Les Démons du Midi

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Manuela, vingt ans, étudiante dans la Ville rose, a pris un bus à Toulouse pour se rendre à Perpignan mais disparaît mystérieusement à l’arrivée. Le capitaine Germinal Poco, flic catalan aux méthodes peu orthodoxes, grand amateur de tapas, et le lieutenant Norbert Ferrer, vétéran de l’Usap, enquêtent sur sa disparition. Peu de temps auparavant, deux autres jeunes filles se sont évaporées sans laisser de traces. Pour les retrouver, le duo de choc de la Brigade criminelle de Perpignan se lance sur les traces d'un prédateur retors et impitoyable. Entre Toulouse, Perpignan et La Jonquera, leurs investigations vont les mener au bout de l'enfer.


Avec ce polar haletant, René Grando signe ici la suite des aventures de son justicier préféré, Germinal Poco, fils d'anarchiste espagnol et érotomane invétéré. Le succès de son premier opus "Tapas bulgares pour Germinal Poco" avait lancé la collection des Polars catalans.

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782361330088
Nombre de pages : 257
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Chapitre 2
Hôtel du Coq, avenue des Minimes. C’est là qu’ils m’ont logé d’office, les collègues lardus de Toulouse, à deux cents mètres de leur nouveau Cen tral, forteresse mastoc de briques rouges au bord du canal, flanquée de deux tours rondes qui ne valent quand même pas le Castillet. A vrai dire, je préférais l’ancien poulailler, celui de la rue du Rempart Saint Etienne avec ses murs salpêtrés, son labyrinthe de couloirs biscornus, ses remugles de cuir, de sueur et de graisse à pistolet, sa cantine fleurant le graillon et le Ricard tiède, infestée de blattes géantes et surtout la proximité de quelquesuns des meilleurs troquets de la ville, à l’ombre de la cathédrale. Hôtel du Coq, chambre 22, à croire qu’ils l’ont fait exprès... Une piaule à la porte bancale, un plu mard qui couine sous un couvrelit en éponge d’un bleu douteux constellé de taches blêmes, chaise et table en formica jaune, la télé qui diffuse des images neigeuses à dominante rouge… Le maxi confort en rapport avec mes maigres notes de frais détaillées sur la note de service. Forfait nuit : 37,50 euros ; forfait repas : 11,20
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euros midi et soir. Je n’y comprends rien, moi, à la nouvelle monnaie européenne, je n’arrive pas à m’y faire ; c’est plus fort que moi, je continue à compter en francs gaulois. J’ai appelé au secours les gosses. Anne : « Tu es vraiment trop nul. C’est pourtant fastoch P’pa. Quinze euros, ça fait cent francs. Mets toi bien ça dans la tête et tu n’as plus à t’en faire. » Max : « Tu n’as qu’à oublier les francs, c’est rin gard, un point c’est tout… » Aucun respect pour mon demisiècle passé, ces mômes. C’est que j’en suis encore à traduire les nou veaux en anciens francs, moi. Bon, voyons. Il faut multiplier par 6,55 et des poussières. Je ne vous dis pas les multiplications. Voyons, 11,20 euros, ça fait combien en vrai pognon ? Heu… dans les pas grand chose, tout juste une tortore basique menu du jour avec pichet de picrate maison… J’urine sur l’euro je me dis : uro sur l’euro ! Voilà. La revanche des nullards, mes frangins, les résistants, les derniers des Mohicans. On finira tous au musée * des archéocatalans, tous coiffés debarretinas, par qués dans l’enclave de Llivia ; on nous montrera comme des curiosités aux touristes protégés par des grilles. Ils viendront en 4x4 grillagés, faire des safa ris photos, nous balancer cacahuètes et popcorn... Je finirai quand même par acheter une calculette, sinon je vais me faire arnaquer dans les magasins comme le dernier des caves.
Giang et moi, on a perquisitionné la chambre de Manuela, un studio sous les combles, rue Pargami nières, plein centreville, à deux encablures du Ca
* Bonnet rouge catalan.
