop longtemps. Et elle se cachait, laissant à d’autres filles le plaisir de s’en charger. Et s’il y avait bien une personne que Marie ne supportait pas c’était bien son patron. Cet homme rondouillet et à la voix nasillarde. Ce raté qui ne faisait que hurler. Et pourtant elle devait se plier à ses ordres, appliquer ses règles. Et surtout elle devait respecter les horaires qu’il lui imposait. Chose compliquée puisqu’elle n’était disponible qu’une partie de la journée. À plusieurs reprises Charles avait voulu la renvoyer mais la jeune femme savait toujours comment se racheter. Elle était devenue la maîtresse de son patron le jour où il n’avait plus voulu d’elle. Elle était devenue la catin de l’homme qu’elle détestait le plus. Mais elle aimait le sexe, quelle que soit la personne avec laquelle elle le pratiquait. Elle ne se rappelait plus à quel âge elle avait eu son premier rapport, mais elle savait qu’elle en avait eus beaucoup. Et son plus grand regret était de ne pas pouvoir s’affirmer, de ne pouvoir dire à personne qui elle était réellement de peur de se voir traiter de moins que rien. Car même les putains ne sont pas censées aimer le sexe, elles se doivent de faire leur travail, pas de l’aimer. Elles se doivent d’être au service du plaisir des hommes, d’être contraintes et soumises à leurs caprices mais de ne rien dire des leurs. Alors Marie se taisait. Elle ne disait rien de la flamme qui brûlait constamment dans son ventre. Elle se contentait de savourer chaque rapport en silence et de ne rien laisser paraître. Elle s’était rendue compte qu’elle n’était qu’une jolie apparence, qu’une jolie image et qu’une jolie menteuse. Elle avait les plus beaux cheveux des filles du Cirque Rouge, les plus beaux yeux, la plus belle voix et le plus beau corps. Et elle savait s’en servir. Elle savait que son côté vipère en faisait tomber plus d’un. Même certaines femmes ne lui résistaient pas. Elle avait déjà eu des relations avec des filles du bordel, le soir très tard lorsque les autres n’étaient plus là. Lorsque Charles ne rôdait plus dans les couloirs. Et dans le noir. Sans aucun bruit elle s’adonnait à ses plaisirs lesbiens qu’elle aimait tant. Mais cela était de plus en plus rare. Son mari ne la laissait plus sortir la nuit et ses amantes avaient soudainement pris peur qu’on les découvre. Elles auraient été bannies pour avoir pratiqué ces choses-là. Peut-être même que la potence leur aurait été infligée. Alors elle se contentait désormais de sentir le désir monter lorsqu’elle sentait qu’elle était ainsi enviée. Mais il y avait Blanche. Et avec elle tout était différent. Marie l’aimait et la détestait en même temps. Elle l’aimait pour ce qu’elle était, pour sa personnalité, son intelligence et sa grandeur d’âme. Mais elle la haïssait pour sa distance et pour n’avoir aucune emprise sur elle. Pas une seule fois elle n’a senti son regard jaloux se poser sur elle. Et pas une seule fois elle lui ne a dit qu’elle était belle. Marie avait toujours voulu savoir comment elle faisait pour rester si digne et si respectée tout en pratiquant le sexe à longueur de journée. Et Marie voulait rester la favorite de tous et ne pas avoir à être concurrencée. Mais il y avait Blanche. Et les hommes l’aimaient. Ils venaient trouver chez Marie la blondeur et le vice mais se tournait vers Blanche lorsqu’ils voulaient de l’intelligence, de la conversation et du charme. Depuis qu’elle l’avait rencontrée, Marie savait qu’elle n’était rien de plus qu’une jolie apparence. Et elle avait essayé de se cultiver, de parler de façon élégante et de ne pas être vulgaire autant dans ses propos que dans ses gestes. Mais la perversité l’avait vite retrouvée. Elle n’était rien d’autre qu’une catin, une femme infidèle et inhumaine. Et parfois elle pleurait. Elle se demandait ce qu’il y avait dans son esprit et si elle n’était pas envoûtée par quelques monstres malsains. Ou si elle n’était pas la réincarnation d’un homme ayant été obsédé par les plaisirs de la chair. Mais elle ne devait pas penser comme ça. Les pensées obscènes telles que les siennes sont punies par l’église. Elle devait refouler toutes ces choses qui l’animaient jours et nuits. Elle se devait d’être respectable et de se tourner vers Dieu et son mari. Il fallait qu’elle arrête ses monstruosités et ses désirs malsains, qu’elle cesse de fantasmer sur les meurtres, bien que cette tâche allait être compliquée, les chairs déchiquetées, la souffrance et le mystère l’excitait inlassablement. Mais il fallait qu’elle arrête. Et pour cela, il y avait Blanche.

