Le Marchand

De
Publié par

Tonio, italien, directeur de banque, mène une vie tranquille à Paris, sans secousses ni émotions fortes.


Son existence est complètement bouleversée par deux rencontres, avec deux personnes complètement différentes, que le destin a voulu unir dans un jeu de dupes, où amour, amitié et danger se poursuivent sur des voies parallèles.


Trafiquants d’armes, milieu de la pègre de l’Italie méridionale, voyage imprévu au Moyen-Orient à la découverte de deux mondes apparemment éloignés, mais étroitement soudés : celui de l’extrême pauvreté et celui de l’intégrisme qui s’épanche dans la guérilla et le terrorisme.

Le Marchand est une succession d’évènements qui tiennent le lecteur en haleine, dans un roman policier plein de passion.


Publié le : vendredi 29 janvier 2016
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332975973
Nombre de pages : 298
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-97595-9

 

© Edilivre, 2016

 

 

Cet ouvrageseraitle fruit de l’imagination de l’auteur. Toute référence à des personnes ou des événements réels est purement fortuite.

 

 

Les droits de reproduction et de traduction sont réservés. Aucune partie de ce livre ne peut êtreutilisée, reproduite ou distribuéepar quelque moyen que ce soit sans la permission écrite de l’auteur.

Couverture : Valentina Dorsa.

Dédicace

Pour ma femme Jenny et mes enfants Valentina et Royston.

Avec tendresse.

1

Tonio avait accepté à contre cœur de prendre sa voiture et de se rendre à Saint-Malo. Le temps n’augurait rien de bon, il serait volontiers resté à la maison tout l’après-midi et le soir il serait sorti pour aller voir un de ces vieux films en noir et blanc qui lui plaisaient tant.

Mais il n’avait pas pu résister au coup de fil d’Irene. Ces deux nuits passées avec elle, dont il avait fait la connaissance seulement il y a une semaine au bureau de poste de la rue de Rennes, lui revenaient violemment à la mémoire. Il n’avait jamais connu une fille aussi inexpérimentée et en même temps aussi désireuse d’apprendre ce qu’elle appelait « les frénésies interdites » du sexe. Mais il n’avait jamais connu une fille aussi spontanée et limpide.

Il l’avait vue pour la première fois en fin d’après-midi d’unsamedi gris et froid, alors que, Nunzia, sa vieille nounou qui l’accompagnait tentait de téléphoner à Caltanisetta. Tonio avait assisté avec amusement à la prise de bec entre la vieille femme et l’employé de la poste, lequel essayait de lui faire comprendre, de façon plutôt incorrecte, que le téléphone fonctionnait parfaitement, mais qu’il fallait attendre la tonalité après la voix de l’opératrice, avant de composer le numéro pour l’Italie. Mais Nunzia insistait, parlant en italien avec un très fort accent sicilien, disant que le téléphone ne fonctionnait pas et que l’opératrice ne répondait pas à ses questions. Plus elle se mettait en colère, plus son accent augmentait, à tel point qu’à un certain moment, Tonio n’arrivait plus à la comprendre. Puis, la jeune fille qui était avec cette femme, et qui tentait à voix basse de la calmer, se retourna comme pour s’excuser vers les personnes qui faisaient la queue derrière elles, et Tonio eut la vision d’un très beau visage, encadré de longs cheveux noirs jais et d’une bouche charnue et sensuelle. Mais ce qui le frappa le plus, ce furent ses yeux grands, doux et d’une couleur qu’il ne put définir tout de suite, à cause de la lumière au néon du bureau de poste. Pas noirs, pensa-t-il,peut-êtreverts. Tonio se proposa de les regarder mieux si l’occasion se présentait. Elle était vêtue d’un manteau en renard, un peu sophistiqué pour une femme aussi jeune, quoiqu’elle le portât avec désinvolture.

« Puis-je me permettre ? peut-être puis-je vous aider ? » dit Tonio en s’approchant des deux femmes.

« Ah, vous êtes italien ? Mais je vous en prie, volontiers » répondit la femme. Et fulminant encore contre l’employé avec un regard meurtrier, « celui-là me paraîtuncitrulo1,il fait celui qui ne comprend rien ou fait semblant de ne rien comprendre ».

Sans tenir compte de la jeune fille, Tonio se concentra sur la femme et lui expliqua avec calme qu’il fallait faire preuve de patience avec les fonctionnaires, mal payés et ignorants. Il l’amena à la cabine et l’aida à composer le numéro de téléphone pour la Sicile. Après deux tentatives, une voix masculinerépondit. Tonio rapidement passa le combiné à la femme qui, comme s’il s’agissait d’un miracle, commença à hurler qu’elles allaient bien, que le voyage en train avait été long et fatigant, que l’hôtel était parfait, mais que la petite avait peu dormi. Puis, avec des gestes frénétiques, elle fit signe à la jeune femme de s’approcher et de venir « saluer babbone ».

