Les ballons d'hélium

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Ariana, jeune Espagnole, connaît une histoire d'amour fulgurante avec un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Leur liaison dure dix jours, au terme desquels l'homme disparaît à jamais, laissant en elle une blessure béante. Plus tard, Ariana se marie, a des enfants, une vie apparemment comblée. Et pourtant elle reste hantée par ce vide qui va grandissant.
Explorant au plus près la conscience d'Ariana, ses rapports avec le monde, avec les hommes, avec ses enfants, avec la mort, Grégoire Polet fait entendre une voix déchirante. On a rarement écrit des pages aussi profondes sur le sentiment de la perte amoureuse.
Publié le : jeudi 26 janvier 2012
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EAN13 : 9782072464973
Nombre de pages : 173
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D U M Ê M E A U T E U R
Aux Éditions Gallimard
MADRID NE DORT PAS, roman, 2005. EXCUSEZ LES FAUTES DU COPISTE, roman, 2006 («Folio» n° 4779). LEURS VIES ÉCLATANTES, roman, 2006 («Folio» n° 4904). CHUCHO, roman, 2009 («Folio» n° 5180). PETIT ÉLOGE DE LA GOURMANDISE, 2010 («Folio 2» n° 5128).
L E S B A L L O N S D H É L I U M
G R É G O I R E P O L E T
L E S B A L L O N S D’H É L I U M
r o m a n
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2012.
Le sommeil de la raison engendre des monstres. G O Y A
Un cri de détresse, résonnant, de val lée en vallée, car aucune ne le pouvait contenir.
N I E T Z S C H E
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La question tenait à comment tuer son mari. Cela n’était pas possible, elle n’en voyait pas le moyen, se tuer ellemême et tuer les enfants cela allait de soi. Non seulement parce que son mari était plus fort, solide, dif ficile à renverser, probablement pas maîtrisable, le sur prendre aussi restait très hasardeux. Mais surtout, les enfants venaient d’elle, elle les avait mis au monde et les tuer serait facile, quasiment naturel, l’un après l’autre, commençant par le plus petit. Il n’y avait pas d’autre solution que cela, laisser le mari hors de l’affaire, lui laisser le désastre sur les bras, l’alléger de tout, en même temps, le délivrer, bien qu’en somme tout fût absolument indifférent et que la vie où son mari resterait n’existait pas, n’était pas consistante, et que le chagrin qu’elle pou vait prévoir ne serait pas moins une comédie que la répro bation publique que l’assassinat susciterait, elle imaginait les titres des journaux, l’émoi de la population, le scan dale dans le quartier, à l’école, l’incompréhension des proches, de la famille... Mais tout cela n’existait pas, n’avait pas de consistance. La tête appuyée contre le bois de la porte, longtemps, debout, des heures, jusqu’à ce que la douleur lui fît oublier ses jambes, et que la
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douleur fît oublier la douleur. Le couloir derrière la porte était le prolongement de son front, de sa pensée, les trois portes menant aux trois chambres, la salle de bains à porte en accordéon, le linoléum sur le plancher, couloir aveugle, fenêtres dans les chambres donnant sur le jour clair et un monde qui n’existe pas, inconsistant, plutôt blafard que clair, au vrai, couleur verre dépoli, texture ouateuse. Les enfants sont à l’école. Cela n’a pas de sens. Elle les voit sur leur chaise, devant leur table, chacun dans sa classe. La grande, qui aura bientôt les seins qui poussent et qui s’est allongée déjà comme une sauterelle, qui sourit et qui a les yeux qui tombent sur le côté, toute la tristesse en elle prête à ravager l’ave nir, qui en a sans doute le pressentiment, vague, sans bien savoir, qui est docile comme un brave animal qui approche de l’âge de l’abattoir. Et le petit, qui est plus lent que les autres élèves et qui n’a pas le temps d’ache ver les exercices, qui est joyeux, candide, qui ne se rend pas compte, et qui la fait souffrir encore plus. Comment l’amour peutil avoir une forme à ce point incomprise, ou comment peuton vivre dans un monde où tout est tellement le contraire de ce qui est ? Point de haine. Seulement ce couloir, ces portes, et le néant. Il faut qu’elle se souvienne de ces pensées, si frêles comme des toiles d’araignée, de même nature que le rêve, où elle a vu le cœur comme un réseau tendu sur le néant, le cerveau comme un filet, petit filet semblable à celui dont sa fille Marion enveloppe son chignon de cheveux quand elle va à la danse, filet flottant sur le néant. Il faut qu’elle se rappelle ces tellement légères visions, transparentes comme les fils de la Vierge, ou les baves du diable, où d’infimes rosées brillaient dans un
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