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Les convoyeurs sont des gens bien

De
220 pages

Le livre : Un roman policier où, de Brest à Paris en passant par la presqu’île de Crozon et les Antilles, vous découvrirez la « famille » des convoyeurs de fonds mais aussi les arcanes du blanchiment d’argent et du journalisme d’investigation.

Résumé : Sur le parking d’un hypermarché, Antoine, convoyeur de fonds à Brest, est soudain interpellé par une conversation qui provient du véhicule stationné à côté du sien :

« ...lance-roquette, une charge explosive bien dosée devrait suffire... » Pour lui, c’est une certitude, Brest sera le théâtre du prochain braquage « du gang des véhicules blindés ». Soucieux d’apporter des preuves plus précises de ses affirmations, Antoine commet l’erreur de pousser ses investigations un peu trop loin :

« ...Je n’irai pas par quatre chemins, reprend le truand d’un ton menaçant. Tu vas oublier cette rencontre. A la moindre erreur... bye, bye. », menace-t-il.

Autre conversation : « Lundi vers midi. Tu peux dire à Farto de réunir tous ses managers vers 11 h 30 au siège du groupe... Ce coup-ci, la “tirelire” sera bien remplie... »

Qui est « Farto » ? Probablement le chef de la bande, ou peut-être ce fameux homme d’affaires dont tout le monde parle. Afin de percer le mystère, le convoyeur accepte d’affronter de nombreux dangers et de devenir l’acteur principal d’un plan ingénieusement bâti.

Dans son domaine, Benjamin Capril, journaliste au Télégramme de Brest et à Europe 1, réputé pour ses articles économiques sur les grands dirigeants français, cherche à savoir qui se cache derrière l’immense groupe créé avec une réussite exceptionnelle par Paul Farto.


Sans se connaître, Antoine d’un côté et Benjamin Capril de l’autre, poursuivent, en avançant en terrain miné, la même vérité.




