Les Illusions perdues de Laurent Loovet

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Jeune styliste, Denis est stagiaire chez Laurent Loovet, maison de couture à la renommée internationale. Il découvre par accident que des menaces de mort pèsent sur le couturier. Celui-ci a un mois pour fournir un document, faute de quoi son prochain défilé fera parler de lui… Menacé à son tour, Denis mène une enquête qui le conduira de Paris à Shanghai, en passant par Dubaï. Laurent Loovet s’est-il attiré les foudres d’un groupe intégriste ? A-t-il baigné dans une affaire liée au décès d’un mannequin ? Cherche-t-on à lui voler ses idées ? A détruire sa maison de couture ? Explorant les dessous de la mode, de l’industrie textile et du monde des affaires, le jeune homme découvre qu’un train peut en cacher un autre... Sa petite amie, mannequin, parviendra-t-elle à l’empêcher d’aller trop loin ? Ou ira-t-il au bout de son enquête, au risque de ruiner sa carrière dans la haute-couture, et au péril de sa vie ?
Publié le : jeudi 18 février 2016
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EAN13 : 9791026204077
Nombre de pages : non-communiqué
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Pauline Fraisse

Les Illusions perdues de

Laurent Loovet

 


 

© Pauline Fraisse, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0407-7

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L’homme avait un visage rondouillard. Un Occidental comme un autre… Sauf qu’il était célèbre, on le voyait parfois sur les écrans de CCTV1. Il délaissa le groupe qui l’accompagnait. La fille avait l’air de l’intéresser… Elle s’approcha. Ils discutèrent un moment. L’homme grimaçait nerveusement. On aurait dit qu’il n’avait jamais été en boîte de nuit… La fille lui prit la main : « — Vous ne dansez pas ? ». Ses cheveux lui balayaient le creux des reins. Qu’est-ce qu’elle était belle… Sun Yen cligna des yeux. Derrière le DJ, les écrans lumineux scintillaient à un rythme fou. Il prépara son appareil. Le stratagème allait fonctionner. Il faudrait shooter au bon moment… Gagnant la piste, la fille augmenta son déhanché. L’homme se leva. Les seins plaqués contre son torse, elle l’entraîna sur la musique. Puis elle le prit par la taille. Il l’embrassa. Sun Yen fit jouer le déclencheur. Le flash crépita. Un garde du corps lança un signe. « — Bon Dieu !, cria le photographe. Il m’a vu… » Bousculant ses voisins, il enjamba les tables du carré VIP et s’échappa vers la sortie.

A cette heure-ci, plus personne ne traînait devant la porte du China Doll. La nuit était chaude. Une sacrée fournaise, le mois d’août à Pékin… Le night-club d’en face avait éteint ses néons. Sun Yen longea la ruelle obscure qui contournait le bâtiment. Son Nikon D4 lui battait sur la poitrine. Pourquoi la fille n’avait-elle pas prévenu que le type serait protégé ? C’était censé être une mission de routine ! Bah… De toute façon, quels qu’ils soient, les gars n’aimaient pas être photographiés. Il alluma une cigarette. Dans cinq minutes, il rejoindrait le boulevard. Il enverrait les photos à la fille et on n’en parlerait plus. Il se dissimula derrière un tas de briques. La lune brillait vaguement. On n’y voyait rien. Le sol était maculé de taches sombres. Quand est-ce qu’on nettoierait cette ville ? Soudain, il sentit un objet froid dans son dos. « — Couche-toi ! Pas un mot… » Sun Yen s’allongea sur le bitume. L’homme était seul. Un souffle rauque, une poigne de fer. « — Donne ton appareil… », susurra-t-il en arrachant la bride du reflex. Puis il pointa son arme contre la tempe du jeune photographe. Un cliquetis retentit. Sun émit un gémissement. « — J’aime pas les paparazzis… », dit l’homme en lui caressant la nuque. Il appuya sur la détente. D’un coup, il fit noir. La descente aux enfers commença.

 

1

 

Denis reposa la photo. En noir et blanc, un délicat sourire aux lèvres, le jeune éphèbe paraissait heureux. Comment pouvait-on mourir si prématurément ? Une maladie, un accident ? « La coke », dit Robert… L’assistant du studio paraissait ennuyé. Ce n’était pas dans ses habitudes d’être fétichiste, avoua-t-il, mais ils garderaient le portrait d’Alexandre sur la cheminée. Comme une vestale… Le stagiaire les avait quittés un mois plus tôt. « — C’est pour ça qu’on a besoin de toi tout de suite ! », conclut Robert en signant la convention de stage de Denis. Il lança un sourire étincelant. « — Tu verras, le studio est l’endroit le plus intéressant de la maison : on touche à tout. On fait le lien entre la création et la fabrication. Tu m’as bien dit que tu savais dessiner ? » Denis acquiesça. Robert tendit la convention : « — Tu paraphes et tu contresignes. Ce soir, champagne ! » D’un geste sec, il fit tourner son stylo-plume. Drôle de type. Pourquoi avait-il le poste d’« assistant » ? Pourquoi pas « Directeur du studio » ? Peu importe, il avait l’air sympa. Dehors, rue Réaumur, on coupa l’éclairage public. Neuf heures du matin : le soleil perçait enfin.

