Le Masque D'Or

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Après une convalescence longue et douloureuse, Judith se replonge dans l’action afin de poursuivre son enquête. Elle va continuer à s'attirer les foudres de l'Ordre Mondial, au péril de sa vie et de celle de ses proches.
Réussira-t-elle à démasquer le Suprême? Laissera-t-elle passer le grand amour ? Qui se cache derrière le masque d'or ?


Publié le : jeudi 1 août 2013
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EAN13 : 9782332601377
Nombre de pages : 288
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ISBN numérique : 978-2-332-60135-3

 

© Edilivre, 2013

Du même auteur

 

 

Du même auteur :

Chez Edilivre

Judith(2012)

Citation

 

 

« Quand l’homme se regarde beaucoup lui-même, il en arrive à ne plus savoir quel est son visage et quel est son masque ».

Pio Baroja

Dédicace

 

 

A Jennifer

1

– L’antenne dans deux minutes, lui signifia le réalisateur.

Jane Fremann se posta devant la caméra 5 et attendit que la lumière verte apparaisse. Elle préférait rester debout, l’annonce qu’elle devait faire nécessitait une certaine forme de solennité, mais aussi de la gravité. Elle prit une grande respiration et lut son texte lentement.

– Nous venons d’apprendre que le futur sénateur de l’État de New York, Alex Bernstand, a été victime d’un attentat alors qu’il déjeunait dans un restaurant en compagnie de la photographe Judith Cardwell. Leur agresseur, qui n’a pas été identifié, a été abattu par les gardes du corps d’Alex Bernstand. A l’heure où je vous parle, nous ne savons pas si Alex Bernstand et Judith Cardwell sont vivants ou morts. On sait qu’il y a eu un ballet incessant d’ambulances. D’après les premiers témoignages recueillis par nos reporters, l’état des victimes laisserait supposer que leurs jours pourraient être en danger. Quant au tireur, et toujours d’après nos équipes sur place, il serait dans un état critique. Nous reviendrons dans une quinzaine de minutes afin de vous donner de plus amples informations sur ce drame.

Au New York Times, Mac Lood, comme tous les journalistes, s’était planté devant l’un des téléviseurs présents un peu partout dans les salles. Ce que Jane Fremann devait annoncer avait l’air d’être important. Dès les premiers mots de la journaliste, il avait compris la portée de la situation. Il avait redouté ce moment. Ses doigts s’étaient crispés, sa respiration était devenue difficile, il s’était rapproché de la table, distante de quelques mètres afin de ne pas tomber, tellement ses jambes ne le tenaient plus. D’un seul coup, les douleurs d’une ancienne blessure étaient revenues lui rappeler que la souffrance n’était pas décidée à le lâcher. Il ne sut pas par quel miracle il avait réussi à s’asseoir. Il entendait la voix de Jane Fremann sans pour autant en retenir tous les mots ; seul le nom et le prénom de son amie revenait en boucle dans son esprit. Plusieurs de ses confrères le voyant dans cet état de confusion totale, lui avaient adressé des paroles de soutien. Mac Lood n’aimait pas le mot résignation, mais là, il en avait accepté toute sa définition. C’est la sonnerie de son téléphone portable qui le ramena à la réalité. Le message était d’Aristide, il venait d’apprendre la terrible nouvelle. Il lui demandait s’il avait quelques informations à lui donner afin de le rassurer. Mac Lood avait senti à travers les mots qu’il employait que sa détresse était grande.

Ce jour là, Mac Lood erra dans la ville, arpentant les rues malgré les douleurs récurrentes de sa jambe. Se perdre dans la masse, ne plus penser, se laisser aller sans but précis. Son esprit lui dictait de se rendre rapidement vers l’hôpital où avait été admise Judith, mais son corps refusait ce commandement. Alors il était rentré chez lui se saouler de bière et de chagrin. Il coupa son portable. Judith était tout pour lui. Elle n’était pas de son sang, mais une filiation paternelle s’était installée entre eux. Au plus profond de ses tripes, il ressentait de la tendresse, de l’amour pour Judith. Il savait qu’elle était la fille que sa femme n’avait pu lui donner. Il entendit tambouriner à sa porte. Se lever lui parut un exploit tellement énorme qu’il renonça à se déplacer. La porte d’entrée grinça, il reconnut les voix de ses amis Capiletto et Aristide qui l’appelaient. Il ne savait plus s’il rêvait ou pas.

Cette journée allait rester gravée dans la mémoire de Mac Lood comme une balle près du cœur que le chirurgien ne peut enlever sous peine de vous condamner.

2

Six mois s’étaient écoulés depuis ce drame. A New York, la vie ne s’arrête jamais, le tourbillon est perpétuel et intemporel. Il vous transporte dans un autre univers, dans une autre galaxie.