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La nuit est encore là et une pluie fine scintille à la lueur du réverbère qui éclaire le parking de l’immeuble. Antoine regarde par la fenêtre de la cuisine ce spectacle monotone : plongeon dans des pensées encore troublées depuis lundi, lundi dernier...
Mines sombres des mauvais jours, discussions sur les quais de déchargement, en retour de tournées, rien ne va plus. – Encore un ! Encore un mort ! Un jeune convoyeur de Paris, enrage Le Guen, le délégué. Sortie d’un centre commercial, rond-point, camion bloqué et fusillade… Il est tombé. L’attaque a eu lieu vers 10 heures ; pour le moment, pas plus d’informa-tions... Entrecoupé par le vrombissement des véhicules blindés, un silence pesant s’installe dans le garage. Assommés par cette terrible nouvelle, tous restent regroupés au milieu du quai de déchargement pour partager leur tristesse et leur rage intérieure devant la gravité de l’événement. La « famille » des convoyeurs a été touchée par la disparition injuste et cruelle d’un des siens. – Ras-le-bol ! S’il faut partir en tournée la peur au ventre, vaut mieux pointer au chômage ! – Depuis que je fais ce métier, je n’ai jamais vu ça. Toutes ces attaques de camions blindés, des convoyeurs blessés, plusieurs collègues qui meurent ces derniers mois. Et demain, à qui le tour ?
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Le « gang des véhicules blindés » serait à l’origine de toutes ces agressions. Cela dure, et pourtant aucune trace, aucun indice, aucune arrestation, aucun suspect et très peu de témoi-gnages constructifs. D’autres attaques, peut-être d’autres morts suivront. L’impu-nité encourage les malfaiteurs à récidiver. Devant cette série d’attaques violentes, un sentiment d’im-puissance et un relent de colère dominent devant ce vide : pas le moindre début de piste pour arrêter cette hémorragie. Le quai de déchargement est un peu trop silencieux aujour-d’hui. Réagir, crier de désarroi ! Les municipalités devraient prendre la véritable mesure de la dangerosité de leur métier… La police pourrait surveiller de plus près les convois de fonds… ; beau-coup d’actions sont à engager pour éviter ces catastrophes. – Et ces valises embarquées dans nos camions, ces nouvelles technologies promises par la direction, ce décret destiné à mieux nous protéger, que fait le gouvernement ? Chacun, l’un après l’autre, exprime sa colère devant ce drame injuste.
Mardi matin, toujours sur les quais du centre fort. Avant le départ des camions. Les journaux télévisés de la veille alimen-tent les conversations : commentaires des images du camion éventré par une explosion, des déclarations des convoyeurs parisiens ou de quelques témoins. «lA ?Dô? LEôAJ FHôLôGKé F=H = ?D=HCA ANFôIELA FôIéA F=H AI m=B=EJAKHI IAH=EJ à \ôHECEA @K @é?èI @K ?ôLôOAKH, préci-saient les journalistes.5AI ?ôèCKAI @\éGKEF=CA A?ôHA IôKI A ?Dô? IôJ C=H@éI A ô>IAHL=JEô à \DÔFEJ= 1I =KHôJ FHô>= >AmAJ à IK>EH K IKELE FIO?DôôCEGKA FHôôCé» Comme pour chacun de ces drames, la solidarité des convoyeurs est très forte ; ils sont prêts à aider la famille comme si c’était la leur.
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Le jour des obsèques, probablement jeudi, toutes les agences de transport de fonds resteront fermées mais aucun mouvement de grève n’est à l’ordre du jour. Et pourtant, ce matin la colère monte à Brest : « Le gouver-nement n’agit pas assez vite ! Pour quand des mesures concrè-tes pour protéger nos tournées ? Pour quand des investissements pour renforcer la sécurité de l’accès aux banques ? Une seule solution pour sensibiliser le gouvernement : la grève, la grève illimitée ! » La grève ne règlera rien, une délégation de convoyeurs sera reçue au ministère de l’Intérieur la semaine prochaine. A Brest, tout le monde attendra de connaître les résultats de ce rendez-vous. Un grand nombre partage cette colère, et pourtant, le travail reprend au centre fort et les camions l’un après l’autre, partent en tournée.
