Le Prix de la peur

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Un serial killer thriller entre Seven et Les Experts.





Dans une église de Los Angeles, sur les marches de l'autel, le corps d'un prêtre est retrouvé décapité. Sa tête a été remplacée par celle d'un chien. En charge de l'enquête, le détective Rob Hunter découvre qu'un cauchemar récurrent hantait le religieux : qu'on le décapite...



Bientôt les cadavres s'accumulent, chaque victime mourant de la façon qu'elle craignait le plus. Comment le tueur pouvait-il le savoir ? Quel lien unit ses proies ? De qui le serial killer cherche-t-il à se venger ?
Le début d'une traque de tous les dangers pour Rob, à la poursuite d'un tueur déterminé à faire payer le prix fort à ses victimes, le prix de la peur.



Les rouages d'une implacable machine à suspense sont en marche dans ce thriller au rythme effréné qui nous plonge dans la jungle urbaine de la Cité des Anges.





Publié le : jeudi 8 mars 2012
Lecture(s) : 43
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782365690201
Nombre de pages : 400
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couverture

DU MÊME AUTEUR

La Marque du tueur, Éditions First, 2011 ; Pocket, 2012

Chris Carter

Le Prix de la peur

Traduit de l’anglais
 par Bernard Clément

images

À Samantha Johnson… Toujours.

1

— Ironique que la seule certitude de la vie soit la mort, vous ne trouvez pas ?

La voix de l’homme était posée, sa posture, décontractée.

— Je vous en supplie… Vous n’avez pas besoin de faire ça.

L’homme au sol était pétrifié et épuisé. Sa voix, étranglée par les larmes et le sang. Il était nu et grelottait. Ses bras étaient tendus au-dessus de sa tête, les poignets attachés par une chaîne au mur en brique.

Le sous-sol sombre avait été transformé en une sorte de donjon médiéval, avec ses quatre murs ornés de lourds anneaux métalliques. Une répugnante odeur d’urine flottait dans la pièce, et d’une caisse en bois posée dans un coin par l’agresseur montait un vrombissement incessant. La pièce était insonorisée, et fuir semblait impossible. Une fois enfermé ici, inutile d’y songer, à moins que quelqu’un ne vienne vous délivrer.

— Peu importe ce que vous avez fait de votre vie, poursuivit-il, indifférent à sa victime qui saignait. Peu importe votre richesse, ce que vous avez accompli – vos relations, vos projets et vos espoirs. En fin de compte, la même chose nous arrive, à tous, et cette chose, c’est la mort.

— Par pitié, mon Dieu, non !…

— Mais ce qui fait la différence, c’est la façon dont nous mourons.

L’homme par terre toussa et cracha un léger nuage de sang.

— Certaines personnes meurent naturellement, sans douleur, au terme d’un cycle naturel. (L’homme émit un étrange rire gargouillant.) D’autres souffrent de maladies incurables des années durant, luttant à chaque minute pour ajouter quelques secondes à leur misérable existence.

— Je… je ne suis pas riche, je ne possède pas grand-chose, mais ce que j’ai, vous pouvez le prendre.

— Chuuuut ! (L’homme posa son doigt sur ses lèvres avant de murmurer :) Je n’ai pas besoin de votre argent.

Nouvelle quinte de toux, nouvelles gouttelettes de sang.

L’agresseur grimaça un sourire mauvais.

— Certains meurent très lentement, reprit-il d’une voix glaciale. L’agonie peut durer des heures, des jours, des semaines de souffrances ; si on sait s’y prendre, il n’y a quasiment pas de limites – vous le saviez ?

Il se tut. Jusque-là l’homme enchaîné n’avait pas remarqué le pistolet à clous dans la main de son assaillant.

— Et je sais exactement ce que je fais. Permettez-moi de vous le montrer.

Il fit un pas en avant, posa son pied sur l’os de la cheville de sa victime qui saillait de la plaie ouverte, se pencha et tira rapidement trois clous dans le genou droit. L’intensité de la douleur fut telle que le blessé en eut le souffle coupé et la vision brouillée pendant une bonne dizaine de secondes. Les clous ne mesuraient que cinq centimètres de long. Pas assez pour ressortir de l’autre côté mais suffisamment pointus, en revanche, pour pulvériser os, cartilage et ligaments.