Le mouvement pour Judith s’était arrêté six mois auparavant dans un restaurant. Six longs mois d’enfermement dans une chambre située au 15ème étage d’un hôpital. Six longs mois de douleurs, de souffrances, de résurrections, mais aussi de découragements. De peur que la mort ne vienne vous chercher. D’angoisses, mais aussi de bonheurs partagés, de rires simples, de pouvoir sentir la terre sous vos pieds sans qu’elle ne se dérobe, de pouvoir articuler deux ou trois mots, et enfin de sentir l’air rentrer dans vos poumons. De respirer la vie, d’entendre son cœur battre à nouveau dans un corps amoché. Judith était prête pour un nouveau départ. Sa valise à côté d’elle n’attendait que le signal. César ne les fit pas attendre.

– Bonjour Mademoiselle Judith, c’est le grand jour.

– Oui César, je n’en pouvais plus de cette chambre.

– Alors ne perdons pas de temps, en route.

César prit le bras gauche de Judith avec délicatesse. Elle lui caressa doucement la main pour le remercier de tant de bienveillance. Ils franchirent la porte de l’hôpital, Judith ne s’était pas retournée. Trop de mauvais souvenirs. Comme pour lui souhaiter la bienvenue, le ciel de New York se laissait aller à semer quelques flocons épars. Judith leva les yeux vers la voûte céleste et remercia Dieu de lui avoir permis de vivre. Il était temps pour elle de recommencer à croquer la grosse pomme. Elle était impatiente de retrouver son cadre de vie, ses chats, son travail. Capiletto lui avait dit de prendre son temps, mais Judith s’était fixée le premier février. César la déposa devant la porte d’entrée. Elle fut étonnée et même surprise de son attitude. Judith prit sa valise, monta les quelques marches, mit la clé dans la serrure et poussa comme elle put la lourde porte de son appartement. Il semblait sans âme qui vive, comme déserté de ses habitants. Judith s’était sentie comme abandonnée. Elle allait s’asseoir, se sentant un peu lasse, quand ils sortirent en criant de toutes les pièces de l’appartement. Ils firent un tel brouhaha que Judith dut se mettre les mains sur les oreilles. Elle resta là sans faire un geste, les yeux grands ouverts, la bouche légèrement entrouverte. Judith avait senti monter en elle un torrent de larmes. Alors elle craqua. A travers ses yeux embués, elle avait reconnu la plupart de ses amis, Aristide, Capiletto, César et sa bande, Pierre. Mais sa surprise avait été totale quand elle avait découvert, cachés derrière ce premier cercle d’amis, un Mac Lood aux bras de sa mère et de sa grand-mère. Il ne manquait plus que Cocaïne et Héroïne. Elle les vit arriver avec une certaine nonchalance, sûrs que leur entrée allait être très remarquée. Ils s’enroulèrent autour des jambes de leur maîtresse, se laissant glisser délicatement sur le parquet. Mac Lood avait voulu faire un discours de bienvenue, mais la désapprobation fut telle qu’il y renonça. C’est à ce moment là que Judith s’était levée et avait reçu une salve d’applaudissements. Elle avait voulu dire deux ou trois mots, mais l’émotion était si grande qu’aucun son n’arriva à sortir. Elle se dirigea lentement vers sa mère et sa grand-mère et refondit en larmes dans leurs bras. La fête pouvait commencer. Aristide en était le maître d’œuvre. Ils voulaient tous que ce retour soit le plus beau après ces six mois douloureux.

Judith non plus ne pouvait pas oublier ce triste jour. Et pourtant, en puisant dans sa mémoire, cette journée avait commencé merveilleusement bien. Le dîner avec Alex Bernstand s’était diaboliquement bien déroulé. L’atmosphère s’était singulièrement détendue jusqu’à ce qu’elle ressente dans son ventre une violente douleur, et la vision de ses mains entachées de sang. Après ce fut le vide, le néant. Le dernier instant de lucidité, avant de sombrer, avait été la perception d’un regard qu’elle connaissait.

Moins de cinq minutes après les échanges de coups de feu, un ballet pêle-mêle d’ambulances et de voitures de police avaient pris possession de l’avenue. Un périmètre de sécurité avait immédiatement été mis en place. Le premier à partir en ambulance avait été Alex Bernstand, laissant supposer que ses blessures n’étaient pas trop graves. Judith avait reçu les premiers soins qui avaient consisté à endiguer la perte de sang. C’est avec beaucoup de précaution et après une heure d’effort que Judith avait été amenée dans l’ambulance. César, qui était arrivé moins d’une demi-heure après, s’était mis en chasse de l’ambulance la transportant. Il avait prévenu Mac Lood qu’elle était conduite au Bellevue Hospital Center afin qu’il le rejoigne.

