Le pays

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Un jeune couple, elle attend un enfant, décide de déménager, de quitter Paris pour repartir et s’installer au pays, un pays qui ressemble au Pays basque, c’est là d’où elle vient. Cet enfant à venir, ce temps de la maternité, est l’occasion pour elle d’un retour sur les origines. Elle passe en revue les lieux familiers de son enfance, fait défiler son histoire, sa famille, les névroses familiales, la mère sculptrice célèbre (on pense à Louise Bourgeois) remariée et le père ruiné qui vit au fond du jardin, dans une caravane, questionne la filiation, le frère mort, la folie du frère adopté, l’aïeule. Au fur et à mesure que la grossesse avance, comme en abyme, elle se met à flotter dans son histoire, le pays devenant la matrice de son retour sur elle-même. Nous sommes dans un futur proche, dans un monde à peine décalé, ce Pays est tout juste indépendant. Le couple s’installe, circule, il y a des autoroutes, des bords de mer, des souvenirs, une géographie comme sait les faire vivre Marie Darrieussecq, une histoire, une culture, des habitudes étranges. Avec un humour très subtil, avec une gravité constamment présente et une précision quasi scientifique, une pensée toujours politique, Marie Darrieussecq, écrivain des sens et des sensations, nous permet d’éprouver toute la métaphysique des origines, la question de la filiation : est-ce qu’on échappe à son destin, est-ce qu’on quitte un pays, est-ce qu’on l’habite, qu’est-ce qu’on doit au passé? Et nous fait partager depuis l’intérieur les bouleversements physiques et métaphysiques qu’opère l’attente d’un enfant.
Publié le : mardi 24 janvier 2012
Lecture(s) : 20
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818005286
Nombre de pages : 300
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Le Pays
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TRUISMES, 1996
DU MÊME AUTEUR chez le même éditeur
NAISSANCE DES FANTÔMES, 1998
LEMAL DE MER, 1999
PRÉCISIONS SUR LES VAGUES, 1999
BREF SÉJOUR CHEZ LES VIVANTS, 2001
LEBÉBÉ, 2002
WHITE, 2003
chez d’autres éditeurs
CLAIRE DANS LA FORÊT, Éditions des femmes, 1996
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Marie Darrieussecq
Le Pays
Roman
P.O.L e 33, rue SaintAndrédesArts, Paris 6
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© P.O.L éditeur, 2005 ISBN : 2846820856 www.polediteur.fr
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LESOL
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Je courais, ignorante de ce qui se passait. Je courais,tam, tam, tam, tam,lentement, à mon rythme. Mes chaussures amortissaient le choc. Tam. Tam. Tam. Tam.Ça montait dans mes jambes, mes genoux chauffaient, l’attache des muscles gonflait. Je m’étais mise à courir depuis que j’étais arrivée ici. Ignorante encore de ce qui se passait. J’enfilais mes chaussures et hop, je courais. J’avais le sentiment de faire quelque chose. Comme quand on fume, ou quand on écrit : le temps passe. On le sent physiquement s’écou ler. On sent le flux. Je courais de plus en plus longtemps. Ce n’était plus le corps de jeune fille allant par impulsions, enfantin. Je m’étais installée. Je pos
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sédais un corps, solide, en pleine santé. J’avais confiance, il avait porté un enfant, il avait tenu bon dans plusieurs occasions. Il supportait les variations, les chocs. Mes jambes découvraient la course. Elles étaient capables de ça : de tenir. Mon cœur, mes poumons, mes artères. Mes genoux, tendons, cartilages, la ponctuation des articulations. La plante des pieds, souple, sen sible au relief, l’anticipant, sachant faire avec la route. Peu à peu, en courant, je m’évaporais. Les coureurs le savent, au bout d’un moment on se détache de soimême. Étape par étape, je ralliais des jalons, un arbre, un panneau, un champ. Au début, les premières minutes, mon corps n’était pas chaud. Cet exercice, il le reconnaissait, les jambes protestaient. La machine froide, c’est moi qui la poussais, c’est moi qui la forçais. Je me por tais, j’étais lourde. Puis un moteur prenait ma place. Un souffle, quelque chose d’aveugle et d’obstiné, qui poussait et avançait pour moi. Les jambes prenaient le bon mouvement, le rythme, comme si le reste de la vie n’avait été qu’une pause dans la course. Le maca dam reculait sous ce qui avançait à ma place. Les bascôtés, les fossés, les arbres et les collines se
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