L’homme enchaîné respirait à brèves goulées saccadées. Il essaya de parler malgré la douleur.

— S’il vous plaît… J’ai une fille, elle est malade, une maladie rare, et elle n’a que moi.

L’étrange rire gargouillant résonna de nouveau.

— Vous espérez m’émouvoir ? Laissez-moi vous montrer à quel point je suis touché.

Il saisit la tête d’un des clous enfoncés dans le genou de l’homme et, comme s’il maniait un ouvre-boîte, l’enfonça lentement en tournant de gauche à droite, à bloc. Les os qui craquaient rappelaient le bruit d’éclats de verre qu’on écrase en marchant.

La victime rugit de douleur en sentant le métal le perforer. Son tortionnaire appliqua juste assez de force pour vaincre toute résistance et broyer la rotule. Des esquilles criblaient les nerfs et les muscles. Une violente nausée le submergea. Son agresseur le gifla à plusieurs reprises pour l’empêcher de s’évanouir.

— Restez avec moi ! ordonna-t-il. Je veux que vous savouriez chaque instant. Ça ne fait que commencer.

— Pourquoi… pourquoi faites-vous ça ?

— Pourquoi ? (L’homme se lécha les lèvres et sourit.) Je vais vous montrer pourquoi.

De sa poche il sortit une photo qu’il tint à quelques centimètres des yeux de l’homme enchaîné.

Ce dernier scruta le cliché un moment sans comprendre.

— Je ne comprends pas. Qu’est-ce… (Il se figea en saisissant enfin ce qu’il regardait.) Oh, mon Dieu !

L’autre approcha la bouche tout près de l’oreille droite du blessé, le touchant presque.

— Vous savez quoi ? murmura-t-il en jetant un coup d’œil vers la caisse en bois dans le coin. Je sais ce qui vous fait le plus peur.

2

À dix jours de Noël, Los Angeles était plongé dans la frénésie des préparatifs. La profusion des guirlandes lumineuses et des décors de neige artificielle métamorphosait rues et vitrines. À 5 h 30, la traversée du sud de la ville demeurait étrangement fluide.

Le fronton blanc de la petite église luisait derrière les grands noyers californiens effeuillés qui encadraient le porche voûté en bois. Une vision de carte postale balayée par la multitude de policiers qui encerclaient le bâtiment et le ruban jaune de scène de crime tenant à distance curieux et badauds.

Des nuages noirâtres s’étaient amoncelés dans le ciel quand Rob Hunter descendit de la voiture, s’étira et souffla sur ses mains avant de remonter la fermeture Éclair de son blouson en cuir. Il se raidit au contact du vent glacé du Pacifique, de plus en plus vif et, scrutant l’horizon, calcula qu’il ne restait que quelques minutes avant l’averse.

La section spéciale Homicide, du département Hold-up et Homicide du LAPD, est un service spécialisé qui ne traite que les affaires de tueurs en série et les meurtres les plus difficiles – ceux qui exigent du temps et des enquêteurs très pointus. Hunter en était l’inspecteur le plus brillant. Son jeune partenaire, Carlos Garcia, avait travaillé dur pour devenir inspecteur et avait fait ses preuves en un temps record. D’abord affecté au siège du LAPD, il avait passé quelques années dans le nord-est de L.A. à traquer cambrioleurs armés, trafiquants de drogue et autres membres de gangs avant de se voir offrir un poste à la SSH.

Hunter, qui ajustait son insigne à sa ceinture, aperçut Garcia parlant à un jeune flic. Malgré l’heure matinale, son collègue semblait en pleine forme. Ses longs cheveux châtain foncé étaient encore humides de la douche du matin.

