Les Derniers jours du Condor

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Traumatisé, gravement perturbé, le célèbre Condor est un agent hors service. Il vit sous surveillance médicale constante dans un appartement d'état à Washington. Un jour, en rentrant chez lui, il aperçoit une voiture blanche qui semble le suivre. Paranoïa induite par les médicaments ou réalité ? La vie du Condor bascule dans l'horreur quand il trouve l'agent fédéral chargé de veiller sur lui crucifié devant sa cheminée...  


Publié le : mercredi 30 septembre 2015
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782743633493
Nombre de pages : 378
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Présentation
Traumatisé par des missions à haut risque, l’agent connu sous le nom de code de « Condor » a été interné dans un hôpital psychiatrique secret de la CIA. Libéré, il travaille aujourd’hui à la Bibliothèque du Congrès. Deux agents chargés de sa réinsertion, Peter et Faye, s’assurent périodiquement qu’il prend ses traitements et ne fait pas de vagues. Un soir, en rentrant chez lui, le Condor trouve Peter égorgé et crucifié au-dessus de sa cheminée. « Rien de tel qu’un tableau dément pour faire porter le chapeau à un dingue », se dit-il. Ses vieux réflexes reprennent le dessus ; il rassemble quelques affaires et prend la fuite. Le cauchemar de sa jeunesse recommence. Le Condor est de nouveau un homme traqué qui va devoir vendre chèrement sa peau dans les rues kafkaïennes de Washington. Son salut viendra peut-être des femmes qui vont croiser sa route… James Grady est l’auteur du mythique romanLes Six Jours du Condor, adapté par Sydney Pollack avec Robert Redford. Ancien journaliste d’investigation et attaché parlementaire, il est familier des arcanes de Washington. Cette expérience lui a inspiré plusieurs romans dontLe Fleuve des ténèbres, Tonnerre et La Ville des ombres. « Un regard essentiel et attristé sur les Etats-Unis d’aujourd’hui. » The Washington Post
Titre original :Last Days of The Condor
Éditions Payot & Rivages, Paris
payot-rivages.fr
Couverture : © Getty Images.
© James Grady, 2015 © 2015, Éditions Payot & Rivages pour la traduction française
ISBN : 978-2-7436-3349-3
« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »
Pour desmon Jack Gray…
… toi qui cours vers emain
CONTINUE DE T’EXTASIER
Buddy Holly, « Rave On »
De merveilleux artistes et collègues et inspirateurs ont aidé leCondorà s’envoler, plus un certain nombre d’amis et de soutiens fidèles et de sources fiables. MERCï à vous tous, en particulier : Jack Anderson, Rick Applegate, James Bamford, Richard Bechtel, David Black, Hind Boutaljante, Jackson Browne, Buffalo Springfield, L. C., Michael Carlisle, Tracy Chapman, Tina Chen, Stephen Coonts, Citizen Cope, Dino de Laurentiis, Nelson DeMille, Sally Denton, Sally Dillow, Tom Doherty, The Doors, Faye Dunaway, Bob Dylan, Jean Esch, Bob Gleason, Bonnie Goldstein, H. G., Nathan Grady, Rachel Grady, John Grisham, François Guérif, Julien Guérif, Jeanne Guyon, Jeff Herrod, Seymour Hersh, John Lee Hooker, Richard Hugo, Stephen Hunter, The Kingston Trio, Starling Lawrence, L. M., Ron Mardigian, Mark Mazzetti, Maile Meloy, Lee Metcalf,The New York Times, Roy Orbison, J. P., George Pelecanos, Otto Penzler, Seba Pezzani, Walter Pincus, Sydney Pollack, Kelly Quinn, David Rayfiel, Robert Redford,Rivages noir, Cliff Robertson, S. J. Rozan, Derya Samadi, Roberto Santachiara, Lorenzo Semple Jr., Yvonne Seng, David Hale Smith, Bruce Springsteen, Steely Dan, Jeff Stein, Buffy Ford Stewart, John Stewart, Roger Strull, Max von Sydow, Simon Tassano, Richard Thompson, Shirley Twillman, Paul Vineyard, B. W., Jess Walter,The Washington Post, Tim Weiner, Les Whitten, David Wood, Bill Wood, The Yardbirds, Jesse Colin Young, Warren Zevon et Anlan Zhang.
