Le fils oublié

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Abandonnée enceinte par son jeune amant, une Bordelaise a élevé tant bien que mal son fils, aidée par le brave type qu’elle a épousé par la suite, mais la situation de cette famille n’est guère brillante aujourd’hui et le garçon, maintenant âgé de 17 ans, s’est mis en tête de rencontrer sur la Côte d’Azur où il est devenu un architecte célèbre, le salaud qui l’a gommé de sa vie et dont il connaît, sans l’avoir jamais vu, l’existence dorée. Sourd à tous les conseils, l’adolescent finit par faire le voyage, mais sa rencontre avec son père biologique tourne mal, très mal. Stéphane Sarraut, embarqué malgré lui dans l’aventure, essaiera de sauver ce qui peut l’être. Qu’adviendra-t-il de ce fils oublié ?
Publié le : mercredi 1 décembre 2004
Lecture(s) : 287
EAN13 : 9782748134209
Nombre de pages : 189
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LE FILS OUBLIÉ
Jean-Claude Dutilh
LE FILS OUBLIÉ
Les enquêtes de Stéphane Sarraut
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Jean-Claude Dutilh
1  Juillet vidait la ville, on y flânait à l'aise. Même la rue Sainte-Catherine, la voie piétonne la plus commerçante de Bordeaux, la plus animée d'habitude, était comme désertée. Ce jour-là, on n'y croisait que des vieux désœuvrés et quelques bandes de jeunes qui promenaient leurs inutilités confondues.  Déjà, on soldait partout les articles d'été. François Bozzi déambulait d'un étalage à l'autre, sans attacher d'importance à ce qu'il voyait, seulement pour repousser l'heure de rejoindre sa mère dans leur petit appartement miteux de la rue du Loup si proche, mais si lointaine pourtant, un deux-pièces sans joie, sans lumière et sans confort. Rogner sur chaque chose, se priver de tout jusqu'à l'essentiel serait toujours son lot ! Il en venait à détester ses parents qui s'étaient accommodés de cette situation.  Une vitrine cernée de glaces renvoya à l'adolescent l'image d'un grand diable dégingandé, aux membres trop longs, à la figure ingrate et couverte de boutons sous une tignasse indisciplinée. Malgré cela, il ne déplaisait pas aux filles. Il haussa les épaules en quittant son reflet. Les
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filles ! Quand elles s'aperçoivent que vous êtes démuni plus qu'il n'est possible, elles ne s'intéressent pas longtemps à vous !  François shoota dans une boîte de bière vide. Putain de merde ! Il finirait bien par s'en sortir !  Le ciel rougeoyait du côté de la place de la Comédie. L'après-midi avait été chaud, sans air. François marcha jusqu'aux quais. Autrefois, on s'y promenait parmi des arbres géants venus d'Afrique et des barriques pansues qui fleuraient le Médoc ou le Saint-émilion. On y était libre alors de caresser de gros bateaux en partance pour des pays aux noms d'aventures, on y rêvait, son grand-père lui en avait parlé. A présent, le trafic s'effectuait en aval, aux cinq-cents diables, après le pont d'Aquitaine et la boucle de la Garonne qui donnait à Bordeaux son beau nom de Port de la Lune... Les départs restaient inassouvis.  S'en sortir ! Pour François, ce désir tournait à l'obsession. Un peu plus tôt, une idée lui était venue que sa mère avait rejetée avec véhémence.  - Promets-moi que tu ne feras jamais ça !  Elle en avait pleuré, pourquoi ? François savait que Marcel Bozzi n'était pas son père ; le vrai vivait sur la Côte d'Azur, à Roc-Sur-Mer, près de la frontière italienne, où il construisait des maisons. Il était plein de fric, ce
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salaud ! Il pouvait s'occuper de son fils, non ?  - Il n'a jamais voulu te connaître !  Justement ! Quelle serait sa réaction s'il se pointait là-bas pour lui demander enfin des comptes ?  - Tu n'es donc pas heureux avec nous ?  Il n'en était plus question entre eux, mais François y songeait encore.  - Essaie plutôt de trouver du travail, ça vaudra mieux !  Il connaissait ce refrain par cœur et il ne supportait plus les soupirs appuyés ni les jérémiades incessantes dont on l'assommait. Trouver du travail, c’était facile à dire ! L’année précédente, au sortir de la Seconde, il avait décidé sur un coup de tête d’abandonner ses études suivies jusqu'alors d'une façon chaotique. Il était sûr de dégoter un job quelque part, n’importe où, il serait courageux, et de rapporter enfin l'argent dont la maison avait besoin. Il allait montrer de quoi il était capable ! Mais il déchanta vite et la situation ne s'améliorait pas ! Marcel Bozzi lui-même, un bon ouvrier pourtant, craignait pour son emploi. Licenciement ! Licenciement ! François n'entendait plus que ça et sa mère ne faisait rien d'autre que de minables ménages au noir ! Qui l'embaucherait, lui, sans diplôme, sans qualification, sans relations ?  Alors, oui, son père, ce dégueulasse qui avait refusé ses
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premières responsabilités d'homme et qui se dorait au soleil, serait obligé de cracher !  Cours du Chapeau-Rouge, en face du Grand-Théâtre où il n'avait jamais mis les pieds, une agence de voyage vantait les charmes de la Méditerranée. Sur l'affiche, la mer était d'un bleu profond.  François serra les poings. Le mois dernier, Tavel, le seul copain qui fût au courant du secret de sa naissance, lui avait montré un magazine avec des mines de conspirateur.  - On y parle de ton père, dis donc!  Ils avaient lu ensemble l’article qui accompagnait une série de photos célébrant la réussite éclatante de Pierre Journa, «l'architecte visionnaire de la Riviera française »! Tavel s'était extasié :  - Tu as vu sa bicoque ? Tu t'imagines là-dedans ? Ca serait chouette s'il t'y invitait !  François eut envie de déchirer l'hebdomadaire.  - Il doit avoir oublié que j’existe, ce fumier ! Mais un jour il saura ce que je pense de lui !  - Tu iras le voir ?  Tavel en haletait d’admiration.  - Pour lui casser la gueule, oui ! Des mecs comme ça, on leur fait la peau ; c’est tout ce qu’ils méritent !  François flambait, mais il eut soudain le dégoût de
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