Le Parc

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Accoudé à son balcon, un jeune homme observe le monde intensément : le ciel bleu sombre, la silhouette d'une femme en robe rouge, le parc et ses premiers visiteurs du matin. Sur sa table repose le petit cahier orange, celui dans lequel il consigne toutes ses rêveries, le souvenir d'un ami tué dans une guerre, et l'ombre fuyante d'un amour perdu. Où cela mènera-t-il ?



Philippe Sollers


Né à Bordeaux en 1936, Philippe Sollers est écrivain, éditeur et le fondateur des revues Tel Quel et L'Infini.



Le Parc a obtenu le prix Médicis 1961.


Publié le : jeudi 25 décembre 2014
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EAN13 : 9782021228816
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Philippe Sollers est né à Bordeaux en 1936. Il fonde, en 1960, la revue et la collection « Tel quel » ; puis, en 1983, la revue et la collection « L’Infini ». Il a notamment publié de nombreux romans et essais dont Une curieuse solitude, Le Parc, Paradis, Femmes, Passion fixe, Éloge de l’infini, L’Étoile des amants, Mystérieux Mozart, La Guerre du Goût, et plus récemment Une vie divine. Il est membre du comité de lecture des éditions Gallimard.

DU MÊME AUTEUR

Une curieuse solitude

roman

Seuil, 1958

et « Points Roman », no 185

« Points », no P852

 

L’Intermédiaire

essai

Seuil, 1963

 

Drame

roman

Seuil, 1965

Gallimard, « L’Imaginaire », no 227

 

Nombres

roman

Seuil, 1966

Gallimard, « L’Imaginaire », no 425

 

Logiques

essai

Seuil, 1968

 

Entretiens de Francis Ponge avec Philippe Sollers

Seuil, 1970

et « Points Essais », no 456

 

L’Écriture et l’expérience des limites

essai

Seuil, « Points essais », no 24, 1971

 

Lois

roman

Seuil, 1972

Gallimard, « L’Imaginaire », no 431

 

H

roman

Seuil, 1973

Gallimard, « L’Imaginaire », no 441

 

Sur le matérialisme

essai

Seuil, 1974

 

Vision à New York

entretiens

Grasset, 1981

Denoël, 1983

Gallimard, « Folio », no 3133

 

Paradis

roman

Seuil, 1981

et « Points », no 879

 

Femmes

roman

Gallimard, 1983

et « Folio », no 1620

 

Portrait du joueur

roman

Gallimard, 1984, 1986

et « Folio », no 1786

 

Théorie des exceptions

Gallimard, « Folio Essais » no 28, 1985

 

Paradis 2

roman

Gallimard, 1986

et « Folio », no 2759

 

Le Cœur absolu

roman

Gallimard, 1987

et « Folio », no 2013

 

Les Surprises de Fragonard

roman

Gallimard, 1987

 

Rodin. Dessins érotiques

essai

Gallimard, 1987

 

Photos licencieuses de la Belle Epoque

essai

Éditions 1900, 1987

 

Les Folies françaises

roman

Gallimard, 1988

et « Folio », no 2201

 

De Kooning, vite,

essai

La Différence, 1988

 

Le Lys d’or

roman

Gallimard, 1989

et « Folio », no 2279

 

Carnet de nuit

correspondance

Plon, 1989

Gallimard, « Folio », no 4462

 

La Fête à Venise

roman

Gallimard, 1991

et « Folio », no 2463

 

Improvisations

essai

Gallimard, « Folio Essais », no 165, 1991

 

Le Rire de Rome

entretiens

Gallimard, 1992

 

Le Secret

roman

Gallimard, 1993

et « Folio », no 2687

 

La Guerre du goût

essais

Gallimard, 1994

et « Folio », no 2880

 

Le Paradis de Cézanne

essai

Gallimard, 1995

 

Le Cavalier du Louvre, vivant Denon

Plon, 1995

Gallimard, « Folio », no 2938

 