Le tireur n’avait pas encore été transféré. Son état dramatique inquiétait les médecins. Les premières constatations avaient montré que sa colonne vertébrale avait subi des dommages irréparables. Les hommes de Bloodimare vérifiaient les témoignages des deux gardes du corps d’Alex Bernstand. Les télévisions essayaient de glaner des informations, mais souvent elles étaient contradictoires, annonçant un, deux ou trois morts dans la fusillade. La seule certitude était les noms des deux personnes visées, Judith Cardwell et Alex Bernstand. Le fait que les inspecteurs ne laissaient rien transparaître sur l’identité du tireur alimentait les rumeurs les plus folles, et qu’il pourrait même s’agir de la propre sœur d’Alex. Ce dont les médias étaient sûrs, c’était que le tireur était une femme. Le troisième blessé avait été héliporté à l’hôpital Lenox Hill.

Capiletto fut le plus prompt à réagir. Il secoua Mac Lood, lui indiquant que la meilleure façon de se comporter était d’agir. Aristide et Capiletto l’empoignèrent, le transportèrent presque de force dans un taxi et filèrent au Bellevue Hospital. Capiletto avait conscience que la perte de Judith risquait d’anéantir Mac Lood, mais même si les nouvelles n’étaient pas rassurantes, l’espoir était toujours là. Il fallait que Mac Lood s’accroche à cette petite lueur de vie. Aristide le voyant sombrer dans un défaitisme sans fin, lui avait mis une belle claque qui résonna comme une aubaine. Cela eut pour effet immédiat de le sortir de sa torpeur. Ses deux amis comprirent qu’il était redevenu le Mac Lood qu’ils connaissaient.

L’effervescence aux urgences du Bellevue Hospital était à son comble, des blouses blanches couraient dans tous les sens. Mac Lood, qui avait presque sauté en marche du taxi, tentait de se frayer un chemin. C’est César qui le repéra le premier, lui indiquant avec de grands gestes, comment le rejoindre. Capiletto et Aristide eurent bien du mal à suivre le mouvement.

– César, merci d’être là. Les nouvelles sont-elles bonnes ?

– J’ai interrogé des médecins, des infirmières. Rien ne filtre. Judith a été immédiatement emmenée au bloc opératoire. C’est la seule information que j’ai pu glaner.

– Il faut qu’on en sache plus sur ses blessures. Je vais appeler Bloodimare.

– Mac Lood, je viens d’appeler l’USA TODAY et nos reporters ont beaucoup de mal à obtenir des informations, c’est le blackout total.

– Bloodimare, c’est Mac Lood, il me faut quelques infos.

Les explications, qu’il lui donna, n’étaient pas rassurantes. Judith, au moment de son départ en ambulance, était dans un état comateux. Elle avait perdu énormément de sang. Et d’après lui, elle était entre la vie et la mort. Mac Lood le remercia malgré ces mauvaises nouvelles. Il en fit part à ses amis. On sentait sur tous les visages une certaine tension. Les heures passaient et aucune nouvelle ne filtrait. La nuit venait de tomber sur New York, une chaleur moite annonçait des orages. Mac Lood avait pris la décision d’avertir la mère de Judith. Ce fut le moment le plus horrible de sa vie depuis la mort de sa femme. Caroline avait éclaté en sanglots. Elle lui avait demandé de venir la chercher à l’aéroport ainsi que la grand-mère de Judith. De toute façon, ce voyage étant prévu, elles ne feraient qu’anticiper leur départ. Mac Lood avait acquiescé et lui avait répondu qu’il attendait son coup de fil pour lui préciser le jour et l’heure de son arrivée. Caroline Loustéra pensait arriver vers le milieu de la semaine. Mac Lood avait ressenti cela comme un soulagement. Porter seul cette douleur, même si elle était partagée par ses amis, l’usait moralement. Il retourna dans la salle d’attente. Chacun se mura dans un silence pesant, s’occupant comme il le pouvait. Ce n’est que vers deux heures du matin qu’on vint les avertir que Judith venait de sortir de la salle d’opération. Elle était hors de danger et sa convalescence allait être longue et difficile. Tous poussèrent un ouf de bonheur. Mac Lood s’empressa de retéléphoner à Caroline pour la rassurer sur l’état de sa fille. Les infirmières avaient monté Judith en salle de réveil. Elle rejoindrait sa chambre dans deux ou trois jours dès qu’elles sentiraient une évolution favorable. Mac Lood et ses amis décidèrent de quitter les lieux. Aristide rentra chez lui. Quant à Mac Lood et Capiletto, ils filèrent à leur journal respectif afin de recueillir des informations sur le pourquoi et le comment de cette tragédie, et peut-être avoir le nom du tireur.

