Le Maître de chasse

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Voici trois ans que l'Algérie a conquis son indépendance. Le préfet Waëd, idéaliste déterminé, entreprend de forger l'Algérie de ses rêves : un pays où règnent l'Ordre et le Progrès. Les fellahs et les maquisards, menés par le charismatique Madjar, nourrissent, eux, des rêves de partage et de fraternité. Au nom de la paix, Waëd va réprimer ces " agitateurs ", dans une lutte démente et fratricide.



Né en Algérie en 1920, Mohammed Dib a été instituteur puis journaliste avant de se consacrer à l'écriture de poèmes et de romans. Sont également disponibles en Points La Grande Maison, L'Incendie et Un été africain. Il est décédé en 2003.



" Le romancier nous tient grâce à son écriture qui allie la légende, l'apologue et le roman d'action. "


La Croix


Publié le : lundi 25 novembre 2013
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EAN13 : 9782021144840
Nombre de pages : 208
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Extrait de la publication
Mohammed Dib est né à Tlemcen, dans l'ouest algérien. Ville natale à laquelle il rendit hommage dans sa célèbre tri logie :La Grande Maison(1952),L'Incendie(1954) etLe Métier à tisser(1957). Instituteur un temps, puis comptable, traduc teur, journaliste àAlger républicainet pour le compte de l'organe du Parti communisteLiberté, il est finalement expulsé d'Algérie en 1959. Il s'installe en France et commence sa carrière litté raire. Il est le premier écrivain maghrébin à recevoir, en 1994, le Grand Prix de la Francophonie. Et celui dont Aragon disait : « Cet homme d'un pays qui n'a rien à voir avec les arbres de ma fenêtre, les fleuves de mes quais, les pierres de nos cathédrales, parle avec les mots de Villon et de Péguy ». Il est mort chez lui, à La CelleSaintCloud, le 2 mai 2003, à l'âge de 83 ans, laissant derrière lui quelquesunes des plus belles pages de la littérature algérienne.
Extrait de la publication
Extrait de la publication
M o h a m m e d
D i b
L E M A Î T R E D E C H A S S E
R O M A N v e r s i o n d é f i n i t i v e
Éditions du Seuil
Extrait de la publication
T E X T E
I N T É G R A L
ISBN2020326426 re (ISBN2020012022, 1 publication)
© Éditions du Seuil, janvier 1973, octobre 1997
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Livre 1
Extrait de la publication
Aymard dit : Je ficelle. Des paquets, papiers, livres, linge, je ficelle, je ficelle. J'empile tout ce que je peux au dessus de l'armoire, ou je le glisse en dessous, parce que, débordant, elle ne peut plus rien contenir. J'en profite pour remettre chaque objet à sa place. Au point où nous en sommes ! Pour accrocher dans la penderie des effets qui séjournent depuis des mois sur les chaises. Des chaussettes, des mouchoirs, un slip. Et des papiers. Toujours des papiers. Ramasse. Ramasse. Il en traîne sous le lit, sous les autres meubles, partout. Incroyable, ce que des choses réputées inertes peuvent se balader. Puis je recom mence. La chambre perd petit à petit son air de caphar naüm. On peut circuler, utiliser un siège sans s'asseoir sur une brosse à dents, un cendrier, un paquet de biscottes. Je ramasse. La reconnaîtraije bientôt ? Nathalie ne me le cédait pas pour la pagaille. Elle n'avait que dédain pour le désordre dans lequel nous vivions. Il faut être juste : elle ne remarquait pas
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davantage l'ordre quand, par hasard, il en régnait autour d'elle. Je range. Je range fanatiquement. Il n'y a pas comme les pagailleurs. Ne pas oublier non plus de remettre d'aplomb ces cadres contre les murs. Non, il n'y a pas comme les pagailleurs (des chemises encore, des chaussettes encore, des papiers encore) quand ça les prend. De ranger. On dirait que j'enterre quelqu'un. J'enterre, j'enterre. J'enterre la classe. Maintenant je peux respirer, voir devant moi, et derrière. Dans une semaine, plus de classes. Cinq jours exactement. J'ente rre mes soucis professo raux. Tendant ses branches entre les interstices des volets, un arbre de soleil flambe. Il occupe l'entre bâillement de la portefenêtre. Il se projette sur le mur d'en face, se brise à l'angle. Il a coupé la chambre en deux pour aller inscrire on ne sait quoi de gigantesque sur le mur. Je le regarde, aveuglant, tandis que je tiens à la main, depuis un instant, une lettre retrouvée dans le fatras. J'en secoue la poussière. Je reconnais l'écriture haute, régulière. Je lis. J'ai sous les yeux la voix de maman. Elle ne mentionne plus la décision que j'ai prise de me fixer dans ce pays. Elle a été formidable. Tant de compréhension a de quoi renverser. Les mots que j'entends répètent tous : « Tu as commencé par te conduire en grand garçon. Tu peux conti nuer. » Une merveille de. Autrefois je disais : « Les parents ne sont pas exac tement la sorte de gens à qui se confier. » On s'écrit
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