Pendant que la jeune fille parlait avec son père, la femme se présenta à Tonio sous le nom de Nunzia Fittelli, bonne et dame de compagnie de Mademoiselle Irene Consalvo, fille du célèbre don Calogero Consalvo, propriétaire d’entreprises agricoles connues dans le monde entier, productrices, entre autres, des fameuses « Pâtes Consalvo » et du encore plus célèbre Amaro Consalvo, boisson préférée du Roi Vittorio Emanuele. Donna Irene d’ici deux mois épousera don Peppino Cantera, qui avait hérité de son père, la bonne âme, des très riches mines de soufre Cantera, dans la province de Catane.

Nunzia réussit à donner toutes ces nouvelles et d’autres détails, en moins de deux minutes, le tempsnécessaireà donna Irene de saluer et rassurer son père. « Irene,commentpouvons-nous remercier notre sauveur ? » dit la femme à la jeune fille qui sortait de la cabine, et à Tonio « Comment avez-vous dit que vous vous appelez ? » et, sans attendre la réponse « elle n’est pas belle ma fille ? ». Leurs yeux se croisèrent un instant, Tonio ressentit comme une décharge électrique le long du dos. Ils étaient verts, comme il s’en doutait. Un vert intense, avec de légères stries dorées, qui les rendaient à la fois incroyablement profonds, sérieux, mais aussi très lumineux, comme s’ils voulaient communiquer au monde une joie de vivre irrésistible. Tonio eut du mal à détacher ses yeux de ceux de la jeune fille. Irene ne portait aucune trace de maquillage, bien que le rose naturel de ses lèvres semblât presque le résultat d’un rouge à lèvres de marque légèrement appliqué. Pour un millième de seconde, Tonio s’imagina mordre cette bouche…

« Nunzia arrêtez ! » dit la jeune fille d’un ton ferme et, se tournant vers Tonio, d’une voix hésitante et charmante, avec untrès léger accent sicilien : « Vous avez été vraiment gentil de nous aider, à la maison ils attendaient de nos nouvelles depuis hier. Maintenant nous devons aller faire des courses. Au fait, peut-être savez-vous où est ce magasin ? » lui demanda-t-elle, montrant la page d’un catalogue « Roche Bobois ».

« Oui, c’est Boulevard Saint-Germain, toutprès. C’est à deux pas. Je vous accompagne.

« Ne vous dérangez surtout pas » dit Irene « vous nous avez déjà tropaidées ; vous avez certainement autre chose à faire ».

« Ça ne me gêne pas du tout ; c’est sur mon chemin », mentit-il.

Durant le trajet, Nunzia expliqua avec un certain embarras de la part d’Irene, qu’elles étaient à Paris pour choisir une partie de la dot qu’Irène apportait en mariage, et éventuellement effectuer certains changements qu’elle jugerait nécessaires. Pour cela Don Calogero avait été très clair : « Si certaines choses ne te plaisent pas, ma fille, change-les, dans la limite du raisonnable, bien sûr. Et si quelque chose teplaîtvraiment, achète la, tout en restant dans la limite du raisonnable, bien sûr ». Chez Roche Bobois, elles allaient contrôler toute la commande : meubles, rideaux, objets de décoration, achetés par son père au cours d’un de ses derniers voyages d’affaires à Paris.

Le responsable du magasin, monsieur Picard, fut ravi de faire la connaissance de mademoiselle Consalvo, fille de monsieur Consalvo, excellent client de longue date.

Tonio resta en retrait, admirant certains meubles de bonne facture. A un moment, il fut appelé à régler un problème de langue, l’italien du directeur étant plutôt succinct. Nunzia lui montra à l’occasion avec orgueil les meubles qui décoreraient la chambre à coucher de donna Irene :

« Regardez, ne sont-ils pas dignes d’une reine ? »

Tonio admira la forme du lit et des tables de nuit, mais fut déconcerté par les festons de feuilles dorées qui recouvraient tout l’ensemble.

« Ça ne vous plait pas, n’est-ce pas ? » C’était la voix d’Irenederrière lui. « J’ai vu votre tête dans la glace là-bas ; dites la vérité ».

« Eh bien… à dire vrai les meubles me plaisent beaucoup, mais seulement… Tout cet or, selon mes goûts, mesembleun peu trop… Mais tout dépend aussi de la façon dont sera décorée la pièce… »

Irène s’assit sur le lit, passa la main sur les feuilles dorées de la tête de lit et sur celles de la table de nuit ; se leva et dit : « Pouvez-vous demander à ce monsieur si je peux avoir ces meubles sans l’or ? »

« Vous êtes sûre ? Je ne voudrais pas vous avoir influencée par mes idées. Et puis que va dire votre père ? »

« Babbone ? Ne vous inquiétez pas. Il m’a laissé toute liberté pour changer, si je veux ».

