Le Roman Innocent

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Algo est secrétaire général de l'obédience de la stricte observance de l'arithmologie. C'est au cours d'une conférence qu'il rencontre Numa, étudiante kenyane, profitant du programme Erasmus. Coup de foudre réciproque. Numa repart au Kenya en famille pour les vacances. Algo en état de burn out pérégrine dans le sud de la France. Ils s'écrivent...
Publié le : mercredi 1 juin 2016
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EAN13 : 9791026205531
Nombre de pages : non-communiqué
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Algo de Carlencas Le Roman Innocent Burn Out
© Algo de Carlencas, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0553-1
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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TOME 1 PETITE HISTOIRE D’UN BURN OUT D’AMOUR ET DE POLITIQUE
Algo, le personnage principal, est arithméticien. Son travail consiste à exploiter des données statistiques de façon spécifique.
Secrétaire général, il a été chargé par l’Obédience de la Stricte Observance de l’Arithmologie, d’élaborer un texte sur le thème : « Comment calculer le nom du futur Président de la République ». Avec démonstration, cas par cas, pour tous les présidents déjà élus de la cinquième.
C’est au cours d’une conférence/débat sur ce thème dans un grand amphi parisien qu’il rencontre Numa, étudiante Kenyane profitant du programme Erasmus pour suivre ses études en sciences politiques. Elle est « bluffée » par la démonstration d’Algo.
Coup de foudre. Ils décident de se revoir.
Numa repart au Kenya pendant juillet/aout pour retrouver ses parents. Algo, en état de burn out quitte Paris pour pérégriner de village en village, de stops en bus, hébergé ici et là.
Il écoute avec attention les complaintes de la France profonde et prend des notes pour les commenter à Numa à la rentrée.
Ils s’écrivent. Numa lui adresse ses courriers en poste restante.
Le regard d’Algo sur les éléments de la vie est bien différent selon l’évolution de sa pérégrination. Intellectuel, il est multi-facettes.
Les premières pages peuvent dérouter un jeune lecteur.
« Et si ce n’est pas sûr, c’est quand même peut être »
Jacques Brel.
Cent cinquante-trois barreaux carrés érigés perpendiculairement au sol : c’est une barrière. Un espace compris entre deux corps de bâtiment : c’est une cour. Sept boules de feuilles vertes sur sept troncs noirs : c’est une allée de tilleuls. Deux planches rabotées posées sur quatre pieds métalliques : c’est un banc, face à une allée de tilleuls, dans une cour.
Une barrière, une cour entre deux corps de bâtiment, agrémentée d’un banc et de sept tilleuls symétriques, ça peut être beaucoup de choses. Ca dépend notamment et entre autre de la situation.
Un contenu délimité par quatre murs et simplement meublé d’un lit, d’une table – enfin disons, d’une tablette, ça peut, le cas très éventuellement échéant, être également beaucoup de choses, ou, pour le moins, pas mal de choses.
Ton apparence, ton comportement, tes attitudes, c'est-à-dire, le non verbal, proposent le programme suivant : un malade, un détenu, un invité. Ou une situation de burn out.
Ton patron ne t’a-t-il pas recommandé la semaine dernière de prendre le repos ?
De toute façon, les théories d’Albert Mehrabian sur la communication, donc ton comportement, avec sept % pour le sens des mots, trente-huit pour la voix et cinquante-cinq pour la gestuelle et l’occupation de l’espace, ça te laisse indifférent, faute de cahier des charges pour entériner l’étude. Et puis tu es fatigué.
Ton visage osseux est comme drapé dans une peau terne dissimulée partiellement sous la barbe. Ton nez droit, tes joues concaves, tes cheveux trop courts et mal entretenus – ou que tu avais rasés par énervement – tes yeux tout à la fois trop blancs comme fond et trop noirs pour les pupilles, tes lèvres – au fait, elles sont comment tes lèvres ? Et bien elles sont comme elles sont. Ce corps amaigri… C’était temps de décrocher. Ton patron n’a cessé de te le répéter : Décrochez Algo. Vous êtes parvenu au point de rupture.
