Le triomphe de Julie

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C’est à Cornemure, « Clochemerle » auvergnate peuplée de machos, volontiers xénophobes, que Julie Larousse, petite bergère des montagnes, va patiemment forger son irrésistible ascension.
« Amour, ambition, suspense meublent ce récit haut en couleurs… » (La Galipote).
Le triomphe de Julie constitue la 4ème partie du grand roman Femmes dans la vie.
La dernière partie de Femmes dans la vie, Adorables Young ladies ou le roman dans sa globalité sont proposés au prix de 1,99 €
Publié le : vendredi 24 avril 2015
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EAN13 : 9791026201762
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Paul Sandrin

Le triomphe de Julie

épisode 4 de Femmes dans la vie

 


 

© Paul Sandrin, 2015

ISBN numérique : 979-10-262-0176-2

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Préface

 

Perdue dans ses montagnes, Cornemure, curieuse petite ville longtemps distante des grandes voies de communication, continue de nos jours à apparaître hors de l’espace et du temps. Cornemachins et Cornechoses se plait-on à nommer dans les bourgs voisins Cornemurais et Cornemuraises. L’abréviation de Corneculs, sans distinction d’âge ni de sexe, est souvent attribuée aux habitants de cette extravagante contrée ! Cette dérision n’arrive pas à masquer la jalousie qu’ils inspirent en réalité. Combien de légendes ne sont-elles pas nées au cours des siècles, au sujet de la fameuse cité ? Très visitée pour son site exceptionnel et les bienfaits thérapeutiques de ses eaux ferrugineuses, Cornemure reste mal connue du fait du chauvinisme de ses habitants. Hostiles, malgré les sourires commerciaux de façade, à tout ce et tous ceux dont l’origine est d’ailleurs. Au centre de la ville, avoisinant la bizarre église Saint-Marcel accessible par un escalier de 250 marches taillées dans le roc, la vierge monumentale sur son rocher a particulièrement le don d’exciter les imaginations. Le fait que l’on puisse pénétrer à l’intérieur de la glorieuse statue stimule les rêves les plus délirants, sources d’amères déceptions. N’a-t-on pas eu la surprise de voir un pèlerin furieux de constater que, malgré la taille respectable de la sainte dame, il n’était pas possible de s’introduire jusque dans son petit doigt. Contrairement aux allégations d’un Cornemurais facétieux, un vrai Cornecul en l’occurrence, en visite à Paris ? Aujourd’hui encore, les spécimens très particuliers, ou si peu, de l’espèce humaine implantés en ces lieux n’ont cure de leur sulfureuse réputation. Attachés depuis pas d’heure à leurs traditions multiséculaires, ils s’évertuent à ne pas se laisser troubler par le pseudo-cartésianisme officiel. Ils restent circonspects à l’égard de l’évolution d’une France tiraillée par la mondialisation, la globalisation et autre bruxelleuropéisation. Ils subissent l’Euro qui, à force de nous pendre au nez comme un sifflet de deux ronds, a fini par venir encombrer nos poches de mitraille cuivrée de pacotille ! Immuables dans leurs croyances, les habitants de ce haut lieu et des hameaux adjacents perpétuent avec gourmandise tant le souvenir de leurs hauts faits intimes que leurs chicanes tribales. Ils demeurent soucieux de ne pas être pollués par la contamination multiraciale universelle, ou par les grands desseins plané... voire interplanétaires. Ils sont fiers de leurs querelles de voisinage ou de leurs haines familiales héréditaires comme de l’orgueilleuse solidarité qui anime l’ensemble de leur étonnante communauté face à l’étranger, volontiers personnifié par le Parigot et plus encore par le Basané, pourtant fort peu représenté dans ce pays. Ils parcourent l’existence bien calés sur lejournal, TF1, leurs deux jambes et leurs certitudes, éminemment confortées par les horreurs terroristes du Nouveau Monde en ce 11 septembre de l’année du Serpent. Il ne conviendrait pas de juger sommairement ces singularités pas plus que de les absoudre ou de les glorifier. Sauf à accepter d’être évalué soi-même par un autre regard. Si l’on se sent véritablement la vocation de justicier, appliquons cette ardeur inquisitoire à réfléchir sur nous-mêmes et nos propres habitudes, sans nous priver d’observer, pour le plaisir, les touchantes mœurs des gentils autochtones de Cornemurie. Libérés de tout souci de jugement à prétention éthique, acceptons l’incontournable réalité des événements narrés ci-dessous avec la philosophie de chacun ici :

— Quo métonès po, lostré seiro obio ontondu coume oun air do cobretto !

