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Le Pendu de l'Arbre du Crime

De
220 pages

Nous sommes dans la vallée d'Aosta. La ferme du père Bopi connaît ce matin-là une effervescence peu commune. Le grand-père a disparu. Personne ne l'a revu depuis la veille au soir où tout le monde s'est couché. Au lever, chacun a cru qu'il était sorti faire le tour du propriétaire comme cela lui arrive souvent. Mais il est maintenant quatre heures de l'après-midi et il n'est toujours pas de retour. Où est donc passé le bonhomme ?
Aux inspecteurs de l'équipe Le Nid de l'Aigle de résoudre l'énigme.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-71515-9

 

© Edilivre, 2014

Chapitre I
Vive les Vacances

… C’est aujourd’hui la chanson préférée de Robin, Romy et Gary. Enfin ils vont pouvoir se reposer, oublier les voleurs, les criminels et leurs malheureuses victimes, vivre et se coucher le soir sans crainte d’être réveillés en pleine nuit. Robin a oublié que l’an dernier dans la splendide presqu’île de Rhuys, ses vacances avec Romy ont été troublées par un crime peu banal dont la victime était un truand surnommé la Mouette. Il est vrai que cette histoire ne l’a pas empêché de passer un séjour merveilleux dans un endroit idyllique. Cette fois, Charly assure leur remplacement en compagnie de Roxy et Jany et ils s’évadent avec Gary. Ils sont donc tranquilles, leurs successeurs provisoires méritant toute leur confiance ! Ils arrosent ce grand jour à la brasserie des Américains du square Wilson. Apéritif, dîner-spectacle, le trio du Rempart Saint-Étienne ne se refuse rien. Leurs langues vont bon train. Le sujet est simple. Quel va être le lieu de leur villégiature ? La France, l’Espagne, l’Italie, le Tyrol, l’Autriche… ? Ils passent en revue les pays européens. Ils doivent choisir par rapport à leur budget. Gary ne peut pas prendre une location trop onéreuse car il fait suivre sa petite famille.

– Je pense louer un deux pièces quelque part avec deux chambres, une pour ma femme et moi, et une pour les enfants.

– Heureusement que tu as deux garçons, sinon, si tu avais une fille et un garçon, il te faudrait un billet de plus et trois pièces, dit Robin avec humour.

– Tu as toujours le mot pour rire toi !

– Ne le prends pas mal Gary ! Nous t’aurions aidé Romy et moi, tu le sais bien, ajoute Robin.

– Comme il n’y a aucune complication de ce côté-là, que tout est parfait, ne nous embêtons pas la vie avec des hypothèses biscornues, cela suffit quand nous menons des enquêtes, conclut Romy.

– Excellente remarque, reconnaît Robin. Alors où irons-nous ?

– Je pense que j’aimerais bien visiter l’Italie.

– Gary vient d’exprimer son choix, et toi Romy ?

– J’approuve Gary. Nous allons trop souvent en Espagne. Nous pourrions changer un peu, en profiter pour nous prélasser sur la côte d’Azur avant d’atteindre la Botte.

– Très bien. Tout le monde est d’accord et moi aussi. J’adore Nice, jubile Robin. J’en suis tombé amoureux à dix-sept ans. Il nous faut maintenant trouver dans quelle région italienne nous allons déposer nos bagages.

– Si vous aimez le Sud, vers la Calabre. On pourrait arriver en Sicile, dit Romy.

– Effectivement, répond Gary, mais il va y avoir un monde fou et puis il y a l’Etna ! J’ai passé une semaine à Catane par la force des circonstances, mais je ne pouvais pas fermer l’œil tant le volcan ronronnait en discontinu.

– Bon. Oublions le Sud où il fera trop chaud d’ailleurs et pensons à l’Italie du Nord aux régions très belles à traverser, soumet Robin.

– Vers Turin par exemple, suggère Romy.

