Les Chacals

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Des flics d'une autre dimension. En face, des braqueurs aux méthodes jusqu'alors inédites.
Des hommes qui, d'un côté comme de l'autre, n'auraient de compte à rendre qu'à leur destin...
Qui, au final, aura le dernier mot ? La transgression des codes poussée à son paroxysme !


Publié le : jeudi 2 octobre 2014
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EAN13 : 9782332823700
Nombre de pages : 304
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-82368-7

 

© Edilivre, 2014

Citation

 

 

« Au dessus, il y a les vivants

Au dessous, il y a les morts

Et au milieu, il y a les flics »

Olivier Marchal

Dédicace

 

 

Pour Eric, le globe-trotter.

Et pour l’autre, le chasseur d’images du 78.

Pour Damien, l’ogre qui avale mes livres.

Pour Elisa et Mohammed, qui m’ont découvert.

A ma mère.

Première Partie

 

 

– Dites, vous la connaissez, celle-là ? Voilà, c’est trois meufs qui sont convoquées dans un bar de nuit, un rade à putes, quoi, pour tenter de décrocher une place d’entraîneuse… Bon alors il y a le patron qui leur pose à toutes une question, pour tenter de choisir qui, parmi elles, il allait bien prendre pour servir, tout en plaisant aux clilles… Vous me suivez ? Bon alors il leur demande : « Si vous trouvez un billet de cinquante euros par terre, vous faites quoi avec : vous le ramassez, vous le laissez, vous faites quoi ?

« Alors y d’abord la première gonzesse qui dit comme ça : « Ben moi je m’approche, l’air de rien, je mets le pied dessus, je m’assure que personne me regarde et ensuite je le ramasse pour le mettre dans ma poche. »

« Le patron se tourne ensuite vers la seconde pouffe, qui le regarde en disant : « Oh, moi, je le ramasse et ensuite je demande aux personnes dans la salle à qui il est ce billet… »

« Les deux autres gonzesses la regardent alors en se fendant la poire, tellement l’autre semble tartignolle, avec sa réponse à la con…

« Enfin, y a la dernière qui répond, faux cul comme pas deux, « Eh bien moi, en ce qui me concerne, je le rapporte à la caisse et je le fous dans le tiroir en le montrant au patron. »

« Alors le boss qui cherche une fille de salle, il va choisir qui, à votre avis ?

Les deux autres types qui occupaient le 4X4, l’un à la place du mort et l’autre sur la banquette arrière, laissèrent échapper comme un grognement. Le chauffeur, qui était fier de son histoire, se demanda un instant si ses copains avaient au moins écouté ou compris ce qu’il leur avait raconté. Tout en conduisant, il termina :

– Eh bien, il va choisir celle qui a les plus gros nichons !…

Rires bord du 4X4.

Le chauffeur était rassuré. Il était parvenu à amuser la galerie. Et il en avait bien besoin. L’atmosphère extérieure était plutôt morose. Une petite pluie fine les accompagnait depuis Macon, une bruine aussi continue et insistante qu’un vendeur d’aspirateurs à domicile.

Ils remontaient actuellement l’avenue de Clichy. Il était 2h00 du matin et de rares ombres se laissaient entrevoir, furetant sur les trottoirs. Les conditions météos n’étaient décidément pas favorables aux noctambules et autres promeneurs attardés.

L’autoradio, branché sur une station de la bande FM, envoyait un vieux tube des années 80, qui rappelait au chauffeur son enfance, à Marseille, alors que son père l’emmenait avec lui sur son lieu de travail. Le gosse avait alors huit ans et son géniteur exerçait la profession de physionomiste pour le compte d’une discothèque, située en périphérie de la cité phocéenne. Le garçonnet était alors confié aux hôtesses en charge des vestiaires. Ces dernières avaient paraît-il son père particulièrement à la bonne ; l’enfant n’avait jamais su réellement pourquoi, pour quelles raisons son père obtenait-il si facilement l’agrément des autres employées pour s’occuper ainsi de son fils. Tous les WE, son père l’emmenait donc avec lui. Et il se souvenait que cette fameuse chanson, actuellement diffusée par l’autoradio « Clouds Across the Moon » parlait d’une sorte de navette spatiale, avec son commandant qui envoyait un message aux passagers, quelque chose comme ça… C’était une des hôtesses qui lui avait traduit, une fois.

– Dis, tu regardes Braquo ? demanda le type assis à côté de lui.

– Hein ? Quoi ?

– Braquo, la série Braquo, sur Canal… Tu regardes ?

La pluie venait de cesser à l’instant même. Le chauffeur stoppa les essuie-glaces. Et répondit :

– J’avais aimé la première saison, mais la comparer avec les deux autres, c’est un peu comme passer de Heat à du Steven Seagal…

Quelques ricanements à bord du véhicule.