« Dans les limites du raisonnable, bien sûr ».

« Dans les limites du raisonnable, bien sûr », répéta-t-elle en éclatant de rire.

Tonio expliqua au directeur du magasin les changements décidés par Irene. Naturellement cela ne causait aucun problème, même si, cela leur fut dit, ces dessins étaient la reproduction exacte des décors d’une chambre que l’on pouvait admirer au Château de Chambord.

Avant de partir, on pria Irene de signer la confirmation définitive de la commande. Irène allait le faire quand Tonio l’arrêta et dit à monsieur Picard que, d’après lui, le prix des meubles devait être modifié étant donné que les ornements précieux, faits main, etc… étaient supprimés. Après une courte discussion en français, le directeur consentit une réduction de cinq pour cent sur le prix d’origine, promettant d’envoyer le lendemain une nouvelle facture à l’hôtel d’Irene. Dès qu’ils furent sortis du magasin, Tonio expliqua ce qui s’était passé, les deux femmes le regardèrent avec admiration et quand Nunzia sut qu’ils avaient épargné plus de deux millions de lires, elle lui saisit la main qu’elle baisa en disant : « Mais vous êtes un ange venu du ciel ! » provoquant, encore une fois, le rire argentind’Irene.

« Vraiment », dit la jeune fille, « comment pouvons-nous vous remercier ? Mais imaginez-vous mon père quand nous lui raconterons ? Je sens le besoin de m’acquitter de ma dette envers vous… »

« Ecoutez », dit Tonio, « ne parlons plus de dette, s’il vous plait. Mais j’ai une idée. Que diriez-vous de dîner ensemble ce soir ? Je vous permettrai d’offrir l’apéritif, et ainsi nous serons quittes. Qu’en dites-vous ? Si vous n’avez pas d’autres engagements, bien sûr ».

« Mais… oui… non, nous n’avons aucun engagement… mais… je ne sais pas… Nunzia. Qu’en dites-vous ? »

« Donna Irene, je pense que ça va. Signor Tonio a l’air d’une personne comme il faut. Je suis sûre que don Calogero approuverait. Je serai toujours avec toi, sans offense signor Tonio.

« Alors c’est d’accord » dit Irene « à une condition : c’est nous qui offrons le dîner ».

« Donna Irène ! » dit Tonio d’un air offensé, comique, « On verra cela. Mais je vous dis tout de suite que dans ma culture, ça ne s’est jamais vu qu’un galant homme soit l’invité de deux belles dames, qui plus est, en visite, dans le pays où il vit ».

Ils se donnèrent rendez-vous dans le hall de l’hôtel Meurice, où les deux femmes logeaient, à huit heures le soir même. Tonio prit congé, confirmant qu’il passerait les chercher.

A huit heures, Tonio les retrouva dans le hall, comme convenu, et les conduisit au restaurant La Coupole, à Montparnasse, avec sa Triumph décapotable qui obligeait l’un des passagers à s’asseoir, pas très à l’aise, à l’arrière.

Les femmes s’émerveillèrent devant les dimensions du restaurant et du nombre de personnes déjà présentes à huit heures du soir.

« Vous savez » dit Irene « qu’à huit heures du soir les restaurants en Sicile sont encore vides. Chez nous, on commence à manger vers dix heures ».

« Eh oui » répondit Tonio « ici vous devez vous habituer à manger un peu plus tôt, même si ce restaurant en particulier est ouvert toute la nuit. Mais voyons ce que nous pouvons commander. Je vous conseille la soupe à l’oignon, très bonne, c’est un plat français typique. Je suis sûr qu’il vous plaira. Ensuite éventuellement un beau filet au poivre, c’est-à-dire une tranche de filet de bœuf cuite avec une sauce au poivre, avec des pommes de terre frites, comme seuls les français savent les faire ».

« Oignons ? » dit Nunzia, « mais les oignons chez nous sont un plat de pauvres : ils les mangent crus dans du pain… non… vous pensez que je peux commander un bon plat de pâtes : peut-être deszitià la sicilienne avec des aubergines ? »

« Mais, Nunzia, que dites-vous ? » intervint Irene, « Ici nous sommes en France, à Paris, et je ne pense pas que nous pourrons trouver un plat typique de chez nous. Et puis j’ai envie de goûter tout ce qui n’est pas sicilien. Vous savez ce que je vous dis ? Je suis le conseil de signor Tonio et, comme j’ai vraiment faim, je prendrai à la fois la soupe à l’oignon et le filet ».