– Et même plus haut, propose Gary. Ma femme a des amis à Aosta. Elle les a connus en Algérie. Ils ont une superbe villa de neuf chambres car ils sont au moins deux générations à y loger et d’autres membres de la famille y passent quelques jours dans l’année. Ils nous invitent depuis au moins huit ans mais nous n’y sommes jamais allés parce que ma femme trouve que c’est trop loin de Toulouse. Maintenant les garçons ont grandi et cette fois nous sommes avec vous, donc elle ne trouvera rien à redire. Nous pourrions dîner ensemble à la maison demain soir et en discuter avec elle.

– Nous allons la déranger, dit Romy.

– Non, pas du tout. Elle se fera un plaisir de vous accueillir, surtout pour la bonne cause.

– La bonne cause, qu’entends-tu par là, demande Romy ?

– Ben, les vacances voyez-vous ! répond Robin.

– C’est ça, les vacances, approuve Gary. Pour l’instant attention ! Le spectacle commence.

 Ils suspendent leur discussion pour profiter des attractions tout en dégustant un succulent dessert. Mais les meilleurs moments ont une fin.

Avant de se séparer ils parlent encore un peu de leurs futures vacances.

– Je vous appelle demain pour vous dire à quelle heure nous nous retrouverons pour le dîner. D’accord ? dit Gary s’éloignant rapidement sans attendre la réponse de ses compagnons.

Le lendemain, les rayons d’un soleil généreux passant au travers des fentes des volets réveillent Robin. Il s’étire, bâille de toute sa bouche et de tous ses poumons, se tire péniblement des draps, caresse de l’extrémité des orteils, d’un pied d’abord, la descente de lit, pour enfouir à nouveau sous les couvertures ce vaillant élément de son anatomie. Se prélassant alors dans son lit, occupant toute la place, il apprécie ce moment de détente où aucune contrainte ne s’impose à lui. Il est libre !… Pourtant…

La sonnerie du téléphone lui rappelle que la vie est toujours là et que la liberté n’est que relative. Il saisit le récepteur. Il entend la voix de Gary au bout du fil :

– Allô Robin ? Je ne te réveille pas au moins ? J’ai attendu onze heures pour t’appeler, car il était deux heures du matin quand nous nous sommes séparés et j’ai pensé que tu voulais profiter de ta première matinée de congés.

– Il n’y a pas très longtemps que je suis réveillé effectivement et je suis encore couché. Je goûte pieusement à la tranquillité d’une vie sans travail. À ce que je comprends tu as parlé avec ta femme de notre séjour éventuel à Aosta ?

– Oui, et elle a déjà appelé nos amis là-bas. Ils sont absolument ravis de nous recevoir. Nous en discuterons au dîner ce soir. Nous vous attendons avec Romy à dix-huit heures pour profiter d’une longue soirée.

– Veux-tu que je l’en informe ?

– Non, je l’ai déjà avertie.

– O.K. ! À ce soir donc !

– À ce soir !

Robin cette fois, saute de son lit, et dans la cuisine se prépare un petit déjeuner continental. Tout en le savourant, il lit le livre qu’il a commencé il y a un mois et qu’il n’a jamais pu achever jusqu’à ce jour. Il le reprend au début bien décidé à arriver ce coup-là jusqu’au tout dernier mot. Une heure s’écoule. Robin, absorbé par sa lecture, n’entend pas la sonnette qui redouble son appel avec insistance. Il émerge, va vers la porte d’entrée :

– Qui est là ?

– C’est Romy.

– Ah ! Romy, attends un instant s’il te plaît.

Robin enfile sa robe de chambre, arrange un peu ses cheveux avec ses doigts et ouvre à la visiteuse. Ils se font la bise.

– Que me vaut ta visite ?

– L’invitation de Gary et puis j’avais envie de te voir.

– Par habitude ? Tu t’ennuyais de ton coéquipier ?

– Je pense que oui, je m’ennuyais de toi, dit-elle en le regardant dans les yeux.

– Je ne suis pas présentable Romy, je ne suis pas rasé, je suis ébouriffé, en fait je suis sorti tard de mon lit, j’ai déjeuné, j’ai paressé, j’ai lu…

– Pourquoi te justifier ? D’abord je te trouve très bien en négligé, la barbe te sied bien, tu as une belle robe de chambre et tu es adorable avec tes cheveux frisés ébouriffés comme tu dis.

– Tu me fais rougir avec tes compliments. Veux-tu une tasse de café, il est frais.

