Le Dernier Coyote

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Suite à une grave altercation avec son supérieur, le lieutenant Harvey Pounds, l'inspecteur Harry Bosch est mis en congé d'office et sommé de consulter une psychologue afin de maîtriser son agressivité : sa réintégration au sein de la police de Los Angeles en dépend. Harry Bosch commence par refuser le traitement, puis, poussé à bout par ses questions, révèle au Dr Hinojos le secret qui le hante : sa mère, Marjorie Lowe, une prostituée, a été tuée alors qu'elle allait enfin l'extraire du centre où, tout petit enfant, on l'avait placé après l'avoir séparé d'elle. Et, nœud du problème, l'enquête de police qui aurait pu l'aider à accepter le réalité de ce meurtre n'a pas abouti. Libéré par cet aveu, Harry Bosch comprend alors que malgré l'interdiction d'enquêter qui le frappe, il doit retrouver celui qui lui a ravi l'amour de sa mère, et rouvre le dossier.



Auteur, entre autres ouvrages, de Les Égouts de Los Angeles (prix calibre 38), La Blonde en béton, Le poète (prix Mystère), Créance de sang (grand prix de littérature policière 1999), etc., Connelly signe ici le livre le plus terriblement émouvant de sa série Harry Bosch


Publié le : jeudi 25 septembre 2014
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021224306
Nombre de pages : 510
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L E
D E R N I E R
C O Y O T E
Michael Connelly, lauréat de l’Edgar du premier roman policier pourLes Égouts de Los Angeleset de nombreux autres prix (Nero Wolfe, Macavity, Anthony…), est notamment l’auteur deLa Glace noire,La Blonde en béton,Le Poète, Le Cadavre dans la Rolls,Créance de sangetL’Envol des anges. Il s’est vu décerner le prix Pulitzer pour ses reportages sur les émeutes de Los Angeles en 1992. Il vit actuellement en Floride.
M i c h a e l
C o n n e l l y
L E D E R N I E R C O Y O T E
r o m a n Tr a d u i t d e l ’ a m é r i c a i n p a r J e a n E s c h
É d i t i o n s d u S e u i l
T E X T E
I N T É G R A L
T I T R E O R I G I N A L The Last Coyote É D I T E U R O R I G I N A L Little, Brown and Company
ISBNoriginal : 0-316-15390-7 original : 1995 by Hieronymous, Inc.
ISBN978-2-02-043813-1 re (ISBNpublication)2-02-028534-7, 1
Éditions du Seuil, octobre 1999, pour la traduction française.
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Ce livre est dédié à Marcus Grupa.
CHAPITRE UN
– Vous avez quelque chose à dire avant de commen cer ? – Sur quoi ? – Ce que vous voulez. L’incident, par exemple. – L’incident ? Oui, j’ai des choses à dire. Elle attendit, mais il en resta là. Il avait décidé, avant même de se rendre à Chinatown, de ne pas se laisser faire. Il l’obligerait à lui sortir tous les mots de la bouche. – Vous voulez bien me faire part de vos remarques, inspecteur Bosch ? demandatelle finalement. Tel est le but de… – Tout ça, c’est des conneries, voilà ce que j’ai à dire. C’est totalement bidon. Rien d’autre. – Attendez un peu. Pourquoi ditesvous que ce sont des conneries ? – Bon, d’accord, j’ai bousculé ce type. Peutêtre que je l’ai frappé. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, mais je ne nie rien. Alors, bon, vous pouvez me suspen dre, me muter, porter l’affaire devant la Commission, tout ce que vous voulez. Mais c’est du bidon. Les Affai res internes, c’est du bidon. Bon Dieu, pourquoi suisje obligé de venir ici trois fois par semaine pour discuter avec vous comme si j’étais une espèce de… ? Vous ne me connaissez même pas, vous ne savez rien de moi. Pourquoi doisje parler avec vous ? Et pourquoi êtes vous obligée de rédiger un rapport ?
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– La réponse technique figure ici même, dans votre propre déclaration. Plutôt que de prendre une sanction disciplinaire, la police veut vous soigner. Vous avez été mis en congé forcé pour dépression, ce qui veut dire… – Je sais ce que ça veut dire, et c’est des conneries. Quelqu’un décide, de manière totalement arbitraire, que je souffre de dépression, et l’administration a le droit de me mettre indéfiniment sur la touche ou, du moins, jusqu’à ce que je joue le bon toutou devant vous. – Il n’y a rien d’arbitraire dans cette histoire. Tout est fondé sur vos agissements qui montrent clairement, il me semble… – Ce qui s’est passé n’a rien à voir avec une dépres sion. C’est une question de… Laissez tomber, va. Je vous l’ai dit, c’est des conneries. Si on en arrivait directement à l’essentiel au lieu de tourner autour du pot ? Que doisje faire pour retrouver mon boulot ? Il vit la colère enflammer le regard de son interlocu trice. Le mépris