Elle dit ainsi en regardant Tonio droit dans les yeux, avec une telle intensité à lui donner le vertige.

« Et le vin ? Vous buvez un peu de vin ? Que diriez-vous d’un bon vin français ? »

« Bien sûr, nous aimons boire un peu de vin, n’est-ce pas Nunzia ? Nous sommes habituées au vin de chez nous : celui que produit babbone à Mazzara del Vallo est vraiment bon, bien qu’il soit un peu fort etpeut fairetourner la tête. Et en cela, chère Nunzia, vous en savez quelque chose, hein ? »

« Donna Irene, je vous en prie, ne me faites pas une mauvaise réputation… »

« Mais non, bien sûr que non, vous savez combien je vous aime. Mais vous, signor Tonio, dites-moi, que faites vous à Paris ? Quel est votre métier ? Vous savez tout de nous, alors que nous nous savons encore rien de vous. Ça ne me paraît pas juste ! » Tout en disant cela, elle appuya son menton sur ses mains croisées, avec un air tout à la fois intéressé et amusé, ses grands yeux fixant Tonio.

« Rien de très intéressant en vérité. Depuis deux ans je dirige le siège d’une banque italienne ici à Paris et… »

« Mais comment donc », l’interrompit Irene, « vous êtes le directeur d’une banque ici à Paris, et vous le dites comme cela, comme si c’était rien du tout Mais vous savez que chez nous le directeur de banque est une personnalité importante, respectée et écoutée par tous… vous savez : un des meilleurs amis de mon père est justement le directeur du Banco di Sicilia… »

« Mais c’est un vieux » interrompit Nunzia « un peuscimunitu2en plus »

« Nunzia, je vous en prie. Don Gaetano est si gentil, et puis… »

Mais Irene fut interrompue par le garçon venu prendre la commande. Tonio commanda le dîner en français ainsi qu’une bouteille de Bordeaux.

« Comme vous parlez bien le français ! » le complimenta Irene, le regardant encore une fois avec admiration. Cette fois, Tonio ne sut résister et échangea son regard avec la même intensité, la faisant légèrement rougir.

Irene continua à lui raconter comment Don Gaetano, bien qu’il ait plus de soixante ans, lui faisait une cour discrète, en cachette de son horrible femme. Tonio l’écoutait à peine, maintenant complètement ensorcelé par ses yeux et sa bouche. Irene parlait d’une voix douce, mais ferme, d’un ton profond quand elle voulait souligner quelque chose. En même temps, elle regardait droit devant celui qui lui faisait face, et parfois, Tonio se sentit presque gêné en affrontant ce regard si limpide et direct.

Quand le serveur revint avec le vin, Tonio en versa aux deux femmes et proposa un toast : « Permettez-moi de trinquer au bonheur de donna Irene. Je vous souhaite tout le bien possible et plein de garçons. Et je trinque aussi à don Peppino Cantera, l’homme le plus heureux du monde ». Tonio but le vin sans détacher ses yeux de la jeune fille. Et Irene échangea ce regard,cette fois sans rougir. « Vous êtes vraiment gentil signor Tonio, j’apprécie vos vœux. J’ai senti tant de sincérité dans votre voix. Merci », dit Irene, posant sa main sur son bras.

« Donna Irene, je ne vous connais pas bien, mais je suis sûr que vous le méritez », répartit Tonio, posant à son tour sa main quelques secondes sur la sienne. Nunzia, qui ne s’était pas aperçue de ces petites manœuvres, était toute à la dégustation du Bordeaux, qu’elle avait l’air d’apprécier particulièrement, que très vite son verre fut déjà vide et Tonio bien sûr fut rapide à le remplir à nouveau.

Quand la soupe à l’oignon fut servie, il y eut un moment de perplexité de la part des deux femmes, mais à peine l’eurent-elles goûtée, qu’elles furent agréablement surprises de son goût intense et particulier. « Je ne m’y attendais pas, signor Tonio, vous nous étonnez et ce vin se marie parfaitement à la soupe » dit Nunziaen commençantun autre verre.

Avant l’arrivée du filet, Tonio commanda une autre bouteille, malgré les protestations d’Irene et celles, beaucoup plus timides, de Nunzia.