Hélène

Déprimée, névrosée et paranoïaque. Elle se sentait laide. Et elle savait que c’était justifié. Son regard se portait sans cesse sur les autres filles qu’elle trouvait toutes plus belles qu’elle. Elle n’attirait pas les hommes, elle n’avait que très peu de clients. Et elle angoissait. Chaque jour. Elle se demandait si elle allait arriver à séduire quelqu’un et à se faire un peu d’argent. Mais à sa vue les hommes se détournaient d’elle, un à un. Et ils allaient trouver Marie, la si belle Marie. Parfois certains s’intéressaient à Blanche pour sa conversation et sa présence. Mais personne ne s’intéressait à elle. Elle était trop pâle, trop vide et trop inexistante. Et elle n’avait pas un beau physique. Elle était trop grande et dégingandée. Ses cheveux fins et plats n’avaient qu’une vague couleur orangée et ses yeux marron étaient des plus banals. Et elle n’avait aucun charme et manquait cruellement de culture. Elle n’arrivait jamais à se faire une place en société, elle parlait peu, se contentait de sourire. Elle savait qu’elle n’avait rien pour elle et que personne ne l’aimait. Alors elle tentait tant bien que mal de faire preuve de gentillesse, mais les gens ne sont pas attirés par tant de sympathie. Surtout pas les clients. Hélène n’avait rien de sexuel, et elle le savait. Il y avait parfois plusieurs jours de suite où personne ne voulait la toucher, où Charles souhaitait désespérément qu’elle s’en aille. Mais elle ne pouvait pas. Elle ne voulait pas. Où serait-elle allée ? Elle qui n’a ni maison ni famille. Elle qui n’a personne. Elle sentait son physique et son esprit se détériorer au fil des jours. Elle voyait son corps diminué, ses kilos s’envoler et ses cheveux tomber. Son teint se faisait pâle et ses joues se creusaient. Et elle pleurait tous les soirs. Elle s’isolait pendant que les autres filles travaillaient. Et quand il arrivait qu’un homme la veuille, la peur l’emportait. Elle craignait de ne pas être la hauteur, de ne plus savoir les gestes qu’il fallait faire. Elle avait peur de ne pas le satisfaire et de se faire renvoyer. Elle avait essayé une fois de demander conseil à Marie, mais la jeune femme n’avait fait que rire et se moquer de cette demande. Tout le monde la trouvait ridicule et inintéressante. Elle qui était pourtant si gentille et si sensible. L’appétit la quittait de plus en plus. Elle se sentait faible, lasse et épuisée. Et puis il y avait ces meurtres. Elle n’avait plus envie de sortir même en plein jour. L’extérieur lui faisait peur et lui déclenchait des crises d’anxiété. Ces histoires macabres l’effrayaient au point qu’elle ne veuille plus ouvrir les volets de sa chambre. Elle soupçonnait tout le monde. Chaque homme qu’elle croisait était pour elle un potentiel meurtrier. Un cannibale. Elle vomissait lorsqu’elle y pensait. L’idée qu’un homme en mange un autre lui était insupportable et la révulsait. Alors elle ne sortait plus de peur d’être attaquée elle aussi. De peur de ne pas pouvoir se défendre. Plusieurs fois avait-elle souhaité mourir. Mais pas comme ça. Pas assassinée. Elle voulait se donner la mort elle-même, afin d’avoir le contrôle. Elle y avait déjà réfléchi de nombreuses fois. Elle voulait que ce soit doux et sans douleur. Elle voulait partir petit-à-petit, en voyant l’image devenir de plus en plus floue, jusqu’à sombrer dans le néant. Et il n’y aurait plus personne. Il n’y aurait plus Charles avec ses reproches et ses exigences. Il n’y aurait plus Blanche et son intelligence et il n’y aurait plus la belle Marie et ses moqueries. Elle serait seule. Paisible. Le monde extérieur ne lui ferait plus peur, elle pourrait enfin se reposer et avoir la paix qu’elle mérite. Et c’est là tout ce qu’elle voulait. La paix. La tranquillité. Ne plus avoir à subir les railleries de ses camarades. Ne plus voir toutes ces belles créatures qu’elle enviait tellement. Ne plus essayer de se coiffer et de se maquiller comme elles. Elle n’avait aucune personnalité. Et elle passait son temps à ressasser, à pleurer et à déprimer. Son malheur l’occupait et lui faisait parfois oublier toutes les horreurs du monde entier. Mais il y avait quelque chose d’autre. Quelque chose qui l’effrayait plus encore que le cannibale qui sévissait en ce moment. Quelque chose qu’elle redoutait jour et nuit. Quelque chose qu’elle ne voulait plus voir. Quelque chose dont elle avait peur et qui l’angoissait bien plus que tous les soucis qu’elle pouvait avoir. Et elle devait pourtant vivre avec, la côtoyer et la regarder chaque jour durant.