— C’était censé être un jour de repos, non ? fit Garcia à mi-voix au moment où Hunter arrivait à sa hauteur. J’avais des projets…

Celui-ci hocha silencieusement la tête en guise de bonjour au jeune homme qui lui retourna son salut. Il enfonça ses mains dans les poches de son blouson.

— On travaille pour la SSH, Carlos. Des mots comme « jour de congé », « augmentation de salaire » et « vacances » n’ont pas cours chez nous, tu devrais le savoir.

— J’apprends vite.

— Tu as vu l’intérieur ? demanda Hunter en examinant l’église de ses yeux bleu clair.

— Je viens d’arriver.

Hunter se tourna vers le jeune agent :

— Et vous ?

Costaud, mesurant un mètre quatre-vingt-cinq, ce dernier passa une main nerveuse dans ses cheveux noirs coupés en brosse sous l’œil attentif de son interlocuteur.

— Je ne suis pas entré non plus, monsieur, mais apparemment le spectacle n’est pas très joli. Vous voyez les deux collègues, là-bas ? (Il montra du doigt deux policiers au visage blême debout à gauche de l’église.) Ils sont arrivés les premiers. D’après ce qu’on m’a dit, ils sont ressortis à toute allure au bout de vingt secondes en vomissant leurs tripes.

Il vérifia machinalement sa montre.

— Je suis arrivé ici cinq minutes après eux.

Hunter massa le dos de sa nuque, sentant sous ses doigts l’épaisse cicatrice irrégulière. Il balaya des yeux la foule déjà agglutinée derrière le ruban jaune.

— Vous avez un appareil photo ? demanda-t-il au jeune flic, lequel secoua la tête en fronçant les sourcils.

— Et dans votre portable ?

— Oui, il a cette fonction. Pourquoi ?

— Je voudrais que vous preniez quelques photos de la foule pour moi.

— Des gens qui sont là ? questionna le policier médusé.

— Ouais, mais soyez discret. Faites comme si vous preniez des photos de l’extérieur de l’église pour l’enquête, vous voyez ? Je veux tout le monde. Et sous différents angles. Vous croyez pouvoir faire ça ?

— Oui, mais…

— Faites-le, je vous expliquerai plus tard, intima Hunter calmement.

L’agent acquiesça avec empressement avant d’aller chercher son portable dans la voiture de service.

3

— Les vautours sont déjà là, fit observer Garcia alors qu’ils approchaient du ruban jaune.

Derrière eux les reporters se frayaient un passage vers le premier rang, mitraillant la scène de leurs flashes.

— J’ai l’impression qu’ils ont été prévenus avant nous, reprit-il.

— C’est même sûr, confirma Hunter, d’autant qu’ils paient très bien pour ce type d’information…

Le policier qui gardait le périmètre fit un signe de tête aux deux fonctionnaires qui se glissaient sous le ruban.

— Inspecteur Hunter, cria un petit reporter rond et chauve, croyez-vous qu’il s’agisse d’un crime religieux ?

Hunter se tourna pour faire face à la meute des journalistes. Il comprenait leur appréhension. À l’intérieur de cette petite église, un homme ou une femme avait été privé de sa vie, et ils savaient tous que, si c’était à lui qu’on avait attribué l’enquête, c’était parce que le meurtrier avait usé d’une violence extrême.

— Nous venons juste d’arriver, Tom, répondit l’inspecteur d’un ton égal. On n’est même pas encore entrés. À ce stade vous en savez sans doute plus que nous.

— Vous croyez que c’est le crime d’un tueur en série ? demanda une grande brune séduisante.

Elle portait un épais manteau d’hiver et tenait un petit magnétophone à cassette. Hunter ne l’avait jamais vue avant.

— J’ai bégayé ? demanda-t-il à Garcia, mâchoires serrées. Je vais me répéter plus lentement pour ceux d’entre vous qui auraient du mal à suivre.

Il planta ses yeux dans ceux de la brune.

— On vient tout juste d’arriver. On n’a pas vu l’intérieur. Et vous connaissez la musique, les mecs. Il faudra attendre le point presse officiel pour les premières infos. S’il y a un point presse…

La brune soutint le regard de Hunter avant de disparaître à l’arrière de la foule.