Hier, pour fuir ta réalité, tu as téléphoné à l’horloge parlante. Pas pour connaitre l’heure. Non. Pour dialoguer. Et tu as répété l’opération. Non plus pour fuir la réalité mais pour te défouler. Bien sûr, tu as fini par intriguer, attirer l’attention.
Mais tu ne vas pas quitter ces gens-là comme ça. Alors tu déplaces la chaise près du lit, t’assieds d’abord calmement, pousses un énorme éclat de rire et commences à te balancer. Elle est condamnée cette chaise, ce n’est pas la peine de vouloir lui inventer une autre destination. Balancements, gauche/droite puis avant/arrière : aucun autre ne posera plus ses fesses sur cette chaise.
Mais si tout cela n’était que le résultat de ton imagination ? Bien différente l’imagination quand on est en état de burn out. Qu’importe, ça te soulage de fuir la réalité et d’inventer la tienne, supportable : Une sorte d’autohypnose à la Erickson. Donc.
Suite du programme puisque tu sais qu’une discrète caméra témoigne de l’intérêt que tu représentes : Soit, ils sont cons pour l’avoir caché comme ça, soit, ils sont encore plus cons en ne la dissimulant pas pour faire mode. Tu n’es quand même pas en état suicidaire.
Quoi qu’il en soit, tu leur joues le coup de « l’intégration immatérielle ». Et tu l’expliques à haute voix. A qui ? Aux murs de la chambre. Sinon ça n’aurait aucun sens. Programme : tu te places devant la minuscule fenêtre et contemples les tilleuls. Il faut que, au moins, une feuille tombe pour enclencher le processus de l’intégration immatérielle.
Et tu observes intensément une feuille, cette feuille, qui vient de se détacher. Elle ne chute pas à la verticale, en ligne droite, paisiblement. Non. Il faut qu’elle vacille, qu’elle suive
une trajectoire dont elle est totalement détachée en ce sens qu’elle n’y est pour rien. Cette feuille ne dispose d’aucun libre-arbitre. Elle est livrée au plus insupportable déterminisme qui ne pourrait rien argumenter pour sa défense. Ce coquin de déterminisme, sans autorisation, simplement sans même avoir conscience de sa propre conscience de déterminisme, s’occupant de ce qui ne le regarde pas…Un déterminisme sans conscience et le désordre est au programme.
Mais Algo, imagine un seul instant que cette feuille dispose de son libre-arbitre. Qu’elle anarchie, quel désordre !
Ordre et désordre, déterminisme et libre-arbitre : Combien de nuits blanches passées sur ces dossiers !
Tu voudrais devenir cette feuille, puis une autre, puis une autre encore. Oui, devenir feuille. Et suivre son déterminisme. De ton plein gré. Donc de ton libre-arbitre.
Mais Algo, au fait, le conflit déterminisme/libre-arbitre est bien le sujet qui te hante le plus avec l’ordre et le désordre.
Ce processus d’intégration immatérielle enclenché, l’imagination faisant le reste, tu disposes alors de suffisamment d’entrainement pour devenir ce que tu veux. Un fleuve, en contemplant l’eau. C’est chouette d’être un fleuve. Ou un autre. Oui, un autre. L’autre, c’est ce neuneu de la ponction publique qui te portera tout à l’heure ce qu’ils appellent le repas. Ah ces fonctionnaires, ils n’ont pas peur des mots. La France, pays de la gastronomie !
Ici, c’est comme dans les hôpitaux. Jamais de steak. Que de la viande hachée. Pour recycler les morts. C’est de l’écologie.
Il te faudra écrire une recette sur la préparation et la cuisson des adénomes, c'est-à-dire, des tumeurs de la prostate. Tu as déjà une idée : Laisser mariner toute la nuit les adénomes avec sel, poivre, thym, baies de genévriers et vin rouge. Egoutter. Sécher. Faire revenir dans la poile. Evacuer le surplus d’huile et mettre à mijoter deux heures avec du vin rouge.
Et tu devines que ton patron a téléphoné pour dire quelque chose comme : il est en état de burn out.