Charles

C’était l’heure des comptes ce matin. L’heure de savoir si son affaire tournait toujours aussi bien. Il fut forcé de constater que ce n’était pas le cas. Il perdait de l’argent de jour en jour et il ne pouvait pas se permettre d’engager d’autres filles, le Cirque Rouge était déjà plein. La nourriture lui coûtait plus cher que tout le reste. Il avait dix bouches à nourrir, dix filles travaillant pour lui. Et il était fatigué. Lassé de toujours se demander quand il allait tomber. Il y avait maintenant vingt ans qu’il avait monté le Cirque Rouge avec l’espoir de devenir un riche entrepreneur. Les premières années avaient été glorieuses, tous les hommes des environs venaient découvrir l’endroit chatoyant que Charles avait construit. Le Cirque rouge et ses broderies, se rideaux de velours et ses lits à baldaquins. L’endroit se voulait coquet et propice à la séduction. Puis le temps des premières excitations était passé. Il devait maintenant se battre pour faire du bénéfice et pour pouvoir continuer d’héberger ses filles. Mais il avait déjà pensé à en renvoyer. Et quand le temps serait venu de passer à l’acte, il ne renverrait pas n’importe qui. Il s’était promis au début de sa carrière de ne s’attacher à personne, mais il avait fauté le jour même où il avait trouvé ce bébé dans la rue, déposé dans un linge blanc. Une charmante petite fille au visage d’ange qu’il avait décidé de baptiser Blanche. Elle était comme sa fille et pourtant, il l’avait obligée à travailler au Cirque Rouge, ne pouvant assumer ses besoins sans cela. Et il avait eu raison. La jeune femme lui rapportait de l’argent régulièrement et de façon constante, jamais elle ne l’avait déçu. Son charme naturel et son intelligence attiraient les hommes les plus nobles. Mais Charles avait mal parfois et ne désirait qu’une chose : pouvoir délivrer Blanche de ce travail. Pouvoir lui offrir autre chose. Une vie qu’elle méritait et qui serait à la hauteur de ses exigences. Blanche ne méritait pas d’être une catin. Et il y avait Marie. Et jamais il ne la renverrait. Elle était bien trop douée malgré ses nombreuses absences. Et elle était belle. Sa scandaleuse blondeur, ses yeux bleus et ses formes en faisaient tomber plus d’un. Peu de temps après son arrivée, elle était devenue la femme la plus rentable du Cirque Rouge. Et la plus populaire aussi. Charles n’oubliait pas qu’il couchait avec. Toutes les semaines lorsqu’elle avait un moment de libre, et il devait bien avouer qu’il lui était reconnaissant car malgré le fait qu’il détenait un bordel, il y avait bien longtemps qu’il n’avait plus touché une femme. Marie lui avait fait redécouvrir. Elle et sa façon experte de faire les choses. Mais personne ne savait et c’était mieux ainsi. Il ne voulait pas que les autres filles apprennent la relation qu’ils entretenaient. Blanche serait bien trop déçue de lui si elle en prenait connaissance. Et puis, il y avait Hélène. Et son esprit s’embrouillait et finissait pas se perdre lorsqu’il songeait à elle. Il ne savait pas ce qu’il devait en faire. Il n’avait jamais su. Il l’avait vu débarquer un jour au Cirque Rouge. Il avait vu entrer cette grande fille à l’allure étrange et aux yeux hagards. Elle lui avait dit n’avoir plus personne et être à la rue. Et une fois encore il avait fauté. Il l’avait acceptée et engagée. Mais il avait très vite remarqué qu’elle allait l’endetter. Hélène ne lui apportait que très peu d’argent, les clients n’étant pas attirés par elle. Et elle était constamment déprimée. Il craignait qu’elle ne pense au suicide s’il lui avouait qu’il voulait se séparer d’elle. Mais elle ne lui servait à rien. Il devait payer chaque jour sa part de nourriture avec l’argent des autres filles. Et les rations diminuaient irrémédiablement. Et il y avait l’autre. Même s’il préférait ne pas y penser et l’ignorer comme tout le monde le faisait. Mais qu’avait-il donc fait ce jour là ? Le jour où il l’avait recueillie elle aussi en sachant qu’elle ne lui rapporterait rien. Il arrivait parfois qu’elle accepte de voir les clients et qu’elle ramène de l’argent, mais les jours où elle acceptait de faire la traînée étaient très rares. Et il devait la nourrir elle aussi. Mais personne ne lui disait rien, les autres filles la respectaient et baissaient la tête sur son passage. Et il devait bien reconnaître qu’il faisait de même. Mais il n’avait pas le choix. Personne ne l’avait. Elle apportait de la crainte à tous et il le savait. Et il savait aussi que jamais personne ne devait la contrarier.