— Ca ne m’étonne pas, l’autre soir j’ai entendu comme un air de cabrette !

C’est en abordant par les Hauts de Cornemure qu’il est souhaitable de prendre un premier contact avec l’aimable cité. Car si la pluie arrive invariablement de la trouée de Roche Noire, bien des vents ont, semble-t-il, leur origine dans les Hauts de la ville. Il en serait ainsi du vent fripon qui descend gonfler les jupes d’un souffle printanier quelle que soit la saison ou du vent mauvais, glissant traîtreusement la vilaine rumeur sous les portes mal jointives. A chaque génération, on attribue à quelque joyeux et maléfique lutin le don de répandre par-dessus les toits ces ardeurs éoliennes. Pour faire appel aux forces occultes, il suffirait à ce maître de l’ombre de jouer un air mystérieux sur un instrument ancien. Combien de fois n’a-t-on pas cru pouvoir mettre un visage sur le mystérieux personnage ? Constamment, depuis moult décennies, deux ou trois paroissiens ont un comportement tendant à faire croire à leur pouvoir surnaturel. Jamais, pour aucun d’eux, nulle enquête n’a permis de dévoiler avec certitude la véritable identité de ce deus ex machina qui hante les esprits et émerveille l’imagination !

Sans souci, ni espoir de découvrir l’ordonnateur mutin des effluves mythiques qui tourneboulent les esprits et carambolent les comportements, contentons-nous d’en observer, depuis les Hauts, les effets sur les habitants de la contrée, auxquels Julie, dont vous sera contée l’histoire, est venue mêler son fabuleux destin après son enfance orpheline dans les monts du Cantal.

Les faits qui suivent m’ont été rapportés à l’initiative d’un mystérieux personnage, abrité sous le pseudonyme d’Art Urimbo. Ce prétendu Américain d’origine mexicaine serait l’auteur de guides touristiques et gastronomiques régionaux anonymes. Il serait installé incognito en Auvergne de longue date sous sa véritable identité. A partir de notes patiemment rassemblées, il souhaitait relater la vie réelle de Julie Larousse, dont la légende tend à se constituer par delà la vérité historique. Urimbo a finalement renoncé à rédiger lui-même l’ouvrage projeté. Sa documentation m’a été remise par un intermédiaire dûment mandaté. Sur sa pressante insistance, j’ai accepté de réaliser la mise en forme du récit. Je me suis engagé à le faire paraître sous ma signature et mon exclusive autorité.

 

1

 

— Docteur, j’ai une Julie à la porte. Sans doute cette fille que vous avez engagée pour me remplacer ?

— Elle ne devait arriver que ce soir !

— Elle n’a pas donné d’explication. Pas causante, votre Julie. Elle m’a dit : “ C’est Julie ! ”. Pas moyen d’en tirer un mot de plus.

— Pourtant elle n’a pas l’air timide. Je ne sais pas si elle plaira beaucoup aux patients ?

— Il va être midi. Faites-la déjeuner à la cuisine. Vous me l’enverrez quand j’aurai terminé les consultations.

— Il faudra qu’elle se débrouille pour monter son bagage dans la mansarde que Madame a fait débarrasser au deuxième. Avec mon genou, je ne risque pas de l’accompagner.

— Il y a belle lurette qu’on ne vous demande plus de grimper les étages ! Mettez ses affaires dans un coin, on s’en occupera tout à l’heure.

— B’jour, Docteur !

— Bonjour, Julie ! Comment ça se fait que tu sois arrivée si tôt ?

— Le père venait au marché.

— Ma femme n’est pas là pour te montrer ta chambre. Attends-moi une minute, je t’accompagne.

— Je trouverai bien !

— Non, j’arrive !

— Tu es contente de venir travailler au bourg ?

— …

— Tu aurais préféré rester à la ferme ?

— J’aime bien les bêtes.

— Pourquoi tu as accepté ?

— Le père a dit qu’il fallait que je gagne un peu.

— Pose tes affaires et approche qu’on fasse connaissance. Je ne te fais pas peur au moins !

— Non, mais…

— Qu’est-ce qui tu as à baisser la tête ? Ces beaux yeux verts, tu ne vas pas les cacher ?