Kerléat est le chef du centre fort de Brest. C’est un ancien de la maison. Il a commencé sa carrière comme convoyeur à Rennes, puis, après avoir monté tous les échelons, il a été nommé à son poste actuel. Très présent sur les quais de charge-ment au départ et à l’arrivée des camions, il a la réputation d’être proche de ses hommes, d’être aimé et respecté par son équipe.
Mercredi matin, réunion du personnel à midi : – C’est confirmé, le « gang des véhicules blindés » est une nouvelle fois mis en cause. Après Marseille et Toulon en juillet et septembre, il signe cette nouvelle agression. Le commissaire Leroy, chargé de l’enquête, aurait, semble-t-il, quelques indices. « Même si nous sommes dans une région jusqu’à présent épargnée, soyez vigilants. Nous ne sommes pas à l’abri d’une attaque. Ne laissez de côté aucun détail suspect lors de vos tour-nées… Votre vie et la vie de vos collègues pourraient en faire les frais. Les malfrats ne font pas de sentiments.
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« Notre direction générale a décidé de tout faire pour que les coupables de ce crime affreux soient vite retrouvés. Elle offre une récompense de 150 000 euros à la personne qui permettra l’arrestation des malfaiteurs. « Les obsèques de notre collègue auront lieu jeudi à Saint-Ouen en région parisienne et chaque centre fort de province y sera représenté par un convoyeur. Je vous demande de choisir celui qui nous représentera. »
Jeudi, train matinal pour Paris. A Saint-Brieuc, puis à Rennes et enfin au Mans, Antoine est rejoint par d’autres convoyeurs. Vers 11 h 30, arrivée à la gare Montparnasse. Sur le parvis de l’église de Saint-Ouen, une immense foule, constituée essentiellement de convoyeurs ; tous ont revêtu leur uniforme. Au-delà du niveau d’émotion et de recueillement partagé, le silence d’une telle marée humaine rend la situation surnaturelle. Des journalistes tentent quelques brèves interviews auprès de syndicalistes connus de la profession ; tous renvoient micros et caméras à plus tard. A l’écart, le commissaire Leroy observe ce triste théâtre auquel il devient malheureusement un habitué malgré lui. Peut-être y trouverait-il une énergie supplémentaire pour combattre ce malheur. Bientôt, dans l’attente de la cérémonie, repéré par quelques caméramen, il prend la parole à la place des leaders syndicaux qui restent silencieux. Soudain, le convoi mortuaire apparaît, tentant lentement de se frayer un passage pour se rapprocher de l’église. La vague des convoyeurs suit en cortège pour pénétrer dans l’église bientôt trop petite. La cérémonie commence, poignante d’émotion, par le sermon et les quelques mots remplis de sanglots du délégué central.
Et, ces regards tristes et hagards de deux enfants de six et huit ans, pauvres enfants à qui le transport de fonds vient de voler
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leur papa. Ces regards, Antoine les garde encore en mémoire ce matin.
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Le6ééCH=mmA @A *HAIJest déplié sur la table du petit déjeu-ner. A la une, la photo de l’arrivée du cercueil entouré d’une vague d’uniformes de même couleur sur le parvis de l’église. Au-dessus, en grand titre, «l= B=mEA @AI ?ôLôOAKHI A @AKE» L’édito du journal interpelle Antoine par ces premiers mots : «lAI ?ôLôOAKHI IôJ @AI CAI >EA» Antoine se verse un café et reprend sa lecture : «1 =L=EJ ! =I @AKN AB=JI AJ KA jôEA BAmmA ; I= LEA IAm>=EJ IAHAEA jKIGK\=K jôKH ôù à = IôHJEA @\K ?AJHA ?ôm mAH?E= Iô ?=mEô >E@é = ?HôEIé @AI LôOôKI lAI ANFôIEBI KJEEIéI \ôJ F=I éJé =IIAz FKEII=JI FôKH FAH?AH \éF=EIIA ?=HHôIIAHEA m=EI FHô>=>AmAJ =IIAz LEôAJI FôKH FHôFKIAH ?A jAKA FèHA @A B=mEA ?ôJHA = ?ôEIô @K ?ôBBHA FHôLôGK=J =EIE \DémôHH=CEA ?éHé>H=A à \ôHECEA @A Iô @é?èI GKAGKAI DAKHAI FKI J=H@ à \DÔFEJ= «l\émôJEô GKA IKI?EJA = môHJ @\K ?ôLôOAKH A?ôHA KA BôEI ôKI HéLôJA ?ôJHA = LEôA?A GKA IK>EJ A JH=IFôHJ @A Bô@I A .H=?A )FHèI ?A @H=mA ?ômmAJ AI ?ôLôOAKHI FAKLAJEI A?ôHA JHôKLAH A ?ôKH=CA @A môJAH @=I K ?=mEô >E@é  3KAA môJEL=JEô FôKIIA ?AI DômmAI à =BBHôJAH A @=CAH =K FéHE @A AKH LEA  «,AFKEI GKAGKAI =éAI ?AHJ=EAI Iô?EéJéI @A JH=IFôHJ @A Bô@I ôJ HAô?é à FHôJéCAH AKHI ?ôLôOAKHI F=H AI =HmAI AJ KJEEIAJ @éIôHm=EI @AI LéDE?KAI ô >E@éI éGKEFéI @A L=EIAI à m=?K=JEô @\A?HA IKH AI >EAJI @A >=GKA FôKH @EIIK=@AH AI LôAKHI nôKI =LôI Lé?K A GKAGKAI môEI KA IéHEA @\=JJ=GKAI @A BôKHCôI >E@éI FKI ôK môEI HéKIIEAI FôKH AKHI =KJAKHI FKI ôK môEI LEôAJAI LôEHA mAKHJHEèHAI FôKH AI ?ôLôOAKHI -IJ?A FôKH ?AI H=EIôI GK\E B=KJ =KjôKH@\DKE
