Les Etoiles du Sud

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Histoire d'amour pleine de fureur, Les Pays lointains nous laissaient Elizabeth face à sa solitude de jeune veuve, ayant perdu les deux hommes de sa vie. Les années passaient, elle restait seule avec son petit garçon de trois ans. Les Étoiles du Sud commencent un an plus tard, en 1856. tout l'amour de la jeune femme s'est reporté sur le petit Ned, et, mélangeant le souvenir de ses deux amours, elle met dans cette jeune existence une double vie. Mais, à vingt-deux ans, la passion n'a pas dit son dernier mot et les jeunes hommes qui tournaient autour d'elle lui tournent la tête. C'est le premier garçon vu à son arrivée en 1850 à Dimwood, qu'elle épousera. Mais, si l'amour est simple, rien ne l'est dans un cœur. Le bonheur physique la laisse toujours insatisfaite : Elizabeth, née amoureuse, voudrait tous les beaux visages des jeunes hommes qu'elle voit.


L'époque devient de plus en plus guerrière, l'Histoire fait irruption dans la vie quotidienne. Et voilà dans leurs uniformes, plus séduisantes encore, ces innombrables statues vivantes qui poursuivent Elizabeth dans ses rêves. Il y a, en la jeune femme, cette faim de l'autre qui la rend si actuelle. Bien sûr, elle n'est qu'un des personnages du livre, d'autres – le petit Ned – par exemple, envahissent les pages... La guerre éclate. Le Sud entier ne fait plus qu'un seul cœur.


Julien Green a écrit le livre dont il rêvait déjà en 1919, quand, jeune sudiste, il débarquait dans une autre Amérique. Toute sa famille est derrière lui et il est seul, en Europe, à connaître la vie de ce temps-là et l'Histoire vraie du Sud.


Publié le : jeudi 25 décembre 2014
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EAN13 : 9782021232523
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couverture

De parents américains originaires des États du Sud, Virginie et Géorgie, fixés en France depuis 1885, Julian Green est né à Paris en 1900. En 1916, le jeune protestant se convertit au catholicisme. En 1917, il s’engage dans les ambulances américaines et part pour le front, en Argonne d’abord, puis étant donné son jeune âge est renvoyé dans ses foyers. Mais il se rengage pour la Croix-Rouge américaine sur le front italien. En 1918, il est alors détaché comme aspirant dans l’armée française et démobilisé en 1919.

Son père l’envoie achever ses études aux États-Unis, son pays, qu’il ne connaît pas encore. À l’Université de Virginie, 1919-1922, il écrit son premier récit, L’Apprenti psychiatre, aussitôt publié, et noue des amitiés qui dureront toute sa vie. De retour en France, à partir de 1924, il publie romans, essais, théâtre et son célèbre Journal.

Décédé à Paris le 13 août 1998, Julien Green est une des figures majeures de la littérature française. Il laisse une œuvre importante, romans et théâtre, et son Journal, qui traverse tout le XXe siècle. Il avait francisé son prénom de Julian en Julien, sur les conseils de Gaston Gallimard, qui fut son premier éditeur.

DU MÊME AUTEUR

Œuvres complètes

Vol. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 et 8

La Pléiade, 1971, 1973, 1975, 1976, 1977, 1990, 1994, 1998

et Album Green, 1998

 

Pamphlet contre les catholiques de France

Suivi de Ce qu’il faut d’amour à l’homme

Fayard, 1996

 

L’Autre

roman

Fayard, 1994

et « Le Livre de poche », no 14042

 

Frère François

(Vie de François d’Assise)

biographie

Seuil, 1983, 2005

« Points biographie », no 8

et « Points », noP325

 

Paris

essai

Fayard, 1995

 

Si j’étais vous

Fayard, 1993

et « Le Livre de poche », no 13834

 

Mont-Cinère

roman

Fayard, 1996

et « Biblio romans », no 3450

 

Histoires de vertige

nouvelles

Fayard, 1997

 

L’Autre sommeil

roman

Fayard, 1994

et « Le Livre de poche », no 14200

 

Léviathan

roman

Fayard, 1993

et « Le Livre de poche », no 3420

 

Chaque homme dans sa nuit

roman

et Fayard, 1997

 

Le Visionnaire

roman

Fayard, 1994

et « Le Livre de poche », no 828

 

Le Malfaiteur

roman

Fayard, 1995

et « Le Livre de poche », no 14336

 

Les Pays lointains

roman

Seuil, 1978

« Points Roman », no R381

et « Points », no P2104

 

Le Langage et son double

essai

« Points Essais », no 190, 1987

et Fayard, 2004

 

Suite anglaise

essai

et Fayard, 1995

 

Le Mauvais lieu

roman

Fayard, 1995

et « Le Livre de poche », no 14336

 

Sud

théâtre

Seuil, 1988

et Flammarion bilingue, no 1369

 

Le Voyageur sur la Terre

nouvelles

Fayard, 1997

 

Liberté chérie

essai

Seuil, 1989

 