Le 4X4 arrivait maintenant au niveau du stade Giancotto, à proximité du périphérique, situé à quelques encablures, en surplomb, et où le trafic semblait, là encore, quasi inexistant. Le véhicule tourna à droite et enfila l’avenue du cimetière des Batignolles pour ensuite continuer à droite et remonter la rue Rebière, à sens unique.

Il s’agissait d’une artère étranglée entre, sur la gauche, de nouveaux logements à un étage et, sur la droite, la façade arrière du lycée Balzac. La rue n’était éclairée que partiellement. Aucun passant à l’horizon. Le regard des trois hommes à bord du 4X4 balayait les alentours. Ils n’aimaient pas trop cet itinéraire, propice selon eux à l’inattendu. Mais les ordres étaient les ordres. Il est vrai que les contrôles s’effectuaient principalement sur les grandes artères, là où les fonctionnaires de police avaient certes plus de chance de harponner des conducteurs au taux d’alcoolémie élevé, que sur de petites rues, comme celles qu’ils empruntaient.

C’est alors qu’apparut, à cinquante mètres devant eux, éclaboussé par le pinceau des phares, un énorme 4X4 de couleur sombre. L’engin avait semble-t-il déboîté de sur la droite, là où il était manifestement garé.

Le véhicule avec les trois hommes à bord pila net.

– Merde !! s’exclama le chauffeur.

De suite, les deux autres hommes se saisirent des fusils à pompe qui se trouvaient à leurs pieds. Mais déjà, des ombres surgissaient de partout sur les côtés. Quatre hommes en tout : deux sur la gauche, deux sur la droite. Ils étaient vêtus de blousons de couleur sombre et portaient brassards de police. Aucun d’eux n’était cagoulé. Ils étaient en revanche munis d’armes de poing aux canons pointés sur le véhicule.

– Putain, les keufs, ragea le passager arrière, on avait bien besoin de ça… On a été balancé !!

Ses deux compagnons laissèrent leurs mains posées sur le volant pour le conducteur, et sur la crosse du Mossberg pour le passager avant.

– Calmos les gars, leur intima le chauffeur.

Il voyait un gyrophare clignoter sur le 4X4 positionné en travers de la rue.

C’est alors que l’habitacle où ils se trouvaient fut éclaboussé par les phares d’un autre véhicule arrivant par derrière. Le passager sur la banquette se retourna, mais ne put que cligner des yeux devant la puissance des phares antibrouillard déployés par le troisième véhicule. Un 4X4 lui aussi.

Une autre ombre apparut armée, elle, d’un fusil à pompe, que le conducteur reconnut comme étant un Benelli CX4 Storm, au design futuriste, doté d’un chargeur de vingt cartouches ainsi que d’une crosse en polymère. Le conducteur du 4X4 connaissait cette arme, certains gros voyous en possédaient, sur Marseille.

Le nouvel arrivant, l’homme au fusil, était grand, taillé en force et arborait un crâne rasé à la tondeuse.

– Mettez les mains bien en évidence, leur ordonna-t-il d’une voix forte, une voix de flic.

Abattus, résignés, les occupants du 4X4 obtempérèrent. Chacun, dans son esprit, tenta de se rassurer en admettant qu’un contrôle de police – même une interpellation – était toujours préférable à une attaque perpétrée par une bande rivale, où bien souvent l’issue était réglée à l’avance. A la Kalachnikov.

Oui, ils avaient été balancés.

Quatre cent kilos de résine de cannabis et quinze kilos de capsules d’ecstasy qui allaient ainsi changer de mains.

Le chauffeur songea à son avocat, qui comptait partir prochainement en retraite. Un vieux cheval de retour appartenant depuis des lustres au barreau de Paris.

– Coupez aussi le moteur et veuillez descendre du véhicule. Doucement, continua le flic porteur du Benelli.

Les hommes déployés autour du 4X4 gardaient leurs armes pointées sur les occupants. Qu’ils savaient rassurés, comprenant que ces derniers ne tenteraient pas le Diable, pas contre des policiers surarmés. Alors que dans le cas contraire, contre une bande rivale ne cherchant pas seulement à les dépouiller de leur précieuse cargaison mais aussi les éliminer, ces mêmes occupants ne se seraient certes pas montrés aussi dociles. Et des assaillants n’appartenant pas aux forces de l’ordre n’agiraient pas non plus à visage découvert, même de nuit. Et surtout, ils auraient déjà ouvert le feu.

Tels étaient les paramètres dont tenaient compte tous les hommes présents, d’un côté comme de l’autre.

