Les Justiciers de Glasgow

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« Un nouveau maître du tartan noir, avec une jolie touche d’ambiguïté morale. »
Sunday Express
Glasgow, la ville d’Écosse la mieux taillée pour le roman noir, connaît un été torride en cette année 1946. Douglas Brodie, ex-flic et sous-off tout juste démobilisé, vient d’être embauché comme reporter à la Gazette, où il doit vite faire ses preuves. L’occasion lui en est fournie par les exactions d’une bande de justiciers autoproclamés « les Marshals de Glasgow », qui ont l’accent des Highlands et envoient aux journaux des épîtres enflammées et agrémentées de citations des Évangiles. Leur mission ? Infliger un châtiment selon eux bien mérité à des criminels qui sont passés entre les mailles du filet de la justice. Dans une atmosphère alourdie par la pauvreté, les spéculations liées à la reconstruction et les dysfonctionnements de l’État, Brodie part pour une croisade en eaux troubles qui marquera durablement sa conscience.
Né à Kilmarnock, en Écosse, Gordon Ferris a travaillé pour le ministère de la Défense britannique avant de devenir consultant pour Price Waterhouse. Après quoi, il s’est mis à écrire des polars : Les Justiciers de Glasgow est, après La Cabane des pendus (Points, 2016) le deuxième titre d’un quatuor ancré dans la société ravagée de l’immédiat après-guerre.
Traduit de l’anglais (Écosse) par Hubert Tézenas
Publié le : jeudi 17 mars 2016
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021222609
Nombre de pages : 480
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couverture

DU MÊME AUTEUR

La Cabane des pendus

Presses de la Cité, 2012

et « Points Policiers » no P4295

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Chroniques du crime

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Les Neuf Dragons

 

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L’Étrange Destin de Katherine Carr

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Torkil Damhaug

La Mort dans les yeux

La Vengeance par le feu

 

John Gregory Dunne

True Confessions

 

Knut Faldbakken

L’Athlète

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Gel nocturne

 

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Point Dume

 

Mimmo Gangemi

La Revanche du petit juge

 

Kirby Gann

Ghosting

 

William Gay

La Demeure éternelle

 

Sue Grafton

T… comme Traîtrise

Un cadavre pour un autre – U comme Usurpation

 

Oliver Harris

Sur le fil du rasoir

Le Réseau fantôme

 

Veit Heinichen

À l’ombre de la mort

La Danse de la mort

La Raison du plus fort

 

Charlie Huston

Le Vampyre de New York

Pour la place du mort

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Joseph Incardona

Aller simple pour Nomad Island

 

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L’Énigme de Flatey

 

Thierry Jonquet

Mon vieux

400 Coups de ciseaux et Autres Histoires

 

Mons Kallentoft

La 5Saison

Les Anges aquatiques

 

Joseph Kanon

Le Passager d’Istanbul

Berlin 49

 

Jonathan Kellerman

Meurtre et Obsession

Habillé pour tuer

Jeux de vilains

Double Meurtre à Borodi Lane

Les Tricheurs

L’Inconnue du bar

Un maniaque dans la ville

 

Jonathan et Jesse Kellerman

Le Golem d’Hollywood

 

Hesh Kestin

Mon parrain de Brooklyn

 

Natsuo Kirino

Le Vrai Monde

Intrusion

 

Michael Koryta

La Nuit de Tomahawk

Une heure de silence

 

Volker Kutscher

Le Poisson mouillé

La Mort muette

Goldstein

 

Clayton Lindemuth

Une contrée paisible et froide

 

Henning Mankell

L’Homme qui souriait

Avant le gel

Le Retour du professeur de danse

L’Homme inquiet

Le Chinois

La Faille souterraine et Autres Enquêtes

Une main encombrante

 

Petros Markaris

Le Che s’est suicidé

Actionnaire principal

L’Empoisonneuse d’Istanbul

Liquidations à la grecque

Le Justicier d’Athènes

Pain, éducation, liberté

Épilogue meurtrier

 

