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Le cœur sur la main suivi de Le journal de vacances et Le meurtre des junkies de Baltimore

De
10 pages


Le cœur sur la main

Anne-Lise, jeune consultante au niveau de vie confortable, s'entiche d'un SDF. Un jour, elle l'invite chez elle...



Le journal de vacances

Un homme, obsédé par les femmes, tient le journal de ses vacances et de ses... sensations.



Le meurtre des junkies de Baltimore

Deux jeunes drogués, en manque, cherche un moyen de se procurer de l'argent. Ils veulent braquer un psy, chez lui.





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couverture
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Le cœur sur la main
suivi de
Le journal de vacances
et
Le meurtre des junkies de Baltimore

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Le cœur sur la main

Anne-Lise est consultante pour un grand cabinet d’expertise. Elle aide les entreprises à gagner plus d’argent. Pour cela, elle-même est très bien payée. Diplômée d’HEC et de Sciences Po, Anne-Lise a grandi dans le XVIe arrondissement de Paris à l’abri du besoin. Son père est avocat ; sa mère directrice financière dans l’agro-alimentaire.

Depuis qu’elle travaille, Anne-Lise est indépendante. Ses parents lui ont acheté un appartement juste à côté du marché d’Aligre dans le XIIe arrondissement. Elle se rend au travail à Vélib’. Son bureau se trouve de l’autre côté de la Seine, juste à côté de la bibliothèque François-Mitterrand. C’est toujours très agréable de la voir enfourcher son vélo dans la position de la danseuse. D’ailleurs, elle a longtemps fait de la danse.

Cependant Anne-Lise a un défaut : elle est de gauche, ce qui, dans le milieu où elle travaille, est un sacré handicap. Au mieux, on se moque gentiment d’elle ; au pire on la traite de sacrée conne. Sa conscience écologique la fait passer pour une ayatollah. Elle a refusé plusieurs réunions commerciales à New York sous prétexte que « le nombre de jours sur place devait être au moins égal au nombre d’heures que dure le voyage, soit huit heures de vol = huit jours in situ », a-t-elle expliqué à son N+1, médusé. Une histoire d’empreinte carbone.

Bien sûr, ses positions la gênent pour l’évolution de sa carrière. Mais le cabinet l’utilise aussi auprès de clients qui partagent ses valeurs – il y en a quelques-uns. Elle sert un peu de caution à l’entreprise, tout comme l’embauche récente d’une personne de couleur.

Or, ce matin-là, alors qu’elle s’apprête à prendre son Vélib’, Anne-Lise remarque un SDF étendu sur le trottoir, probablement ivre mort. Immédiatement, son empathie naturelle la pousse à secourir le malheureux. Mais elle est en retard. Et puis que pourrait-elle faire ? Elle grimpe sur son vélo et file à son travail. À son retour, il a disparu. Anne-Lise est presque déçue.

Mais le lendemain matin, le SDF est de nouveau là, adossé contre un mur, sa gamelle vide de tout argent. Anne-Lise lui sourit, donne dix euros et tente d’échanger quelques mots avec lui mais l’homme ne parle manifestement pas très bien français. Ce n’est pas grave. On n’est pas dans un système de retour sur investissement. Les choses peuvent prendre du temps. Pas la peine de toujours rechercher l’efficacité.

Les jours passent. Un lien semble s’être créé entre les deux êtres que tout oppose. Les gens du quartier ont bien remarqué cette jolie jeune femme agenouillée devant le SDF crasseux de la rue de Cotte. Certains prétendent même les avoir vus partir ensemble. Ils ont raison : Anne-Lise a mis sa salle de bains à la disposition du sans-abri. C’est même devenu une habitude : les mardis et vendredis, c’est jour du bain.