Pendant le reste du dîner, Tonio raconta à Irene la période de son enfance au Brésil d’où il partit pour l’Italie à douze ans, de ses études à Naples, des débuts de sa carrière dans la banque et de ses voyages en Europe et en Afrique. La jeune fille semblait charmée par ses récits et à un certain point – ils en étaient au dessert – elle dit « Vous savez, signor Tonio, moi au contraire j’ai très peu voyagé. Je suis allée aux sports d’hiver en Suisse avec babbone l’année dernière, mais cela ne m’a pas tellement plu, et il y a trois ans nous avons fait le tour des principales villes italiennes : Milan, Venise, Florence, Rome et Naples. Et la ville que j’ai préférée est justement Naples. Je dis cela non pas parce que vous êtes de Naples, signor Tonio, mais parce que c’est une ville si vivante, gaie… mais à propos, ça ne vous déplairait pas que je vous appelle Tonio et que je vous tutoie ? Je ne sais pas, mais j’ai l’impression de vous connaître depuis longtemps, et non pas seulement depuis quelques heures… et vous… et toi…appelle-moiIrene s’il te plait… »

« Je ne demande pas mieux, donna Irene… excusez-moi… excuse-moi Irene », et ils éclatèrent de rire.

« Moi aussi j’ai la sensation de te connaître depuis longtemps », dit Tonio et, après avoir jeté un rapide coup d’œil à Nunzia, il lui prit la main. Irene ne la retira pas, au contraire, elle mêla ses doigts aux siens et lui dit tout bas :

« Je crois que notre Nunziatina a fait le plein. Mais quand nous allons partir, il faudra l’aider. Le vin est son seul défaut. C’est une si brave femme et elle m’aime vraiment. Pour moi, elle a été presque la mère que je n’ai pas eue. Ma mère est morte quand j’avais seulement deux ans… voilà pourquoi Papa et moi sommes si attachés l’un à l’autre. Lui il a vraiment beaucoup souffert… au fond il ne s’est jamais consolé et a tendance à trop me gâter. J’essaie de ne pas lui faire de peine, de lui faire toujours plaisir. Babbone est quelqu’un de merveilleux et veut seulement mon bonheur, même si, récemment, nous avons eu quelque petite dispute, justement à propos de mon mariage… mais laissons tomber ».

« Non, je t’en prie ».

« Non, laissons tomber » et puis « Nunzia ! Mais que faites-vous, vous dormez les yeux ouverts ? Sainte Vierge, elle a but trop de vin. Et maintenant, qu’est ce qu’on fait ? »

« Irene, ne t’inquiète pas je vais chercher la voiture, je la gare devant la porte et je l’aiderai à monter à l’avant. Cela te gêne-t-il de t’installer à l’arrière, même si c’est inconfortable ? »

« Pas de problème ».

Tonio régla rapidement la note, alla chercher la voiture et la gara juste en face de la porte du restaurant. Sous les regards amusés des clients, Tonio et Irene aidèrent Nunzia à monter dans la voiture. La jeune femme s’installa derrière, et Tonio, qui n’avait pas l’intention de laisser Irene si vite, lui dit :

« Ecoute Irene, ça te va de faire un tour de Paris la nuit ? C’est superbe. De toute façon Nunzia dort là, à l’avant ».

« Mais, je ne sais pas… c’est peut-être mieux que non. J’aipeur que Nunzia ne se sente pas bien… Je ne voudrais pas qu’elle salisse ta voiture. Non, conduisons-la à l’hôtel s’il te plait ».

« A vos ordres, donna Irene ».

« Merci signor Tonio », et ils éclatèrent de rire.

Une fois arrivés à l’hôtel, ce ne fut pas facile de réveiller Nunzia et de la faire marcher droit. Irene d’un côté et Tonio de l’autre la soutinrent jusqu’aux ascenseurs. Dans les quelques instants d’attente, Nunzia s’abandonna complètement dans les bras de Tonio et, dans l’ascenseur, commença à ronfler.

« Mais quelle honte ! Je suis vraiment confuse ».

« Que dis-tu ? Tout cela est très drôle. Je n’avais jamais vu quelqu’un dormir debout, comme cela, et encore moins ronfler ! »

A l’étage, Irene ouvrit la porte de la chambre, alluma la lumière et alla vers l’autre porte entr’ouverte.

« Voilà, c’est la chambre de Nunzia » dit-elle « posons-la sur son lit. Eventuellement plus tard je la déshabillerai et lui mettrai sa chemise de nuit ».

Tonio s’approcha du lit et dit à voix plutôt haute :

« Bonne nuit, Nunzia. Faites de beaux rêves ! »

« Pour l’instant, même des coups de canons ne la réveilleraient pas ! » dit Irene, en fermant doucement la porte.

Il y eut un silence embarrassant entre eux dès qu’ils se rendirent compte qu’ils étaient seuls dans une chambre d’hôtel.


1. cornichon

2. sénile

2

« Tonio, je ne sais pas comment te remercier. Je ne sais pas comment j’aurais fait sans toi ».

« Eh bien, déjà, sans moi je ne pense pas que Nunzia aurait été ivre : c’était vraiment drôle, j’ai passé une excellente soirée. Je voudrais te demander quelque chose. Pourrais-je avoir un verre d’eau ? Toute cette activité m’a donné soif. » Il mentait. Il voulait seulement retarder de quelques minutes le moment de son départ.

