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Le Tailleur de Panama

De
480 pages

Harry Pendel, enfant illégitime d'ascendance-irlandaise, propriétaire charismatique de Pendel & Braithwaite Co., Limitada, tailleurs près de la royauté sis à Panama, est contacté un jour par le mystérieux Andrew Osnard, jeune espion sans scrupules chargé de suivre l'évolution du paysage politique, en prévision de la rétrocession par les Américains au canal de Pananma à midi le 31 décembre 1999.


Osnard, qui sait tout du passé trouble de Pendel et de ses difficultés financières du moment, l'oblige par chantage à devenir son informateur. Qui mieux que Pendel, dans la boutique duquel défilent jour après jour tous les hommes qui comptent au Panama, pourrait en effet le renseigner sur les bruits de couloir et les rumeurs. Mais Pendel, en vrai bon tailleur au boniment bien rodé, va prendre la mesure des enjeux et, plutôt que de simplement recouper ses informations, décide de se mettre à broder, ourler rapiécer, bâtir à grands points ses rapports et finalement redessiner de pied en cap la silhouette d'un panama interlope.


Sur la foi de ces chimères, son épouse, son meilleur ami, sa fidèle employée mais aussi les diplomates britanniques, les militaires américains et les barons de la finance et de la presse internationales vont bientôt se retrouver pris dans une énorme affaire géopolitique dont aucun ne sortira indemne.


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couverture

John le Carré est né en 1931. Après des études universitaires à Berne et à Oxford, il enseigne à Eton, puis travaille pendant cinq ans pour le Foreign Office. Son troisième roman, L’espion qui venait du froid lui vaut la célébrité. La consécration vient avec la trilogie : La Taupe, Comme un collégien et Les Gens de Smiley. À son roman le plus autobiographique, Un pur espion, succèdent La Maison Russie, Le Voyageur secret, Le Directeur de nuit, Notre jeu, Single & Single, Le Tailleur de Panama, La Constance du jardinier, Une amitié absolue, Le Miroir aux espions, Une petite ville en Allemagne, Le Chant de la mission, Un homme très recherché et Un traître à notre goût. John le Carré vit en Cornouailles. Il est commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.

DU MÊME AUTEUR

Chandelles noires

Gallimard, 1963

et « Folio », no 2177

 

L’espion qui venait du froid

Gallimard, 1964

 

Le Miroir aux espions

Robert Laffont, 1965

Seuil, 2004

et « Points », no P1475

 

Une petite ville en Allemagne

Robert Laffont, 1969

Seuil, 2005

et « Points », no P1474

 

Un amant naïf et sentimental

Robert Laffont, 1972

Seuil, 2003

et « Points », no 91276

 

L’Appel du mort

Gallimard, 1973

et « Points », no 2178

 

La Taupe

Robert Laffont, 1974

Seuil 2001

et « Points », no P921

 

Comme un collégien

Robert Laffont, 1977

Seuil, 2001

et « Points », no 9922

 

Les Gens de Smiley

Robert Laffont, 1980

Seuil, 2001

et « Points », no P923

 

La Petite Fille au tambour

Robert Laffont, 1983

 

Un pur espion

Robert Laffont, 1986

Seuil, 2001

et « Points », no P996

 

Le Bout du voyage

théâtre

Robert Laffont, 1987

 

La Maison Russie

Robert Laffont, 1987

« Bouquins », Œuvres, t. 3, 1991

« Folio », no 2262

Seuil, 2003

et « Points », no P1130

 

Le Voyageur secret

Robert Laffont, 1991

 

Une paix insoutenable

essai

Robert Laffont, 1991

 

Le Directeur de nuit

Robert Laffont, 1993

Seuil, 2003

et « Points », no P2429

 

Notre jeu

Seuil, 1996

et « Points », no P330

 

Single & Single

Seuil, 1999

et « Points », no P776

 

La Constance du jardinier

Seuil, 2001

« Points », no P1024

et Point Deux, 2012

 

Une amitié absolue

Seuil, 2004

et « Point », no P1326

 

Le Chant de la mission

Seuil, 2007

et « Points », no P2028

 

Un homme très recherché

Seuil, 2008

et « Points », no P2227

 

Un traître à notre goût

Seuil, 2011

et « Points », no P2815

A la mémoire de Rainer Heumann,
agent littéraire, gentleman et ami

« Quel Panama ! »

 

Expression répandue en France au début du siècle pour désigner une inextricable gabegie.

 

(Cf. l’admirable ouvrage de David McCullough, The Path Between the Seas)

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Préface


Mon premier séjour au Panama remonte au début des années 1990, quand je me documentais pour Le Directeur de nuit, roman ayant comme gros méchant un trafiquant anglais qui vend des armes de pointe aux cartels colombiens. Mon idée me semblait assez extravagante jusqu’à ce que je la soumette à certains marchands d’armes panaméens abordables, qui m’assurèrent avoir contacté les cartels pour le compte de clients intéressés, dont les Anglais, les Français et les Israéliens. Hélas, les négociateurs des cartels avaient exigé que le paiement se fît en cocaïne, ce qui avait quelque peu freiné mes marchands d’armes.