Et si, en réalité, tu étais en cellule de dégrisement ? Non ! Pas avec quelques bières. Allez, imagine deux petites minutes, que tu es en cellule de dégrisement. Concentre-toi. Non, tu préfères devenir un autre. OK, c’est ton choix.
Quand tu deviens l’autre, son miroir, tu copies instantanément ses gestes et intonations de sa voix, ce qui le déconcerte. Tu entres en résonance avec cet autre et c’est l’enfer pour lui. Il avance la main droite et tu avances la main droite. Il tousse et tu tousses. Il regarde un objet dans cette pièce et tu regardes le même objet. Il décide de parler lentement et tu parles lentement. Tu es son double. Tu es son autre.
Mais pourquoi Algo, avoir dialogué avec l’horloge parlante. Et remettre ça. Parce que la réalité est parfois insupportable ? Alors autant la réécrire. C’est ça ? Elle est sympa la madame de l’horloge parlante, elle t’écoute même si elle répète la même chose. Elle mériterait que tu lui adresses des chocolats pour noël.
Le seul jugement sur toi qui t’intéresse est le regard que toi tu poses sur toi. Les autres, tu t’en fous. Non, ce n’est pas vrai. Le regard de ton patron est primordial. Et c’est lui qui t’a obligé
à décrocher. C’était temps. Ah, tu allais oublier Coluche : le seul mec qui te file des complexes car il a eu l’idée des resto du cœur et il a réussi à concrétiser. Concrétiser : toute la différence est là. Toi, tu imagines. Seulement. Oui. Seulement.
Puis il y a Numa : la femme de ta vie.
Hier, ils ont invité une flic, calme, habituée à la rue et ses subtilités. Elle t’a parlé de tout autre chose que du burn out, notamment de la pluie et du beau temps. Tu as été dithyrambique sur la pluie et le beau temps. De sa vie, cette flic n’aura sans doute jamais écouté un tel discours sur la pluie et le beau temps.
Ils ont même envoyé un frangin faux-mac de la loge des « laoujpet », avec sa poignée de mains de faux-mac. C’est toi bien sûr qui invente ce mot : laoujpet. Sur le coup, tu as eu envie de le balader avec le quaternaire : savoir, vouloir, oser et taire dans ces différentes présentations, c'est-à-dire, 24. Mais tu as su te raviser à temps. Il est vrai que c’était plutôt tentant : Savoir si je Veux, Vouloir Savoir, Oser savoir et Oser vouloir. Savoir si je Veux Oser me Taire. Et la suite, débitée sur un ton monocorde et le rythme des tables de multiplications de ton enfance : de quoi passer quelques heures – disons quelques minutes – sans rien dire. Puis d’enchainer avec René Guenon ou Krisnamurti.
A propos de Krisnamurti, tu peux t’honorer de coucher dans un lit où il dormit lors de ses venues en France, offert par une amie qui n’avait pas la place pour le caser dans son mini studio. Mais il te faudra le déménager dans une autre chambre car ta copine, Numa, mesure 1,85 m et ce lit fait 1,90 de bout en bout. Pas très confortable.
Ce qui t’agace chez les faux-macs, c’est qu’ils font passer le bisness avant l’initiation. Chez les curbifs, ce n’est pas mieux. Les mariages à l’église sont aussi bidon que les mariages en mairie. Et ça a fait partie de ton dialogue hier, avec madame l’horloge parlante en faisant semblant que ça t’énerve beaucoup : Tu l’as expliqué à la madame: Un mariage est l’union ferme et définitive de deux choses différentes, comme le cuivre et l’étain qui donnera le bronze grâce à l’énergie chaleur. Le retour en arrière, en l’occurrence le divorce, n’est pas possible. Vous comprenez madame l’horloge, personne n’a réussi à retrouver le cuivre et l’étain, séparément, à partir du bronze. Parce que le mariage, le vrai, nécessite une énergie-la chaleur en l’occurrence pour obtenir le bronze et un Initié pour marier un homme et une femme. Essayez de fabriquer du bronze avec de la limaille de cuivre et de la limaille d’étain, en vous contentant de mélanger les grains. Echec assuré. Energie. Il faut une énergie : La chaleur. Et un curé initié. Pas un curé vide. On n’est pas curé parce qu’on enfile une soutane. Ou autre chose. Tous des PD. Je veux dire : Pauvres Démocrates.