Mac Lood alla tous les jours à l’hôpital. Ce n’est que le mardi qu’il avait pu voir Judith à travers la vitre de la chambre. Elle dormait paisiblement. L’infirmière en chef vint lui dire qu’il pourrait s’entretenir un peu avec elle, le lendemain. Son état s’améliorait lentement. Les chirurgiens avaient réussi, avec beaucoup de difficultés, à lui extraire les deux balles. Mais le plus dur était passé. Comme pour le rassurer, elle lui fit signe que Judith n’aurait pas ou un minimum de séquelles. Restait un léger doute sur la blessure au ventre. Mac Lood avait senti son plexus se relâcher doucement, ses douleurs à l’estomac diminuant au fur et à mesure des heures qui passaient. Comme les nouvelles étaient meilleures, l’arrivée de la famille de Judith serait plus encline à la douceur qu’à la douleur. Il avait préparé les deux chambres de l’appartement de Judith. Il ne savait pas combien de temps elles allaient rester à New York. Il avait demandé à César de venir le chercher afin de rejoindre l’aéroport rapidement.

Mac Lood tendait bien haut l’ardoise où était inscrit le nom de la mère de Judith. La ressemblance était frappante, il n’aurait pas pu se tromper. La mère était aussi jolie que la fille, quant à la grand-mère, la tristesse se lisait sur son visage, ainsi que la fatigue du voyage.

– Ravi de vous connaître enfin mesdames, même si le moment est mal choisi.

– Nous aussi Mac Lood, vous permettez que je vous appelle ainsi ? Si nous pouvions faire vite, ma mère est épuisée par ce voyage.

Mac Lood avait mis les valises sur un chariot et s’était dirigé immédiatement vers le taxi de César. Les présentations se firent dans la voiture. Caroline avait posé beaucoup de questions auxquelles Mac Lood avait répondu avec précision, et sans rien cacher de la situation actuelle. César lui signala qu’il était à son entière disposition et que lui ou son cousin Pédro lui serviraient de guide et de taxi pendant toute la durée de leur séjour. Il lui donna les numéros de téléphone où on pouvait les joindre 24h/24. Elle le remercia de sa gentillesse et de sa disponibilité. Caroline lui indiqua également, qu’elle avait pris soin de mettre au courant Bloodimare de sa venue, et cela dans un cadre aussi bien professionnel, mandatée par ses chefs, que personnel.

César ne mit pas plus de quarante cinq minutes pour déposer ses voyageurs à l’appartement de Judith. Mac Lood poussa la porte d’entrée, précéda les deux femmes et déposa les valises dans chacune des deux chambres. Mac Lood appela les chatons. Cocaïne daigna sortir de sa cachette, mais Héroïne restait introuvable. Elle aussi avait le mal-être. Ce n’est qu’après plusieurs appels, qu’elle arriva sans envie de se montrer aux nouveaux arrivants.

Mac Lood laissa Caroline et sa mère s’installer tranquillement. Il en profita pour utiliser l’ordinateur de Judith et vérifier tous ses e-mails. Rien d’anormal en apparence, si ce n’est un qu’il avait failli ne pas voir, tellement il apparaissait anodin et qui disait « le courage n’est pas une vertu mais un don en soi, Maggy ».

Après s’être reposées une bonne heure, elles demandèrent à Mac Lood d’aller au chevet de Judith. Pédro se chargea de la course. Mac Lood demanda au bureau des admissions où se situait la chambre de Judith. Ils l’avaient mise au 25ème étage. La montée fut empreinte d’émotion. Clémentine, la grand-mère de Judith, s’accrochait au bras de sa fille. La peur de découvrir sa petite fille la rendait fébrile. Le numéro de la chambre était le 2528. Il leur fallut encore une bonne minute avant d’arriver. Judith les vit s’approcher et c’est en larmes qu’elle les accueillit. Mac Lood resta dans le couloir, préférant les laisser entre elles. Clémentine ne put résister, tant la tension de ces derniers jours avait été forte. Caroline, plus forte, étreignit avec douceur Judith, l’embrassa tendrement, lui caressa les cheveux. Elle demanda à sa grand-mère de venir un peu plus près. Judith lui prit la main et la serra aussi fort qu’elle le put.

– Je suis ravie que vous soyez venues comme on l’avait dit.

– Nous aussi ma fille, mais les circonstances sont moins agréables.

– Grand-mère, tu ne dis rien.

– Non, mais j’ai aussi mal au ventre que toi.

– Ne vous inquiétez plus, tout va rentrer dans l’ordre bientôt, du moins je l’espère. Je sens que mon corps reprend vie doucement.