Violette

Elle écrasa sa cigarette contre le mur sans se soucier de la trace que cela pouvait faire. Des bouteilles d’alcool vides traînaient sur le sol. Mais elle aimait sa chambre ainsi. Elle aimait ce monde qui n’appartenait qu’à elle. Ce monde qui lui ressemblait et qui la comprenait. Il lui était arrivé de trouer les murs lorsqu’une violente colère s’emparait d’elle. Sa chambre était en fouillis ainsi que son esprit. Esprit dont elle ne parvenait toujours pas à connaître toutes les parties. Il y avait des endroits sombres, des abysses où il valait mieux ne pas plonger. Les médecins avaient voulu la tuer. Leurs efforts pour la comprendre et la soigner s’étaient montrés vains et la mort leur avait semblée préconisée. Mais elle l’avait su. Et elle n’aurait pas accepté qu’un homme juge si elle était apte ou non à vivre. Alors elle s’était échappée. Loin de l’asile où elle était condamnée. Et elle devait faire la putain pour survivre. Comme toutes les femmes damnées qui voulaient manger. Charles avait été là pour elle. Et il savait. Et les autres filles aussi étaient au courant. Mais personne ne disait rien. Violette n’avait jamais su si c’était par crainte ou par respect. On la disait folle. Mais elle savait que son esprit était sain, même si il ne fonctionnait pas comme celui des autres. Elle sentait régulièrement cette flamme brûler à l’intérieur de sa poitrine lorsque la colère l’envahissait. Mais elle se contenait. Charles le lui avait demandé. Et il souhaitait aussi qu’elle lui apporte de l’argent, qu’elle fasse son travail aussi rigoureusement que les autres. Mais Violette faisait ce qu’elle voulait. Elle couchait quand elle en avait envie et sélectionnait l’homme avec soin. Et elle aimait inverser les rôles. Dans son esprit c’était elle la cliente. Elle qui choisissait quel homme elle voulait. Elle avait toujours fait ce qu’elle souhaitait. Suivant son instinct et ses impulsions. Et c’est cela qui l’avait amenée à se faire arrêter, puis enfermer. Un homme avait essayé de la violer alors elle l’avait tué. Dix coups de couteau dans la poitrine, cela lui semblait correct. Et personne n’avait compris. On l’avait attachée et plongée dans le noir pendant plusieurs heures. Puis les médicaments se sont mis à défiler devant ses yeux. Il y en avait de toutes les couleurs. Et elle devait les prendre pour calmer son esprit. Pour que les images violentes qui dansaient dans sa tête disparaissent. Mais il n’en fut rien. Aucune pilule ne parvenait à l’apaiser. Alors