1
«Something’s happening here…»
Buffalo Springfield, « For What It’s Worth »
Une équipe de surveillance lui tomba sur le dos en ce lundi soir pluvieux à Washington, DC, alors qu’il venait de quitter son boulot de couverture à la Bibliothèque du Congrès et relevait sa capuche devant la porte de service en cuivre du John Adams Building. Une voiture blanche. Indicateur Unde la présence d’une équipe dans la voiture blanche : ses vitres et son pare-brise teintés. Indicateur Deux: un ronronnement de moteur pile au moment où les premières gouttes de pluie touchaient la capuche bleue de la parka d’alpinisme rabattue sur ses cheveux argentés. Il repéra la voiture blanche garée en stationnement interdit à l’angle de e la 3 Rue et de A Street Southeast, une artère bordée de maisons de ville qui partait des abords du Congrès et traversait la partie résidentielle de Capitol Hill. Indicateur Trois: la pluie glaciale lui permit de voir des volutes de gaz d’échappement gris derrière la voiture blanche ronronnante. Qui ne s’engagea pas dans la circulation. Qui resta là, essuie-glaces à l’arrêt, tandis que les larmes du ciel s’écrasaient sur son pare-brise teinté. Indicateur Quatre: personne ne surgit d’une maison proche pour trotter vers la voiture blanche. Aucun banlieusard sortant du travail ne se précipita vers elle sous la pluie pour y recevoir un baiser de sa moitié. Indicateur Cinq: il sentait leur présence. Les maîtres ès arts martiaux chinois parlent du poids d’un regard hostile dans votre dos, de la pression palpable duchil’ennemi. de Kevin Powell – qui avait eu la gorge tranchée dans un bordel d’Amsterdam l’année où l’Union soviétique avait envahi l’Afghanistan et où le Shah s’était fait renverser en Iran malgré le soutien de la CIA – Kevin insistait toujours sur la nécessité d’écouter ses tripes, ses sensations. Pour éviter de finir taillé en pièces au fond d’une ruelle à minuit. Ou de se réveiller en hurlant dans un caisson d’acier. Ce lundi-là, à Washington, l’homme aux cheveux argentés, immobile sur le ciment sous une froide pluie printanière, sut d’emblée interpréter ses picotements. Un, deux, trois, quatre, cinq.Autant que les doigts de la main, une main qui signifiait équipe de surveillance. Il regarda sur sa gauche le trottoir qui courait devant le John Adams Building, avec ses six étages de pierre blanche plus ses sous-sols regorgeant de
savoir et de secrets. La porte en cuivre verrouillée derrière lui était capable de résister à une voiture bélier ou aux coups de poing d’un gorille géant. e Un homme arriva à pied par la 3 Rue comme s’il voulait passer devant l’Adams Building : blanc, brun, entre trente-cinq et quarante ans, costume et cravate de guerrier en col blanc sous un manteau beige, chaussures marron pas du tout conçues pour la course, tenant d’une main gantée de brun un parapluie noir et de l’autre un portable plaqué contre son oreille. « Tu es où ? » demanda-t-il. Ça pouvait être une ruse d’espion. Pour communiquer des infos à son équipe via un faux coup de fil. Mais l’homme aux cheveux argentés n’y crut pas :Totalement superflu. Le costard-cravate à parapluie et portable se rapprochait de plus en plus, presque perpendiculairement à lui, et ses chaussures marron ridaient à chaque pas les flaques du trottoir sombre. Il fut rejoint par un flot d’inconnus qui ressemblaient tous à d’innocents Américains en route vers quelque part après le boulot un lundi soir. Quand une équipe est là pour vous liquider, il vaut parfois mieux mettre en avant le REEM, le Risque Élevé d’Exposition Médiatique lié à votre assassinat, que de chercher à fuir. L’homme aux cheveux argentés enfouit les mains dans les poches tempête de sa parka bleue à capuche et s’éloigna de l’Adams Building. Sans courir. Il se fondit dans ce flot de huit piétons, dont cinq étaient abrités sous des parapluies. Tel un pingouin bleu, il se faufila en diagonale au centre du groupe de parapluies – l’élimination collatérale de passants innocents étant un facteur classique de REEM. La meilleure solution. Sauf si le groupe au sein duquel il venait de se glisser faisait partie de l’équipe. En 2010, les services secrets israéliens avaient mobilisé rien moins que vingt-neuf hommes pour assassiner un dirigeant du Hamas dans une chambre d’hôtel de Dubaï. Bien sûr, l’envoi d’une équipe ne signifiait pas forcément qu’on voulait l’assassiner, ni juste le surveiller : ces inconnus qui marchaient autour de lui à l’abri de leur parapluie sur un