Les mains levées à hauteur d’épaule, les trois voyous descendirent du 4X4, dont les portières leur furent ouvertes avec précaution par les flics à l’extérieur. Des pros de l’interpellation. Les truands purent le constater. Leurs gestes étaient étudiés, fluides, assurés, comme passés au crible à l’école de guerre.

Les malfrats n’eurent pas besoin d’attendre l’ordre pour se tourner contre le 4X4, jambes écartées, et poser leurs mains sur le haut de la carrosserie.

A l’intérieur, l’autoradio envoyait maintenant un autre tube, que le chauffeur n’avait pas non plus oublié : « Hey Little Girl ». L’homme se souvenait que Gladys, l’hôtesse vestiaire du Tropicana, l’emmenait danser avec elle sur cet air, lors de ses instants de pause, au milieu des stroboscopes mais aussi sous l’œil réprobateur du patron de l’établissement, pourtant interdit aux mineurs. Mais le bougre laissait faire. Après tout, les clients connaissaient le môme, le fils de celui qui les laissait si gracieusement pénétrer dans l’antre de leur passe-temps favori. Et si les clients eux même ne renâclaient pas… Souvenirs tellement doux pour un avenir au contraire tellement sombre, songea le voyou.

Le passager avant du 4X4, avec ses mains posées sur le toit du véhicule, se sentait palper méticuleusement par le flic derrière lui. Il leva la tête et aperçut la fenêtre ouverte, du moins sans rideaux, d’un des logements qui les surplombaient sur la gauche. La pièce était éteinte et il pouvait apercevoir une silhouette qui les observait. De là où il se trouvait, il ne pouvait distinguer s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Il baissa la tête, ferma les yeux.

Il remarqua également qu’un des flics face à lui, l’homme au Mossberg, bougeait la tête comme s’il souffrait des cervicales, un peu à la manière de Mike Tyson, jadis, avant un combat.

Le hayon du tout terrain venait de s’ouvrir et l’un des flics déchargeait la cargaison avec empressement.

C’est alors qu’une une sonnerie retentit dans l’esprit du voyou. Il s’agissait pour lui de sa troisième interpellation en quatorze ans. Et il connaissait la procédure à suivre pour des flics de terrain. De plus, les séries policières, il les regardait assidûment quand il le pouvait.

D’ordinaire, dans ce genre de situations, les flics sur place appelaient des renforts, utilisaient la radio, demandaient l’arrivée immédiate d’un car de Police Secours afin de prendre les suspects en charge.

Seulement, dans le cas présent, les flics agissaient comme de vulgaires braqueurs, alors que la première phase de leur action avait au contraire semblé correspondre parfaitement à la procédure policière.

Un frisson lui descendit de la nuque jusqu’à l’échine. Il leva la tête et accrocha du regard celui de ses deux complices qui, juste en face, avaient eux aussi les mains collées sur le toit du véhicule. Ils avaient compris également.

Ces fumiers n’étaient pas des flics. Et pourtant, ils n’étaient pas cagoulés. Bizarre.

Le passager arrière du 4X4 marmonna entre ses lèvres, à l’adresse du conducteur, debout à côté de lui :

– Et dire qu’on parlait de Braquo, y à cinq minutes ; avec des ripoux qui braquent les voyous. Là on est en plein dedans…

– T’as rien compris, c’est pas des poulets…

– Vos gueules !!! leur lança un des hommes derrière.

L’assaillant posté derrière le passager place du mort, et qui faisait ainsi face aux logements à un étage, sur leur gauche, paraissait pas loin de la cinquantaine. Des tempes grisonnantes et un visage buriné trahissaient les stigmates de l’âge et certainement d’une existence trépidante.

L’homme, tout de noir vêtu, s’approcha du malfrat, posa le canon de son arme de poing sur sa nuque et ouvrit le feu.

Au moment où les deux autres voyous voulurent se retourner, leurs bouches à eux aussi éternuèrent un geyser de sang, os et matières cervicales.

Les trois coups de feu retentirent de manière quasi simultanée.

Les corps s’effondrèrent, mais furent néanmoins enfournés à l’intérieur du 4X4, à bord duquel un des tueurs grimpa, s’installa au volant et lança le moteur. L’homme en charge du transvasement des sacs avait terminé son office. Comme un seul homme, sans une parole, les assaillants regagnèrent les deux véhicules ayant ainsi bloqué celui de leurs victimes.

Six secondes plus tard, la rue à sens unique était à nouveau déserte.

Une petite pluie fine refit alors son apparition, comme pour nettoyer le revêtement de la chaussée des quelques souillures provoquées par la tuerie.