les médecins ont voulu l’exécuter. Et elle s’est échappée. Elle savait qu’on la recherchait activement à l’autre bout du pays, elle avait de la chance que l’information ne soit pas encore parvenue dans le quartier où elle vivait. Elle espérait vivement que les recherches s’arrêtent et qu’elle soit oubliée. Et cela, Charles l’avait compris. Mais pas les filles. Lorsque Violette descendait, quand elle mangeait avec les autres plus personne ne parlait. Plus personne ne se regardait. Mais la douce Blanche lui apportait régulièrement son soutient. Elle lui faisait lire ses intrigues policières qui la passionnaient tant et arrivait à faire oublier à Violette qui elle était vraiment. L’innocence de Blanche lui était plaisante et la faisait sourire. Elle la considérait presque comme une amie. Quant à Hélène elle n’existait pas. Jamais elle ne lui avait adressé la parole et elle n’était même pas certaine que cette fille avait une voix. Elle était tel un petit fantôme triste se baladant parmi les vivants. Mais Violette aimait l’observer parfois. Elle se demandait comment il était possible qu’une femme puisse paraître aussi vide et inexistante. Et il y avait Marie. Violette ne l’aimait pas. Elle la trouvait trop blonde, trop écervelée et trop sûre d’elle. Son aptitude à critiquer tout le monde l’exaspérait particulièrement. Mais Marie avait peur de Violette. Et elle en était aussi affreusement jalouse. Deux choses que Violette ne supportait pas. Et elle ne comprenait pas. Elle ne parvenait pas à savoir pourquoi Marie lui vouait une telle haine et une telle rancœur. Comment pouvait-elle envier une folle sortie de l’asile. Comment pouvait-elle envier ses cheveux noirs alors qu’elle avait la chance d’être blonde comme les blés. Et ses yeux. Elle qui avait des yeux bleus comme l’océan jalousait les yeux verts foncés de Violette. Elle ne comprenait pas. Elle ne voyait en elle rien de plus qu’un monstre qui tentait de se cacher. Comment quelqu’un pouvait il l’envier ? Mais depuis quelque temps Violette avait plus important à penser. Blanche lui avait rapporté les crimes qu’il y avait eus dans les quartiers environnants le Cirque Rouge. Alors que Blanche s’en enthousiasmait et étayait toutes sortes de théories, Violette restait perplexe face à ces meurtres. Son esprit lui conseillait de se méfier et de ne pas s’en mêler. Mais elle s’en inquiétait également. Il y avait un cannibale dans les environs. Et malgré sa folie Violette était inquiète. Inquiète et terrorisée.