– Je le préfère chaud.

– Tu te moques de moi.

– Mais non je plaisante. Pour une fois c’est moi qui fais de l’esprit.

– O.K. ! Tu as tout à fait raison, ce n’est qu’un rendu pour un prêté. Un café et… un… pour cette gente dame ! Et voilà ! Maintenant la dégustation est ouverte !

– Tu es totalement réveillé Robin, là je te reconnais bien ! Ton café est délicieux !

– Je sais, je suis l’as de la cafetière !

– Tes mollets n’enflent pas ?

– Si un peu. Mais j’aime les compliments. Et quand on ne m’en fait pas, je me sers moi-même.

– Alors nous sommes invités par les époux Gary. C’est sympa, non ?

– Oui. Les plus sympas encore ce sont leurs amis. Ils ne nous connaissent pas et ils nous accueillent chez eux en toute simplicité, répond Robin.

– Les Italiens sont d’un caractère bon enfant. Ils connaissent mais surtout appliquent la devise « les amis de mes amis sont mes amis ». Ils aiment la convivialité. Leur porte toujours ouverte, ils offrent de tout cœur une chaise et un plat aux invités de la dernière heure en disant : « Quand il y en a pour quatre il y en a pour cinq ». Je n’ai pas du sang italien pour rien dans les veines.

– Je ne savais pas, mais je suis très content de passer des vacances à Aosta dans une telle future atmosphère. Devrons-nous emporter nos draps, nos serviettes de toilette, nos serviettes de table…

– Non, je ne crois pas, mais nous le demanderons ce soir à Gary. Que fais-tu à midi ?

– Tu veux dire à treize heures trente ? Je déjeunerais volontiers avec toi.

– J’allais justement te le proposer. Alors je t’attends, fais-toi beau.

– Je le suis naturellement. Ce sera donc vite fait.

Robin disparaît dans la salle de bains, tandis que Romy se plonge dans une revue du Laboratoire d’Astronomie. Elle n’entend pas son collègue et ami venir derrière elle. Elle pousse un léger cri quand il lui ferme les yeux de ses deux mains.

– Madame l’inspecteur a eu peur, elle a failli saisir son arme en état de légitime défense. On y va ?

– On y va !

Tous deux se promènent en ville, prennent ensemble leur déjeuner à la brasserie du Conti. Dans l’après-midi, ils assistent à une séance de cinéma et le soir, gagnent l’habitation de Gary vers les dix-sept heures trente.

– Nous sommes un peu en avance, s’excusent-ils auprès de leurs hôtes.

– Ce n’est pas grave, bien au contraire, ajoute gracieusement Jeannette, la femme de Gary, la soirée sera ainsi plus longue.

L’amicale réunion débute par une partie de ping-pong, là-dessus un bon apéro, selon la coutume bien de chez nous, avec des amuse-bouches naturellement, pas américains mais bien français, pardon à mes lecteurs pour ce jeu de mots, mais c’est Robin qui me l’a soufflé ! Puis, après s’être occupée de ses fils et les avoir couchés, Jeannette rejoint ses invités. Une bonne odeur de cassoulet chatouille amoureusement les narines des convives mettant en fonction leur suc gastrique, creusant davantage encore leur estomac. Le repas se déroule dans un silence religieux faisant honneur à la cuisinière. Seuls le clic des fourchettes et le clac des langues sur le palais se mêlent à la musique en léger bruit de fond. Au dessert par contre, représenté par une superbe tarte aux fraises, les mots commencent à jaillir des bouches une fois vides, comme le veut la politesse.

– Vous nous avez régalés, Madame, dit Robin très galant. J’espère que vous avez donné à manger de cette excellente tarte à vos fils ?

– J’en suis enchantée, répond la maîtresse de maison. Ne vous inquiétez pas pour mes petits gars, je ne les oublie jamais ! Je crois que nous allons parler de nos vacances maintenant. J’ai hâte de partir pour Aosta et mon mari aussi. N’est-ce pas Gary ?

– Oui. Nous avons un mois de congé et nous ne devons pas tarder si nous voulons en profiter au maximum. Le temps passe trop vite, déjà un jour d’écoulé.