Robert indiqua une table, du côté de la baie vitrée. « — Installe-toi, c’est ta place. » S’appuyant contre la cheminée, il expliqua : on était jeudi, et dans cinq semaines et demie, les défilés commenceraient. Laurent Loovet occuperait une place de choix, le mardi 21 janvier au Grand Palais. Les journalistes du monde entier, les acheteuses, les stars viendraient applaudir le couturier. Et d’ici là, ce serait « une tuerie ». Robert semblait posséder un sens inné du raffinement verbal…

Resté seul, Denis mit de l’ordre sur son bureau. Pourquoi n’avaient-ils pas jeté les affaires d’Alexandre ? Il glissa le cahier de l’ancien stagiaire dans un tiroir. Le mobilier du studio était en bois avec des pieds métallisés. Comme à l’école primaire… Attrapant un mouchoir, Denis essuya sa chaise et son plan de travail. Cinq semaines d’ici le défilé, c’était court… Il faudrait tenir le rythme, car Laurent Loovet n’avait pas la réputation d’être commode. Denis se repassa en mémoire les conseils de ses professeurs : être toujours disponible, écouter, agir vite, et surtout faire attention au moindre détail. Un bouton qui tombait, une piqure qui cédait : catastrophe. La Fashion Week était l’événement le plus important de la modosphère. Chaque année, après New York, Londres et Milan, venait Paris. En janvier, ce serait la Haute-Couture… Une semaine de strass, de beauté, de journées et de nuits endiablées. Un rendez-vous pour les créateurs les plus talentueux. Et de tous, Loovet était le plus doué. Quelle chance d’avoir décroché un stage chez lui… Côtoyer ce génie, dans ces bureaux sublimes ! Apprendre les rouages du métier, y consacrer plus tard sa carrière… « — Si Dieu le veut… », crut-il entendre murmurer sa mère. Elle se méfiait quand il était trop enthousiaste. Denis compulsa le classeur que lui avait remis Robert : le catalogue des accessoires qui seraient portés par les mannequins le 21 janvier. En tant que responsables du studio, ils avaient pour mission de veiller à ce que tout soit parfait. Eh bien, il n’y avait plus qu’à…

Il se plongea dans le travail. Dans le studio désert, le ronronnement de la rue Réaumur paraissait assourdissant. Voitures, bus, deux-roues : à la veille de Noël, Paris était plus encombré que jamais. Denis parcourut le catalogue des accessoires. Comment se faisait-il qu’on ait mis des points d’interrogation à côté des noms de certains mannequins ? Et ces annotations ? Etait-ce l’écriture d’Alexandre ? Il attrapa le cahier de l’ancien stagiaire : des pages entières de dessins, de toute beauté… Mais pas un mot ! Alexandre était-il analphabète ? A moins qu’il n’ait utilisé un autre carnet. Denis fouilla les tiroirs : nulle trace d’écriture. On avait dû trier les affaires du jeune éphèbe, après sa disparition. Devant la glace de la cheminée, sur la photo, les yeux du stagiaire décédé parurent se plisser.

Denis nota rapidement ses questions et sortit dans le couloir. Drôle d’ambiance. Vivement que les choses commencent pour de bon. Iris lui avait bien dit que la maison Loovet n’était pas simple ! « — Laurent et sa bande ne m’inspirent rien qui vaille… », avait-elle avoué lorsque Denis avait parlé de son entretien d’embauche. Malgré tout, elle défilerait pour le couturier au Grand Palais le 21 janvier : « — Ses créations dépassent de loin celles des autres, tu comprends ! » Iris était tellement belle… Elle serait sûrement éblouissante ce jour-là.