*
* *

La terrasse, qui surplombait l’avenue de la Grande Armée, permettait à quiconque s’y trouvant de pouvoir admirer Paris et ses fameux toits, si prisés des touristes étrangers. L’orgueil de la capitale, avec également pour point de vue les Tour Eiffel, Sacré Cœur, Tour Montparnasse, Dôme des Invalides…

Mais l’homme qui arpentait la terrasse de soixante mètres carrés, son portable collé à l’oreille, en short, torse nu et claquettes aux pieds, ne semblait pas vouloir s’intéresser au panorama parisien. Même le bruit de la circulation, en contrebas, semblait lointain. A des années lumière de ses préoccupations.

Bernard Campello sentait monter en lui des pulsions de mort. Il fulminait de rage tout en marchant et arracha au passage une branche du petit arbuste que sa femme lui avait offert pour ses quarante huit ans.

Lakdar Aklil se tenait adossé à la rambarde, les bras croisés sur son torse puissant, et regardait son associé entrer quasiment en transe. Lakdar était vêtu d’un ensemble Armani qu’il s’était offert l’avant-veille, en compagnie d’une de ses maîtresses, une Mexicaine volcanique rencontrée au Blueberry, deux semaines plus tôt. C’était là une de ces boites branchées où il pouvait nouer des contacts, au milieu de l’ombre, de la densité des danseurs, mais surtout du bruit incessant de la sono poussée à fond. Et par là même à l’abri des oreilles indiscrètes et aussi de la surveillance des flics.

C’était d’ailleurs au Blueberry qu’il avait ainsi pu acquérir quatre nouveaux portables prépayés et aux cartes SIM dont ils auraient à se servir pour la prochaine quinzaine. Chacune de ces puces n’était prévue que pour une, voire deux conversations au grand maximum. Comme celle que tenait en ce moment celui dont il prenait les ordres.

Lakdar comprenait qu’une catastrophe venait de se produire. Une cargaison de cannabis et d’ecstasy venait de disparaître. Quatre cent kilos pour l’herbe et quinze kilos pour les capsules. Un pactole à la revente. Disparus, escamotés. Aucune trace de la cargaison.

Il s’agissait de la troisième fois en huit mois. Une dizaine de millions d’euros perdus au total.

Bernard avait mobilisé tous les moyens disponibles afin de retrouver les auteurs de ces attaques à répétition, mais toujours sans résultat. Chou blanc sur toute la ligne.

La nouvelle était tombée un peu plus tôt dans la matinée. L’envoi effectué depuis Grasse aurait du parvenir à destination hier au soir, et les réceptionnistes, à Levallois, avaient attendu toute la nuit. Les portables des convoyeurs n’avaient pas répondu aux appels incessants auxquels ils avaient été soumis.

Bernard Campello n’avait pas besoin de dessin, et son associé non plus. Les convoyeurs étaient des hommes sûrs, fiables à cent pour cent. Ils avaient déjà fait leurs preuves. Il n’y avait aucun risque de leur côté.

Heureusement que les deux partenaires disposaient de plusieurs cordes à leur arc. Ils avaient de la ressource.

Tous deux se connaissaient depuis l’école communale, à Thiais. Ils avaient usé leurs fond de culotte sur les mêmes bancs, couru les mêmes jupons avant, bien des années plus tard, de partager les mêmes butins. La criminalité leur avait semblé la voie la plus rapide, la plus excitante mais aussi la plus dangereuse pour pouvoir survivre dans ce monde insensé.

Les deux hommes avaient ensemble gravi un à un tous les échelons avant de parvenir à ce qu’ils considéraient aujourd’hui comme étant un niveau appréciable dans le domaine du crime organisé. Et tous ne pouvaient en dire autant.

Seul Lakdar était tombé, en 1995, pour extorsion de fonds, à Nice, dans une affaire où il n’était curieusement intervenu qu’en tant de « conseiller » pour un ami, le gérant de l’affaire.

Bernard Campello était quant à lui toujours parvenu à échapper aux mailles de la police, et par là même de la justice.

Braquages, cambriolages, racket, vols de voitures à grande échelle, et enfin trafic de drogue, telles étaient les activités illicites dans lesquelles les deux hommes avaient été impliqués depuis plusieurs décennies.

Campello était également parvenu, huit ans plus tôt, à établir un contact avec un policier, fonctionnaire à la Brigade de Répression du Banditisme – BRB – au sein d’un groupe en charge des affaires de stupéfiants, et dont l’état-major était basé au 1er District de Police Judiciaire, dans le 17eme. Le policier avait été mis en contact par l’intermédiaire d’un ami commun, abattu depuis lors d’un règlement de comptes.