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de nombreuses attaques sur des camions blindés et trois collè-gues morts depuis le début de l’année. Quand tout cela va-t-il s’arrêter ?
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– Change de travail, s’il te plaît… Paola accompagne ses premiers mots d’angoisse d’un baiser. En huit années de vie commune, elle a toujours respecté le choix d’Antoine d’exercer ce métier particulier mais ce matin, comme si un mauvais présage avait perturbé ses songes noctur-nes, elle ne peut cacher son inquiétude. Lorsqu’ils se sont rencontrés, Antoine venait d’entrer chez Transmonnaie et sa joie de vivre exprimait le plaisir d’avoir enfin trouvé la stabilité après quelques années passées à exercer des petits emplois sans qualification. Il allait enfin pouvoir construire son avenir. D’origine napolitaine, Paola travaillait alors dans un magasin de photos. Elle resta sous le charme des paroles de ce jeune homme qui se présenta ce jour-là pour des retirages de clichés pris lors d’un voyage en Italie : il exprima auprès d’elle un tel enthousiasme pour son pays d’origine pour lequel, avec une pointe d’accent, elle gardait un peu de nostalgie, qu’elle accepta de continuer cette « invitation au voyage », après son travail, autour d’un verre. Puis, suivirent de grandes promenades hivernales sur les plages désertées de la région brestoise à courir, à rire et bientôt à s’embrasser. Les premiers temps, les soirées italiennes où quelques amis les rejoignaient pour tester leurs savoir-faire culinaires étaient fréquentes. Paola lui fit découvrir de nom-breuses recettes romaines ou napolitaines et lui donna ainsi le plaisir de cuisiner à l’italienne. La naissance de Léa fut un grand moment de joie et de com-plicité. Le bonheur leur allait comme un gant et n’était pas décidé à les quitter. Leur « petite puce » a déjà six ans et, en septembre dernier, elle a fait connaissance avec l’école pri-maire.
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– Je suis de plus en plus inquiète pour toi. Ces attaques sont désormais incessantes et je crains qu’un jour, un coup de télé-phone m’annonce… l’irréparable comme à la femme de ce pauvre convoyeur parisien. Je ne vis plus en pensant aux risques que tu prends chaque jour et Léa a besoin de son papa pour grandir en toute sérénité… Je t’en supplie, Antoine, fais-moi plaisir. Antoine ferme la porte de son appartement en laissant à contrecœur Paola sans réponse. Pas de gros câlin de Léa à son papa ; trop tôt pour la réveiller mais un dernier conseil de Paola, toujours le même – « sois prudent » – et Antoine rejoint sa vieille Golf (il faudrait songer à la changer) garée sur le parking de l’immeuble. C’est Paola qui, chaque matin, dépose Léa à l’école distante de l’immeuble de quelques centaines de mètres. Elle prend ensuite un bus qui la conduit rue Jean Jaurès, en plein centre-ville où se situe le magasin de prêt-à-porter dans lequel elle travaille désormais comme vendeuse. Mais aujourd’hui, sous une bruine qui semble vouloir retenir la nuit sur la ville, son trajet est entaché d’une tristesse lancinante, comme un mal intérieur, profond et durable.
« Ce sont des gens bien, les convoyeurs », se répète Antoine au volant de sa voiture en pensant à ce métier qui l’attend chaque matin. Mais ce sera différent aujourd’hui, un peu comme au premier jour d’un nouveau travail. Les plaisanteries pourtant d’ordinaire si fréquentes sur les quais de chargement du centre fort ne seront probablement pas à l’ordre du jour. Tous seront concentrés sur leur travail pour rendre chacun de leurs gestes le plus professionnel : vigilance à chaque coin de rue de la ville de Brest, et, au moindre mouvement des piétons, au plus petit bruit, cette vigilance sera plus que jamais de rigueur. Et la peur… La peur de mourir, bêtement comme ce convoyeur de Paris, sans pour autant manquer de professionna-lisme. Non, pas bêtement mais sans avoir rien fait pour provo-
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