qu’il affichait pour sa science et son savoirfaire l’atteignait dans sa fierté. Mais la colère dis parut très vite. A force d’être constamment confrontée à des flics, elle devait avoir l’habitude. – Vous ne voyez donc pas que tout ça c’est pour votre bien ? Je suppose que certains responsables de la police vous considèrent comme un atout précieux, sinon vous ne seriez pas ici. Ils vous auraient expédié sur une voie disciplinaire, et vous vous seriez retrouvé à la porte. Au lieu de ça, ils font tout leur possible pour préserver votre carrière et l’atout qu’elle représente pour le département. – Un atout, moi ? Je suis un flic, pas une carte à jouer. Et quand on se retrouve dehors, à la rue, tout le monde se fout de votre image. Qu’estce que ça veut dire, d’abord ? Je vais devoir écouter ce genre de trucs en venant ici ? Elle se racla la gorge, avant de répondre d’un ton sévère :
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– Vous avez un problème, inspecteur Bosch. Et cela va bien audelà de l’incident qui a eu pour conséquence de vous envoyer en congé. Voilà quel est le but de ces séances. Vous comprenez ? Cet incident n’est pas isolé. Vous avez déjà eu des problèmes auparavant. Ce que j’essaie de faire, ce que je dois réussir à faire, avant de pouvoir vous autoriser à reprendre vos fonctions, c’est vous inciter à vous regarder en face. Que faitesvous ? Que cherchezvous ? Pourquoi rencontrezvous ce genre de problèmes ? Je veux que ces séances soient un dialo gue ouvert où je vous pose des questions et où vous me dites tout ce que vous avez sur le cœur, mais de manière constructive. Pas pour nous critiquer, moi ou ma profes sion, ni les responsables de ce département. Pour parler de vous, inspecteur. C’est de vous qu’il s’agit ici, et de personne d’autre. Harry Bosch se contenta de la regarder sans rien dire. Il avait envie d’une cigarette, mais pas question de lui demander l’autorisation de fumer. Jamais il n’admettrait devant elle qu’il avait cette manie. Pour s’entendre parler de fixations orales ou de dépendance à la nicotine ! Il inspira profondément et regarda la femme assise en face de lui, de l’autre côté du bureau. Petite, Carmen Hinojos avait des manières et un visage charmants. Bosch savait qu’elle n’avait pas un mauvais fond. En fait, il avait entendu dire du bien d’elle par d’autres gars qu’on avait envoyés à Chinatown. Elle faisait juste son boulot, voilà tout, et la colère de Bosch n’était pas vraiment dirigée contre elle. Il savait qu’elle était certainement assez intel ligente pour l’avoir compris. – Je suis désolée, repritelle. J’ai eu tort de commencer par ce genre de questions directes. Je sais bien qu’il s’agit d’un sujet délicat pour vous. Recommençons, si vous le voulez bien. Au fait, vous pouvez fumer si vous le sou haitez. – C’est marqué dans le dossier, ça aussi ?
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– Non, ce n’est pas dans le dossier. Ce n’est pas néces saire. J’ai remarqué les mouvements de votre main ; vous n’arrêtez pas de la porter à votre bouche. Avezvous déjà essayé d’arrêter ? – Non. Mais nous sommes dans un lieu administratif. Vous connaissez le règlement. C’était une bien piètre excuse. Il violait la loi quoti diennement au poste de police de Hollywood. – Le règlement n’est pas le même ici. Je ne veux pas que vous considériez cet endroit comme une annexe de Parker Center, ou n’importe quel bureau administratif. C’est surtout pour ça que nous sommes situés à l’écart. Ici, nous n’avons pas ce type de règlements. – Peu importe où nous sommes. Vous travaillez quand 1 même pour le LAPD . – Essayez donc de penser que vous êtes loin de la police de Los Angeles. Quand vous êtes ici, essayez de vous dire que vous venez juste voir une amie. Pour parler. Vous pouvez dire tout ce que vous voulez ici. Mais Bosch savait qu’il ne pourrait pas la considérer comme une amie. Jamais. L’enjeu était trop important. Néanmoins, il hocha la tête, pour lui faire plaisir. – Vous n’êtes pas très convaincant. Il haussa les épaules, comme pour lui signifier qu’il ne pouvait pas faire mieux. – Au fait, ditelle, si vous le souhaitez, je pourrais vous hypnotiser, pour vous débarrasser de votre dépendance à la nicotine. – Si je voulais arrêter, je pourrais. Les gens fument ou ne fument pas. Moi, je fume. – En effet. Et, d’ailleurs, c’est peutêtre même le symp tôme le plus évident d’un tempérament autodestructeur. – Je vous demande pardon, mais… On m’a suspendu parce que je fume ? C’est ça, la vraie raison ?
1. LAPD : Los Angeles Police Department(NdT).
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