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l e d e d a n s d e s c h o s e s
PATRICK AUTRÉAUX
L E D E D A N S D E S C H O S E S
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2012.
Piper, sit thee down and write In a book that all may read.
W I L L I A M B L A K E , Songs of Innocence
Il arrivait que j’accompagne Théo dans ses expéditions sur les talus de la Berle. C’était une petite rivière, rarement à sec l’été et sujette à de subites crues : une mine pour nos boîtes à trésors. Nous nous postions à l’embouchure d’une rigole qui descendait de la colline et s’ouvrait sur un promontoire, d’où on surplombait un terrier de rats musqués. Théo lorgnait chaque fois pour attra per un petit, qu’il aurait apprivoisé. Il avait peur de se faire mordre. Fouineurs et creuseurs, ces animaux déchaus sent les arbres, ruinent les berges, chavirent les sentiers, trouent les champs, font s’effondrer des royaumes. Ils se faufilent dans des galeries qui nous sont inaccessibles, arpentent aux racines de ce qui les entoure. À force de voir l’envers du monde, ils ont autant de pouvoirs que de dis crétion.
11
La rivière s’élargit là en une grande palme et perd son delta dans la roselière. Comme eux, qui nous observaient de loin, nous farfouillions dans la vase et les branchages, défaisant avec un bâton l’intrication des tiges immergées à la recherche d’escargots d’eau et de vers pour la pêche. Tourni cotaient des têtards, des dytiques, des larves bleues, des cocons dépouillés et des libellules qu’on avait dérangées sur leur perchoir. Nous repérions les pattes d’oiseaux et d’autres bestioles, des taupinées minuscules et l’abouchement d’intestins boueux. Il y avait des couleuvres et des guetteurs huppés. Parfois nous trouvions des paillettes d’or et des diamants roses. Mes parents louaient un mas voisin de celui des grandsparents de Théo. Je n’étais pas vraiment ami avec lui, il préférait aux enfants la compagnie des grands : on le voyait avec les journaliers dans les vignes, casquette au soleil sur les tracteurs, et souvent mon père l’emmenait faire du ski nau tique. Mais il m’aimait bien, je crois. Parler de lui faisait s’assombrir les grands. Pauvre gamin, ne pouvaientils s’empêcher de dire. Ses parents avaient divorcé, son père américain était retourné dans son pays, et sa mère, pestait sa grandmère, se débarrassait de lui dès qu’elle pou vait, pour s’occuper d’un énième concubin.
12