Les Passions de Francis Bacon

essai

Gallimard, 1996

 

Sade ou l’être suprême

précédé de

Sade dans le temps

essais

Gallimard, 1996

 

Picasso, le héros

essai

Cercle d’Art, 1996

 

Studio

roman

Gallimard, 1997

et « Folio », no 3168

 

Casanova l’admirable

Plon, 1998

Gallimard, « Folio », no 3318

 

L’Année du Tigre

Journal de l’année 1998

Seuil, 1999

et « Points », no P705, 2000

et réédité avec une nouvelle préface,

sous le titre L’Année du Tigre, en 2007

 

L’Œil de Proust

essai

Stock, 1999

 

Un Amour américain

nouvelle

Mille et une nuits, 1999

 

Parole de Rimbaud

CD audio

Gallimard, « À voix haute », 1999

 

La Divine Comédie

essai

Desclée de Brouwer, 2000

et Gallimard « Folio », no 3747

 

Passion fixe

roman

Gallimard, 2000

et « Folio », no 3566

 

Éloge de l’infini

essais

Gallimard, 2001

et « Folio », no 3806

 

Francis Ponge

essai

Seghers, 2001

 

Mystérieux Mozart

Plon, 2001

Gallimard, « Folio », no 3845

 

L’Étoile des amants

roman

Gallimard, 2002

et « Folio », no 4120

 

Voir écrire

(en collaboration avec Christian de Portzamparc)

Calmann-Lévy, 2003

Gallimard, « Folio », no 4293

 

Illuminations à travers les textes sacrés

essai

Robert Laffont, 2003

Gallimard, « Folio », no 4189

 

Le Saint-Âne

discours

Verdier, 2004

 

Dictionnaire amoureux de Venise

Plon, 2004

 

Lacan même

essais

Navarin, 2005

 

Poker

Entretiens avec la revue Ligne de risque

Gallimard, 2005

 

Logique de la fiction et autres textes

recueil

C. Défaut, 2006

 

Une vie divine

roman

Gallimard, 2006

et « Folio », no 4533

 

L’Évangile de Nietzsche

essai

Le Cherche-Midi, 2006

 

Fleurs

Le Grand roman de l’érotisme floral

essai

Hermann, 2006

 

Un vrai roman

Mémoires

Plon, 2007

Cet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.

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Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo.

A ma mère

PARC : C’est un composé de lieux très beaux et très pittoresques dont les aspects ont été choisis en différents pays, et dont tout paraît naturel excepté l’assemblage.

LITTRÉ (J.-J. Rousseau :
La Nouvelle Héloïse.)

Le ciel, au-dessus des longues avenues luisantes, est bleu sombre. Plus tard je sortirai, je marcherai la tête levée vers lui qui s’obscurcira peu à peu jusqu’à disparaître. Maintenant c’est la ville, sensible tout à coup, montante, pleine de bruits nouveaux et de nuit. Aller. Mais regarder encore la rue et ses arbres jaunis, et en face l’immeuble aux colonnades, aux balcons demi-circulaires, aux toitures de zinc encore claires, aux pièces lumineuses traversées, lointaines, par des femmes dressant le couvert du dîner. Un salon, une salle à manger, une cuisine, une autre cuisine, un autre salon…

