Le début de quelque chose

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C’est une année chaude, c’est le début de l’été.
Regardez, dans l’air tiède, ils essaient maintenant de ralentir, c’est ça, leur respiration semble d’un seul coup plus facile, au bout de quelques heures, ils se sentent déjà beaucoup mieux.
Dans un décor idyllique, ils ont l’air de vacanciers, corps au repos, esprits vidés, état stationnaire.
Un rêve se réalise.
Une nouvelle vie commence.
On les écoute?
Le début de quelque chose emprunte à l’imaginaire commun des vacances pour mieux y semer le doute, puis le trouble. Avec un sens de la dramatisation implacable, Hugues Jallon transforme notre utopie la plus familière en un cauchemar éveillé.
Publié le : jeudi 10 février 2011
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EAN13 : 9782072424519
Nombre de pages : 148
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hugues jallon
le début dequelquechose
DU MÊME AUTEUR
La Base. Rapport d’enquête sur un point déséquilibre en haute mer,Éditions du Passant, 2004 Zone de combat, Verticales, 2007
le début de quelque chose
hugues jallon
le début de quelque chose
© Éditions Gallimard, février 2011.
« Nous étions des enfants, vraiment. »
Robert Antelme, L’Espèce humaine.
C’est une image. Comment dire. Si vous aviez vu ça. Je sais que ça semble tellement loin.
Quand on y pense, c’était au milieu de l’hiver. C’était un grand massif au relief accidenté s’étirant très loin, au nord vers la mer, des dizaines d’hectares de terre abandonnés aux ronces. Làhaut, la brume du matin s’était enfin levée, et j’en tendais dans le casque les commentaires du pilote à côté de moi, ses lunettes noires, le bras tendu vers la mer, souriant. L’appareil faisait de larges boucles autour du site puis d’un seul coup l’horizon basculait, on plongeait vite vers le sol, et je voyais les sangliers s’enfuir par dizaines tout en bas, ils s’échappaient vers l’est dans la direction des falaises, par groupes entiers traversant les épineux, repoussés par les meutes de chiens.
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le début de quelque chose
Je suivais le doigt du pilote qui pointait les lignes de rabatteurs gravissant les pentes, les chiens qui couraient devant, et le pilote qui braillait dans mon casque, hurlant des phrases enjouées que je ne comprenais pas. Alors jamais je n’aurais imaginé. Acculées, hésitant à peine, terrifiées, ou alors simplement emportées par leur course, l’une après l’autre, j’ai vu les bêtes se diriger vers les falaises, se précipiter dans le vide sans hésiter ou presque, des familles entières rebondissant contre la roche ou tombant dans la mer. Cette image, si vous aviez vu. Mais d’autres se regroupaient sur la longue plage à l’ouest du site, tremblant sur leurs pattes, aveuglées par le soleil au plus haut, ruisselant de sueur, creusant le sable, asphyxiées par leur course.
Toute l’équipe était maintenant rassemblée un peu à l’écart, l’hélicoptère posé derrière qui attendait au bord de la plage, le bruit du rotor qui déchirait l’air glacé, qui couvrait le gémissement des chiens, il fallait les voir bondir dans l’eau, tournant autour des bêtes pour les saisir à la gorge, les jets de vapeur fumante, les claquements de mâchoires, avant de s’effondrer dans l’eau. Si vous aviez entendu, les cris des hommes tout l’après midi,desouvriers,jeunes,presquetousasiatiques,jesentais bien, sous ce ciel magnifique, c’était le début de quelque chose, les couteaux, les crochets brillaient dans les mains gercées par le froid, les téléphones vibraient au fond des
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