– J’ai rendez-vous avec Bloodimare dans la journée, reprit Caroline. Je dois passer à la prison, pour interroger Maggy sur plusieurs aspects des meurtres qu’ils auraient commis à Paris.

– Je vois que ton séjour est aussi professionnel. Vous restez combien de temps ?

– Un mois, peut-être deux.

– Toi aussi grand-mère, tu restes. New York est une très jolie ville, elle va te plaire. Et puis César te servira de guide. Maman tu veux appeler Mac Lood ?

– Alors ma belle, prête à remuer ciel et terre ?

– Donnez-moi les dernières nouvelles.

– Alex Bernstand va mieux, il est en convalescence, il ne souffre que d’une fracture de la clavicule, mais il a été très choqué quand il t’a vue, inconsciente et ensanglantée. Celle qui t’a tirée dessus est dans un état très grave d’après les infos que j’ai pu obtenir. Je pense que nous apprendrons sa mort dans quelques jours. Les gardes du corps d’Alex sont de bons tireurs.

– Je sais qui a tiré sur moi, même sous son casque de motard, j’ai reconnu ses yeux et je ne sais pas pourquoi elle a fait ça. Elle était ma meilleure amie. Ça me met en colère. Elle n’aurait pas dû me trahir. Bloodimare le savait déjà, deux de ses inspecteurs sont venus m’interroger hier soir. Ils voulaient savoir quelles relations j’entretenais avec Julia. Mac Lood, je suis sûre qu’elle a laissé un mot ou quelque chose pour justifier son acte. Depuis quelques temps, elle n’était plus la même, Aristide l’avait remarqué aussi.

– La fouine va se remettre en marche. Je vous laisse, le travail m’attend.

Bloodimare vint chercher sa collègue en personne. Le premier contact ne fut pas le plus chaleureux. On devinait chez la mère de Judith, une irritation due sûrement au manque de protection dont avait souffert sa fille. La conversation ne laissait rien présager de bon entre ces deux-là. Caroline avait le verbe haut des méridionaux et cela s’entendait. Bloodimare se disait que la partie n’allait pas être facile, surtout avec le caractère qu’il venait de découvrir.

En entendant le brouhaha qu’ils faisaient, Clémentine ne put s’empêcher d’esquisser un léger sourire. Connaissant sa fille, elle savait que Bloodimare allait passer une bien mauvaise journée. Judith s’était légèrement assoupie, sa grand-mère en avait profité pour s’asseoir dans le fauteuil près du lit et avait fermé ses yeux, priant pour le rétablissement de sa petite fille. En apprenant la nouvelle, le choc avait été si violent, que les deux nuits suivantes, ses angoisses l’avaient empêchée de trouver le sommeil. Être près de Judith lui avait apporté un certain réconfort, même si la voir allongée dans cet état la rendait toutefois malheureuse. Judith était sortie de son sommeil, elle regardait tendrement sa grand-mère somnoler, la tête reposant sur son avant-bras gauche. Malgré la fatigue accumulée, entre le voyage et les peurs, son visage respirait une certaine sérénité, comme une sagesse acquise au fil des années. Peu de rides, si ce n’est un léger pli à la commissure des lèvres. Sa respiration était douce, parfois teintée de sifflements à peine perceptibles. Judith la laissa finir ce repos bien mérité.

Judith commença à se lever vers la fin de septembre. Les premiers pas furent difficiles. Sa mère étant repartie en France, c’est sa grand-mère qui jouait les garde-malades. Son séjour lui plaisait bien, Mac Lood et César étaient pleins de bonnes intentions, la baladant à gauche et à droite. S’il n’y avait pas eu la barrière de la langue, elle se serait sentie comme chez elle.

Avec l’apport moral de sa grand-mère, Judith entrevit des progrès dans sa marche. Se tenir droit lui était encore difficile, son ventre la tiraillait, les cicatrices lui occasionnaient des douleurs abominables, l’obligeant à se courber en deux, le temps qu’elles disparaissent. Elle ne pensait pas que recevoir des balles dans l’abdomen pouvait faire aussi mal. Dès qu’elle avait pu s’asseoir dans son lit, elle avait demandé à l’infirmière de lui procurer un miroir. Elle voulait vérifier l’intégrité de son corps, surtout le haut. Le soulagement de voir sa poitrine conforme à ce qu’elle était fut pour elle un soulagement. Elle était meurtrie dans sa chair. Les chirurgiens lui avaient laissé entendre qu’elle aurait très peu de séquelles et que son corps redeviendrait comme avant, à condition de faire preuve de patience, car le chemin serait long et douloureux.

