Le dernier chupito

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« Ô Toulouse ta violence bouillonne jusque dans tes violettes. »

— Et si Nougaro avait raison ?


Voilà la question que le lieutenant Os se posa ce matin-là en se rendant sur les berges du canal. Il ne se doutait pas une seconde de la vision d’horreur qui allait se présenter à lui.
La victime était de race blanche, de sexe féminin. De multiples lacérations étaient visibles sur le corps nu du cadavre. Ce qu’il redoutait se confirma. Les mêmes indices, la même méthode, le sexe et la bouche cousus. Les mains et les pieds attachés, le cou légèrement incisé pour laisser couler le sang lentement.

Pour le commissaire Garcia, une, deux, trois morts, cela devenait insupportable dans la ville rose.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782746634008
Nombre de pages : non-communiqué
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Il était 6 h eur es, le r adio-réveil se m it en m arch e. Il distillait la ch an son de Claude Nougaro « Ô m on pays, ô Toulouse ». Le lieuten an t Os ouvrit un œ il, il tâton n a déses-pérém en t ch erch an t le bouton d’ar rêt de la stéréo m ais n ’y parvin t pas. La voix du ch an teur crach ait toujours son lyrique « Ô Toulouse, ta violen ce bouillon n e jusque dan s tes violettes ». Il tira son or eiller et le posa sur sa tête puis se couvrit les oreilles pour n e pas écouter la suite. Soudain , le téléph on e son n a. Il décroch a à m oitié en -dorm i. — Allo ! — Com m issaire Ben jam in Garcia !… J e vous atten ds dan s dix m in utes sur les ber ges du pon t Sain t-Pierr e, n e m e faites pas atten dre. Le lieuten an t Os n ’eut pas le tem ps de répon dre, le com m issaire division n aire Ben jam in Garcia avait déjà rac-croch é. Le lieuten an t Os savait qu’il n e fallait pa s arriver en retar d quan d le boss appelait tôt le m atin san s dir e bon jour . — Fais ch ier , en cor e un e sem ain e qui com m en ce en ca-tastroph e !…dit-il. Il en fila son pan talon bleu jean et saisit au vol u n tee-sh irt n oir. Il n ’oublia pas le br assar d police oran ge qui était
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posé sur son can apé. Il avala rapidem en t un e gorgée de café expr esso, prit sa voitur e ban alisée et partit. Le jour se levait doucem en t sur la ville rose, l’obscurité poursuivait sa ch ute laissan t la place aux r ayon s de soleil d’été. 6 h 30 , le ven t frais caressait les visages des passan ts, fai-san t profiter de sa douceur les rar es person n es qui sortaien t de boîtes de n uit ou qui en tam aien t la jour n ée, ava n t l’arri-vée de la ch aleur torride du m ois d’août. Os traversa la place Saint-Sernin, on entendait l’appel des cloches de la basilique com m e pour an n on cer l’ouvertur e du m ar ch é. Les com m er-çan ts s’affairaien t déjà. Les m arch an dises étaien t étalées à m êm e le sol et sur les caravanes, prêtes à recevoir les prem iers clien ts. Le lieuten an t Os con n aissait bien cet en droit pour y avoir résolu pas m al d’affaires de recel et de petite délin quan ce. Il s’en gouffra dan s la r ue Valade qui débouch ait directe-m en t sur la place Sain t-Pierr e. Il apercevait de loin les lu-m ièr es bleues et blan ch es distillées par les gyroph ares des voitures d’in terven tion . La scèn e r essem blait à un spectacle de son s et lum ièr es d’un e discoth èque en plein air. Ses collègues étaien t là ain si que le Sam u, les pom piers et la police tech n ique et scien tifique. Il trouva u n e place d e station n em en t sur le parkin g, gara sa voitur e et rejoign it son chef sur le quai Lom bard. — Bon jour com m issaire. — Bon jour David. Le lieutenant Os s’appelait David m ais ses collègues le sur-nom m aient Os parce qu’il était m aigre, squelettique com m e un fil de fer. — J ’ai un dossier Delta Ch arlie Delta pour toi.
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Os passa sa m ain sur son visage et bailla lon guem en t. Le com m issaire en ch aîn a : — Un cadavre pas beau à voir a été repêch é par les tech -n icien s de la m airie ch ar gés de n ettoyer la Garon n e. J e veux un rapport com plet sur m on bur eau avan t ce soir. Après un e courte pause, il ajouta : — J e n e veux aucun e déclar ation aux m édias. Le lieuten an t Os n e se doutait pas un e secon de de la vision d’h orreur qui allait se présen ter à lui. Il s’approch a du corps, souleva la couverture et fit un pas en ar rière en tourn an t la tête. — Putain c’est quoi ce tr uc ! Il r eprit son souffle et regarda à n ouveau. La vict im e était de race blan che, de sexe fém inin . Ses cheveux étaient blonds avec un e fr an ge bien égalisée. Elle était allon gée n ue sur l’h er be en core fraîch e et h um ide des berges, le cor ps recou-vert de boue. Les traces de sable cach aien t m al les plaies béan tes sur son corps. Quelqu’un s’était vraim en t ach arn é sur elle. Sa bouche et ses parties génitales avaien t été cousues. Qui avait pu com m ettr e un crim e aussi répugn an t ? Un e ban de de potes pour délirer, un détraqué m en tal, les m ar-gin aux qui fréquen ten t la place ? Autan t d’in terrogation s qui défilaien t dan s sa tête. Mais surtout pourquoi la victim e avait-elle le sexe et la bouch e cousus ? Ce n e pouvait êtr e que l’œ uvre d’un fou furieux. Il se ressaisit et raison n a en profession n el, c’est-à-dire n ’écarter aucun e piste, en core m oin s tirer des con clusion s h âtives. La ch an son qui l’avait r éveillé quelques m in utes plus tôt lui r evien t en m ém oire : et si Nougar o avait r aison ? Le lieuten an t Os dem an da au ph otograph e de figer les lieux et de lui prépar er les clich és, puis il s’app roch a du légiste.
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