– D’accord, dit Romy, quand vos amis nous attendent-ils ?

– Aujourd’hui, demain, quand nous voulons. Ils sont impatients de nous voir arriver, dit Jeannette.

– Bon, décidons donc de nous échapper après-demain matin, le temps de préparer les bagages, ajoute Robin.

– Parfait pour après-demain matin, approuve Gary. Combien de temps nous faudra-t-il pour rejoindre Aosta, vous avez une idée ?

– De Toulouse jusqu’à Nice, il nous faudra au moins six heures, calcule Robin. Ensuite, de Nice à Aosta, à peu près le même temps.

– Nous avons donc deux jours de voyage ? s’enquiert Jeannette.

– Au total, oui. Nous partons vendredi matin de bonne heure, par exemple à sept heures, nous sommes à Nice à treize heures, nous séjournons à l’hôtel pour une nuit, nous partons le lendemain matin à la même heure pour Aosta et nous arrivons chez vos amis samedi à treize heures.

– Super ! dit Gary. Nous jouirons d’une vingtaine de jours merveilleux !

– Demain il te faut avertir Luigi et Marinella de notre arrivée pour samedi aux alentours de treize heures, lui dit sa femme et retenir à Nice une chambre dans un hôtel pas trop onéreux.

– Ne vous en faites pas pour les chambres, dit Robin, je connais un petit hôtel sur la Promenade des Anglais il s’appelle le « Méditerranée » face à la mer. Il a des prix raisonnables. De toute manière, c’est moi qui vous offre la nuit à Nice, à toi aussi Romy.

– Mais pourquoi Robin ? s’étonne Romy.

– Oui, pourquoi ? répète Gary.

– Parce que ça me fait plaisir et puis, j’ai des vacances gratos à Aosta, que demander de plus ?

– Nous verrons à Nice, Robin, tempère Romy. De toute façon les repas, c’est moi qui les assumerai.

– Pas question ! rétorque Gary, nous partagerons.

– Au fait Gary, doit-on emporter nos serviettes de toilette et nos draps ? demande Robin.

– Non, pas question, répond Jeannette, ils se vexeraient. D’accord pour vos brosses à dents, vos pyjamas, à moins que vous ne preniez vos petits déjeuners dans la tenue d’Ève ! Vos affaires personnelles quoi !

La soirée se termine sur ces bonnes paroles et les quatre amis se séparent. Robin et Romy rejoignent leur appartement respectif.

Le vendredi comme convenu, les deux couples et les enfants se retrouvent à l’entrée de l’avenue de Muret. Les deux voitures empruntent la nationale sept et via la mer !

L’arrivée à Nice se passe sans encombre, ils descendent au « Méditerranée », prennent leurs repas sur la Promenade, visitent la reine de la Côte d’Azur dont Robin, nous l’avons entendu, est follement amoureux, et la journée passe comme un rêve. Le lendemain, en route pour l’Italie. Les enfants ont voulu monter dans la décapotable de Romy et tout ce petit monde en chantant, emprunte l’autoroute de la Riviera des Fleurs qui ne manque pas de charme, en direction de l’Italie. La luminosité du ciel en est impressionnante. Ils traversent Turin, et quelques heures plus tard entrent dans le Val d’Aosta.

– Je considère cette frontière entre la France et la Suisse, région italienne autonome s’il vous plaît, comme l’une des voies d’accès les plus séduisantes de l’Italie du Nord, avec ses sommets dont la hauteur moyenne atteint près de deux mille cent six mètres, je crois, déclame Robin tout fier de lui.

– Exact, reconnaît Romy. Encadrée de prestigieux massifs, les plus hauts d’Europe, elle a bien la forme d’un bassin montagneux.

– Vous voulez parler du Mont-Blanc, du Grand Paradis et du Mont Rose ? demande le fils aîné de Gary.

– Oui, lui répond Romy. Bravo pour tes connaissances géographiques, Roland !

– Je crois apercevoir le Mont-Blanc avec ses neiges éternelles là-bas au fond, poursuit-il.

– C’est bien lui en effet, approuve Robin.