Un agent de la police scientifique avec des survêtements blancs en polyéthylène attendait sur le perron de l’église aux marches usées.

Quand ils pénétrèrent dans le lieu, l’odeur les frappa de plein fouet. Un mélange de sueur, de vieux bois et la senteur forte, métallique, du sang.

Les rangées de bancs en chêne rouge étaient séparées par une étroite travée qui menait de l’entrée à l’autel. Les jours d’affluence, l’église catholique des Sept-Saints pouvait accueillir jusqu’à deux cents fidèles.

L’intérieur était éclairé par deux puissants projecteurs d’investigation montés sur des pieds en acier. Dans cette lumière artificielle, chaque objet prenait un aspect clinique et dur. Au bout de la travée, trois techniciens du labo photographiaient et relevaient les empreintes de chaque centimètre carré de l’autel et du confessionnal à sa droite.

La porte se referma derrière eux. Hunter sentit monter l’anxiété qui le gagnait chaque fois qu’il découvrait une nouvelle scène de crime.

Les techniciens qui les avaient entendus relevèrent la tête et les regardèrent, mal à l’aise. Hunter et Garcia s’arrêtèrent au bas de l’autel.

Il y avait du sang partout.

— Mon Dieu ! murmura Garcia, plaquant ses mains sur sa bouche et son nez, mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?

4

L’hiver dans la Cité des Anges est doux, comparé au reste des États-Unis. Les températures descendent rarement au-dessous de dix degrés, mais pour les habitants de la région, c’est déjà trop. Vers 5 h 45 une bruine froide s’était mise à tomber. L’agent de police Ian Hopkins essuya son portable sur la manche de sa veste d’uniforme avant de prendre une autre photo de la foule massée autour de l’église.

— M’enfin, qu’est-ce que tu fiches ? lui demanda Justin Norton, l’un des deux flics qui avaient découvert la scène.

— Je prends des photos, répondit Hopkins malicieusement.

— Mais pourquoi ? T’es un mordu des scènes de crime, ou quoi ?

— Ordre de la crim’, mon vieux.

L’agent Hopkins jeta un regard sarcastique sur son collègue.

— Eh ben, je ne sais pas si tu as remarqué, mais la scène de crime est par là !

Il indiqua l’église derrière lui d’un pouce lancé par-dessus son épaule.

— L’inspecteur ne veut pas de clichés de l’église. Il en veut de la foule.

L’autre fronça les sourcils, l’air soucieux cette fois.

— Il t’a dit pourquoi ?

Hopkins secoua la tête.

— Et pourquoi tu tiens ton portable à hauteur de poitrine au lieu de le coller à ton œil ?

— Il ne veut pas que les gens comprennent que ce sont eux que je prends en photo. Je dois être discret.

— Ces foutus inspecteurs de la SSH… grogna Norton en tapotant sa tempe du bout de l’index. Ils sont complètement barrés, si tu vois ce que je veux dire…

Hopkins haussa les épaules, indifférent à cette remarque.

— Je crois que j’en ai pris assez, de toute façon. Et avec cette pluie je vais bousiller mon portable si je ne fais pas gaffe. Au fait, reprit-il, qu’est-ce qui s’est passé là-dedans ?

Norton regarda le novice droit dans les yeux.

— Ça fait pas longtemps que t’es flic, hein ?

— Ça fera trois mois ce week-end.

Sa réponse fut accueillie par un sourire ravi.

— Moi, ça fait sept ans que je suis dans la police, dit-il calmement en abaissant sa visière sur ses yeux. Crois-moi, cette ville m’a offert quelques scènes bien gores, mais rien à voir avec ce qu’il y a dans cette église. Épargne-toi ça : prends tes photos et oublie le reste. Cette image-là gravée dans ta mémoire juste au début de ta carrière, c’est pas bon pour le moral. Fais-moi confiance.