— Je mets tout dans l’armoire, ça sera vite fait !

— Allons, ne te sauve pas !

— Maria m’a dit de redescendre pour tout m’expliquer.

— Elle n’est pas si pressée.

— Tout est en place. J’arrangerai mieux plus tard.

— Ne laisse pas traîner ton sac. Monte-le sur le placard. Prends la chaise, là.

— Dis donc, Julie ! Ces longues jambes bien galbées jusqu’en haut, le bon Dieu t’a gâtée !

— Laissez-moi tranquille à la fin !

— C’est qu’ils sont fermes ces seins ! C’est beau tout ça ! Une vraie pin up !

— Mais… Vous … Vous êtes vieux !

— Pas si vieux que ça, Julie…

— Oh ! Non ! Déjà…

Assouvi, le bon docteur descend déjeuner en reprenant un refrain d’autrefois qui semble flotter dans l’air à la ronde. Avant de repartir gaillard, par les rues bizarrement balayées d’un petit vent léger, se dévouer sans relâche auprès de ses chers patients.

Un certain regard…

Elle avait de grands cheveux

Et n’avait pas froid aux yeux

Car cela les protégeait

De la bise de janvier.

 

En couchant ces vers dans son journal personnel l’autre jour, le docteur Delacroix s’est rendu compte qu’il n’y a rien noté depuis plusieurs semaines. Il se réjouit d’avoir retrouvé quelque inspiration après sa visite à la ferme du Ché. Le père Larousse l’a fait venir pour un ulcère variqueux qui commence à le handicaper lourdement. La rencontre de Julie, appelée pour être initiée à la confection des pansements, a incité le praticien à laisser vibrer sa fibre poétique, soudain réveillée par cette chevelure et ces yeux si ardents. Delacroix est convaincu d’avoir un don pour traiter ces vilains ulcères. Il a mis au point un onguent avec son vieux complice Dugeon, pharmacien sur la place de la mairie. Ils doivent toujours prendre un brevet… La méthode est infaillible, mais réclame plusieurs visites pour surveiller l’évolution de la plaie. Il a fait comprendre au fermier qu’il ne devait pas trop bouger étant donné l’état de sa jambe. Le médecin se déplacera lui-même à domicile. Il ne comptera que le tarif d’une consultation, puisqu’il visite régulièrement une autre patiente dans le voisinage. A son grand désappointement, la fois suivante, il n’a pas l’occasion de revoir Julie. Outre les tâches ménagères, elle supplée son père à l’étable ou au dehors. Larousse a de lui-même parlé de sa fille :

— Vous auriez pu examiner un peu Julie… En même temps que moi…

— C’est vrai qu’elle m’a semblé pâlotte sous ses cheveux. Ce n’est pas son teint habituel ?

— D’habitude, elle a un peu plus de couleur. En ce moment, elle a des problèmes pour digérer. Je l’ai trouvée plusieurs fois à vomir dans l’évier.

— Appelez-la que je regarde ça, tant que je suis là.

— Ca risque pas ! Dès que vous devez venir, elle trouve quelque chose à faire à l’autre bout de la propriété !

—Toujours pas là, votre Julie aujourd’hui ?

— Eh non ! Ce n’est pourtant pas faute de lui avoir demandé de vous attendre.

— Maintenant que vous serez rétabli, vous en aurez toujours besoin pour vous aider ? A force de vivre isolée ici, elle va devenir tout à fait sauvage.

— Isolée, pas tant qu’on croit ! Y’a bien toujours quelque gars du coin pour tourner autour. C’est même ça qui me préoccuperait quelquefois…

Une voisine est prête à venir seconder Larousse de temps à autre, pour le ménage ou auprès des bêtes. La proposition du docteur d’embaucher Julie pour remplacer la vieille Maria, qui souhaite s’arrêter pour faire opérer son genou, n’est pas longue à être retenue. Adrien a déjà songé à réduire son troupeau. Ce sera l’occasion de s’y résoudre. La location de quelques pâtures éloignées lui rapportera moins que les hectolitres de lait perdus. Malgré l’aide de sa fille il a de plus en plus de peine à assurer son travail. Il n’a pas l’intention de reprendre de domestique. Avec toutes ces charges, maintenant !

— Je serais content de la savoir dans une bonne maison. Et d’être un peu surveillée… Pour son estomac, elle ne pourrait pas espérer être mieux soignée.

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