Ils s’arrêtent en cours de route pour reposer les voitures et se dégourdir les jambes et entrent dans l’après-midi comme prévu dans la ville d’Aosta qui se dresse, installée dans la vallée au milieu de ses remparts montagneux.

Romy suit la voiture de Gary qui stoppe devant une superbe maison rose aux volets couleur Oregon, un premier étage en terrasse, sorte de patio couvert où l’on peut déjeuner en toute tranquillité à l’abri du vent ou d’une éventuelle pluie. Le rez-de-chaussée entouré de merveilleuses fleurs rappelant par leurs riches couleurs une palette de peintre, ouvre les appartements par de larges portes-fenêtres avides des rayons que projette un généreux soleil.

Gary donne deux coups de klaxon et un couple enthousiaste descend les trois marches du perron, accourt vers le portail qui s’ouvre comme par magie. Deux autres couples, arrivent à leur tour en courant suivis de cinq bambini riant et sautant !

– L’ambiance promet d’être dynamique, pense Robin.

Les deux voitures se rangent devant la bâtisse, tandis que leurs hôtes se précipitent vers eux, ouvrent les portières, les extraient de la voiture et les serrent dans leurs bras. Les enfants dansent et chantent en formant une ronde autour des adultes. L’auteur que je suis ne saurait par des mots traduire cette atmosphère de liesse. L’air bleu et ensoleillé vibre et s’emplit des accents ténorisants des voix de Luigi et Marinella Bonatti soutenus par ceux de leurs petits-enfants plus soprani. Les Français se laissent faire, incapables de placer un mot il est vrai. Tout ce petit monde pénètre dans la maison. Chacun hérite de sa chambre, au milieu d’une animation déchaînée.

– Nous vous laissons vous installer, dit Marinella, vous désirez peut-être prendre une douche ou un bain. Dans une heure, vous nous retrouverez dehors dans le jardin pour le repas.

Les Toulousains, rincés, dépoussiérés, en pleine forme, retrouvent tout le monde autour de la table familiale, sous la tonnelle de roses. Luigi et Marinella leur présentent leur fille Gina, leur gendre Angelo avec leurs trois enfants, ainsi que leur fils Roméo, leur bru Carmela, encadrés de leurs deux gamines. Les enfants les embrassent comme du bon pain. Gary et Jeannette à leur tour présentent leurs deux rejetons : Roland, l’aîné, et Romain, le plus jeune. Durant le repas, la discussion porte surtout sur la ville d’Aosta et ses environs.

– Notre ville possède de nombreux monuments antiques que nous vous ferons visiter, dit Luigi.

– Oui, ajoute Marinella. Nous avons un théâtre, un amphithéâtre, les portes de remparts anciens et surtout la Collégiale San Orso, qui est le monument médiéval le plus intéressant de la ville. Comme vous le savez peut-être, le caractère alpin de sa civilisation et le particularisme des traditions que vous découvrirez avec nous, ont abouti à sa complète autonomie.

Nos amis écoutent passionnément les explications de leurs hôtes.

– Nous partirons aussi à la découverte du Val de Cogne, nous contournerons le pied du château d’Aymaville, poursuit Luigi. Il est doté d’imposantes tours rondes crénelées.

– Nous entrerons alors, reprend Marinella, dans Cogne, réputée pour être l’une des portes les plus majestueuses du Parc national du Grand Paradis.

– Je ne connais pas la région, j’en ai seulement entendu parler, dit Romy. Si je ne me trompe pas, la spécialité de Cogne est la dentelle. On dit qu’en 1665, des sœurs bénédictines, qui s’étaient enfuies du monastère de Cluny, se réfugièrent en vallée d’Aosta. Elles apprirent aux femmes des petits villages de la région valdotaine, l’art de la dentelle aux fuseaux. Et les secrets de cet art se transmirent de mère en fille, de bouche à oreille. Est-ce exact ?

– Tout à fait, acquiesce Marinella. Nous avons beaucoup d’autres excursions à faire ensemble. Nous en discuterons une fois terminée celle dont nous venons de parler. Nous allons commencer par la ville d’Aosta cet après-midi, à moins que vous ne soyez trop fatigués.

– Non, c’est parfait.