Le flic marron s’était toujours adressé à Bernard sans s’appesantir sur ses motivations. L’homme était prêt à collaborer avec les truands contre rétribution, bien entendu, mais il avait semblé évident pour Campello que d’autres éléments pouvaient exister, expliquant le double jeu du policier. Mais toujours est-il que l’homme avait toujours fourni des informations de première main.

Il semblait, pour les deux truands, que le flic félon, quinquagénaire, veuf et sans enfants, ne considérait l’existence que comme un gâchis monumental. Le policier ne survivait plus que par le biais de ses illusions perdues, passées au laminoir du temps. Un flic raté pour une vie ratée elle aussi, un flic au plan de carrière inabouti. Comme bien d’autres de ses co disciples qui, bien souvent, se réfugiaient dans l’alcool, échouaient à l’Inspection Générale de la Police Nationale, où ils pouvaient tout à loisir se déchaîner sur leurs collègues, telles des hyènes sur une charogne, ou bien encore finissaient par se loger une balle dans la tête avec leur arme de service.

Pour l’heure, Bernard se trouvait en liaison avec son indic, sa taupe, au sein de la Grande Maison. Le 1er District de Police Judiciaire. Visiblement, l’homme venait de lui rendre compte de la découverte de trois corps à bord d’un 4X4, retrouvé dans une impasse de Clichy. Selon lui, ses collègues de la Brigade Criminelle dépendant du 1er DCPJ en avaient été informés par ceux du commissariat local. Le flic corrompu précisa à Campello que ses collègues avaient fortuitement laissé passer l’info bien qu’il soit lui-même rattaché au groupe Stupéfiant, donc pas concerné en premier lieu. Il avait juste tendu l’oreille au bon moment. Coup de chance.

No comment. La conversation entre les deux interlocuteurs s’écourta. Campello demanda au flic véreux de changer la puce mémoire de son appareil dès qu’ils en auraient terminé, comme à chaque fois après une communication.

Il raccrocha, s’approcha de son ami, lui tendit le portable :

– Tiens, débarrasse-t-en quand tu redescendras.

Il parlait d’une voix atone, avec un air abattu. Lakdar se saisit du téléphone bon pour la casse. Le système d’écoutes par triangulation mis en place par la police n’était pas fait pour les chiens. Il empocha le Nokia prépayé et demanda :

– Alors, qu’est-ce que René t’as dit ? On les a retrouvés ?

Bernard Campello souffla, se posa les mains dans les yeux en secouant la tête :

– Ouais, on les a retrouvés à Clichy, comme t’as entendu, liquidés chacun d’une balle dans la tête. C’était leur 4X4. Du travail de pros, selon la Criminelle. Ils ont été tirés à bout portant, sur l’arrière du crâne. Ils n’auraient même pas cherché à se défendre, toujours selon les enquêteurs. Mais bon, ça on n’en sait rien… (Moue dubitative du truand.) En tous cas, ils avaient encore des traces de poudre sur leurs pelures.

– Moi, ça me parle pas. Tu veux dire que, armés comme ils étaient, ils se seraient laissés faire sans réagir ? Effectivement, envisagé sous cet angle, c’est du travail de spécialistes. Et pas n’importe lesquels… (Aklil hocha la tête, fronçant les sourcils.)

Il était toujours adossé à la rambarde en fer forgé. Le grondement de la circulation parisienne, dix étages plus bas, ne lui parvenait qu’assourdi. Il observait son ami d’enfance.

Campello était de taille moyenne, cheveux clairsemés et commençait à s’empâter. Mais ce n’était là que le résultat de son goût immodéré pour la bonne chère. C’était un homme d’action, dur et implacable, qui avait toujours su prendre énergiquement les décisions.

– Ils ont été piégés. Sûrement des lascars déguisés en flic, je vois pas comment, autrement. Vraiment je calcule pas. (Il parlait sans regarder son ami, le visage pensif.) En tout cas des mecs bougrement bien renseignés, parce que pour être au parfum du voyage…

– Ouais… répondit Lakdar, pensif lui aussi, en hochant la tête.

– Putain, il faut qu’on sache qui renseigne ces fumiers. Parce que ça peut pas continuer comme ça. Heureusement qu’on a les machines à sous et aussi tout le reste. Parce que si ça continue…

Campello trépignait d’impuissance, face à son désarroi. Il ne pouvait, en effet, mettre aucun visage sur ceux qui en avaient après lui. Ils étaient, lui et Lakdar, la tête de réseau de toute la filière parisienne, arrachée dans la douleur à la plupart des caïds des cités de la banlieue nord. Et parmi ces derniers, les probabilités pour qu’une taupe à leur solde se soit infiltrée à l’intérieur de son organisation était loin d’être exclue.

Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.

