Les Douze Coups de l'Archange

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Un meurtre commis dans un jardin du festival de Chaumont-sur-Loire sidère par sa mise en scène.
La juge chargée de l’enquête appelle le commandant Boistôt comme consultant. Tous sont loin d’imaginer que ce tueur (ou cette tueuse ?) qui ne correspond à aucun profil, frappera encore dans d’autres jardins célèbres. Et que font ces mystérieuses cartes du Mont Saint-Michel auprès des victimes ?
Très médiatisée, l’affaire fait croître tension, impatience et angoisse auprès de la population et des autorités.

Dans ce polar imbibé d’humanité, Robert Reumont emmène le pittoresque Boistôt, l’inénarrable Marnay et la sculpturale et incendiaire Wyvine, dans ces magnifiques régions de France où coulent de divins vins. Ce trio frondeur et épicurien investiguera à travers toute la France jusqu’au Mont Saint-Michel.

Mystère, surprises, suspense et humour (l ’auteur est belge)se liguent avec brio dans un récit palpitant. C'est également une découverte des meilleures spécialités culinaires et gastronomiques de nos régions.

Plaisirs, terroir, gourmandises, cuisine et saveurs.
Publié le : lundi 23 juin 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782917843932
Nombre de pages : 381
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Extrait


Un vent espiègle de fin de printemps batifole gaiement dans la cité chinonaise. Pour profiter de ces derniers jours de mai, j’ai répondu sans hésiter à l’invitation sympathique d’une terrasse de bistrot. Il flotte dans l’air une indolence estivale. Le soleil avive les couleurs des fleurs, rend éclatantes les tenues légères des passantes, fait étinceler dans mon verre l’élégante robe drapée d’or d’un sauvignon bien frais.
Après avoir étanché sa soif avec un Perrier, Wyvine part rejoindre son amie Malika à Tours. Je la regarde s’éloigner. Craquante ! Sa micro jupe corail et son top blanc subliment son bronzage divin. Sa démarche chaloupée magnifie la rondeur parfaite de ses fesses et le fuselage fabuleux de ses jambes. Je savoure ces instants de plaisir frangés de bonheur. Je mesure trop combien ils restent fragiles et fugaces.
Elle aime à rire elle aime à boire, elle aime à chanter comme nous, oui comme… Un emmerdeur ! Au moment où les fragrances de buis et de pêche de vignes se prolongent dans mon palais, le refrain de Fanchon égaie toute la terrasse. J’ai dégoté cette « chanson à boire » pour la sonnerie de mon insupportable. Je laisse le gouleyant sauvignon visiter mon palais sans répondre. Qui peut m’emmerder à cette heure, sinon mon crétin de directeur ? Je tiens à savourer pleinement ces rares moments de détente. Tout à mon aise, je poursuis ma dégustation avant d’entreprendre la lecture d’un reportage que vient de me consacrer Paris-Match.
Quelques articles de Laura Gizeux avaient déjà retenu mon attention par leur ton direct, la manière d’appréhender les sujets avec humour et brio. J’avais apprécié son style alerte, l’ironie avec laquelle elle stigmatisait l’angélisme, tournait en dérision les perpétuels « y a qu’à… » « faites pas ci, faites cela » et dénonçait les radicalisations sectaires qui envahissent petit à petit nos écrans, nos quotidiens et notre quotidien. Est-ce cette ironie, parfois cinglante, qui lui avait valu et lui vaut toujours une réputation sulfureuse et vénéneuse ? La guêpe ! Redoutée pour les aiguillons qui ponctuent ses écrits, réputée pour la hauteur de ses talons aiguilles et la finesse de sa taille, plusieurs la surnomment la guêpe. Je soupçonne fort Arielle Malerie, une de ses collègues, inventive et efficace dès qu’il s’agit de blesser, d’être la créatrice de ce surnom.
Ne suis-je pas à mon tour la cible des piques de Laura Gizeux dans cet article que je m’apprête à découvrir ? Même si notre rencontre s’est parfaitement déroulée, je tourne les pages du magazine avec une pointe d’appréhension.
Lorsque nous nous sommes rencontrés pour l’entretien, j’ai été surpris de me trouver face à une dame jeune encore. Son teint caramel, cadeau d’une mère martiniquaise, sa silhouette de rêve et ses courbes avantageuses en font une femme bien plus ravissante que je ne l’avais imaginé. Certains la prétendent ambitieuse, intrigante, hautaine. Je l’ai surtout trouvée séduisante et mystérieuse. Avec une élégance nonchalante elle a esquissé à maintes reprises un sourire énigmatique. Un charme secret émane de son regard, de son attitude réservée, furtive. Ses questions ciblées avec une redoutable finesse intuitive m’ont confirmé sa grande intelligence.

Très vite nous avions abordé les questions de justice et d’injustice ce qui m’avait permis de dénoncer l’insupportable fossé qui se creuse sans cesse entre les plus riches et les autres. J’avais conclu sur une note amère : lorsque j’arrête un criminel, j’éprouve le sentiment de n’avoir enlevé, muni d’une ridicule cuillère à café, qu’une pitoyable gouttelette d’un immense océan d’insolence, de cynisme, d’égoïsme, d’iniquité.
Ah ! Voici l’article. Trois pages pleines. N’aurait-elle pas déjà épicé son titre tapageur d’une pointe d’ironie ? « Un super flic démantèle une milice en Provence » ? Mes inquiétudes s’estompent au fil des paragraphes. Brillamment rédigé, l’article de Laura Gizeux rapporte les faits, le déroulement de l’enquête dans le Vaucluse et mes propos en toute loyauté. Aucune parole déformée, aucune réponse estropiée. Au risque de perdre son emploi, la journaliste a même le cran de restituer mes expressions imagées et mes coups de gueule. Elle sait pourtant qu’ils ne manqueront pas de déranger les apôtres de l’angélisme et du conformisme. « Quand on décide de faire un reportage sur le commandant Boistôt, on assume les risques. » m’avait-elle annoncé. Ce n’était pas que des paroles.
L’entretien s’était terminé dans ma cave par un voyage à travers le vignoble du pays. Tour à tour les bourgueil de la famille Caslot et de la famille Demont , les chinon de Bernard et Mathieu Baudry, les saumur du domaine de Fosse-Sèche avaient ravi nos palais. Nous avions terminé par une bouteille de Poyeux de Nady Foucault. Laura Gizeux devait encore avoir en bouche l’explosion des saveurs et en tête ce moment de convivialité lorsqu’elle rédigea son article. Aucune ironie, aucune perfidie, aucune trahison de mes propos, même entre les lignes. Et si elle ne parle pas de la manière dont s’est clôturée notre rencontre, elle ne manque pas de souligner, avec humour, mes compétences œnologiques et mon attachement à l’épicurisme rabelaisien.
Trois photos illustrent le reportage. Elles soulignent la profonde connivence et l’esprit d’équipe qui animent toute l’équipe.

Un trop bel article qui va me valoir de nouveaux ennemis. C’est ainsi : dans les familles comme au boulot, le succès et la réussite d’un des leurs peut déranger, agacer certains. Pour les besogneux bien alignés, sortir du rang s’assimile à une trahison. Ainsi, contrairement aux autres semaines, je sais qu’aucun exemplaire du Paris-Match ne traînera sur les bureaux. Cela évitera de parler d’un article qui écorche trop la vanité de mon directeur et de la plupart des collègues des autres brigades.
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