5

Hunter resta complètement immobile. S’imprégnant de la scène, tous ses sens excités par la montée d’adrénaline. Sur les dalles, juste à côté du confessionnal, baignant dans une mare de sang, le corps décapité d’un homme mince de taille moyenne et vêtu d’une soutane de prêtre était étendu sur le dos. Il avait été placé dans une position étudiée, les jambes écartées, les bras repliés sur la poitrine. Mais ce fut la tête qui retint l’attention de l’inspecteur.

Une tête de chien.

Elle avait été fichée sur une pointe de bois enfoncée dans le moignon du cou, faisant ressembler le cadavre gisant à une combinaison grotesque d’homme-chien.

Les babines de l’animal étaient violet foncé. Sa longue et mince langue était maculée de taches de sang noirâtre et pendait sur la gauche de sa gueule déformée. Les yeux grands ouverts étaient d’un blanc laiteux et terne. Sa robe à poils ras était fauve. Hunter fit un pas et s’accroupit à côté du corps. Sans être expert en matière de races canines, il comprit que la tête qui avait été utilisée était celle d’un chien errant.

— Pas très réjouissant comme vision, hein ? s’exclama Mike Brindle, le chef de l’équipe médico-légale, en s’approchant des deux officiers de police.

Hunter se releva et lui serra la main. Garcia ne pouvait détourner ses yeux du corps.

— Salut, Mike, fit Hunter.

Brindle, maigre comme un clou et mesurant près de deux mètres, approchait la cinquantaine. C’était sans aucun doute l’un des meilleurs dans son domaine à Los Angeles.

— Et comment vont tes insomnies ? demanda celui-ci.

— Comme d’hab’, répondit Hunter avec un haussement d’épaules.

Ses insomnies chroniques n’étaient un secret pour personne. Elles avaient débuté peu après la mort de sa mère, à l’âge de 7 ans, et s’étaient aggravées avec le temps. Elles relevaient d’un simple mécanisme de défense de son cerveau pour lui éviter d’affronter d’épouvantables cauchemars, Hunter le savait. Au lieu de tenter de les supprimer il avait appris à vivre avec. Il pouvait mener une vie normale en ne dormant que trois heures, et si besoin seulement deux, par nuit.

— Qu’est-ce qu’on a ? s’enquit-il d’une voix calme.

— On vient de commencer. On a débarqué il y a un petit quart d’heure, donc pour l’instant t’en sais autant que moi, à un détail près. (Brindle désigna le corps.) On dirait qu’il s’agit du père Fabian.

— On dirait ? (Hunter regarda d’instinct autour de lui, scrutant toute la zone.) Vous n’avez pas encore retrouvé la tête ?

— Non, pas encore, répondit Brindle.

Il jeta un regard interrogateur aux deux autres techniciens du labo, qui secouèrent la tête.

— Qui a découvert le corps ?

— L’enfant de chœur Hermano Machinchose. En arrivant à l’église ce matin, il a été accueilli par ce que vous avez sous les yeux.

— Où est-il ?

— Là-bas, au fond, indiqua Brindle en le désignant de la tête. Il y a un agent avec lui. Comme tu peux l’imaginer, il est un peu sous le choc.

— L’heure approximative de la mort ?

— La rigidité cadavérique est déjà bien avancée. Je dirais qu’il est décédé depuis huit à douze heures. Hier soir, de toute façon, pas ce matin.

Hunter s’agenouilla et examina le cadavre un moment.

— Pas de blessures défensives ?

— Pas l’ombre d’une. La victime ne présente aucune autre plaie d’aucune sorte. Il a été tué vite fait bien fait.

Hunter se concentra sur la traînée de sang qui partait du corps et montait les marches vers l’autel.

— Ça ne s’arrange pas là-haut, commenta Brindle en suivant son regard. En fait, je dirais même que ça se complique pour vous, les gars.

6

Garcia détacha ses yeux du corps et se tourna vers l’assistant de Winston.

— Que veux-tu dire ?

Brindle se gratta le nez et regarda Hunter.

— Ce sera à vous d’essayer d’y voir clair dans tout ça. Ici, une éclaboussure interrompt le dessin tracé avec du sang, exliqua-t-il d’un air songeur. Ça ne m’a pas l’air d’être un hasard…

— Du sang humain ?