Judith essayait de se tenir au courant de l’évolution de la situation. Chaque jour, Mac Lood lui faisait un récapitulatif, passant sous silence les informations concernant Alex. Mac Lood s’était étonné qu’elle ne demandait rien sur lui. Par contre, il avait appris que plusieurs fois, Alex Bernstand s’était inquiété de l’état physique de Judith. Ses blessures étaient plus morales que physiques. Certes son épaule avait pris une balle, mais sa guérison avait été rapide. Il pensait qu’après cet incident, Judith ne désirait plus le voir et le rendait responsable. Aussi il resta discret, évitant de l’importuner. D’ailleurs, Mac Lood veillait à ce que personne, autres que ses amis, ne vienne la déranger dans sa convalescence. Il avait établi un barrage téléphonique, et aussi des interdictions à tous les journalistes qu’il connaissait, de venir grappiller la moindre information auprès de Judith. Il avait placé des sentinelles tout autour d’elle. Et, pour l’instant, cela fonctionnait à merveille.

Judith, toute à sa rééducation, pouvait ainsi se reconstruire calmement. Après le départ de sa grand-mère, elle resta encore trois mois en convalescence. Ceux-là furent les plus difficiles. Une légère infection avait retardé sa guérison, la clouant au lit une dizaine de jours, l’obligeant à subir une bénigne intervention chirurgicale à l’abdomen. Judith frôla la dépression et sans l’aide d’Aristide, elle aurait plongé dans une drôle de mélancolie. Elle s’était dit qu’elle ne pouvait pas rendre malheureux ses amis, et avait repris courage en pensant que cela ne serait plus qu’un mauvais souvenir.

Elle parlait rarement de ce qui s’était passé. Seule sa grand-mère avait réussi à lui arracher quelques précisions, mais Judith lui avait demandé de garder secrètes leurs petites conversations. Au début de son hospitalisation, elle voulait savoir le pourquoi, le comment. Mais au fur et à mesure que les mois passaient l’étincelle qui pétillait en elle s’était doucement éteinte. L’Ordre Mondial était mis aux oubliettes comme si elle avait été la perdante de ce jeu morbide. Toute l’énergie qu’elle avait déployée pour débusquer les ennemis avait comme par enchantement disparu. Elle se sentait inutile dans sa chambre, allongée, debout ou encore à marcher dans les couloirs de l’hôpital. Le monde de l’absence avait supplanté le monde des vivants. Plus rien ou presque ne l’animait. Judith ressentait cela comme un dégoût de la vie que les psychologues qualifiaient de syndrome du mort-vivant. Elle s’était toujours battue, et là, pour deux balles presque mortelles, la vie intérieure l’avait fuie. Si son corps revivait, son esprit errait dans l’inconnu.

Enfin arriva son dernier jour à l’hôpital. Judith retrouva un peu de son sourire de Madone. Elle s’était levée de bonne heure n’ayant pas pu dormir beaucoup, tant elle avait attendu ce départ. Six mois qui lui avaient paru une éternité. Mais le réel resurgissait. Après une douche réparatrice, elle s’habilla avec envie, hésitant entre plusieurs vêtements qu’elle avait demandés à Mac Lood de lui apporter. Elle s’était maquillée légèrement de façon à se donner un visage moins blafard, ses joues s’étant un peu creusées. Elle se regarda dans la glace de la salle de bain et constata qu’elle avait perdu quelques kilos. Elle enfila son blouson en cuir et jeta un dernier coup d’œil à sa chambre. L’infirmière en chef l’accompagna jusque dans le hall d’entrée et lui souhaita bonne chance. Judith posa sa valise et attendit César, le corps bien droit et la tête haute. Elle repartait au combat. Cette épreuve avait endurci son caractère. Elle savait maintenant que plus personne ne lui ferait aussi mal de cette façon. Ils n’avaient qu’à bien se tenir, elle n’épargnerait aucun de ceux qui avaient voulu la détruire. Il y avait dans son regard de la haine et une grande détermination.

Elle était de nouveau dans la partie.

3

La journée de son retour fut l’une des plus merveilleuses. Ceux qu’elle aimait étaient présents. Malgré la fatigue, elle tenait le coup, rejetant toutes les petites douleurs qui lui compliquaient parfois son ordinaire. La vie reprenait son cours et de la meilleure façon. Les discussions étaient animées, Judith voletant d’une table à une autre, d’une chaise à une autre, participant avec parcimonie aux échanges de ses invités. Voyant qu’elle s’était assise un peu à l’écart, sa mère vint l’accompagner dans sa pause.

– Je suis enchantée de revoir de la lumière dans ce visage, tu nous as fait peur.

– Je sais maman, moi aussi j’ai eu peur de mourir et je me suis vue partir doucement dans le néant.