Mais ils n’avaient, pour l’heure, de comptes à rendre à personne. Ils ne devaient de l’argent à aucun prêteur. Ils avaient aussi les reins solides. C’était déjà ça.

A cinquante trois ans, Campello ne se sentait pas revenir aux braquages, comme vingt ans en arrière, pour remonter de l’oseille. Ce n’était plus de son âge. Monter des filières de revente était finalement moins risqué et tout aussi rémunérateur, avec des rentrées d’argent plus régulières – un peu comme des loyers – que des attaques de fourgons ou centre forts, au résultat souvent aléatoire, mais aussi, il est vrai, plus riche en poussées d’adrénaline. Mais tout ça était, selon lui, bon pour la jeunesse.

Il ajouta :

– René m’a dit aussi que la Crime de là où il bosse est en train d’interroger les témoins sur place. Car tout se serait passé dans le 17ème… derrière les Batignolles. Donc, au 1er DCPJ, ça les concerne. Mais, à mon avis, y aura aussi les condés de la Tour Pointue, du 36.

– Comment ils savent que nos gus ont été tirés là-bas, aux Batignolles ? D’après ce qu’il t’a dit, ils ont retrouvé les corps à Clichy… Je pige pas.

Campello regarda son pote et rétorqua :

– Ils ont aussi reçu un appel d’un témoin, qui aurait vu la scène depuis sa fenêtre. Et puis trois types retrouvés morts à bord d’un 4X4, et un témoin qui, à deux bornes à peine, assiste au meurtre de trois hommes, toujours à côté d’un 4X4 de même couleur. Pas la peine d’avoir fait Polytechnique pour comprendre.

Les deux truands hochèrent à nouveau la tête.

Lakdar sortit un briquet en or de sa poche de veste, s’alluma une Dunhill extraite d’un paquet posé sur une table basse et en offrit une à Bernard, qui refusa.

Son esprit était ailleurs. Ses sens en combustion. Il fallait trouver coûte que coûte ces fumiers qui s’en prenaient à son organisation.

Oui, il le fallait.

*
* *

La femme d’une trentaine d’années avait finalement préféré recevoir les fonctionnaires de police chez elle, plutôt que de réponde à la convocation qui lui avait été adressée et devoir se rendre au quartier général du 1er DCPJ, pourtant sur son secteur.

Son petit salon sentait le chou farci, résultat de la proximité de la cuisine dont la porte de communication avec le reste de l’appartement était bizarrement absente.

La femme était de taille moyenne, assez jolie, coiffée en chignon sur le côté et portait des lunettes à monture d’écaille. Vêtue d’un ensemble jogging de couleur saumon et chaussée de tongs, elle avait ouvert aux cinq officiers de police qui avaient de suite investi le logement.

Elle s’étonna du nombre de fonctionnaires venus pour l’entendre. Dans les séries télé, songea-t-elle, ils n’étaient pas si nombreux…

– Bonjour, madame, commença le premier des flics présents en présentant sa carte barrée tricolore. Je me présente : capitaine Martin, et voici les capitaines Bergaud, Sapin, Bonnel et enfin le lieutenant Delpech…

Tous étaient vêtus quasi à l’identique : jeans, chemisettes, blousons. Et devaient avoir, sauf un, entre trente et quarante ans, dans le genre quadra sportifs, athlétiques. Y compris celui qui semblait plus âgé. Les visages paraissaient sympa, avenants pour certains et légèrement plus patibulaires pour d’autres.

Martin, qui était grand et juste ce qu’il fallait dégarni sur le haut du crâne, continua :

– Tout d’abord, merci de bien vouloir nous recevoir. Cela nous fera, je l’espère, gagner du temps, à vous comme à nous. Donc, vous avez déclaré à nos collègues, cette nuit, tout de suite après votre appel, que vous avez été témoin du triple meurtre perpétré quasiment au pied de votre immeuble, c’est bien ça ?

La jeune femme avait les bras croisés sur le ventre et son regard allait de l’un à l’autre des policiers qui lui faisaient face au beau milieu de son salon. A eux seuls, ils semblaient occuper toute la pièce. Elle s’en voulut, l’espace d’un instant, de leur avoir demandé de venir jusque chez elle. Mais finalement réalisa que ce n’en était que mieux. Elle serait ainsi plus vite débarrassée de cette affaire.

Un des flics déclara. Un grand au crâne rasé et au regard dur :

– Nous avons interrogé à tout hasard les autres habitants de l’immeuble, mais aucun n’était derrière sa fenêtre à une heure aussi avancée de la nuit. Donc, tout repose sur vous, madame.

– Mademoiselle, rectifia-t-elle, penaude, en esquissant un petit sourire.