— Tu veux dire « pas du sang de chien » ? répliqua l’homme en montrant la tête de chien.

— Exact.

— Il faudra attendre les analyses. Très difficile à dire à vue d’œil : leurs caractéristiques sont très semblables.

Hunter enjamba les marches de l’autel d’un mouvement souple, suivi de Garcia et Brindle. Du sang partout, mais ce dernier avait raison : on distinguait nettement une forme, une sorte de symétrie. Sur le sol, un mince trait continu écarlate dessinait un cercle autour de l’autel. Sur le mur, juste derrière, s’étalait une longue éclaboussure oblique, comme si quelqu’un avait plongé un pinceau dans du rouge et en avait aspergé le mur. Des centaines de minuscules gouttelettes souillaient la nappe de l’autel naguère d’un blanc immaculé.

— En général, quand on trouve du sang répandu sur une aussi grande surface, c’est parce qu’il y a eu lutte, laquelle peut prendre deux formes : celle où les deux parties en présence se poursuivent en se donnant des coups et en répandant du sang un peu partout, ou bien celle où une victime blessée se débat pour échapper à son agresseur.

— Les éclaboussures ne collent pas avec un scénario de lutte ni avec celui d’une fuite, décréta Hunter en examinant le tracé. La distance entre elles, leurs formes, tout est trop symétrique, presque calculé. Cette marque sanglante a été créée intentionnellement par le meurtrier, pas par la victime, ajouta-t-il posément.

— Tout à fait d’accord, reprit Brindle en croisant les bras sur sa poitrine. Il n’y a pas eu de lutte, et on n’a pas laissé au père Fabian la moindre possibilité de fuir.

— Un truc que je ne pige pas, en admettant que le prêtre ait été tué ici, fit remarquer Garcia en désignant le cadavre étendu à terre puis l’autel, c’est comment tout ce sang s’est retrouvé là.

Le médecin légiste haussa les épaules.

Hunter fit lentement le tour de l’autel, scrutant le mince parcours rouge au sol. Il s’immobilisa après avoir accompli un cercle complet.

— Tu fais quelle taille, Mike ?

— Un mètre quatre-vingt-dix, pourquoi ?

— Et toi, Carlos ?

— Un mètre quatre-vingt-cinq.

L’inspecteur lui fit signe d’approcher.

— Viens ici. Marche avec moi lentement, en restant à environ trente centimètres du trait. Un pas après l’autre en marchant naturellement. Pars exactement d’ici, indiqua-t-il en montrant un point juste à côté du centre de l’autel.

Les deux autres techniciens du labo s’interrompirent dans leur travail et rejoignirent Mike Brindle à côté de l’un des projecteurs.

Garcia n’avait fait que quatre pas quand Hunter lui demanda de s’arrêter. Se penchant en avant, il vérifia rapidement la position du pied de Garcia par rapport au trait avant de lui dire de continuer. Quatre pas plus tard, Hunter l’arrêta encore. Quatre pas plus loin, le cercle était bouclé.

— Douze pas au total, conclut Garcia, l’air intrigué.

Hunter fit signe à Brindle d’approcher et lui demanda de refaire le même trajet.

— Onze pas en tout, constata celui-ci en atteignant son point de départ après avoir décrit un cercle complet.

— À mon avis, le tueur est de la même taille que Garcia, conclut Hunter. Un mètre quatre-vingt-cinq, à deux centimètres près.

7

Le regard scrutateur de Brindle resta fixé sur le cercle de sang un moment avant de revenir à Hunter.

— Et comment arrives-tu à cette conclusion ? demanda-t-il.

— À cause de ces éclaboussures, ici, où le trait s’interrompt.

L’inspecteur montra deux points séparés, où des gouttes de sang dessinant une forme oblique d’environ trente centimètres brisaient le cercle.

Le légiste fut rejoint par les deux autres agents de la police scientifique.

— Je ne comprends pas, fit l’un d’eux.