trottoir de Capitol Hill pouvaient aussi être un commando de ravisseurs par lequel il s’était laissé encercler. Mais il ne sentit aucune vibration de typechasseurde ses voisins lancés à émaner grands pas vers l’enfilade de restaurants de Pennsylvania Avenue, qui commençait après les trois immeubles aux faux airs de palais hébergeant les bureaux de la Chambre des représentants. Il se revit en sixième, en route pour le collège avec d’autres gosses. L’odeur des vélos lui revint en mémoire. Nous sommes tous des gosses à vélo, pensa-t-il.Un vol d’oiseaux. Il se demanda siw h o u fson vol d’inconnus à parapluie saurait percevoir un changement dans l’ordre de l’univers et virer de bord et puisnon, il n’avait pas couru pour les rejoindre, même s’il se rappelait les joies de la course de fond avant que ses genoux, son dos et les éclats de la balle fichée dans son épaule gauche se liguent tous contre lui. À l’époque, il était de passage à Washington et les forces aux commandes de ce pays béni par la bombe à hydrogène ergotaient sur une histoire de pipes taillées à la Maison Blanche. C’était pendant ce séjour professionnel qu’il avait ressenti en faisant son jogging des douleurs porteuses d’un message facile à décrypter :fini de courir pour le plaisir et la santé.Il s’était résigné à cette évolution.
Mais tout comme il se souvenait de l’affaire des pipes, il se souvenait que si on courait vite et qu’il y avait un gosse dans les parages, on avait de meilleures chances de s’en tirer parce que les snipers de Beyrouth cherchaient en priorité à blesser les enfants pour que d’autres sortent les secourir.Cours,tu devrais pouvoir atteindre une porte, sauf e qu’il aurait fallu qu’elle soit là-bas au lieu d’être comme ce soir à l’angle de la 3 Rue SE et d’Independence Avenue, et tu n’as pas non plus de vélo et il n’y a ni porte protectrice, ni la fumée noire puante des pneus en train de brûler sur une barricade. Concentre-toi: On est ici. On est maintenant. À Washington, DC. Un soir de pluie glaciale. Raccroche-toi à ça. Tu peux te raccrocher à ça. Bien sûr. Tu as une équipe sur le dos. À défaut d’autre chose, montre un peu de fierté. Oblige-les à se donner du mal. Quel que soit leur but. e La 3 Rue SE est une artère à sens unique partant de la très fréquentée Pennsylvania Avenue avant de couper Independence Avenue, qui file jusqu’à la sortie de e Washington tel un mirage d’évasion. La 3 Rue, ce sont des files ininterrompues de voitures garées tant du côté de l’Adams Building que de l’autre, devant des maisons de ville où opèrent souvent les comités d’action politique de parlementaires dont les bureaux publics sont à deux blocs de là, soit quatre minutes de marche à peine entre leurs devoirs officiels et ces locaux privés d’où ils peuvent pratiquer en toute légalité le racolage téléphonique pour financer leurs campagnes. Tous les véhicules… Disons la voiture blanche d’une équipe de surveillance. … Tous les véhicules stationnés face à l’Adams Building sur A Street, à une rue au nord d’Independence Avenue, étaient contraints de partir vers la droite : le seul choix licite. La position que ses petits camarades avaient adoptée leur interdisait de faire demi-e tour et de descendre la 3 Rue à contresens comme il le faisait tous les jours pour regagner son domicile à pied, donc… Donc ils connaissaient son parcours habituel. Donc ils appartenaient à cette catégorie deils: informés,briefés. Donc il n’allait pas – ne pouvait pas – passer devant eux, fouler le trottoir d’A Street SE aussi près delà où. Dès qu’ils verraient qu’il était dehors et se dirigeait, à pied, vers Independence Avenue, ils s’engageraient dans le flot à sens unique de la circulation et tourneraient sur la droite comme si de rien n’était. Puis ils feraient le tour du bloc. Entre les bouchons de l’heure de pointe et le temps pluvieux, il y avait de fortes chances pour qu’ils arrivent à l’intersection de Pennsylvania e Avenue et de la 3 Rue SE à temps pour voir s’il déviait vers les bars et restaurants de Pennsylvania ou s’il suivait son trajet de tous les jours en prenant Independence côté nord. Il y avait de fortes chances pour qu’il continue sur sa lancée dans le sens de la circulation sortante, ce qui leur permettrait de le filer au ralenti, en se déplaçant d’une place de stationnement à l’autre pour le garder en ligne de mire. Des yeux dans son dos jusque chez lui. Au cas où ils lui auraient aussi collé au train un agent à pied, il se retint de se retourner.