– Je comprends qu’il va t’être difficile de ne plus penser à cette histoire.

– On m’a trahie, c’était ma meilleure amie. J’avais une confiance totale, aveugle même. Comment veux-tu oublier ça ? Il faudra qu’elle me dise en face pourquoi elle a voulu me tuer.

– Bloodimare fait un travail remarquable. Fais-lui confiance, il trouvera. Ta grand-mère et moi, nous repartons dimanche soir. Elle a tellement prié que ses genoux lui ont fait mal pendant des semaines. Elle t’aime tu sais, et moi aussi.

– Moi aussi je vous aime très fort.

Caroline laissa Judith dans ses pensées. Elle savait que sa fille aurait beaucoup de mal à effacer de sa mémoire les événements auxquels elle venait d’être confrontée. Elle avait demandé à Mac Lood de se conduire comme un père auprès d’elle. Il avait consenti à endosser ce rôle. Il ne savait pas encore si Judith était prête à accepter ce nouveau père, mais il ferait en sorte de l’aider entièrement, et avec tout l’amour qu’il avait en lui, il pensait que cela pouvait coller. Il avait promis à Caroline de faire le maximum. Mac Lood était d’accord avec Judith, reprendre son travail lui permettrait de penser à autre chose. Capiletto lui avait concocté un savant dosage d’activités photographiques et de travaux administratifs. Elle avait accepté ce compromis dans un premier temps afin de ne pas engager son corps dans des contraintes trop dures.

Aristide n’arrêtait pas de faire des va-et-vient entre le salon et la cuisine. Il avait tout organisé, le traiteur, le caviste, le pâtissier. Cela faisait une semaine qu’il s’agitait, afin que la fête soit la plus réussie. Lui qui n’avait pas pleuré depuis sa petite enfance, s’était étonné, le jour où il avait appris la terrible nouvelle, de sentir ses yeux envahis de douloureuses larmes. Judith le regardait s’affairer, les chats le suivant comme son ombre, espérant qu’il leur donne une petite gâterie. Elle esquissa un sourire bienveillant. Heureusement pour elle, Aristide demeurait son ami. Son soutien presque fraternel lui avait permis par moment et grâce à sa bonne humeur et son humour décalé, de passer de la tristesse à la joie. Il n’avait jamais parlé une seule fois de Julia, lors de leur courte conversation à l’hôpital. L’envie ne lui avait pas manqué pourtant. Mais il sentait chez Judith une certaine résistance à aborder ce sujet, du moins pour l’instant. Il avait remarqué qu’elle se réfugiait derrière des miroirs opaques, ne laissant filtrer aucune expression ou sensation. Il en avait fait part à Mac Lood, mais il l’avait rassuré tant bien que mal, car lui aussi redoutait des effets négatifs sur le moral de Judith. Cette dernière se leva et vint aider Aristide à débarrasser quelques assiettes et verres encombrants.

– Merci de ton aide Judith. Je pense que je ne suis pas fait pour ce métier.

– Tu ne t’en sors pas trop mal.

– Ça va, tu n’es pas trop fatiguée ?

– Je vais tenir le coup, je récupérerai plus tard. Ce n’est pas maintenant que je vais lâcher mes amis pour aller me reposer.

– On le comprendrait fort bien. Allez, laisse-moi faire et va les rejoindre.

Judith se rapprocha de sa grand-mère qui était assise dans un grand fauteuil noir, Cocaïne sur ses genoux. Clémentine lui prit la main et la serra très fort. Judith répondit à sa pression. Sa grand-mère représentait tellement pour elle. Sa présence était d’un grand réconfort. Sa positivité et son sens de la dévotion la rassuraient, les ondes qu’elle transmettait apportaient à Judith toute l’énergie dont elle avait besoin. Elle lui caressa lentement sa longue chevelure. Clémentine se laissait faire, sentant les mains de Judith glisser doucement comme elle le faisait lorsqu’elle était petite. Aucun mot ne fut échangé, laissant au silence toute sa place. Dans ces moments-là, leurs regards entretenaient une conversation faite de battements de cils et de mouvements de paupières. Les mots étaient escamotés ou même absents. L’alchimie fusionnelle entre la grand-mère et Judith était à ce point remarquable. Caroline l’évoquait souvent avec Clémentine.

Il commençait à se faire tard, ses amis s’en allèrent les uns après les autres. Judith resta encore un petit moment avec sa mère et sa grand-mère.

