Le Noyé de Kermorvan

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Yvon Quennec aurait pu passer une retraite paisible dans sa maison de la pointe de Kermorvan au Conquet. Par la fenêtre, il pouvait apercevoir son bateau se balançant sur sa bouée. Tout semblait réuni pour qu'il soit heureux, mais il avait un terrible secret qui hantait certaines de ses nuits. Que s'était-il passé sept ans auparavant? Comment pouvait-il faire face au remords et au sentiment de culpabilité qui l'avaient envahi depuis? La contemplation de la mer d'Iroise où Atlantique et Manche s'affrontent, entre l'archipel d'Ouessant et le continent, arrivait à peine à calmer ses angoisses, jusqu'au jour où...
Publié le : jeudi 24 septembre 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342042245
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342042245
Nombre de pages : 220
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Coup de filet à l’île d’Yeu, 2015 Geste éditions
Yves Chol LE NOYÉ DE KERMORVAN
Mon Petit Éditeur
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Chapitre 1 L’haveneau bleu fouillait consciencieusement le goémon au-tour du rocher, lentement puis plus rapidement en remontant. Le frétillement lourd d’une grosse crevette, appelée bouquet, était la récompense, qui provoquait toujours un sursaut d’émotion et de satisfaction, chez le pêcheur à pied. Pour rien au monde, depuis qu’il était en retraite, Yvon Quennec n’aurait manqué un rendez-vous avec une grande marée. Cette passion lui avait été transmise pendant l’enfance, au début par sa grand-mère dans les rochers de Brignogan, puis par sa mère et son père, dans ce Finistère Nord où il avait gran-di. Chaque pêche était pour lui, un retour à ses émotions d’enfant. Une grande sérénité l’envahissait, quand, après une longue et difficile marche dans les cailloux et les algues glis-santes, il arrivait sur les lieux propices à ses premiers traits d’haveneau. Sans un regard pour la beauté inquiétante des lieux, il se lais-sait envahir par les odeurs sauvages de cet univers aquatique, qui se découvrait et se livrait le temps de la marée. Il savait qu’il ne verrait pas le temps passer et qu’il se viderait la tête de toutes ces pensées qui occupent l’esprit, sans que l’on s’en rende compte. Le changement de souffle du vent presque imperceptible, lui indiquerait le début de la marée montante. Il serait alors temps pour lui de revenir sur ses pas, tout en conti-nuant à fouiller le dessous des rochers.
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Parfois la montante lui permettait de compléter ses prises, mais ce n’était pas régulier. Il était, malgré son expérience, inca-pable d’expliquer pourquoi. Cela faisait partie des mystères qu’il n’avait pas envie de lever. La montante c’était aussi pour lui, le moment de regarder le paysage dantesque qui l’entourait. Amas de roches, goémons et laminaires et cette mer superbe qui, de flaques en flaques, re-prenait ses droits. Il savait qu’il avait la chance d’habiter une des plus belles ré-gions de France. Il pensait d’ailleurs que c’était la plus belle et il en était fier. Un passage d’une chanson de Brassens lui revint : « ces pays imbéciles où jamais il ne pleut ». Il rajouta « et où il n’y a pas de marée ». Au loin, l’île de Beniguet, première terre de l’archipel d’Ouessant en venant du sud, balayée par les vagues, rappelait que la mer d’Iroise n’était pas à prendre à la légère. La surveil-lant du coin de l’œil, il donnait encore quelques traits d’haveneau, mais se rapprochait du bord, car le niveau de l’eau montait rapidement. En prenant pied sur la grève, la fatigue se fit sentir. Dans le feu de l’action, il n’y avait pas pris garde. Tous ces mouvements pour garder l’équilibre, franchir les obstacles, se pencher, réveil-laient de vieilles douleurs. Demain il sentirait les courbatures liées à ces mouvements inhabituels. Qu’importe, il était content et même fier de n’avoir pas manqué ce rendez-vous. Un coup d’œil à son panier où remuaient encore les prises, le remplit d’aise, car non seulement il aimait capturer les crevettes, mais il aimait aussi les manger. La perspective de son déjeuner avec pain, beurre salé et coup de blanc remplit d’aise Yvon
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Quennec. Une éclaircie sur île de Béniguet lui confirma que la journée serait belle. Assis sur une plate retournée en haut de la grève, il enleva difficilement ses bottes, pour les délester de l’eau qui avait fini par y entrer. Il resta un moment à contempler le paysage. Deux ou trois voiliers profitaient de la renverse pour progresser entre l’archipel et le continent, en direction du chenal du Four. Le vent se fit sentir plus constant. Dans environ deux heures ces bateaux rentreraient dans la Manche pour une destination qu’il s’amusa à imaginer : les îles Scilly ou l’Irlande, les Anglo-normandes ou l’île de Bréhat. Les îles l’avaient toujours attiré, ce qui se vérifiait encore, car dans la liste qu’il venait de dresser, il n’y avait que des destina-tions insulaires. Fixer son cap sur une île comportait à ses yeux, un complément d’âme, une dimension exotique et mystérieuse. Il se rendit compte que cela faisait longtemps qu’il n’avait plus fait ce genre d’escapade. Même Molène ou Ouessant toutes proches, n’avaient pas re-çu sa visite, alors que les paquebots côtiers qui s’y rendaient quotidiennement, faisaient escale chez lui au Conquet. Il se promit d’y repenser et de prévoir une expédition dans un proche avenir. Les années passaient si vite ! Il traîna encore un moment sur la grève, comme engourdi par les efforts qu’il venait de faire. L’éclaircie sur l’archipel ga-gnait rapidement du terrain : le ciel bleu rivalisait avec le paquet de nuages laiteux. Les îles se détachaient nettement sur l’horizon, les habitations de Molène reflétaient le soleil et en-voyaient comme des signaux au continent.
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Il avait encore un bout de route à faire pour rejoindre sa maison aux Blancs Sablons, sur la pointe de Kermorvan. Il dé-cida à regret, de se mettre en route et de s’arracher à cette contemplation. La traversée du bourg du Conquet était un moment agréable. Les ruelles orientées pour casser les vents dominants, abritaient de solides maisons bien entretenues. Les toits d’ardoises souf-fraient régulièrement des coups de vent qui ponctuaient les mois d’automne et d’hiver. De leur entretien régulier, dépendait en grande partie, le confort de l’habitation. Très attaché à sa maison, le breton aime qu’elle soit belle. Les massifs de fleurs et les arbustes ornant les jardins, étaient toujours tenus de façon irréprochable. Yvon Quennec traversa rapidement les rues, rendues dé-sertes à l’heure du déjeuner. Il descendit ensuite vers la ria, petit aber qui séparait le port de la pointe de Kermorvan. Il devait pour cela, traverser une passerelle longue d’une centaine de mètres. Elle comportait en son centre, un tablier amovible pour permettre le passage de bateaux voulant, soit rejoindre la pleine mer, soit hiverner au calme. Un petit chantier naval pouvait les accueillir. Yvon aimait s’y rendre et tourner autour des coques, dont certaines ne reprendraient plus jamais la mer.
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