Avaler bière sur bière n’est pas dans tes habitudes. Tu pourrais appeler ce quetsche : le discours de la bière. Oui Algo, tu avais trop picolé.
Tout fout le camp madame l’horloge parlante : Même raisonnement avec ces connards de scientifiques qui construisent des batteries de tests pour mettre en évidence que la radiesthésie ne fonctionne pas. Ces connards n’ont pas intégré que la radiesthésie ne fonctionne pas en situation de simulacre. Seulement en condition réelle grâce à l’énergie de la situation. Connards ! Et si les radiesthésistes s’amusaient à mettre au point des batteries de tests pour évaluer les scientifiques : hein, donnant, donnant. Combien de morts par an en France sur erreur médicale ? Une quinzaine de mille recensés. La pudeur, ça existe connards.
Combien de braves gens se croient mariés parce qu’ils sont passés devant le curé ? Beaucoup trop !
Tout ce que tu as emmagasiné ces derniers mois ressort comme une indigestion. Le vide de ta nouvelle situation aspire tes réminiscences et tout s’étale. Trop c’est trop. Tu as trop attendu. C’est presque ingérable : Burn out.
Mais désormais, tu vas secouer la clique, avec d’autant plus de plaisir que l’Obédience t’as donné le OK.
Et qui t’as mandaté – peut-être pas mandaté, n’exagère pas, mais autorisé, toléré, pour « Discourir sur la méthode » ? L’Obédience elle-même. Alors, messieurs les neuneus de la ponction publique, à la niche.
Es-tu certain que le patron est d’accord ?
L’Obédience aurait pu opter pour un site public sur la toile mais ta proposition les aurait amusés : Parcourir quelques villages et jouer les Jésus christ, pour reprendre l’expression du « patron », c’est quand même plus classe.
De toute façon, il fallait te trouver un prétexte pour décrocher. Sinon tu serais encore dans le bureau de l’Obédience à travailler près de vingt heures par jour.
Toujours dans cette chambre, sur le plâtre du mur, en tête de lit, avec une fourchette cassée, tu as gravé deux cœurs. L’amour est la seule chose qui compte puisque c’est la seule chose qui peut sublimer, transcender quelques instants de cette pauvre vie. L’amour qui transcende. N’exagère pas, l’art transcende lui aussi. Tu voudrais ajouter une date à ces deux cœurs mais tu décides que c’est le moment de faire ta gym. Deux cœurs : le tient et celui de Numa.
Ici, tu es un invité. Ni un détenu, ni un malade, ni en observation. Peut-être en cellule de dégrisement Algo. N’oublie pas cette version, cette supposition, cette possibilité. D’ailleurs, tu es ici pour échanger. Elle est bien cette expression : pour échanger ! Difficile d’imaginer une expression plus hypocrite. Echanger !
Et si tu décidais de chanter ? Tu entonnes à tue-tête la marseillaise. Ce chant n’est pas simplement un hymne de guerre ou révolutionnaire presque international, c’est aussi l’expression de la puissance de la résonance morphique. Tu n’as pas eu le temps de leur faire un cours sur la résonance morphique. Tu balances quelques noms dont ceux de Sheldrake, Driesch, Tom…. Tu aimes bien balancer comme ça des références. Face à la caméra trop bien mal cachée, tu en profites pour te masturber en augmentant le rythme au moment de : « Aux armes citoyens… »
Demain, la liberté. Tu vas quitter cette chambre. Tu vas quitter ce lieu et tu ne sauras jamais dans quel secteur tu auras été « invité » pour échanger. Pour échanger. Tu vas t’en souvenir de cette expression : pour échanger !
Un fonctionnaire de la ponction publique t’a gentiment informé que ton patron a téléphoné hier pour prendre de tes nouvelles. Un patron qui se comporte comme un père.
Tout à la fois trop brève et interminable la nuit prend fin. Tu traverses la cour carrée entre
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