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Henning Mankell, né en 1948, est romancier et drama turge. Depuis une dizaine d’années, il vit et travaille essentiel lement au Mozambique – « ce qui aiguise le regard que je pose sur mon propre pays », ditil. Il a commencé sa carrière comme auteur dramatique, d’où une grande maîtrise du dialogue.Ilaégalementécritnombredelivrespourenfants couronnés par plusieurs prix littéraires, qui soulèvent des pro blèmes souvent graves et qui sont marqués par une grande tendresse. Mais c’est en se lançant dans une série de romans policiers centrés autour de l’inspecteur Wallander qu’il a défi nitivement conquis la critique et le public suédois. Cette série, pour laquelle l’Académie suédoise lui a décerné le Grand Prix de littérature policière, décrit la vie d’une petite ville de Scanie et les interrogations inquiètes de ses policiers face à une société qui leur échappe. Il s’est imposé comme le premier auteur de romans policiers suédois. En France, il a reçu le prix Mystère de la Critique, le prix Calibre 38 et le Trophée 813.
H e n n i n g M a n k e l l
L E R E T O U R D U P R O F E S S E U R D E D A N S E
R O M A N Tr a d u i t d u s u é d o i s p a r A n n a G i b s o n
Éditions du Seuil
T E X T E I N T É G R A L
T I T R E O R I G I N A L Danslärarens återkomst É D I T E U R O R I G I N A L Ordfront Förlag, Stockholm © original : © Henning Mankell, 2000 Cette traduction est publiée en accord avec Ordfront Förlag, Stockholm, et l’agence littéraire Leonhardt & Høier, Copenhague
ISBNoriginal : 91-7324-757-X
ISBN978-2-0211-7869-2 (ISBN2-02-052296-9, 1republication)
© Éditions du Seuil, avril 2006, pour la traduction française
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
PROLOGUE Allemagne | décembre 1945
Le 12 décembre 1945, peu après quatorze heures, l’avion décolla de la base militaire des environs de Londres. Il faisait plutôt froid et une pluie fine tombait sur la piste, où des bourrasques irrégulières s’engouf-fraient dans la manche à air ; puis le calme revenait. L’appareil, un bimoteur Bristol Blenheim, avait déjà servi lors de la bataille d’Angleterre, à l’automne 1940. Plusieurs fois touché par des chasseurs allemands et contraint à des atterrissages forcés, il avait toujours pu être réparé et renvoyé au combat. Depuis la fin de la guerre, on l’employait essentiellement à des opérations de transport de vivres et de matériel à l’intention des troupes anglaises stationnées dans l’Allemagne vaincue. Ce matin-là, le capitaine Mike Garbett avait appris qu’il convoierait après le déjeuner, vers un lieu nommé Bückeburg, non pas du matériel mais un passager unique, qu’il devrait ensuite récupérer au même endroit et rapatrier en Angleterre le lendemain soir. L’identité du passager et l’objet de son déplacement ne lui furent pas révélés par le major Perkins, son plus proche supé-rieur hiérarchique. Garbett ne posa pas de question ; la guerre avait beau être terminée, il lui semblait parfois qu’elle continuait comme avant. Les transports secrets n’avaient rien d’exceptionnel. Muni de son ordre de mission, il s’installa dans l’un
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des baraquements en compagnie du copilote Peter Foster et du navigateur Chris Wiffin. Ils déroulèrent sur la table les cartes du nord-ouest de l’Allemagne. La base de Bückeburg se trouvait à quelques dizaines de kilo-mètres de la ville de Hameln. Garbett n’y était jamais allé, mais Peter Foster, lui, connaissait l’endroit. Aucune difficulté prévisible à l’approche – ce n’était pas un coin montagneux. Le seul problème pourrait venir du brouillard. Wiffin partit consulter les météorologues. À son retour, il annonça qu’on prévoyait un ciel dégagé dans l’après-midi et la soirée au-dessus de l’Allemagne du Nord. Ils établirent le plan de vol et calculèrent la quantité de carburant nécessaire avant de ranger les cartes. – Nous aurons un passager à bord, dit Garbett. Je ne sais pas qui c’est. Les deux autres ne réagirent pas ; le contraire l’aurait d’ailleurs étonné. Il volait avec Foster et Wiffin depuis trois mois maintenant. Ils étaient liés par le simple fait qu’ils faisaient partie des survivants. Beaucoup de pilotes de la Royal Air Force étaient morts ; aucun des trois n’aurait pu énumérer tous les amis perdus depuis le début de la guerre. Le fait d’être encore là n’était pas seulement un soulagement. Il y avait une souffrance à jouir de cette vie dont les autres, les morts enfouis sous la terre, avaient été privés. Peu avant quatorze heures, une voiture couverte fran-chit les grilles de l’aéroport. Foster et Wiffin étaient déjà à leur poste et vaquaient aux derniers préparatifs avant le décollage pendant que Garbett attendait, debout, sur le tarmac de béton fissuré. Il fronça les sourcils en voyant que leur passager était un civil. L’homme trapu qui venait d’émerger de l’arrière du véhicule, un cigare éteint entre les dents, ouvrit le coffre et en sortit une petite valise noire. Au même moment, la jeep du major
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