Ainsi conforté, je visitai la zone franche de Colón, où il m’apparut qu’un échange drogue contre armes fonctionnerait à merveille. De fait, je n’imaginais aucune transaction qui ne pût s’y dérouler dans les meilleures conditions. Peu après, je rejoignis en avion un camp militaire à l’abandon dans la jungle que Noriega et ses employeurs de la CIA utilisaient encore deux ans plus tôt pour l’entraînement de leurs forces spéciales recrutées au Guatemala, au Nicaragua et au Salvador dans le but de livrer par procuration les batailles de Washington contre le péril rouge. A quel point ce péril était vraiment rouge et à quel point Washington confondait sciemment des aspirations indépendantistes légitimes avec des sentiments procastristes dépend de votre vision de la longue et honteuse histoire du colonialisme américain dans cette région.

Inscriptions vaudoues graffitées sur les murs en plâtre écaillé du bar des officiers, aire de rassemblement cachée dans les taillis à flanc de colline devant l’hélipad et, plus bas sur la pente, cages en bois vides ayant servi à enfermer les serpents et bêtes sauvages que les guérilleros étaient susceptibles de rencontrer au cours de leurs patrouilles dans la jungle : je n’aurais pu rêver décor plus approprié pour mon vilain marchand d’armes anglais. S’il devait décider d’organiser une démonstration de ses armes fatales, c’est ici qu’il viendrait.

Ma mission accomplie, je retournai à Panama, où je passai quelques jours de plus tant le pays me fascinait. D’un point de vue écologique, le Panama demeure l’un des joyaux encore relativement préservés du continent américain : le climat y est immuable, hormis le taux d’humidité ; la faune et la flore, nourries par deux immenses écosystèmes océaniques distants de moins de quatre-vingts kilomètres, en font un paradis pour naturaliste. D’un point de vue démographique, le brusque refroidissement qu’a connu le creuset social à une période de sa courte histoire a déposé un sédiment de blancs très riches à la surface et un épais substrat de pauvres au fond, ce qui sied à ceux de la couche supérieure.

D’un point de vue politique, le pays s’est avéré d’un calme remarquable à l’aune sanglante du reste de l’Amérique centrale. Savez-vous combien de prisonniers politiques sont morts sous Noriega ? Le chiffre fluctue, mais sans jamais guère dépasser la vingtaine. Ce qui ne signifie pas que le général avait les mains propres. Les tabassages en pleine rue et les arrestations sommaires étaient monnaie courante, et la justice, déjà poussive au Panama en des temps meilleurs, était moribonde. Néanmoins, le vrai crime de Noriega résidait dans son mépris pour ses maîtres coloniaux américains, et il l’a payé au prix fort. Ce qui explique en partie, mais en partie seulement, comment il advint qu’en 1989 un copieux échantillon des armes les plus sophistiquées du Pentagone s’abattit sur un pays sans défense antiaérienne et déjà occupé par les USA. Tout cela sur l’ordre de George Bush senior, ex-patron de la CIA, dont le rejeton gouverne aujourd’hui le monde.

Qui tire les ficelles au Panama ? Tout dépend de votre interlocuteur et de votre palmarès des complots. Une source bien informée vous assurera que ce sont les narcotrafiquants colombiens qui contrôlent le pays, ses banques, ses casinos, ses bordels, ses hôtels, son président et sa zone franche. Mais non, protestera une source tout aussi fiable, les vrais potentats sont les blanchisseurs d’argent et les banquiers véreux. D’autres encore vous diront le Vatican, les séfarades d’hier, les ashkénazes d’aujourd’hui, les Japonais, les Chinois ou une mafia d’avocats formés aux États-Unis opérant pour la droite cubaine de Miami avec l’aide de la CIA.

Fait cocasse, plus vous resterez au Panama, plus chacune de ces théories vous semblera crédible.

*
* *

Si je retournai au Panama trois ans plus tard, c’est sur son insistance. Comme tout romancier, j’avais déjà connu pareil phénomène avec des personnages, mais jamais encore avec un pays. On introduit un comparse pour jouer les utilités dans une scène mineure, et, quand on en a fini avec lui, il est toujours là, sur le devant de la scène, à vous interpeller en criant : « Bon, et maintenant ? » À ce stade, j’ai le choix. Je peux jeter ce goujat aux oubliettes et le remplacer par un personnage moins véhément, refaire toute la distribution du roman au débotté en étoffant son rôle, ou l’amadouer par la promesse d’un emploi de protagoniste dans un livre ultérieur.

