Les fossoyeurs

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Un journaliste établi à Vancouver profite d’un séjour à Québec pour faire des recherches, à la demande d’une amie, sur le passé de son aïeul chinois. Il découvrira un visage méconnu de sa ville natale : celui des sépultures de la communauté chinoise et d’un possible trafic d’ossements, celui d’un tunnel inachevé et des marginaux qui s’y retrouvent et celui des tragiques incendies, nombreux, qui ont stigmatisé la vieille capitale.
Publié le : mardi 11 octobre 2011
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EAN13 : 9782895971610
Nombre de pages : 156
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Dans la mémoire de Québec
ANDRÉ L AMONTAGNE Les fossoyeurs
ROMAN
DA NS L A MÉMOIR E DE QUÉBEC LES FOSSOY EUR S
DU MÊME AUTEUR
Nouvelles Le tribunal parallèle, Ottawa, Éditions David, .
Études Le roman québécois contemporain : les voix sous les mots, Montréal, Fides, . Les mots des autres. La poétique intertextuelle des œuvres romanesques d’Hubert Aquin, Québec, PUL, .
André Lamontagne
D    Q Les fossoyeurs
ROM A N
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Lamontagne, André, 1961- Les fossoyeurs / André Lamontagne. (Dans la mémoire de Québec) (Voix narratives) ISBN 978-2-89597-147-4  I. Titre. II. Collection: Lamontagne, André, 1961- . Dans la mémoire de Québec. II. Collection : Voix narratives. PS8623.A486F68 2010 C843’.6 C2010-904005-8
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La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné, où gisent sans honneurs des morts qu’ ils ont cessé de chérir.
Marguerite Y
Nous vivons tous dans une maison en feu, et personne pour éteindre celui-ci, et pas la moindre issue, uniquement les fenêtres du dernier étage, par lesquelles regarder au-dehors, pendant que le feu consume la maison et nous-mêmes qui y sommes enfermés, pris au piège.
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I
Pour entrer dans cette histoire, il faut imaginer la sensa-tion de la terre dans la bouche, visualiser la topographie inaliénable qui divise Québec entre la ville basse et la ville haute et saisir la géographie fragile de Vancouver, ouverte à toutes les eaux. Il faut aussi avoir la foi des désespérés et croire en des filiations souterraines. Mon récit prend naissance sous la pluie, une pluie qui tombait sur Vancouver depuis cinq jours lorsque Rachel Ng vint frapper à ma porte et rompre ainsi la monotonie d’un dimanche de novembre. Ma voisine possédait une maison modeste, un jardin magnifique et une rare maîtrise du français. Je savais peu de chose d’elle sinon qu’elle avait étudié plusieurs années à Paris et qu’elle gagnait sa vie comme interprète. Je ne lui connaissais ni mari ni enfants. À l’œil, je lui donnais une cinquantaine d’années. Rachel habitait avec son père qui, à un âge vénérable, faisait le commerce de la porcelaine et autres articles d’importation dans une boutique de la rue Pender, en plein cœur du quartier chinois. Jusqu’à ce matin de novembre, mes conversations courtoises avec Rachel avaient toujours eu lieu le long de la ligne imaginaire qui démarque nos propriétés contiguës. Informée de mes origines québécoises et de mon travail de journaliste, Rachel se faisait un point d’honneur de tou-jours s’adresser à moi en français. 9
DA NS L A MÉMOIR E DE QUÉBEC
— Père est mort il y a une semaine, me dit-elle d’une voix contenue, le seuil de ma porte à peine franchi. Je lui offris mes condoléances et l’invitai à s’asseoir pour prendre une tasse de thé. — Du thé anglais, précisai-je en manière d’excuse avant de disparaître dans la cuisine. Lorsque je revins au salon, Rachel regardait la pluie ruisseler sur la fenêtre. Elle accepta avec un sourire poli la tasse que je lui tendais, la déposa sur une table et m’exposa le but de sa visite. — J’aurais un service à vous demander. — Tout ce que vous voulez, répondis-je, imaginant quelque détail d’ordre pratique. — Voilà. J’ai commencé à ranger les papiers de Père. Rachel s’interrompit pour observer le mobilier défraîchi du salon, sans se douter qu’elle cultivait l’attente. — Oui ? — Quand Père s’est établi à Vancouver dans les années quarante, après la guerre, il arrivait de la ville de Québec. À mon air étonné, Rachel jugea bon d’expliquer, d’un ton qui laissait entendre que ce n’était pas la première fois : — Vancouver n’était pas une bonne ville pour les Chinois au début du siècle. Il y avait lahead tax, les lois d’exclusion, les émeutes racistes. En 7, le commerce de mes grands-parents a été saccagé. Alors comme beaucoup d’autres, ils ont émigré dans l’est du pays. Mon père est né dans la basse-ville de Québec. Cela me revint tout à coup : la rue Saint-Vallier, un immeuble décrépit qui arborait l’enseigne du Parti natio-naliste chinois. J’avais grandi à Québec, mais je ne connais-sais de la présence chinoise dans la ville que ce seul vestige. Plusieurs années plus tard, j’avais vu une pièce de théâ-tre qui évoquait ce quartier chinois aujourd’hui disparu, 10
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