– Bon, mademoiselle, si vous voulez, reprit Martin, donc nous désirerions que vous nous répétiez ce que vous avez déjà déclaré à nos collègues, cette nuit.

Martin crut inutile de préciser au témoin que lui-même appartenait à la section Criminelle rattachée au 1er DCPJ, de même que le capitaine Bergaud. Les trois autres collègues, en revanche, émargeaient à la section Répression du Banditisme. Cette sombre affaire de massacre portant sur un groupe de truands déjà fichés et abattus sur la voie publique concernait donc les deux groupes.

D’autant plus que les collègues du groupe BRB avaient particulièrement insisté pour accompagner leurs homologues de la Criminelle. Et ce n’était pas là dans leurs habitudes que d’envoyer autant d’hommes pour interroger un témoin. Martin en avait donc déduit que ses collègues n’avaient, pour l’heure, rien à se mettre sous la dent, d’autant plus que la section Criminelle souffrait actuellement d’un manque cruel d’effectifs. Pour cause notamment de congés de maladie et autres récupérations diverses. Ils avaient initialement prévu d’aller interroger tous les occupants de l’immeuble. Donc, à effectifs réduits, toutes les bonnes volontés étaient les bienvenues.

La jeune femme afficha tout à coup un visage moins assuré. Elle balbutia et se mit à triturer le pendentif qu’elle portait autour du cou. Le grand flic au crâne rasé la rassura :

– Ne craignez rien. Nous vous certifions que ce que vous pourrez dire ne vous attirera aucun ennui. Au besoin, nous affecterons un agent en bas de chez vous.

Elle hocha doucement la tête et respira un bon coup, avant de poser les mains sur le dossier de la chaise qui lui faisait face.

– Bon, alors, je vais essayer d’être la plus claire possible. Mais je vous préviens, je ne vais rien ajouter de plus que ce que je n’ai déjà pu dire à vos collègues en uniforme.

– Cela n’a pas d’importance, mada, mademoiselle (petit sourire du policier) Répondez nous simplement et vous verrez que ça va aller tout seul. Maintenant, nous vous écoutons…

Martin avait repris les débats de sa voix rassurante.

Le témoin commença :

– Eh bien, il devait être 2h00 ou bien 2h30, je ne sais plus exactement. Je me suis levée, car j’avais soif, en plus d’une envie pressante et c’est alors que j’ai entendu comme des portières claquer, et il y avait aussi le tournoiement des gyrophares qui éclairaient la rue ; de ma fenêtre, ça se voyait, même du fond du salon. A cette heure, il n’y a jamais de mouvement, à cet endroit. Avec l’arrière du lycée qui fait face…

– Excusez-moi de vous interrompre, mademoiselle, mais vous vous levez souvent, la nuit ?

Le flic qui venait de poser la question n’avait pour l’instant pas encore ouvert la bouche. Il était le plus petit de tous, roux, le visage anguleux et le regard veule. Limite vicieux. La jeune femme se sentit tout à coup moins à l’aise. Elle avait l’impression que le flic cherchait à la piéger. Mais peut-être se faisait-elle des idées. Cette situation ne lui était guère familière. Hormis sur le petit écran, le soir, en prime time, après le JT. Toujours les fameuses séries télé.

– Oui, ça m’arrive. Et je vous assure que je n’entends jamais le moindre bruit. Mais après tout, je ne m‘approche pas non plus toujours de la fenêtre.

– Oui, bien sûr, veuillez continuer, s’il vous plait, poursuivit Martin, qui ne souhaitait pas que le témoin perde le fil de ses pensées. Et oublie ainsi peut-être un détail d’importance. Ce cas de figure survenait souvent.

Elle continua sur sa lancée :

– Donc, je me suis approchée de la fenêtre et c’est là que j’ai vu trois hommes, face à la voiture, ou plutôt au 4X4 il me semble, avec leurs mains posées sur le toit. Et il y avait des policiers autour d’eux, avec leurs brassards ; c’est d’ailleurs comme ça que je les ai reconnus comme étant des policiers. En plus de leur gyrophare… Ils pointaient les trois hommes à l’aide de pistolets, il me semble…

– Je vais vous interrompre, intervint à son tour un des flics, mais, les armes, s’agissait-il de pistolets, revolvers, de Kalachnikov, ou bien encore de fusils à pompe…

Lui aussi parlait pour la première fois. Il agitait sa tête de côté, comme s’il souffrait d’un torticolis. Et cela depuis qu’il était arrivé en compagnie de ses collègues. Il était grand, costaud, avec l’allure d’un directeur de salle de musculation.