Ce que je fis avec le Panama.

Lors de mon premier séjour, j’avais vu des choses merveilleuses que le cadre de mon projet ne me permettait pas d’utiliser. Le président en place était alors Guillermo Endara, investi à la hussarde comme veilleur de nuit après la déposition sans cérémonie de Noriega. Veuf depuis peu, il avait remplacé son épouse par une ravissante étudiante deux fois plus jeune que lui, au grand dam du Tout-Panama. Ayant eu l’heur d’obtenir une audience au palais des Hérons, j’avais pu contempler depuis l’escalier monumental les hérons vivants qui s’ébattaient dans la fontaine en marbre du vestibule. Arrivé aux quartiers présidentiels, j’avais échangé quelques politesses avec Endara tandis que la première dame, assise à ses pieds en jean moulant, jouait avec ses Lego. Peu après, déchaînant la rumeur publique, elle gagnait un gros lot à la Loterie nationale. Les esprits moqueurs y virent un cadeau d’anniversaire d’Endara.

J’avais visité El Chorillo, l’ancien bidonville en bois ayant brûlé pendant l’invasion américaine de 1989 connue sous le nom de code Opération Juste Cause. J’avais inspecté l’arpent d’herbe d’une fraîcheur suspecte où se dressent aujourd’hui des immeubles neufs et qui, selon les rumeurs auxquelles on accordait foi, recouvrait ou non la fosse commune où les centaines de victimes supposées des bombardements avaient été enterrées par les bulldozers américains avant que l’on puisse les dénombrer. Lors de cocktails mondains, j’avais subi la conversation futile des Panaméens richissimes, où jamais n’était mentionné le nom de Noriega. L’évoquer eût appelé à se demander qui l’avait soutenu. Or, si la culpabilité n’est pas une maladie très répandue au Panama, l’amnésie y est galopante.

J’avais dîné au restaurant avec des hommes ayant servi Noriega de façon trop flagrante pour être ignorée, et vu leurs commensaux leur tourner le dos et faire tinter leur verre à coups de cuiller en signe de réprobation. Je ne pouvais deviner que, trois ans plus tard, ces parias se frotteraient goulûment les mains en entrant au gouvernement honni du nouveau président Pérez Balladares.

J’avais côtoyé journalistes, écrivains et militants des droits de l’homme au parler franc, dont la plupart avaient connu de l’intérieur les geôles de Noriega. Et je m’étais émerveillé, comme encore aujourd’hui, qu’ils aient réussi à préserver leur dignité dans un pays où l’argent est le prix reconnu du pouvoir politique et la corruption sa voie naturelle. M’étant posé la question dérangeante de savoir si j’aurais eu leur courage, j’en avais douté.

*
* *

Je me mis en quête de personnages.

Pour le roman qui germait dans mon esprit, il me fallait un innocent rusé, un médiateur doué de talents d’écoute et d’entregent, mais aussi un mondain susceptible de capter la rumeur quotidienne que les Panaméens pratiquent comme un art ; quelqu’un qui, sans le savoir, était né pour espionner le Panama entraperçu lors de mon premier séjour.

Un coiffeur pour hommes, peut-être ? Un figaro qui recueillerait les confessions des nantis suffisants avant de les revendre ? Mais quel coiffeur serait jamais accepté au Club Unión, que les magnats du Panama honorent de leur présence ? Un tailleur, alors ? Un tailleur de luxe, colportant la mystique de Savile Row, passé maître dans l’art de transformer en deux temps trois mouvements un escroc panaméen en gentleman anglais ? Un tailleur digne d’être introduit dans les clubs ? La mascotte de ses clients ?

Un tailleur ferait l’affaire. Un mythomane, comme ses clients. Un mythomane meurtri, faisant de sa faiblesse une force. Un homme si blessé par la réalité qu’il se fie seulement aux vérités qu’il confectionne. Un tailleur lui-même reconstruit à partir d’une identité antérieure. Un tailleur dont les origines douteuses et la jeunesse troublée en font un citoyen naturel du Panama. Oui, un tailleur fonctionnerait, et son art serait distrayant. Après quelques expéditions parmi l’élite du sur-mesure londonien, je finis par dénicher mon personnage, Harry Pendel, l’empaquetai dans mon sac à dos et l’emmenai au Panama pour l’y installer – sans oublier son oncle Benny, mentor spectral et artisan de ses mésaventures passées.

Avec l’aide d’un aimable agent immobilier, je choisis pour Pendel une boutique dans une élégante rue adjacente à la Via España, principale artère de Panama. Pour sa maison familiale, je m’inspirai de la villa en banlieue d’un Panaméen blanc de la classe moyenne montante dont la femme travaillait aussi. Je calculai les charges financières de Harry de façon à le mettre d’abord en difficulté, puis vraiment aux abois.

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