« Mais bien sûr Tonio, dans le mini frigo il y a de l’eau minérale, j’en prendrai aussi ».

Ils burent, se regardant dans les yeux, en riant. Tonio posa son verre sur un meuble et dit :

« Il y a autre chose que je voudrais te dire, mais je ne voudrais pas que tu te fâches ».

« Quoi ? » demanda-t-elle, tout à coup sérieuse.

« Ecoute, je voudrais… mais tu me promets de ne pas te mettre en colère ? »

« Ne tourne pas autour du pot. Dis ce que tu as à dire. D’abord je ne vois pas pourquoi tu pourrais me mettre en colère, et puis, nous nous connaissons à peine… alors ? »

« Voilà je voudrais t’embrasser. Je peux te donner un baiser de bonne nuit ? »

« Oui ».

« Comment oui ? Mais… »

« Oui », répéta Irene, s’approchant de Tonio.

Il la prit dans ses bras et lui donna un baiser innocent sur la joue.

Irene ne se retira pas quand il continua à l’enlacer. Lentement elle tourna son visage vers lui, entrouvrant les yeux. Tonio reçu l’invitation et l’embrassa sur la bouche. Ce fut un long et doux baiser. Tout d’abord délicat puis, au fur et à mesure, Irene entrouvrit les lèvres et leurs langues commencèrent à s’explorer. Tonio l’étreignit plus fort contre lui et, quand ses mains commencèrent à lui caresser le dos, Irene en haletant s’abandonna toujours davantage dans l’étreinte.

A l’improviste elle se détacha de Tonio et dit « Sainte Vierge, qu’est-ce que je suis en train de faire ? Maintenant jepenserai que je suis putain ».

« Irene » dit Tonio, en la serrant à nouveau contre lui « jamais tu ne seras une putain. Je le sais, c’est comme si je te connaissais depuis toujours. Tu es… pure. Je le vois… tu es trop belle pour que la saleté de ce monde puisse te toucher ».

La jeune femme ne dit rien. Elle fronça le front un instant, puis lui prit le visage entre les mains et le baisa avec une fougue qui surprit Tonio.

Avec Irene étroitement enlacèe, Tonio s’avança vers le lit.

Tout à coup Irene dut sentir son érection, parce qu’elle s’arrêta brusquement et, les yeux grands ouverts, dit :

« Tonio tu es… tu es… Comment on dit ? Excité ? »

« Eh oui, tu sais… je ne peux pas l’empêcher… Tu es si belle… pardonne-moi ».

« Tu ne dois pas t’excuser. Je sais que c’est naturel, quand deux personnes se plaisent. Toi aussi tu me plais… mais nous devons nous arrêter là… »

« Tu as raison, peut-être c’est mieux que…… »

Mais Irene ne le laissa pas terminer. Elle se serra contre lui avec tant de force qu’ils tombèrent sur le lit, en s’embrassant à nouveau.

Tonio commença à l’embrasser dans le cou, alors que la respiration d’Irene devenait toujours plus haletante ; ilcommença à déboutonner son chemisier, en lui donnant des petits baisers sur les seins encore couverts. Ensuite elle l’aida à le retirer, la retournant sur le côté il lui ôta son soutien-gorge.

Tonio n’avait jamais rien vu d’aussi tendre. La peau très blanche de ses seins contrastait avec les taches plus sombres des petits tétons.

Il la regarda et vit que la jeune femme rougissait violemment et avait les yeux fermés.

« Irene » murmura-t-il dans son oreille « je ne ferai jamais rien que tu ne veuilles. Si tu ne veux pas, dis-le moi ».

« J’ai compris… viens ici, embrasse-moi encore ».

Tonio s’exécuta, lui caressant en même temps les seins. Puisil commença à déboutonner sa chemise alors qu’elle le regardait.

« Tonio, tu sais que je n’ai jamais vu… Eh bien… un homme nu. A part mes cousins quand nous étions petits… »

Tonio se leva du lit et retira son pantalon, restant en caleçon. Puis il déboutonna sa jupe, la lui retira et l’aida à ôter ses bas. Quand il commença à lui enlever sa culotte de soie, Irene ferma les yeux, à nouveau rougissante.

« Irene », lui dit-il, « tu as un corps merveilleux, superbe ».

« Tu es le premier à le voir… comme cela ».

« Vraiment ? Je suis alors l’homme le plus heureux du monde ».

Tonio enleva son caleçon, révélant le pénis complètement en érection et dilaté.

Irene le regarda quelques instants et, allongeant la main pour le toucher, dit :

« Comme il est grand… je ne pensais pas qu’il puisse devenir ainsi. Il est… beau ».