Vers 12h30, la voix de Robert résonna dans le hall d’entrée : « — Allô !! Qui veut des sushis ? De la pizza ? Les filles, light ou heavy, today ?... » L’assistant du studio avait l’air d’avoir retrouvé son entrain. Oublié, le souvenir douloureux d’Alexandre. Denis le rejoignit : « — On n’a pas le temps de sortir ? » « — Non, Laurent nous attend à 13h à l’atelier, on va revoir les modèles de la collection Croisière… Alors, mon chéri, sushi ou pizza ? Moi, je vote pour l’Italie… Viva Italia !! » L’assistant s’éloigna en dansant. Comment un type pareil avait-il pu rentrer chez Loovet ? Denis traversa le hall et gagna l’atelier. Une pièce tout en longueur, aux murs couverts de croquis. Marie-Claude, la première, était penchée sur un ourlet. « — Ca va, Denis ? » « — Oui. Je peux vous aider ? » « — On se tutoie, c’est plus simple. Tiens, passe-moi les épingles… » Elle poursuivit patiemment. Dehors, la neige tombait.

« — Je vais encore avoir du mal à rentrer à Aubervilliers... Pourvu qu’on ne s’éternise pas ! Tu ne déjeunes pas, mon poussin ? 

— Je crois que Robert va apporter des sushis… 

— Bah, j’aime pas bien ça, moi, les sushis… »

Elle portait une jupe et un cardigan gris. Etait-ce le même uniforme depuis qu’elle avait rejoint la maison, il y a quinze ans ? Dans les interviews, lorsqu’on l’interrogeait sur sa première d’atelier, Loovet expliquait que Marie-Claude était le miroir de la mode : elle gardait le fil du temps. Et elle disait toujours la vérité… Le couloir s’éclaira. Le couturier entra gaiement : « — Vous n’y voyez rien, mes enfants ! » Basculant les interrupteurs, il embrassa la première sur la joue. « — Comment va notre robe Tulipe, aujourd’hui ? » Marie-Claude tira sur la ceinture et fronça les volants. Visiblement, la robe allait bien. Loovet déplaça un Stockman : « — Tenez, Denis, aidez moi. On va les aligner devant la cheminée… » Ils rangèrent les mannequins contre le mur. Avec ces tissus colorés, on se serait cru en plein mois de juillet. Le couturier ajusta ses boutons de manchettes. Son costume sombre lui donnait l’air d’un mec normal. Dire qu’il était l’un des hommes les plus célèbres de la planète ! Denis le photographia discrètement. Le reste de l’équipe arriva. Robert déposa les cartons de pizza sur la table, brancha son iPhone sur deux enceintes, et lança à plein tube un remix du générique de « La Croisière s’amuse ». On était parti pour travailler d’arrache-pied…

« — Robert, dit Loovet en croquant dans une barre protéinée, tu ne présentes pas Denis ? » L’assistant bafouilla : « — Mes cocos, voici notre nouveau stagiaire… » Les membres de l’équipe saluèrent rapidement. Ils étaient cinq : deux attachées de presse, une Directrice de la Création, la Première d’Atelier et une assistante. « — Bon, dit le couturier, au boulot… » Il fit signe qu’on se rassemble autour de lui pour regarder le book de la collection. Denis sentit son téléphone vibrer. Un message d’Iris : « Tu me manques. J’espère que tout se passe bien… Sinon j’ai un plan B pour toi. Love ». Denis s’éclipsa dans le hall pour téléphoner :

« — Ma puce, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? 

— Il faut que tu rencontres Antoine Artésille. Il cherche un styliste !

— Et alors ? Je viens de commencer chez Loovet ! 

— Artésille est le designer qui monte. Penses-y… »

Denis raccrocha. Quelle idée ! Il fallait être fou pour renoncer à travailler chez Laurent Loovet…

Il rejoignit l’atelier. Une agitation sans nom avait envahi la pièce. « — Loovet veut revoir les modèles un par un… », souffla Marie-Claude. La première demanda à Denis de lui tendre les épingles et de soutenir les toiles. Le couturier s’avançait, reculait, le regard concentré. Jamie, l’attachée de presse, suggérait des noms de célébrités à qui proposer les looks. Son adjointe, Aurélie, prenait des photos. Feuilletant un catalogue, Robert cherchait des sacs et des accessoires à matcher. Antonia, la Directrice de la Création, notait toutes les idées : il faudrait retrouver les tendances dans la collection Printemps-Eté. Quel bazar !, pensa Denis. Il aurait bien sorti son iPhone pour immortaliser la scène… Il y en avait partout, à se demander si la collection Croisière verrait le jour. Le couturier s’emporta : « — Qu’est-ce que cette épaulette vient faire ici ? Depuis quand on met des épaules carrées, cette année ? Antonia, c’est vous qui avez imaginé ça ? » La jeune femme grimaça : « — Sur votre croquis, on aurait dit qu’il fallait un peu structurer… » « — Structurer ! Structurer ! C’est votre travail que je vais structurer, moi ! » Loovet était rouge comme une écrevisse. « — Denis, allez me chercher le dessin ! Qu’on vérifie… »