Le week-end fut très reposant. Elle passa le plus clair de son temps couchée avec les deux chats sur elle. Elle allait se retrouver bientôt seule, Caroline et Clémentine repartaient pour Paris dans la soirée de dimanche. Judith en profita pour les emmener « bruncher » dans un restaurant où elle avait ses habitudes. Au retour, elles avaient trouvé Mac Lood sur le pas de la porte. Il avait prévu de raccompagner tout le monde à Newark. Les valises étaient pratiquement faites et, vers seize heures, ils partirent en limousine à l’aéroport. Judith lui avait fait remarquer que le carrosse était convenable. Clémentine apprécia le confort et le geste de grand seigneur de Mac Lood. L’avion était parti à l’heure. Judith avait ressenti à cet instant combien elles lui manqueraient.

Pour une fois, Judith était arrivée à l’heure au journal, ce que Capiletto lui fit remarquer. L’accueil qu’elle reçut de ses collègues fut digne d’une star. Elle s’installa à son bureau, lut tous ses e-mails et Dieu sait qu’il y en avait une multitude. Elle en élimina la plupart, ne gardant que ceux faisant référence à son travail. Elle fit ce qu’elle n’avait pas voulu faire jusqu’à maintenant, regarder ce qui s’était dit sur sa tentative d’assassinat. Elle passa rapidement sur les photos pour ne s’intéresser qu’aux textes, et particulièrement à ce que Mac Lood et Capiletto avaient écrit. L’un et l’autre relataient les faits avec beaucoup de sobriété. Les hypothèses émises par ses amis allaient du crime passionnel à l’exécution d’un contrat sur la tête d’Alex Bernstand. Mac Lood en rajoutait en signalant que le tireur aurait pu se tromper de cible puisque, au même moment, dînait un couple dont les frasques avaient défrayé la chronique de ces derniers jours. Judith se disait qu’ils s’étaient bien amusés à émettre ces informations. Elle les connaissait bien, et savait qu’ils voulaient noyer le poisson, de façon à rechercher le coupable et le commanditaire de cette tentative de meurtre. Le coupable, Judith l’avait reconnu dès son entrée dans le restaurant. Aussi quand Julia sortit son arme, Judith avait été surprise. Elle sut tout de suite qu’elle allait tirer. Elle avait voulu faire un signe à Alex, mais la première balle l’avait touchée très vite, puis ensuite cette douleur qu’elle n’oublierait jamais. Elle supposait, en regardant les articles, que Mac Lood avait quelques pistes sur le ou les commanditaires. Contrairement à son habitude, le ton était plutôt correct, il n’attaquait personne en particulier, se félicitant même de l’efficacité de la police et des secours. Capiletto était en colère dans la mesure où on avait porté atteinte à une de ses photographes. Son journal était même allé jusqu’à proposer une enveloppe de cinq mille dollars à tous ceux qui lui fourniraient le nom des complices de Julia. Judith pensait que cela était exagéré. Elle le lui avait dit, mais il n’en avait que faire. C’est la deuxième fois que les médias subissaient ce type d’événements, et il ne le supportait plus. Il avait préparé depuis quelque temps une annonce à ses journalistes. Il pensa que le moment était venu de tirer sa révérence et de leur annoncer. Il avait lu son texte avec beaucoup d’émotion dans la voix. Le contenu était si simple et si concret que ce fut dans le silence qu’il avait souhaité à tous un bonheur journalistique pour l’année en cours. Il ajouta et le fit bien comprendre, en haussant un peu le ton, que son départ ne serait réel qu’à la fin de l’année qui venait de commencer. Malicieusement, Judith leva le doigt pour dire un mot ; Capiletto la stoppa net.

– Mademoiselle Judith veut ajouter quelque chose, je suppose ?

– Si Monsieur le rédacteur en chef le permet. Si j’ai bien compris, il faudra qu’on supporte votre caractère encore une année ?

– Vous avez bien compris, et là je m’adresse directement à toi Judith, fais en sorte d’éviter d’être en retard.

– Assurément chef, je ferai un effort et mes collègues aussi.

– Bien, maintenant que tout le monde est au courant, il faudrait penser à se mettre au travail, il y a une édition à sortir pour demain. Bougez-vous bande de bons journalistes !

Il ne s’attendait pas à l’ovation qui avait suivi. Il préféra tourner les talons et se réfugier dans son bureau. Judith attendit une bonne dizaine de minutes avant d’aller frapper à la porte de son bureau.

– Je peux entrer chef ?

– Oui. Je viens de sécher mes vieilles larmes.

– Mac Lood le sait ?

– Non pas encore, mais je pense qu’il s’en doute. Tu as peur qu’il choisisse la même voie que moi ?

– Un peu, oui. Vous êtes tous les deux un peu mes pères spirituels. Sans vous, je ne sais pas ce que je serais devenue à New York.

– Mac Lood continuera à veiller sur toi, je peux te l’assurer. Ce que tu ne sais pas,...

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