« Viens ici,piccolina » lui dit Tonio « serre-moi fort et embrasse-moi ».

Les mains de Tonio, petit à petit, commencèrent à la toucher aux points plus sensibles et après peu Irene répondit à ses caresses, en remuant lentement.

Quand Tonio commença à la toucher entre les jambes, en les ouvrant doucement, Irene remua, les yeux fermés, en gémissant faiblement. Tonio glissa le long du corps de la jeune fille, en l’embrassant et passant sa langue d’abord sur ses seins puis, au fur et à mesure, toujours plus bas jusqu’à atteindre le triangle noir du pubis.

A ce moment-là, les jambes de la jeune fille étaient complètement ouvertes et Tonio commença à passer la langue d’abord superficiellement puis il l’introduisit à l’intérieur, jusqu’où il pouvait aller. Irene était complètement abandonnée à un plaisir qu’elle éprouvait pour la première fois, et elle en savourait chaque instant.

Un peu après, Tonio étant à la limite de la résistance, lui dit :

« Irene,amore mio, j’ai envie de toi. Je veux te faire l’amour ! »

« Moi aussi » dit-elle en haletant.

« Tu es sûre ? »

« Oui je suis sûre. Mais montre-moi. Je ne sais pas… fais doucement… »

« Je sais que c’est la première fois pour toi… et je ne voudrais pas… »

« Oui c’est la première fois. Et je veux le faire avec toi ».

Tonio s’émerveilla de la force et de la détermination de ces mots. Il sentit le désir réprimé pour ce que la jeune fille, peut-être, savait qu’elle ne pourrait avoir à l’avenir. Et, l’espace d’un instant, il se demanda ce qui avait poussé Irene à parler ainsi. La spontanéité et l’innocence avec laquelle elle s’offrait à lui le déconcertait.

Doucement, avec délicatesse, en lui maintenant les jambes ouvertes avec les siennes, lentement il la pénétra. D’abord il trouva une résistance dans l’étroit passage, puis il commença à forcer et à aller et venir lentement, jusqu’au moment où il sentit que cela cédait et la pénétra entièrement. Irene émit un petit cri. Tonio s’arrêta un instant pour la regarder et vit qu’une larme coulait sur sa joue et qu’elle se mordait les lèvres.

« Amore mio » lui murmura-t-il « je t’ai fait mal ? Pardonne-moi ».

« Non, ne t’inquiète pas. Ne t’arrête pas… j’aime… j’aime quand tu m’appellesamore mio ».

« Amore mio, amore mio, amore mio », murmura-t-il encore à son oreille.

Et il continua en elle à un rythme lent et régulier, l’embrassant sur la bouche, sur les yeux, dans le cou. Après plusieurs minutes, il sentit qu’Irene approchait de la jouissance en remuant toujours plus rapidement. Et quand enfin elle y parvint, elle émit un cri rauque, profond, lui plantant les ongles dans le dos.

Tonio resta encore un peu, puis se laissa aller, savourant chaque instant de ce plaisir aussi intense. Puis il bougea à un rythme toujours plus rapide et au dernier moment, dans une lueur de conscience, un instant avant l’explosion, il se retira, répandant sur son ventre le liquide séminal.

Puis, ils se détendirent haletants pour quelques minutes, enlacés, sans parler.

Pour Tonio se fut une expérience complètement nouvelle. Même s’il avait connu de nombreuses femmes avec lesquelles il avait fait l’amour, de cent façons différentes, cette fois il avait éprouvé une sensation nouvelle, très forte. Confusément il se demandait à quoi était due cette jouissance à la fois complète et différente. Le fait qu’Irene se soit abandonnée à lui d’une façon si totale le rendait euphorique, et à la fois curieux. Il ne lui semblait pas croyable qu’il fut le destinataire de tant de bonheur. Une immense tendresse s’empara de lui. Alors qu’il était encore sur elle, il ouvrit les yeux, la regarda et lui caressa le visage.

Irene ouvrit les yeux et à son tour lui sourit.

Un peu après, lorsque leur respiration se fut ralentie, Tonio se détacha d’elle, et se soulevant sur les coudes, lui demanda :

« Comment te sens-tupiccolina ? » Irene ne répondit pas. Elle avait les yeux fermés et semblait dormir.

« Irene… »

Elle ouvrit lentement les yeux, se tourna vers lui et dit :

« Tonio… c’était magnifique. Je ne croyais pas qu’on puisse être comme ça. C’était comme… comme aller au Paradis pour un moment et puis revenir… j’ai vu de nouvelles couleurs… j’ai entendu de nouveaux sons… je ne sais pas comment l’expliquer… ça a été merveilleux ».