Il se contenta de balayer du regard les lumières vives en provenance des restaurants, des cafés franchisés et des bistrots fréquentés tant par des petites mains du Congrès qui carburaient à la bière en bouteille que par des lobbyistes aux tables desquels le champagne coulait à flots. Il étira le cou au maximum vers les grosses ampoules jaunes du panneau de signalisation géant installé après le 11 Septembre, avec sa flèche impérieuse qui ordonnait à tous les camions de quitter Pennsylvania Avenue, c’est-à-dire l’itinéraire qui leur permettait autrefois de passer entre les annexes de la Chambre des représentants et l’emblématique Capitole. Il vit un agent de la police du Congrès de faction sous la pluie près d’une voiture de patrouille stationnée à la hauteur de la flèche clignotante. Que le chauffeur qui s’aviserait de désobéir à l’ordre de déviation soit un plouc perdu transportant une cargaison d’arbres morts ou un kamikaze au volant d’un fourgon de location bourré d’une concoction à base de fertilisant assez puissante pour dévaster deux blocs entiers, le flic savait qu’il devrait prendre le risque de défendre l’entrée de la zone interdite en tirant dans ses pneus avant qu’il ait la moindre chance de faire sauter le cœur du gouvernement américain. Le regard de l’homme aux cheveux argentés fila au-delà du flic debout à côté de sa bagnole et de la flèche de déviation. Il songea qu’à un peu plus de deux rues de là, à travers les arbres nus, il voyait déjà la forme du Capitole ; il devinait son dôme, blanc et lisse sous la pluie. Avant, puis encore quelque temps après le Watergate, le FBI avait disposé d’une antenne clandestine sur Pennsylvania Avenue dans l’un des premiers immeubles privés qui s’offrit à son regard lorsqu’il cessa d’observer le secteur du Congrès et se retourna. Un immeuble de béton à façade lisse, dont le parking souterrain était fermé en permanence. Il avait appris l’existence de leur repaire à l’époque oùcette vie avait commencé pour lui. La présence du FBI dans ce bâtiment gris sur trois niveaux faisait l’objet de ragots colportés par toutes sortes d’habitués du Capitole, y compris des parlementaires et leurs collaborateurs. Chaque fois que l’une de ces personnes avait le culot et le courage d’interroger le Bureau sur cet immeuble bâti à la lisière du Congrès et du monde, la réponse officielle du FBI consistait à présenter l’endroit comme « un centre de traduction ». Ben voyons, pensa-t-il :Et comment traduit-on ça ? Il attendit au coin de la rue où il avait désormais son travail, respectueux du feu tricolore, et scruta le côté sud d’Independence Avenue en tournant juste assez la tête à l’intérieur de sa capuche bleue pour pouvoir repérer à la périphérie de son champ de vision la possible émergence dans la circulation d’une,disons, voiture blanche. L e DON’T WALK auquel il faisait face était éclairé en orange, tout comme le bonhomme stylisé barré d’un trait oblique qui l’accompagnait et les chiffres du compte à rebours clignotant : … 30… 29… 28… Avant de laisser libre cours à sa furie en 1998, le forcené solitaire du Montana, qui avait tué deux flics du Congrès en tentant une entrée en force dans le Capitole, avait fait un passage, juste en face de l’endroit où se tenait à présent l’homme aux cheveux argentés, par ce qui était depuis plusieurs décennies le siège d’un parti politique marginal. On ne saura jamais ce que le forcené diagnostiqué schizophrène paranoïaque voulait à ces gens-là, mais le fait est qu’il avait été attiré par eux. Le fondateur, révéré mais défunt, de ce groupuscule, qui avait changé d’adresse par la suite, dormait alors avec au pied de son lit une statue en métal noir grandeur nature d’Adolf Hitler, et son parti vendait de
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