— Si vous deviez dessiner un cercle de sang autour de cet autel mais que vous n’aviez pas de brosse, que feriez-vous ? demanda Hunter.

— Avec une telle quantité de sang, proposa le technicien, en regardant la flaque qui entourait le corps, on aurait pu remplir un verre et le faire couler à terre.

— Trop compliqué, objecta Hunter. Impossible de contrôler l’écoulement, à moins d’utiliser un récipient muni d’un bec verseur.

— Et c’est un tracé dessiné avec un objet, le sang n’a pas été versé. Il a été appliqué.

— C’est aussi mon avis, acquiesça Hunter.

— D’accord, mais comment en déduisez-vous la taille du criminel ? insista le technicien.

— Imaginez quelqu’un qui fasse le tour de l’autel en tenant un petit objet trempé de sang, expliqua Hunter en gagnant l’avant de l’autel, de sang qui s’égoutte au sol.

— Un petit objet comme un cierge ? demanda le plus petit des deux techniciens en soulevant un cierge à demi fondu par la mèche et dont la partie inférieure était maculée comme si elle avait été plongée dans un verre à moitié rempli de sang. Je l’ai trouvé à gauche de l’autel.

Il s’approcha pour que les trois hommes puissent le voir.

— C’est bien ça, approuva l’inspecteur.

— Emballez-moi ça, ordonna le légiste.

— Donc le tueur plonge le bout du cierge dans du sang et s’en sert pour dessiner ce trait circulaire, reprit le technicien tout en fourrant le cierge dans un sachet en plastique. Mais les éclaboussures sur le trait ?

— Un cierge, à la différence d’un pinceau, ne peut retenir qu’une toute petite quantité de liquide, fit Hunter.

— D’où la nécessité de le replonger dedans, poursuivit Garcia.

— Exactement.

Brindle réfléchit quelques instants.

— Donc tu supposes que le tueur n’a fait que quatre pas avant de devoir tremper de nouveau le cierge dans le sang.

— Oui. Selon moi, il devait tenir son récipient presque contre lui. Les projections qui brisent le cercle sont produites par le trajet du cierge qui va du récipient au tracé.

— Et elles se répètent exactement tous les quatre pas de Garcia, conclut Brindle.

— C’est ça, reprit Hunter. Tes foulées étaient trop longues et les miennes, trop courtes. Je mesure un mètre quatre-vingts.

— Mais pourquoi créer ce cercle autour de l’autel ? demanda Garcia. Une sorte de rituel ?

Pas de réponse. Tous gardèrent le silence un moment.

Le médecin légiste reprit la parole :

— Comme je vous l’ai dit, c’est à vous d’essayer de comprendre ce que tout ça signifie. Les traînées de sang, la tête de chien enfoncée sur le cou du prêtre… On dirait que le tueur avait un message à faire passer.

— Oui, et le message est le suivant : « Je suis un fichu psychopathe. », murmura Garcia, les yeux toujours fixés sur le cadavre.

— Tu as déjà vu un truc pareil, Mike ? demanda Hunter en désignant le corps d’un hochement de tête. Je veux dire : une tête de chien enfoncée sur le cou de quelqu’un ?

L’homme fit non de la tête.

— J’ai vu pas mal de trucs dingues et horribles, mais là, c’est une première pour moi.

— Ça doit vouloir dire quelque chose, insista Garcia. Le tueur n’a pas pu faire un truc pareil juste pour le plaisir.

— Je suppose que, si tu n’as pas retrouvé la tête, tu n’as pas non plus retrouvé l’arme du crime, poursuivit Hunter en examinant les taches sur le mur.

— Pas pour l’instant.

— Tu as une idée de ce que ça pourrait être ?

— J’espère que l’autopsie permettra de répondre à cette question, mais je peux déjà vous dire que le cou a été tranché proprement et sans bavure. La peau n’est pas déchiquetée, il n’y a pas de marques de sciage. Il a utilisé un instrument très tranchant. Avec lequel la décapitation a été opérée d’un seul coup parfaitement ajusté.

— Une hache ? demanda Garcia.

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