Ainsi, le repas terminé, se mettent-ils en route pour la promenade en ville. Ils prolongent la journée par une longue soirée dans le jardin après avoir partagé l’excellent jambon de la vallée, le spaghetti à la sauce tomate fraîche préparée maison, la socca merveil-leusement réussie ainsi qu’une gelatta, le tout arrosé du suave Chianti bien frais et de l’Asti spumante pétillant et frais à souhait lui aussi. Le plaisir ne serait pas authentique s’il n’y avait pas le délicieux café italien accompagné de son pousse-café d’une extrême finesse.

Le lendemain, dès neuf heures trente, ils parcourent la campagne, admirant les vaches dans les prés, les porcs dans les enclos courant au milieu des poules. Tout respire la liberté, la paix et la santé sous ce ciel d’un bleu soutenu à perte de vue où se déroulent des champs étendus et verts comme des tapis placés là pour accueillir les amoureux de la nature. Des fermes s’offrent, superbes au regard de ceux qui veulent bien les admirer. Une charrette indolente cahote sur l’asphalte brûlant, l’homme assis, tandis que la femme à pied tient la bride du cheval, et par la même occasion, son homme prisonnier, qui de ce fait ne peut pas courir les jupons. La famille Bonatti et ses invités passent devant la ferme des Bopi.

– Dans celle-ci, habitent de très bons amis, dit Luigi aux Toulousains. C’est la plus riche ferme du coin comme vous pouvez le voir. Nous viendrons leur rendre visite, mais avant, nous les avertirons.

Le soir venu, après le dîner, tout le monde tombe d’accord pour jouer au Monopoly. Il est vingt heures trente environ. La sonnerie du téléphone retentit. C’est la surprise !

– Qui cela peut-il bien être ? demande Marinella.

– Je ne sais pas, répond Luigi, nous n’attendons aucun appel.

La sonnerie insiste.

– Réponds Luigi, dit Marinella.

Luigi obéit. Ils interrompent le jeu et écoutent.

– Quoi ? demande Luigi… papa Bopi ?… depuis quand ?… D’accord, nous arrivons. À tout de suite.

– Que se passe-t-il, Gigi, demande Marinella ?

– Le père Bopi a disparu.

– Disparu ? Le père Bopi ?

– Oui. Tu m’as entendu ? J’ai dit à Julietta que nous partions sans plus tarder. Elle est désemparée.

– Bon. Comment nous arrangeons-nous ? Nous abandonnons nos invités ?

– Non, non, répondent en chœur les inspecteurs. Pas question, nous venons avec vous.

– Mais vous êtes en vacances ! dit Luigi.

– Et alors ? Que faites-vous de la déformation professionnelle ? répond Robin. Ce ne sera pas la première fois ni la dernière que nous participerons à une enquête pendant les vacances !

Tout le monde rit. Les adultes filent illico en direction de la ferme des Bopi malgré l’heure tardive. Roland et Romain restent à la maison en compagnie des petits-enfants et de leurs parents respectifs Gina-Angelo, Romeo-Carmela. Il fait presque nuit.

Elle est superbe la ferme des Bopi ! Rien n’y manque. Elle impose ses deux bâtiments jumelés. L’un destiné à la famille, l’autre au personnel. Ce dernier n’a rien à envier à la famille qui le traite non seulement avec déférence, mais encore amicalement. Les étables succèdent aux écuries mitoyennes avec les porcheries. Si le jambon rapporte bien, le purin, pour sa part, constitue une vraie mine de diamants. Le père Bopi en a tellement qu’il a monté un réel commerce. Il en vend aux alentours, à tous ceux qui en veulent et ils sont nombreux. Que dire des champs de maïs, de tabac, de tournesols, des vergers surtout des kakis ! Les inspecteurs de la brigade criminelle du Rempart Saint-Étienne apprennent des Bonatti que les Bopi ont trois filles.

Chapitre II
Le père Giacomo Bopi porté disparu

L’aînée, Augustina a épousé Rocco, le valet de ferme des Burini qui n’ayant pas d’enfants, l’ont adopté petit. La cadette Maria-Luisa dite Marilou a convolé en justes noces avec Marcello le garçon de ferme des Rusbaldi. Ces derniers avaient un gars, mais il est parti travailler à la ville et ils ne l’ont jamais plus revu. Donc, ils considèrent Marcello comme leur fils. La dernière, Francetta, s’appelle maintenant madame Sebatti depuis son mariage avec Renato, le fils de la famille. Augustina et Rocco ont trois enfants, un garçon prénommé Tino et deux filles. L’une, Tina, est tout le portrait de la grand-mère paternelle d’après les gens et l’autre, Graziella, ressemble comme deux gouttes d’eau à la grand-tante maternelle. Quant à Tino, il serait l’alter ego de son grand-père maternel. Si le premier couple à un garçon et deux filles, le deuxième Maria-Luisa dite Marilou et Marcello, compte pour sa part deux garçons et une fille. Ils ont appelé l’aîné des garçons Umberto, le deuxième Serafino et la fille Catarinetta. La benjamine Francetta et son Renato de mari ont donné naissance à trois garçons : Gino, Paulo et Pietro. Tout ce petit monde loge dans le bâtiment mitoyen à celui des parents. L’autre bâtiment abrite le garçon de ferme Antonio, Eduardo le palefrenier et Giacomina la servante, auxiliaire précieuse de madame Julietta Bopi débordée de tâches ménagères ; car si le travail à l’extérieur demande la main-d’œuvre de tous les membres associés ci-dessus nommés, l’intervention de deux femmes pour l’intérieur se révèle insuffisante. Heureusement que de temps à autre, Augustina abandonne son rôle de femme aux champs pour devenir femme d’intérieur.

Les activités multiples réclament les capacités de chacun liées à une stricte organisation. Il faut aller à la ville, vendre directement du producteur au consommateur les produits au marché ainsi qu’aux revendeurs. À l’époque des récoltes, les camionneurs viennent chercher leur cargaison de maïs, de tabac et de tournesols que l’on doit tout d’abord avoir ramassés. Un surtout, est un habitué de la maison, il se nomme Rafaelo. En outre, quelqu’un de la famille s’occupe de la comptabilité, ce qui n’est pas une mince affaire. L’hiver, tout le monde se repose et, à la limite, s’ennuie. Le feu crépite dans la cheminée et autour du grand foyer. À tour de rôle, avec des voisins, chacun y va de sa petite histoire tout en partageant la polenta. En été, la sieste s’impose car le matin, on se lève très tôt.

Ainsi va la vie chez les Bopi, depuis des années, sans problème ni heurts jusqu’à ce jour.

Luigi gare sa grande Fiat dans la cour de la ferme. Sa femme et lui descendent, suivis de Robin, Romy, Gary et Jeannette. Julietta Bopi les accueille les yeux rougis. Ils entrent dans une fort accueillante salle de séjour. Toute la famille se lève à leur entrée et les embrasse. Les enfants sont couchés. La famille Bopi s’installe avec les nouveaux arrivants autour de la grande table. Francetta pose devant chacun une bonne tasse de cappuccino. La conversation commence par un long silence rompu tout à coup par Marinella :

– Dites-nous comment ça s’est passé, Julietta ?

– Comme d’habitude, Giacomo se lève ce matin à cinq heures, enchaîne l’interpellée. Il se toilette, s’habille, boit son café, bourre sa pipe et sort en l’allumant. Mon gendre, Rocco, l’aperçoit depuis sa fenêtre, se dirigeant vers la porcherie. Comme aujourd’hui c’est le jour du Seigneur, nous sommes tous ensemble à la maison. Nous nous levons un peu plus tard le matin. Nous faisons la grasse matinée. Tout au moins ceux qui le désirent. Mon mari, lui, que ce soit le dimanche ou la semaine, il est debout toujours à la même heure, Rocco de même, et Giacomo vient le chercher vers les dix heures pour rendre visite aux champs, aux bêtes, enfin faire tranquillement le tour du propriétaire. Mais à dix heures, mon gendre me dit :

– C’est bizarre, père n’est pas revenu me prendre !

– Nous l’avons cherché dans les écuries, à la porcherie, dans les étables, chez les employés, personne ne l’a vu et il ne...