Le corbeau

La soirée était réussie au Cirque Rouge. Beaucoup de clients étaient présents ce qui rendait Charles euphorique, l’argent allait couler à flot. Blanche, Marie et Hélène dînaient dans le petit salon tout en gardant un œil sur les clients qui allaient et venaient dans le couloir principal.

« Le grand blond est pour moi, s’exclama Marie, j’ai rarement l’occasion de me taper un blond aussi beau que celui-ci. »

Elle posa son verre et s’appuya contre le dossier du canapé sans jamais quitter sa proie du regard.

« Il paraîtrait que les blonds sont très doux au lit, plus romantiques et plus expérimentés. Je rêverais de trouver un homme sachant faire les bons gestes, je suis lasse de toujours devoir tout leur apprendre. »

Elle déclencha l’hilarité de Blanche.

« Qu’y a-t-il de drôle la colombe ? demanda Marie en fronçant les sourcils, n’as-tu donc jamais rêvé de trouver un homme expérimenté, qui sache te donner du plaisir au lieu de penser exclusivement au sien ?

– La différence est que je ne suis pas comme toi Marie, je ne recherche pas le plaisir sexuel, d’ailleurs je doute pouvoir l’atteindre un jour.

– Tu m’en vois là bien désolée, dit la jeune femme blonde en prenant une moue boudeuse, et toi Hélène, qu’en penses-tu ? »

Le ton et le regard avaient été moqueurs et la jeune femme l’avait bien remarqué. Mais une fois de plus elle ne trouva rien à dire pour sa défense, elle se contenta de baisser les yeux et de secouer la tête.

« Oh comme je suis stupide ! cria Marie en riant, que peux-tu savoir des hommes et du plaisir toi, tu devrais déjà apprendre à te coiffer correctement et peut-être que les gens te regarderaient avec moins de dégoût. »

Blanche lui lança un regard de colère et fut prise de pitié pour la jeune Hélène qui venait de se renfermer dans sa coquille et de prendre une expression hagarde.

« Tu devrais parfois surveiller tes paroles Marie, lui reprocha Blanche, cracher ton venin et être mauvaise c’est bien là tout ce que tu sais faire. »

Marie s’en amusa et décroisa les jambes de façon vulgaire. Les regards des hommes attendant dans le couloir se portèrent entre les cuisses de la jeune femme qui prit un air de fierté.

« Tu vois Hélène, c’est pourtant simple. Il suffit d’écarter les jambes et les mâles sont heureux. Pourquoi n’appliques-tu donc pas mes conseils ?

– Marie ! Cesse d’être méchante et essayons de passer une bonne soirée ensemble pour une fois. »

La jeune femme observa Blanche et son air renfrogné et décida de se taire, non sans arrêter sa provocation auprès des hommes. Elle les regardait défiler dans le couloir comme du bétail et observait leurs moindres faits et gestes pour tenter de savoir lequel d’entre eux serait le meilleur amant.

Des pas se firent entendre derrière elles, dans les escaliers en colimaçon. Elles virent d’abord le bas d’une robe bleue sombre, puis un corset et une cascade de cheveux noirs. Violette était descendue ce qui créa la stupeur chez les autres filles qui restèrent sans voix. Marie baissa les yeux et tenta de cacher sa colère.

« Violette ! s’exclama Blanche en se levant pour la prendre dans ses bras, je suis tellement contente que tu sois là ce soir ! »

Elle la parcourut du regard de la tête aux pieds et s’écria :

« Mon Dieu tu es magnifique, quel dommage que tu restes enfermée si souvent. Allez, viens donc manger avec nous ! »

Les jeunes femmes s’installèrent et il arriva ce que Marie redoutait le plus au monde. Les hommes détournèrent leurs regards d’elle et tous semblaient admirer la sculpturale Violette dont le charisme écrasait les autres filles.