Moïra

roman

Seuil, 1989

et Fayard, 1997

 

Journal du voyageur

(avec 100 photos par l’auteur)

Seuil, 1990

 

L’Homme et son ombre

essai bilingue

Seuil, 1991

 

Jeunes années

autobiographie

Seuil, 1992

et en 2 vol, « Points », no P515 et P516

 

Épaves

roman

Fayard, 1994

et « Le Livre de poche », no 13855

 

Minuit

roman

Fayard, 1994

et « Le Livre de poche », no 13911

 

Adrienne Mesurat

roman

Fayard, 1994

et « Le Livre de poche », no 3418

 

Dixie

roman

Fayard, 1994

et « Points », no P280

 

Varouna

roman

Fayard, 1995

 

Dionysos ou La Chasse aventureuse

poème en prose

Fayard, 1997

 

Jeunesse immortelle

Gallimard, 1998

 

Souvenirs des jours heureux

Flammarion, 2007

 

L’Inconnu et autres récits

Fayard, 2008

 

L’Amérique

Fayard 2008

 

Théâtre

L’Étudiant roux, L’Ennemi, L’Ombre,

Demain n’existe pas, L’Automate

Flammarion, 2008

Journal

 

On est si heureux quand on a 19 ans, 1919-1924

I. Les Années faciles, 1926-1934

II. Derniers Beaux jours, 1935-1939

 

La Fin d’un monde, 1940

III. Devant la porte sombre, 1940-1943

IV. L’Œil de l’ouragan, 1943-1945

V. Le Revenant, 1946-1950

VI. Le Miroir intérieur, 1950-1954

VII. Le Bel Aujourd’hui, 1955-1958

VIII. Vers l’invisible, 1958-1966

IX. Ce qui reste de jour, 1966-1972

X. La Bouteille à la mer, 1972-1976

XI. La Terre est si belle…, 1976-1978

XII. La Lumière du monde, 1978-1981

XIII. L’Arc-en-ciel, 1981-1984

XIV. L’Expatrié, 1984-1990

XV. L’avenir n’est à personne, 1990-1992

XVI. Pourquoi suis-je moi ?, 1993-1996

XVII. En avant par-dessus les tombes, 1996-1997

XVIII. Le Grand Large du soir, 1997-1998

Œuvres en anglais

The Apprentice Psychiatrist

The Virginia Quarterly Review, 1920

 

Memories of Happy Days

New York, Harper, 1942 ; Londres, Dent, 1942

 

Traductions de Charles Péguy :

Basic Verities, Men and Saints, The Mystery

of Charity of Joan of Arc, God speaks

New York, Pantheon Books, 1943

Traductions en français

Merveilles et Démons, nouvelles de Lord Dunsany

Seuil, 1991

Texte en allemand

 

Les statues parlent

Texte de l’exposition des photos de Julien Green sur la sculpture à la Glyptothèque de Munich, 1992

A tous les soldats
du Sud et du Nord
tombés dans une guerre
fratricide.

1

LE PETIT CONSPIRATEUR



CHAPITRE I

L’enfant se tenait à quatre pattes aux pieds de sa mère et faisait semblant de cueillir les roses d’un tapis de Perse. Comme il l’expliquait tout bas à un compagnon invisible, il composait un bouquet pour la personne qu’il aimait le plus au monde. Minuscules, ses doigts, plus semblables à des fleurs vivantes que celles du jardin de laine multicolore, désignaient une rose, puis une autre, s’attardaient à bien choisir.

Elizabeth le surveillait du coin de l’œil, mais, depuis un instant, elle dirigeait son attention ailleurs, vers la porte ouverte du salon. Debout sur le seuil de la pièce vert et or, une femme gardait une attitude hésitante.

— Eh bien, fit Elizabeth, allons-nous rester longtemps à nous considérer sans rien dire ? Qu’attendez-vous, Miss Llewelyn ? Entrez et asseyez-vous.

La Galloise dans sa robe grise était coiffée d’un petit chapeau de paille noir à bords plats qui lui donnait un faux air de respectabilité bourgeoise.

Elle entra et s’assit sur le bord d’un fauteuil.

— Je vois bien, fit-elle, que ma visite est pour vous une surprise… je n’ose dire une bonne surprise.

Pendant quelques secondes, elle parut espérer une protestation qui ne vint pas.

Aux yeux d’Elizabeth elle surgissait comme l’apparition d’un passé dont une balle au cœur avait marqué la fin… La visiteuse ne semblait pas en avoir le soupçon.

« Après plus de quatre longues années de silence…, soupira-t-elle.

Ses prunelles couleur d’eau de mer s’attachaient au visage d’Elizabeth, mais celle-ci ne broncha pas. La Galloise reprit :

« J’ai dans le cœur des paroles qui ne montent pas à ma bouche.

— Excusez-moi, dit la jeune femme, mais si cela vous gêne de les dire, ne croyez-vous pas qu’il serait préférable qu’elles restent là où elles sont, jusqu’à une autre fois ?