– Alors il m’a semblé que c’était des pistolets. Parce que moi, vous savez, les armes, elles se ressemblent toutes… Et puis je ne me suis pas attardée. Je n’ai pas eu vraiment peur, après tout c’était des flics – je veux dire des policiers – (rectifia-t-elle avec un petit sourire gêné…) Mais il m’a semblé qu’un des hommes avec les mains sur le toit, celui qui faisait face à ma fenêtre, levait la tête dans ma direction. Mais je n’en suis pas tout à fait sûre.

– Donc, il vous aurait vu ? questionna Martin.

Haussement d’épaules du témoin.

– Et à part ça ? demanda le dernier des flics à ne pas avoir encore fait entendre le son de sa voix. Il était de taille moyenne et paraissait le plus âgé du groupe. Son visage buriné aurait pu sembler rassurant pour le témoin, mais l’éclat de ses yeux contredisait cette impression. Sa voix était grave, rugueuse.

Le témoin haussa à nouveau les épaules. La femme était cette fois pressée d’en finir, ne surtout pas s’attarder sur des détails qui pourraient lui revenir en mémoire. Elle décida de couper court. Du moins, le tenta. Elle se passa les mains sur les pommettes. Elle décida de passer sous silence le fait qu’un des flics, cette nuit-là, transbahutait des sacs du 4X4 vers un autre véhicule, garé juste derrière. Cela ne ferait, selon elle, que rallonger encore l’interrogatoire…

– Non, désolé, il n’y a rien d’autre, je vous assure. Sinon, je vous le dirais… Les tirs ont été envoyés en même temps, ça m’a fait l’impression d’un gros pétard de 14 juillet. C’est là que j’ai pris peur et que j’ai reculé de ma fenêtre. Et puis les moteurs de voitures se sont fait entendre. C’est tout.

Elle souffla à nouveau, baissa les yeux, posa une fois encore les mains sur le dossier de chaise.

Silence dans la salle de séjour. Les flics se regardaient. Martin décida de prendre note du peu d’éléments que le témoin venait de lui communiquer. Il demanda :

– Et vous avez vu leurs visages, aux assassins, je veux dire ? Car les bleus – je veux dire nos collègues en uniforme – nous ont dit que, selon vous, ils agissaient à visage découvert… Vous ne nous l’avez pas précisé…

Elle leva les yeux au plafond, signe de son agacement. Ces flics commençaient sérieusement à lui taper sur le système. Mais elle se maîtrisa et reprit :

– Non, effectivement, ils n’étaient pas masqués, du moins il m’a semblé. Mais de là où je me trouvais, en plus de nuit, dans cette rue à peine éclairée, comment voulez vous que je… ?? Et puis je le répète, je ne me suis pas attardée. Il aurait fallu que je les prenne en photo, c’est ça ? (Elle haussa soudain la voix, secouant la tête d’exaspération.)

– Allons, mademoiselle, tenta de la raisonner le grand flic au crâne rasé, comprenez que cette question puisse avoir de l’importance pour nous…

– Mais je vous affirme que même si je les avais en ce moment devant moi, eh bien je serais incapable de les reconnaître. Ah si… Il y a un petit détail qui me revient…

Une fois encore, elle s’en voulut d’avoir lâché prise devant sa détermination à en terminer au plus vite avec ces flics. Elle continua :

– Il m’a semblé… Oh puis non, ce n’est vraiment rien (Elle secoua la tête, comme sous le coup d’un soudain étourdissement.)

Les flics la scrutaient du regard. Impassibles. Elle comprit qu’elle ne pouvait désormais plus reculer. Elle devait aller jusqu’au bout. Elle respira à fond et poursuivit :

– L’un d’entre eux avait l’air de bouger la tête sur le côté, comme s’il avait un problème de vertèbres, au niveau de la nuque. Mon frère a longtemps eu ça, lui aussi, c’était quand il… Oh mais je m’égare (La femme secoua à nouveau la tête)… Excusez-moi. Un peu comme vous, depuis tout à l’heure…

Elle désigna le grand flic, celui au physique de culturiste.

Il sourit légèrement, sans commenter.

– Et vous n’avez rien noté d’autre ? Je veux dire relevé d’autres détails ? relança Martin. Car cette dernière précision n’a pas été soulignée aux collègues, cette nuit… Essayez, s’il vous plait, de ne pas tout nous rapporter de manière si composite… Moitié aux uns et le reste aux autres…

Il constata que, cette fois, la femme témoin semblait avoir vraiment tout lâché. Tout ce qu’elle savait. Elle regardait ses pieds chaussés de tongs, comme pour s’assurer que le vernis de ses orteils n’avait pas besoin d’une couche supplémentaire. Elle finit par relever la tête d’un air décidé.

– Non, absolument rien, désolée.

...

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