Elle fronça son front, comme pour se concentrer, et ajouta :

« Cette brûlure entre les jambes… je voudrais qu’elle reste longtemps, pour me rappeler que je n’ai pas rêvé. »

Irene se tut et referma les yeux. Un peu après, elle l’interrogea :

« Et pour toi Tonio ? Comment ça a été pour toi ? Avec toutes les femmes que tu auras sans doute connues… »

Il ne lui répondit pas immédiatement. Un peu plus tard, il lui dit :

« Irene, pour moi ça a été… je ne sais pas comment te le décrire… différent. Certainement tu peux ne pas me croire, c’est comme si c’était « une première fois » aussi pour moi. C’est difficile à expliquer. C’est vrai, j’ai eu beaucoup de femmes. Tu sais, c’est facile dans une ville comme Paris, étant célibataire, sans obligations, de trouver des compagnes. Mais avec toi… je ne sais pas… je me suis senti comme… comme conquis par ta spontanéité, ta… ta… voilà, ta pureté. A l’instant, je me sens parfaitement heureux. Et aussi fier et reconnaissant d’avoir reçu ce don de toi ».

« Mammamia, que de grands mots,Tunuzzu », dit Irene, lui passant la main dans les cheveux, « mais, sais-tu quelque chose ? », continua-t-elle, « Je ne sais pas comment je me sentirai demain. Peut-être je me détesterai pour ce que j’ai fait. Mais moi aussi maintenant je me sens vraiment heureuse ». Un peu après, elle ajouta :

« Et puis cette histoire de cadeau. Mais quel cadeau ? Je ne t’ai rien donné. C’est plutôt toi qui m’as donné quelque chose. Tu m’as fait découvrir un monde nouveau. De nouvelles sensations… magnifiques. C’est moi qui devrais te remercier ».

Ils restèrent encore un bon moment en silence, nus, étendus sur le lit, plongés dans leurs pensées.

La chambre était dans la pénombre, éclairée uniquement par les réverbères de la rue. A un certain moment, Tonio dit :

« Irene, je te souhaite de tout cœur une vie heureuse, vraiment ».

Elle resta silencieuse, si bien que Tonio pensa qu’elle s’était endormie. Par contre, un peu après, il entendit sa voix qui murmurait :

« Je te crois ».

Puis elle se tourna vers lui, l’enlaça, et recommença à l’embrasser.

Ils refirent l’amour encore une fois. Tonio resta en elle longtemps, avec des mouvements lents et constants, poussant Irene à atteindre l’orgasme plusieurs fois. A la fin, Tonio atteignit son plaisir, éprouvant à nouveau les mêmes sensations qu’avant, peut-être d’une façon encore plus intense.

C’était l’aube. Tonio ramassa ses vêtements et se rhabilla.

« Ça me déplait de partir » lui dit-il « j’aimerais m’endormir à côté de toi. Mais imagine la tête de Nunzia si elle nous trouvait tout à l’heure au lit ensemble ? »

« Pauvre Nunziatina. Elle m’aime tant tu sais » dit-elle en enfilant sa chemise de nuit « à la mort de maman, j’avais deux ans, elle a été ma nourrice, ma sœur, ma confidente, mais surtout mon amie. A Nunzia, je dis tout. Ou presque. C’est une femme qui a beaucoup souffert dans sa vie. Tu la vois ainsi, un peu drôle, un peu paysanne, mais elle est pleine de sagesse ».

« On voit qu’elle t’adore. Mais d’autre part, comment ne pas t’aimer. Ecoute, si je peux te demander… de quoi ta mère est morte ? »

« Dans un accident de voiture. Mon père conduisait. Le camion a surgi d’une rue latérale et a percuté la voiture sur lecôté. Elle s’estécraséesur un rocher. Papa a perdu une jambe et maman est morte sur le coup ».

« C’est terrible Irene. Tu avais seulement deux ans ? »

« Oui ».

« Comment cela a-t-il pu se passer ? Le camionneur était ivre ? »

« On m’a raconté que le camion ne s’est même pas arrêté. On l’a retrouvé le lendemain dans un champ, calciné. Il avait été volé une semaine avant. Le coupable n’a jamais été retrouvé ».

« Mon Dieu ! »

Tonio se rapprocha d’elle et la serra tout contre lui.

« Cela me désole », lui dit-il.

Avant de partir, il lui donna sa carte de visite sur laquelle il écrivit son numéro de téléphone à la maison et lui dit de l’appeler demain, dès qu’elle se réveillerait.

Les rues étaient désertes. En conduisant vers chez lui, il repensa à la soirée et la nuit passées avec Irene. Tout en souriant dans son for intérieur, une fois encore il éprouva une immense tendresse pour cette jeune femme entrée si violemment dans sa vie.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Savoure-moi

de city-edition

Electrastar

de editions-textes-gais

Pour un soir

de erato-editions

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant