Le Portrait de Sarah Malcolm

De
Publié par

"Je traverse la salle d'attente d'une gare de Londres. La lumière est grise comme le dos des hommes qui lisent leur journal, assis. En passant derrière eux, je lis par-dessus une épaule la date du journal. Je crie d'épouvante : on est en 1733." À partir de ce rêve fait à Londres, où elle vivait, la romancière finit par se convaincre que tout la conduit à un fait divers sanglant qu'elle va élucider. Un triple meurtre perpétré dans le quartier du Temple : une jeune servante, Sarah Malcolm, est accusée d'avoir assassiné son ancienne patronne et deux autres femmes. La morgue de l'accusée et l'atrocité d'un crime particulièrement difficile à exécuter firent de Sarah Malcolm presque immédiatement un personnage très populaire. Le peintre de la pègre et de la vie bourgeoise William Hogarth vint faire son portrait dans sa cellule, juste avant son exécution. Après sa pendaison, Sarah Malcolm entra dans la légende. Les gravures de Hogarth la popularisèrent.


Poètes, dramaturges, chroniqueurs en perpétuèrent la mémoire. Menant une enquête minutieuse, Ginevra Bompiani reconstitue heure par heure les circonstances qui entourèrent le crime et tente, en indiquant les lacunes et les contradictions de l'accusation, de prouver l'innocence de Sarah qui, mystérieusement, renonça à se défendre. Enquête historique, mais aussi récit poétique d'un destin énigmatique, ce portrait peut apparaître comme une réflexion sur la peine de mort, sur la criminalité, sur la mémoire populaire.


Publié le : vendredi 26 février 2016
Lecture(s) : 1
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021318715
Nombre de pages : 144
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture

La librairie du XXIe siècle

Sylviane Agacinski, Le Passeur de temps. Modernité et nostalgie.

Giorgio Agamben, La Communauté qui vient. Théorie de la singularité quelconque.

Henri Atlan, Tout, non, peut-être. Éducation et vérité.

Henri Atlan, Les Étincelles de hasard I. Connaissance spermatique.

Marc Augé, Domaines et Châteaux.

Marc Augé, Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité.

Marc Augé, La Guerre des rêves. Exercices d’ethno-fiction.

Jean-Christophe Bailly, Le Propre du langage. Voyages au pays des noms communs.

Marcel Bénabou, Jacob, Ménahem et Mimoun. Une épopée familiale.

R. Howard Bloch, Le Plagiaire de Dieu. La fabuleuse industrie de l’abbé Migne.

Yves Bonnefoy, Lieux et Destins de l’image. Un cours de poétique au Collège de France (1981-1993).

Philippe Borgeaud, La Mère des Dieux. De Cybèle à la Vierge Marie.

Italo Calvino, Pourquoi lire les classiques.

Italo Calvino, La Machine littérature.

Paul Celan, Le Méridien & autres proses.

Paul Celan, Renverse du souffle.

Paul Celan et Gisèle Celan-Lestrange, Correspondance.

Michel Chodkiewicz, Un océan sans rivage. Ibn Arabî, le Livre et la Loi.

Antoine Compagnon, Chat en poche. Montaigne et l’allégorie.

Hubert Damisch, Un souvenir d’enfance par Piero della Francesca.

Michel Deguy, À ce qui n’en finit pas.

Daniele Del Giudice, Quand l’ombre se détache du sol.

Daniele Del Giudice, L’Oreille absolue.

Mireille Delmas-Marty, Pour un droit commun.

Marcel Detienne, Comparer l’incomparable.

Marcel Detienne, Comment être autochtone. Du pur Athénien au Français raciné.

Milad Doueihi, Histoire perverse du cœur humain.

Jean-Pierre Dozon, La Cause des prophètes. Politique et religion en Afrique contemporaine, suivi de La Leçon des prophètes par Marc Augé.

Norbert Elias, Mozart. Sociologie d’un génie.

Rachel Ertel, Dans la langue de personne. Poésie yiddish de l’anéantissement.

Arlette Farge, Le Goût de l’archive.

Arlette Farge, Dire et mal dire. L’opinion publique au XVIIIe siècle.

Arlette Farge, Le Cours ordinaire des choses dans la cité au XVIIIe siècle.

Arlette Farge, Des lieux pour l’histoire.

Arlette Farge, La Nuit blanche.

Lydia Flem, L’Homme Freud.

Lydia Flem, Casanova ou l’Exercice du bonheur.

Lydia Flem, La Voix des amants.

Nadine Fresco, Fabrication d’un antisémite.

Marcel Gauchet, L’Inconscient cérébral.

Jack Goody, La Culture des fleurs.

Jack Goody, L’Orient en Occident.

Anthony Grafton, Les Origines tragiques de l’érudition. Une histoire de la note en bas de page.

Jacques Le Brun, Le Pur Amour de Platon à Lacan.

Jean Levi, Les Fonctionnaires divins. Politique, despotisme et mystique en Chine ancienne.

Jean Levi, La Chine romanesque. Fictions d’Orient et d’Occident.

Nicole Loraux, Les Mères en deuil.

Nicole Loraux, Né de la Terre. Mythe et politique à Athènes.

Patrice Loraux, Le Tempo de la pensée.

Charles Malamoud, Le Jumeau solaire.

Marie Moscovici, L’Ombre de l’objet. Sur l’inactualité de la psychanalyse.

Michel Pastoureau, L’Étoffe du diable. Une histoire des rayures et des tissus rayés.

Georges Perec, L’Infra-ordinaire.

Georges Perec, Vœux.

Georges Perec, Je suis né.

Georges Perec, Cantatrix sopranica L. et autres écrits scientifiques.

Georges Perec, L. G. Une aventure des années soixante.

Georges Perec, Le Voyage d’hiver.

Georges Perec, Un cabinet d’amateur.

Georges Perec, Beaux présents, belles absentes.

Georges Perec, Penser/Classer.

J.-B. Pontalis, La Force d’attraction.

Jean Pouillon, Le Cru et le Su.

Jacques Rancière, Courts Voyages au pays du peuple.

Jacques Rancière, Les Noms de l’histoire. Essai de poétique du savoir.

Jacques Rancière, La Fable cinématographique.

Jean-Michel Rey, Paul Valéry. L’aventure d’une œuvre.

Jacqueline Risset, Puissances du sommeil.

Denis Roche, Dans la maison du Sphinx. Essais sur la matière littéraire.

Charles Rosen, Aux confins du non-sens. Propos sur la musique.

Israel Rosenfield, « La Mégalomanie » de Freud.

Francis Schmidt, La Pensée du Temple. De Jérusalem à Qoumrân.

Jean-Claude Schmitt, La Conversion d’Hermann le Juif. Autobiographie, histoire et fiction.

Michel Schneider, La Tombée du jour. Schumann.

Michel Schneider, Baudelaire. Les années profondes.

Jean Starobinski, Action et Réaction. Vie et aventures d’un couple.

Antonio Tabucchi, Les Trois Derniers Jours de Fernando Pessoa. Un délire.

Antonio Tabucchi, La Nostalgie, l’Automobile et l’Infini. Lectures de Pessoa.

Antonio Tabucchi, Autobiographies d’autrui. Poétiques a posteriori.

Emmanuel Terray, La Politique dans la caverne.

Emmanuel Terray, Une passion allemande. Luther, Kant, Schiller, Hölderlin, Kleist.

Jean-Pierre Vernant, Mythe et Religion en Grèce ancienne.

Jean-Pierre Vernant, Entre mythe et politique.

Jean-Pierre Vernant, L’Univers, les Dieux, les Hommes. Récits grecs des origines.

Nathan Wachtel, Dieux et Vampires. Retour à Chipaya.

Nathan Wachtel, La Foi du souvenir. Labyrinthes marranes.

Catherine Weinberger-Thomas, Cendres d’immortalité. La crémation des veuves en Inde.

Natalie Zemon Davis, Juive, Catholique, Protestante. Trois femmes en marge au XVIIe siècle.

Mais si celui qui fut par la suite reconnu comme le Mal n’était pas considéré en tant que tel à l’origine, mais bien différemment, il était embrassé et caressé et des yeux bleus et joyeux le dévisageaient, et tout chantait autour de lui un chant d’amitié et de suavité ; si soudain il sut alors qu’il y avait eu erreur, il sut qu’il était non pas le Bien, mais le Mal même, la honte, la méchanceté, et, acculé dans un couloir de solitude, il ne vit au bout du chemin qu’une fourche : sache, Lecteur, que seul celui-là qui tout d’abord n’était pas considéré comme le Mal, et fut, par la suite, désigné comme le Mal même, seul celui-là sait ce qu’est le froid mortel du Mal.

Annamaria Ortese, L’Iguane

1

Le rêve


C’est une histoire qui fait peur. Moi, elle m’a toujours fait peur. Dès le premier rêve. Bien des histoires sont nées de rêves, on finirait par penser qu’elles le sont toutes. Mais celle-ci, non. Le rêve était une chose et l’histoire une autre : entre-temps, il y a eu des années, des vacillations, le rêve poussait vers l’histoire, mais ne savait rien de l’histoire. Je ne sais même pas si le rêve avait un rapport quelconque avec l’histoire. Ç’a été une secousse de peur et sur cette peur l’urgence de lui trouver une raison, comme s’il fallait une raison pour avoir peur. Voici le rêve :

Je traverse la salle d’attente d’une gare de Londres. La lumière est grise comme le dos des hommes qui lisent leur journal, assis. En passant derrière eux, je lis par-dessus une épaule la date du journal. Je crie d’épouvante : on est en 1733.

Je vivais à Londres, on était en 1975. Je consultais tous les jours une psychanalyste kleinienne et avec elle je cherchai l’explication du rêve. Le rêve ne quittait pas mon esprit. Je pensais qu’il fallait bien tout de même qu’il ait un sens, qu’il devait rappeler ou annoncer quelque chose. Il y a des rêves comme ça et même des événements comme ça, qui semblent être des annonciations, qui vous glissent une épine dans la peau et ne vous laissent pas tranquille tant que vous n’avez pas trouvé ce sens. Mais, malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à expliquer ce rêve. Les chiffres me semblaient essentiels : 1733 ou 17 et 33 ou, à l’envers, 1377. Je sentais bien que cela avait un rapport avec le temps, avec cette forme effrayée du temps qu’on appelle trop tard, mais j’avais beau la tourner dans tous les sens, la date ne donnait rien. Je l’ai peu à peu oubliée.

Le 3 juin 1983, j’ai fait cet autre rêve :

Je suis conduite à mon exécution. En chemin, sur la charrette, avec deux autres personnes, je lis tranquillement. Les deux autres m’observent. Mais quand il ne reste plus que dix minutes, je suis saisie d’une terrible panique, une panique foudroyante. Un des deux, alors, sort ma carte d’identité : mais ce qu’il sort, c’est une photo de moi enfant. L’autre rit : Avec ça, dit-il, vous ne risquez pas grand-chose. Cette erreur me sauve. L’exécution est suspendue.

J’ai transcrit le rêve sur un cahier et puis je l’ai oublié. Je l’ai retrouvé par hasard, en relisant mes cahiers, alors que j’étais déjà tombée sur l’histoire que je vais raconter.

On arrive en 1995 : vingt années se sont écoulées depuis le premier rêve, je me promène dans les ruelles de Venise, et voilà que le rêve réapparaît. Je regarde les numéros des maisons vénitiennes, qui sont de quatre chiffres, je pense que l’une de ces portes pourrait être le 1733. Je vais de quartier en quartier, en quête de la maison qui porterait ce numéro. J’ai parcouru trois quartiers sur les six de la ville, mais je n’ai pas trouvé cette porte. Il y avait le numéro 1731 ou 1732 et le numéro 1734 ou 1735, mais le 1733 n’avait pas de porte. Ou bien elle avait été murée ou elle avait été transformée en fenêtre ou bien derrière elle, à la place d’une maison, il y avait une rue. Çà et là, une femme s’accoudait à la fenêtre et parlait, avec étonnement, de ce manque qu’elle n’avait jamais remarqué. (Des années plus tard, alors que les portes ne me disaient plus rien, dans le quatrième des six quartiers de la ville, sous une arche obscure, je l’ai trouvée.)

Alors je me suis dit : Pourquoi chercher ? Si c’est une terreur, elle me retrouvera. Et un jour, comme je descendais dans une rue d’une ville familière, une amie m’a dit : « Mais voilà le numéro de ton rêve » – parce que je le racontais, dans l’espoir que quelqu’un me donne une piste – et elle m’a indiqué une porte devant laquelle j’étais passée mille fois et qui, à côté du numéro actuel, en portait un plus ancien, ou peut-être une date, gravé directement dans la pierre : 1733. Tandis que j’observais la porte d’entrée, une femme aux yeux mauvais, comme pour m’échapper, s’y faufila et en ressortit juste après, avec une allure méfiante et alerte. Depuis, cette femme m’a poursuivie longtemps et je me suis souvent demandé si elle n’était pas, elle aussi, un moteur de l’histoire.

Encore une fois, j’ai pensé que ce numéro ne m’aimait pas. Maintenant, j’aurais voulu l’oublier, mais je n’y arrivais plus. Quelques mois plus tard, je me retrouvais à Londres, dans la vieille bibliothèque ronde qui désormais ne contient plus de livres, mais seulement des pièces de musée. Je me rappelai un détail de mon rêve, auquel je n’avais pas accordé d’importance : le journal. Je pris un volume relié du London Magazine, vieil hebdomadaire de faits divers, je l’ouvris à l’année 1733, et je commençai à parcourir les articles. Le premier sur lequel je m’arrêtai (j’avais choisi, pour commencer, ma date de naissance), racontait l’histoire d’un homme qui, un beau soir, en sortant de l’église après l’office, avait été suivi furtivement jusqu’au presbytère par un jeune gentilhomme qui le tua, en le transperçant de son épée, et s’enfuit sans laisser de traces ni le moindre soupçon sur son mobile1. Le double nom de la victime, William Williams, et le mystère du meurtre me retinrent quelque temps. Mais, dès le lendemain, je repartais en chasse. Puisque j’avais quitté Londres en juin, le rêve avait été fait par moi au cours de la première moitié de l’année, je me concentrai donc sur ces premiers mois. Dans la rubrique intitulée The Gentleman’s Monthly Intelligencer du London Magazine, je tombai sur l’article suivant et je compris que j’avais trouvé l’histoire qui me cherchait :

« Mercredi 7 mars 1733, vers dix heures du matin, Sarah Malcolm a été prise dans la prison de Newgate et conduite en charrette par l’Old Bailey et Fleet Street jusqu’à la place en face de Mitre Court où avait été dressé un gibet. Elle était vêtue de noir, avec le tablier blanc de sa condition, sa coiffe d’organdi et des gants noirs. À ses côtés, se trouvaient le Révérend Middleton de St. Bride ainsi que l’aumônier de la prison et le Révérend Piddington de St. Bartholomew, avec lesquels elle parlait dévotement. S’adressant au peuple rassemblé sur la place, elle dit qu’elle avait remis aux trois prélats un compte rendu sincère des faits et sa pleine confession sur trois pages, sous pli scellé, la nuit précédente et qu’elle comptait que Mr. Piddington la publiât. Elle cherchait des yeux quelqu’un et avoua qu’elle avait espéré apercevoir dans la foule son patron, Mr. Kerrel, car elle voulait le laver de toute accusation ou calomnie qui l’eût sali pendant le procès. Mais de ses crimes elle ne dit rien. Après avoir parlé encore avec les membres du clergé, elle perdit connaissance sur le point d’être exécutée et il fallut quelque temps pour la faire revenir à elle. Quand elle eut recouvré ses sens, après un bref délai, elle fut exécutée2. »

C’est ainsi que je fis connaissance de Sarah Malcolm.

2

Sarah Malcolm


Le 7 mars 1733, jour de son exécution, Sarah Malcolm3 avait vingt-deux ans. Elle était née en 1710 ou 1711, fin mai, dans le comté de Durham, où ses parents avaient une propriété qui, selon elle, produisait cent livres de revenus par an. Sa mère était irlandaise, son père anglais. Dans cette famille, les tâches semblaient ainsi divisées : à la mère était confié le salut, au père la ruine. Au terme de mauvaises spéculations, avec le jeu ou la simple prodigalité, le père dilapida le patrimoine familial et fut contraint de vendre la propriété. La mère décida de ramener sa famille à Dublin. Là, avec le produit de la vente, ils acquirent un établissement public qui les fit vivre correctement et leur permit de donner à leur fille une bonne éducation, supérieure à leur nouvelle condition. Toutes les sources disent que Sarah était très éveillée et très aimée. Les données biographiques recueillies après sa mort parlent d’un esprit vif et le mémoire tenu dans la prison révèle un emploi de la langue légèrement prolixe, légèrement pompeux, une tendance au style élevé, à une certaine rhétorique, qui fait penser à un goût humilié pour les études, à une ambition interrompue.

Mais, encore une fois, un voyage intervient qui change le cours des choses. Ayant des affaires à liquider à Londres, la famille s’y rend au grand complet. Sarah est adolescente et Londres doit lui sembler à sa mesure. Mais quel Londres ? Si ses parents tenaient un pub à Dublin, ils auront eu affaire à des confrères, des compatriotes, des propriétaires d’établissements publics. Ainsi s’explique la familiarité que, plus tard, Sarah allait avoir avec ces endroits.

Quand la famille retourne à Dublin, elle ne les suit pas. Ici, les sources hésitent : certaines disent que les parents repartirent, mais que Sarah voulut rester et que peu après sa mère mourut. D’autres soutiennent que ce fut au contraire la mort de la mère et le remariage de son père avec une marâtre revêche qui poussèrent Sarah à quitter sa famille et à tenter fortune à Londres.

Son père, avec sa nouvelle femme, dut recommencer ses spéculations imprudentes, car il retomba vite dans la misère. Sarah est à présent seule dans la ville de Londres et doit dénicher un travail. Le milieu auquel elle s’adresse est irlandais. Le quartier où elle évolue est le Temple et ses alentours. C’est précisément le monde irlandais de sa mère qui va la conduire à la ruine.

3

Le Temple


Le Temple est un des plus anciens quartiers de Londres, entre l’Old Bailey et la Tamise. C’est un quartier ceint de murs et d’arches et, à l’époque de Sarah, fermé par des portes et des grilles. Né pour accueillir les Templiers, il fut, avec la dissolution de l’ordre en 1314, attribué aux Frères hospitaliers qui cèdent quelques chambres en location aux apprentis avocats à cause de la proximité du Tribunal. Peu à peu, les nouveaux locataires occupent le quartier et, à l’intérieur de ses murs, créent deux des quatre Inns of Court, résidences pour avocats et étudiants en droit, qui donnent leur nom aux quatre grandes associations juridiques de Londres. Ainsi, le quartier du Temple, créé pour héberger une communauté, en abrite-t-il une autre. Plaisant et clos comme un jardin, il est vieux, réservé, mystérieux. Par deux fois, un incendie le transforme (celui de 1678 le détruisit plus encore que le Grand Incendie de 1666). Dans son enceinte, cohabitent des histoires différentes : l’histoire des chevaliers du Temple, l’histoire de Geoffrey de Mandeville l’excommunié, la mémoire de la première représentation de La Nuit des rois de Shakespeare au Temple Hall, la mémoire du feu, la mémoire du docteur Johnson, des frères Fielding, de Cowper, de Thackeray, de Burke, de Sir Walter Raleigh, de Dickens, et tant d’autres mémoires. Parmi toutes, se niche la plus sanglante, la plus scandaleuse, la mémoire d’un crime noir.

Notes

1.

The London Magazine, vol. 2, 1733, The Gentleman’s Monthly Intelligencer, dimanche 5 août 1733 : « Juste après l’office de Vêpres, un certain William Williams, revenant de l’église paroissiale de Abergelly, dans le comté de Denbigh, fut poursuivi jusqu’au presbytère, par un certain Lloyd, le fils d’un gentilhomme du voisinage, qui, tirant son épée, blessa à mort ledit Williams. Et comme il a fui pour sauver sa réputation, une récompense a été offerte à qui le dénoncera. »

2.

Ibid., mars 1733, p. 157.

3.

De toutes les versions de son nom, j’ai choisi la plus simple et la plus connue, la préférant même à la façon dont elle l’écrit, Mallcom. J’en ai fait autant pour tous les autres noms.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Un pedigree

de editions-gallimard

Voyageur malgré lui

de editions-flammarion