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pitole. Des tas de bouquins, romans et ouvrages de grosses pointures de la sociologie : Pierre Bourdieu, Alain Touraine, Raymond Aron… ou encore Shelley Klein, un traité surLes sociétés secrètes du Moyen Âge à nos jours. On a trouvé aussi des fleurs séchées, une pleine boîte… des piles de revues ésotériques, des bouquins, des trucs sur des rituels vaudous et sa taniques. On a aussi un carnet d’adresses. Avec des curieux pseudonymes,Belial, Anton, Karl, Zeena, des trucs qui pourraient ressembler à des codes… Il y a quelques numéros de téléphone, mais ils n’ont pas l’air d’être associés à ces surnoms. Des initiales « VV » et un autre numéro téléphonique de la région, le tout encadré en rouge. On va vérifier tout ça, mais ça ne nous mène pas bien loin pour le moment. Ce matin, on refait le point. Au barLe Bidule, le plus proche abreuvoir à poulets, bonne cave à vins, affiches du TFC, de Tou louseFontaines et du Stade, ballons rond et ovale sans discrimination, tandis qu’on sirote notre deu xième caoua du matin, Giang déchiffre les notes de son carnet à travers un épais nuage de Gitanes sans filtre. Les premières clopes du pacson qu’elle aura séché avant ce soir. Toxicomane tabagique sur la voie du repentir – j’arrête de fumer l’année prochaine, promis, juré – j’ai du mal à suivre son rythme de combustion au lieutenant Dùc Ti Huong Giang, ma collègue de la Crim locale. Giang. Quand j’ai expliqué à Nono au téléphone qu’on m’avait adjoint une belette comme poissonpilote, le balèze a commencé par ricaner, sur le ton du persi flage lourdingue, son humour de troisième mitemps. – Ils t’ont vu revenir, les Toulousains. Ta réputa tion t’a précédé sans doute. Ils ont pensé qu’en ayant
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direct le cassecroûte sous la main, ça t’éviterait d’aller rôder la nuit. Sacré Poco va, t’es vraiment un petit verni… – Tu y es pas du tout, pauvre pomme. Tu verrais la taupe, demibridée mais pas du tout le style geisha, elle évoque pas trop les délices asiatiques. C’est pas le genre Kamasutra, plutôt l’esprit des samouraïs à katana et barbichette. Un vrai sac d’os, de muscles et de nerfs, championne de tir et de karaté, deuxième dan de judo. Bien roulée dans le genre sportive, mais pas du style à se laisser culbuter sur le bureau. Mon impression, c’est qu’elle est un peu mec aux entour nures. – Comment ça, un peu mec ? – Une intuition comme ça. Je crois qu’elle pré fère les meufs. Elle serait du crayon, tu vois ? Genre triangle en proue, gazon maudit. * – Une gougnasse ? Ohfabe de Deu!... Mon pauvre Germi, t’as vraiment pas de bol. Pas de bol. Voilà ce qu’il en pense Nono Ferrer, mon coéquipier beaucoup catalan et parfois un peu ** burro .Norbert Ferrer dit Nono 6, extroisième ligne de l’Usap, un mètre quatrevingtsept, cent dix kilos, convaincu que ni le deuxième sexe et encore moins le troisième n’ont rien à glander dans la communau té virile et rustique des commissariats de police, pas plus que dans les équipes de rugby qui doivent res ter velues et quasiment préhistoriques. Encore qu’il faudrait peutêtre nuancer le propos, depuis le « co ming out » de GarethleGallois  il fallait les avoir bien accrochées, respect,captain – tandis queLos Valentsde Montpellier, ont monté leur premier tour
* Fève de Dieu ! ** Âne en catalan, dans le sens de bourru
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noi gay européen à VilleneuvelezMaguelone – j’ai lu ça dansLa Dépêche. Sans compter que les stars de l’ovale exhibent leurs super pectus, leurs abdos en tablettes de chocolat, leur toison pubienne et surtout leurs petits culs bien ronds dans un calendrier qui doit déclencher pas mal de paluchages frénétiques, et pas seulement chez les dames. A titre perso, même si je kiffe pas mal le rugby, en souvenir du temps où je chaussais les crampons avec l’équipe du bahut, je préfère quand même afficher dans ma cuisine le ca lendrier Pirelli. Bueno, je ne vais quand même pas m’épuiser à refaire l’éducation de Nono. Déjà que je peine moi même à m’adapter aux nouvelles mœurs comme à la nouvelle police… Je sonde Giang en commandant deux autres caouas serrés. – En dehors des revues et des livres de socio, elle lisait quoi, Manu ? – J’ai repéré deux bouquins en particulier : la Bible sataniqued’Anton Szandor Lavey et un roman de Sire Cédric,L’enfant des cimetières. Du noir de chez noir. – Boudu ! Elle avait de drôles de goûts… – Drôles de goûts, mais tu sais, plein de gens sont branchés sectes et ésotérisme en ce moment, note Giang. N’empêche qu’on va gratter aussi de ce côté là. Et sur la dernière page de laBible satanique, il y avait aussi ces drôles de noms ou prénoms :Belial, Abalam, Lilith. Les mêmes que sur son agenda, mais là aussi sans téléphone correspondant. On a aussi un Karl. Sans adresse, ni téléphone… – Peutêtre des petits copains, des contacts codés. Faudra voir. Elle avait un portable, la gamine. Et un ordi. Ça donne quoi ?
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