Le stagiaire se précipita. Le bureau du couturier était à l’opposé ! Il valait mieux trouver le modèle vite fait bien fait. Traversant deux salles de réunion inoccupées, il entra chez Loovet. La pièce immense était plongée dans la pénombre. Sous le plafond laqué, deux lampes rouges jetaient un reflet étrange. « — Somptueux décor, songea Denis, mais quelle pagaille… » Il y avait des cartons éparpillés sur la moquette. Une montagne de vêtements. Des papiers à n’en plus finir... Denis dégagea la table, et entreprit de dénicher le croquis. Logiquement, il devait se trouver dans le dossier « Croisière »… Non ? Il ouvrit un second classeur : « LL Paris ». Des courriers, des dessins, une facture… Tiens, qu’est-ce que c’était que ça ? « Si vous ne retrouvez pas le document avant les défilés, vous allez y passer… » « — Quoi ?!!! » Une feuille froissée, rédigée à la main… Ça ressemblait à une lettre de menace ! Pas de signature… Loovet était-il au courant ?! Avec ces stocks de paperasse dans son bureau, peu de chance qu’il connaisse le contenu de tous ses dossiers… Que faire ? Denis s’empara du papier et longea le couloir jusqu’à la photocopieuse. Un double soigneusement plié dans la poche, il se faufila à nouveau dans le bureau du couturier et remit l’original à sa place. Maintenant, il fallait trouver ce dessin, faute de quoi il aurait des ennuis… Parcourant une étagère, il tomba enfin sur la silhouette « Bain de Minuit » : pantalon soyeux, chemise cintrée en crêpe beige et marine. Le style de Loovet était magnifique… Un trait, deux taches de couleur : le modèle prenait vie… Denis sortit son iPhone pour prendre une photo. Il sentit une présence derrière lui. « — Ben alors, qu’est-ce que tu fous ?! » La mine glaciale, Aurélie lui attrapa le dessin des mains. « — Grouille un peu, Laurent est survolté ! » Denis la suivit en frissonnant. L’attachée de presse marchait vite. L’avait-elle surpris en train de faire la photocopie ?

De retour à l’atelier, la tension était à son comble. Loovet s’agitait autour d’un modèle aux tons pastel : “Princess of the Rain”, une tenue pour les jours de pluie. Robert lui tendit une botte en caoutchouc. Contemplant l’objet, le couturier soupira : « — Pfff… Quelquefois je me demande si je ne devrais pas reprendre la cigarette… » Surpris, Robert fit nerveusement tourner une mèche de cheveux entre ses doigts. Loovet lui secoua la chaussure sous le nez : « — Une étiquette « Made in Cambodia » !!! Après ces heures de réunion, ces discussions interminables sur le caoutchouc en latex bio, naturel, écolo ! Tu ne crois pas qu’on aurait pu éviter ça ?! » Il retourna le plastique et colla l’étiquette sous la lumière. « — C’était pas possible, par hasard, de faire monter la boucle en Italie, pour avoir le « Made in Italy » ?! C’était trop te demander, Robert, que d’y penser ? On va faire quoi, maintenant, avec ces trésors « Made in Tiers-Monde » ? « Laurent Loovet Made in Cambodia »… Et puis quoi encore ?! H&M ?! » Il reposa la botte avec rage. L’assistant du studio bégaya : « — On peut enlever les étiquettes… » « — Les enlever ? Mais tu es dingue ! On va avoir la Répression des Fraudes sur le dos. Non, la vérité, c’est qu’on a 10 000 bottes invendables sur les bras, et qu’il va falloir trouver autre chose pour le look “Princess of the Rain !” » Le couturier quitta la salle avec fracas, suivi de Jamie et Aurélie. Robert s’éclipsa, mort de honte. Antonia resta pour aider Marie-Claude à ranger. « — C’est toujours comme ça ? », demanda Denis. « — C’est speed, oui. Laurent ne sait pas s’arrêter. Il ne cède jamais… » « — Il a raison, ajouta la première d’atelier. Robert n’en fait qu’à sa tête. Avec lui, le made in China nous pend au nez ! Il faut faire attention, mes enfants… » Elle enfila son manteau et attrapa son petit sac noir. « — Bon, à demain ! Mon train n’attend pas… » D’un pas lourd, elle traversa le hall. Pour quelqu’un de son âge, elle semblait s’y connaître en commerce international… « — Marie-Claude, c’est la vieille école, sourit Antonia. Mais Robert, il s’en fout, que ce soit fabriqué à Pétaouchnok ou à Paris… 

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