Le Nègre du flic

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Remi Martingon est un journaliste d'investigation freelance, fatigué. Pour arrondir ses fins de mois il est nègre, « ghostwriter ». Il écrit pour les autres, à leur place. Cela fait plus de six mois qu'il aurait dû finir l'autobiographie d'un gendarme, René Courtois. Le flic était sur une enquête très médiatique : l'enlèvement d'une fillette qui n'a jamais été retrouvée. Déprimé, au bout du rouleau... Ce dernier vient tout juste de se suicider. Martingon est donc obligé de retourner sur les lieux pour y achever le manuscrit et pourquoi pas.... reprendre l'affaire.

Comme les romans précédents, Le Nègre du flic n’est pas une suite de Règlements de contes ou du Printemps des barges, mais s’inscrit dans la lignée. On y retrouve l’univers, des références et certains personnages. Ce polar se déroule sur Blois, Vineuil et ses environs
Publié le : dimanche 3 août 2014
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782917843864
Nombre de pages : 363
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Extrait


La ruelle est silencieuse, vide. Il doit faire moins dix degrés. L’asphalte est constellé de verglas.
Personne.
C’est son deuxième passage. La silhouette arpente de long en large le trottoir. Genre : « Le type qui se balade. »
Il reprend son souffle.
Il est temps de passer à l’action. Il relève son écharpe en pure laine vierge jusqu’aux yeux, enfonce son bonnet. Mode camouflage.

Il compte mentalement jusqu’à trois, histoire de se donner du courage. Go ! Son cœur fait un bond. Il passe par-dessus le muret. Il est presque vingt-trois heures. Il se retrouve sur la pelouse mal entretenue du no 44.
Le pavillon, style année soixante-dix, sommeille. Toutes les maisons du quartier sont identiques. Un architecte fatigué, des financeurs publics pingres et une économie en berne semblent avoir parfaitement assimilé le concept de clapier à lapin. La maison a été clonée à coup de parpaings pour une opération immobilière de deuxième catégorie. Ici ne vivent que des ploucs et des pauvres, rien de plus. Trois quarts de ces logements sociaux ont été amalgamés dans un secteur grand comme six terrains de foot. La même allée en pavés autobloquants rose-saumon, un étage à trois fenêtres, une chambre dans les combles et un garage sous terrain inondable… des bâtisses plantées dans une zone pavillonnaire aux ruelles bien droites, aux croisements perpendiculaires à 90 ° : un chef-d’œuvre de géométrie empirique.


Arthur respire fort. Son écharpe lui gratte le visage. Il a la goutte au nez. Manquerait plus qu’il fasse une allergie à la pure laine vierge !
Le vent polaire semble avoir gagné le bled. Les arbres nus tremblent. Une voiture passe. Arthur s’accroupit, se fait tout petit et attend un instant. Il est à bout de souffle, excité par son aventure. Il a tout prévu. Il est habillé de vêtements sombres, son visage est planqué… Il attend un long moment avant de repartir.
Les phares de la bagnole lèchent la façade.
Silence.
Personne dans la rue, pas plus dans la maison. Il finit par se redresser. Il s’approche doucement du premier arbre.
Le vieux marronnier tordu n’a pas été rafraîchi depuis longtemps. Ses branches pendouillent, certaines craquent. Les bourrasques de vent bombardent. Le tapis de bois mort croustille sous les pas de chats de l’intrus. Arthur se déplace rapidement, sursaute légèrement pour éviter les petits tas de feuilles qui traînent. L’herbe gelée est haute. Elle n’a pas été tondue depuis des mois. L’allée est infestée de mauvaises herbes… Le propriétaire des lieux ne semble pas préoccupé par l’aspect extérieur de sa bicoque.
Nouveau ronflement de voiture.
Arthur s’écrase au sol.
Encore une bagnole qui passe dans la rue. Ballet de lumières. Le gamin en profite pour souffler. Il dégage son nez de l’écharpe trop étouffante et prend une bonne bouffée d’air frais.
Tout semble se dérouler comme prévu.

Cela fait deux ou trois jours qu’il surveille la bâtisse. Il sait qu’il n’y a pas de chien, ni de chat ni aucune autre bestiole dans le jardin. Rien qui pourrait donner l’alerte.
Arthur a zoné un bon bout de temps avant de lancer son expédition. Un repérage méthodique, des jours de surveillance. Il a tourné un moment dans le quartier !

La petite bicoque est moche, bloquée sur six cents mètres carrés de terrain. Normalisée par un plan local d’urbanisme restrictif.
Elle lui a tout de suite tapé dans l’œil. Déjà l’état : médiocre, mal entretenu, un jardin converti en forêt vierge. Puis le caractère : aucun, sans goût, tout juste quelques couleurs d’un autre siècle pour égayer les volets. Cette bicoque était un désastre visuel, la verrue du quartier.
Mais elle possédait un trésor…

Arthur se reprend.
Il se décide enfin à bouger. Il prend son courage à deux mains et repart. Il avance tout doucement. Il doit rapidement accomplir sa mission.

La température polaire ne donne pas cœur à l’ouvrage. Jamais une nuit de février n’a été aussi froide : vent glaçant violent, gel, humidité ambiante… Ses mains tremblent et son corps souffre des morsures du froid. Il se lance pour tracer vers un nouvel arbre. Il a beau avoir étudié les lieux, il ignore tout de la personne qui vit à l’intérieur. Il fait quelques efforts de mémoires pour se souvenir d’où il… Léger panoramique visuel, de gauche à droite.
— Ouais !
Son trésor l’attend. Il est là…
Les nains de jardins sont bien en face. Son cœur bat la chamade. Il est arrivé. Les statuettes de plâtre ne sont qu’à une dizaine de mètres. Il lui suffit de se faufiler entre quelques buissons pour les toucher.

Arthur se contorsionne entre les branches, évite les pics agressifs des arbustes et finit par se caler au pied d’un noyer.
Il n’est plus qu’à quelques centimètres de son but.
Il sent l’excitation prendre le dessus. Il est moins vigilant. Il est quasiment visible depuis les fenêtres du salon. Rien ne bouge à l’intérieur. Comme si tout était mort.
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