Soudain elle se leva. Ne pouvant soutenir le regard de Miss Llewelyn, elle alla se tenir à la fenêtre comme pour observer les promeneurs. Elle les envia de se promener librement sous les arbres.

Intrigué, le petit garçon se dressa près d’elle et tira sur les plis de sa jupe :

— Mamma, fit-il.

— Laisse-moi, mon amour, murmura Elizabeth. Je suis avec cette dame.

— Je t’aime, fit-il.

Elle caressa la tête de l’enfant, puis se retourna vers Miss Llewelyn et fit un effort pour lui sourire.

— Je n’ai pas dit cela pour vous blesser, dit-elle d’un trait. Donnez-moi plutôt des nouvelles de Dimwood où je n’ai pas mis les pieds depuis toutes ces années. Mr. Charles Jones ne m’en parle presque jamais. On dirait qu’il ne veut pas.

Le ton naturel donné volontairement à ces paroles la rassura elle-même, rendait moins alarmante la présence de cette femme tout enveloppée de souvenirs intolérables.

Miss Llewelyn soupira :

— Depuis, Mr. Hargrove n’est plus le même avec personne, mais Dimwood n’a pas changé. Dimwood ne bouge pas. Miss Minnie s’est mariée et vit à La Nouvelle-Orléans. Vous vous souviendrez qu’elle s’était fiancée à ce gentleman de la Louisiane juste avant… avant l’événement…

— Je sais, fit Elizabeth avec impatience, cela suffit.

Elle reprit sa place dans son fauteuil.

— Terrible, terrible, marmonna Miss Llewelyn.

Toute pâle, Elizabeth serra contre elle son petit garçon.

— Et Susanna ? demanda-t-elle.

— Miss Susanna a déclaré qu’elle ne se marierait pas. On lui a demandé pourquoi. Elle a dit qu’elle avait ses raisons. Je connais ces raisons-là.

— Vraiment ? Et Mildred ? Et Hilda ?

— Toutes deux fiancées à de jeunes officiers, mais cela traîne, cela traîne. Les autres vont bien, mais ils s’ennuient. Vous seriez la bienvenue là-bas. On vous regrette, on parle de vous. Les jardins sont plus odorants que jamais. Des fleurs en masse jusqu’aux abords des bois.

Pendant l’espace d’une seconde, Elizabeth se revit là-bas, près des magnolias au bas des marches de la véranda, et elle ferma les yeux. Tout à coup elle se ressaisit comme si elle recevait un choc.

— Il y a quelqu’un dont vous ne parlez pas, dit-elle.

— En effet, Mr. William Hargrove. Vous a-t-on appris qu’il était malade ?

— Mr. Jones m’a mise au courant d’une façon un peu vague.

On eût dit alors que dans toutes les rides du visage qui l’observait se glissait une lueur de triomphe.

— Voilà trois jours, au réveil, le médecin de Mr. Hargrove lui a fait comprendre qu’il n’en avait plus que pour un mois.

— Oh ! Comment l’a-t-il pris ?

— Aussi mal que possible. Il a hurlé qu’on ne l’avait pas soigné comme on aurait dû, il a accusé son médecin de manquer de conscience et il a décidé de refaire son testament. Mr. Charles Jones a tenté de le calmer. Rien à faire.

— Je comprends que vous soyez émue, Miss Llewelyn.

— Si vous aviez été là, si vous pouviez imaginer ce que j’ai vu et entendu…

Tout à coup elle se leva et parut grandir comme si une force intérieure lui donnait les dimensions d’une géante et la pièce aux dorures délicates s’assombrit. Le sang de sa race parlait soudain chez cette femme avec l’inspiration violente de son pays natal. Elle se mit à discourir comme une visionnaire, le regard plongeant au loin, tout au-delà de la jeune Anglaise qui l’écoutait malgré elle, saisie par la magie d’une hallucination.

De son côté, l’enfant ouvrait des yeux brillants dans un visage extasié que cernaient en masse des boucles noires aux reflets roux. Toute son attention semblait concentrée dans un petit nez levé vers la Galloise devenue pour lui monumentale.

« Le Dimwood que vous avez connu n’a pas changé, car rien ne bouge à Dimwood, sauf dans le cerveau des habitants, et là, quel tumulte ! Vous souvenez-vous de la grande salle à manger où tout le monde se retrouvait à chaque repas ? Eh bien, voyez-y la longue table dépouillée de sa nappe. Tout au bout, un vieillard décharné assis sur une chaise dont le dossier dépasse largement son crâne chauve, car l’atroce maladie qui le ronge lui arrache ses dernières mèches blanches et sa taille est à présent celle d’un garçonnet. Vous voilà vengée de cet homme qui vous tourmentait de ses désirs. William Hargrove, hier maître de la maison à colonnes blanches qui échappe aujourd’hui à ses mains squelettiques.

Elizabeth eut un cri :

— Oncle Charlie ne m’avait pas dit que Mr. Hargrove en était là. Je le plains de tout mon cœur — malgré tout.

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