« Certes il faut avouer que tu es charmante, dit Marie avec dédain, mais dès que tu ouvres la bouche et que tu commences à parler, ton charme s’envole comme un nuage de fumée. »

Un malaise s’installa. Hélène et Blanche observèrent Violette du coin de l’œil en redoutant la colère de celle-ci. Mais la jeune femme ne répondit rien, elle se contenta de fixer Marie qui finit par détourner les yeux et se lever.

« Bien je crois que je vais me mettre au travail. Les hommes m’attendent depuis un moment. Quand j’aurai fini ma soirée je rentrerai chez moi. J’espère ne pas être absente plus de cinq jours. »

Violette eut un sourire mesquin et se mit à ricaner doucement ce qui irrita la jeune femme blonde.

« Mais prends-donc ton temps Marie chérie, fit Violette en sirotant un verre de vin, essaie donc de donner envie à ton mari. »

Les joues de Marie s’empourprèrent et elle devint rouge de colère. Elle s’approcha de la table et dit dans un murmure de courroux :

« Tu sais très bien qu’il ne faut jamais parler de mon époux ici, et surtout pas en s’exprimant aussi fort que tu viens de le faire ! Il en va de ma propre sécurité ! »

Violette plongea son regard vert dans les yeux de Marie et sourit.

« Ce n’est tout de même pas de ma faute si tu n’es qu’une putain à mi-temps. Ce n’est pas moi qui suis nymphomane et qui ai le besoin de me faire sauter du matin au soir. »

Marie accusa le coup et se releva difficilement. Les larmes avaient empli ses yeux et elle quitta le salon sans dire un mot.

« Voilà qui est fait, fit Violette en posant son verre, la vipère a enfin quitté son nid et va désormais s’adonner à son passe-temps favoris ».

Elle alluma une cigarette et commença à répandre des nuages de fumée au dessus de la table.

« Ne crois-tu pas que tu y es allée un peu fort avec elle, demanda Blanche, tu sais très bien que si quelqu’un apprend qu’elle est mariée sa tête pourrait tomber. »

Violette rejeta sa fumée et but une autre gorgée de vin avant de faire mine de se faire trancher la tête.

« Oh tu es vraiment ignoble par moment ! »

L a jeune femme éclata de rire.

« Ah Blanche, ta bonté finira par te perdre. Tu n’aimes pas Marie je le sais, personne ne peut aimer une fille pareille. Et parfois l’envie de crier au monde entier qu’elle est mariée me prend, et je dois me faire violence pour m’empêcher de le faire.

– Tu la condamnerais si tu le faisais.

– Justement ! Nous serions enfin débarrassées de cette vipère.

– Tu serais prête à la faire tuer uniquement pour ton bien-être personnel ? »

Blanche écarquilla soudain les yeux et se rendit compte de ce qu’elle venait de dire. Il valait mieux éviter de parler de meurtre devant Violette, surtout de la manière dont elle venait de le faire. Hélène s’enfonça encore un peu plus au fond du canapé en faisant mine de ne pas être là.

« Excuse-moi Violette, ce n’est pas ce que je voulais dire. »

La jeune femme l’observa longuement en continuant de fumer. Aucune ne parla pendant quelques minutes. Blanche et Hélène avaient cessé de bouger. Et Violette finit sa cigarette qu’elle écrasa sur le mur, comme à son habitude. Blanche voulut lui dire que si Charles la voyait faire, cela ne lui plairait pas, mais elle se ravisa et préféra se taire. Violette se leva et regarda Blanche fixement pendant plusieurs secondes avant de lui lancer :

« Manifestement tu connais la réponse à ta question. »

Et elle quitta la pièce d’un pas rapide, faisant voler derrière elle ses cheveux noirs et faisant...

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