Dans ce fauteuil en cuir, là-bas, à droite de la cheminée et du lampadaire, un homme est assis de profil, un verre à la main. Devant lui, une femme par instants s’anime, et je peux voir sa robe rouge derrière les rideaux, ses gestes, le mouvement de ses lèvres quand elle parle, tandis qu’il s’est penché pour l’écouter, et je crois l’entendre, lui, disant comme d’habitude et distraitement : « Bien sûr ». Oui, rien ne va m’échapper si je m’assieds dans le petit fauteuil traîné sur le balcon étroit où je peux, de biais, allonger les jambes, les poser sur la galerie de fer forgé aux feuillages figés le long de tiges symétriques, courbes, rondes, recourbées, noires. Là-haut les cheminées, alignées en désordre sur les toits, fument, laissant monter dans l’air encore visible un mince panache foncé ; et les oiseaux, les hirondelles qui ont mené pendant le crépuscule leurs vols compliqués, se séparent, traversent à tire-d’aile cette large trouée de ciel après la pluie. En bas, le bruit des voitures, des autobus (le ronflement du moteur de l’autobus qui, juste à l’angle de la rue, change de vitesse et repart ; le grondement plus sourd, intermittent et comme clandestin des voitures) ; les vitrines éclairées (seule la base des maisons devient ainsi continûment visible) ; les enseignes au néon (le losange rouge du tabac) ; et, immédiatement en face, cette femme et cet homme qui bavardent en souriant dans le vaste appartement très clair.

Il fait un geste de la main gauche refermée sur une cigarette, remuant cette main pour insister sans doute, et la femme se renverse en arrière, lève les bras, et, prise de fou-rire, se plie soudain en avant.

Puis, debout, l’homme pose son verre sur la table basse, la femme se lève à son tour, fait un léger signe de la tête, et ensemble ils commencent à marcher, disparaissent bientôt par le fond de la pièce (un piano sur la gauche, avec une partition dépliée). Et une autre femme entre en scène, portant un plateau sur lequel elle pose la bouteille, les verres, le cendrier ; puis elle fait demi-tour, s’en va, revient, sort sur le balcon de pierre où elle s’accoude, regardant les voitures rapides qui signalent leur passage au croisement par un appel de phares et se regroupent bientôt sur trois files au feu rouge. Ensuite, elle reste immobile, attentive, la joue droite appuyée contre ses mains qui reposent sur la balustrade ; blonde, petite, de moins en moins visible, tandis que derrière elle le salon lumineux est envahi par l’air frais. Ainsi fera tout à l’heure la femme en rouge quand, l’invité parti, elle viendra passer quelques instants à la même place, mais droite et peut-être adossée au mur. Sans rallumer le lustre qu’éteint maintenant l’autre revenue à l’intérieur, avançant sûrement dans l’ombre (elle connaît la place exacte des fauteuils), elle tirera les rideaux, ouvrira sans bruit la porte-fenêtre, se faufilera au-dehors…

 

 

 

 

C’est la nuit, une nuit d’automne chargée de parfums (la tapisserie de parfums mêlés, indissociables, des fleurs invisibles du grand massif ; celui, comme frotté, de fenouil, d’herbe et de tamaris mouillés ; et, tout au fond, étale, occupant à l’encontre des autres odeurs plus ou moins limitées ou en relief, la totalité de l’air : l’odeur de la mer) d’où se détachent parfois, brusques et souvent proches, un aboiement, des cris d’oiseaux. Elle est assise dans le fauteuil d’osier traîné au-dehors, regardant la pelouse humide (les jets d’eau tournoient encore après ce jour de chaleur), frissonnant un peu dans sa robe légère qui laisse la gorge et les bras nus. Peut-être se revoit-elle en ce moment accoudée au balcon de sa rue et me faisant signe de la main… se revoit-elle penchée au-dessus de la ville grondante et lumineuse, de moi qui agitais le bras ; se retrouve-t-elle dans cette chambre haute où elle se préparait, se chaussait, enfilait un manteau, ajustait le foulard de soie blanche qu’elle met à présent autour du cou pour se protéger du froid. Ou bien elle est en ville, une autre ville que je n’imagine même pas, marchant à côté d’un homme qui rit encore très haut, ou dîne-t-elle déjà, seule, pensant à moi… Non, là-bas, sur le bord de mer où la villa blanche s’élève au milieu du jardin, elle reste dehors et laisse attendre le repas, elle rêve, elle est gaie, elle est triste, elle ne sait pas où je suis, elle pense avec soulagement à mon absence…

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