Deon Meyer

Jusqu’au dernier

Les Soldats de l’aube

L’Âme du chasseur

Le Pic du diable

Lemmer l’invisible

13 Heures

À la trace

7 Jours

Kobra

En vrille

 

Sam Millar

On the Brinks

Les Chiens de Belfast

Le Cannibale de Crumlin Road

 

Kanae Minato

Les Assassins de la 5B

 

Dror Mishani

Une disparition inquiétante

La Violence en embuscade

 

Håkan Nesser

Le Mur du silence

Funestes Carambolages

Homme sans chien

 

Mike Nicol

Du sang sur l’arc-en-ciel

 

George P. Pelecanos

Hard Revolution

Drama City

Les Jardins de la mort

Un jour en mai

Mauvais Fils

 

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La Mort entre les lignes

 

Louis Sanders

La Chute de M. Fernand

 

Ninni Schulman

La Fille qui avait de la neige dans les cheveux

Le Garçon qui ne pleurait plus

 

James Scott

Retour à Watersbridge

 

Romain Slocombe

Première Station avant l’abattoir

Le Secret d’Igor Koliazine

 

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À qui se fier ?

 

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Flic à Hollywood

Corbeau à Hollywood

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Don Winslow

Cool

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Missing : New York

 

Austin Wright

Tony et Susan

pour Jenny Ferris
 (1929-2011)

Arrive-t-il un malheur dans une ville Sans que l’Éternel en soit l’auteur ?

Amos 3,6

1

La peste bubonique commence par une piqûre de puce. La grippe espagnole par un éternuement. À Glasgow, la vague de meurtres et de mutilations commença de façon assez banale et, à l’instar d’une piqûre de puce, fut à peine remarquée sur le moment. Dans cette ville volatile où les esprits s’échauffent au quart de tour, un furieux tabassage passe inaperçu, un coup de couteau par-ci par-là n’a rien d’extraordinaire. Le goût de la bagarre va de pair avec le territoire celte, coule dans les veines écossaises, est même alimenté par la distillation du malt à quarante degrés d’alcool. Ces tendances belliqueuses expliquent la présence d’un nombre disproportionné de mes compatriotes dans les cimetières militaires de l’Empire.

Il est donc aussi bien que Glasgow soit l’avant-poste nord de notre civilisation. Le froid et l’humidité maintiennent les humeurs sous contrôle pendant la majeure partie de l’année – se battre sous la pluie est trop déprimant. Mais même Glasgow connaît la saveur de l’été. Des périodes où le goudron cloque et où la lumière du soleil rebondit sur les fenêtres des immeubles. Où seuls les grands parcs arborés parviennent à absorber et à dissiper ses rayons. Où les hommes inclinent leur calvitie sous son feu et où les femmes dénudent leurs jambes. Où le désir bouillonne et où les nerfs craquent.

Où revient soudain le « Sortez vos morts1… ».

*
* *

En attendant, dans une joyeuse insouciance, Glasgow profitait d’un mois de juillet torride, et je profitais de Glasgow. Cela faisait sept longues années que je n’avais pas arpenté ses rues en damier, ni imprégné mes oreilles des mélodies issues de la langue écorchée de mes compatriotes. Six années passées à me battre en Afrique du Nord et en Europe, plus une à tenter de m’en remettre.

Tout ça pour quoi ? On m’avait retiré mes galons de major et le droit de vie et de mort que j’exerçais sur une compagnie de Seaforth Highlanders2. Un fardeau en moins, mais un terrible crève-cœur. Je faisais désormais la queue avec les ménagères et les vieillards édentés pour recevoir une miche de pain et une boîte de SPAM. Je détestais le jambon en boîte. Je n’avais pas droit à plus de coupons de rationnement que les petits combinards qui avaient échappé à la mobilisation et passé la guerre à harceler des filles esseulées. Je n’avais pas d’épouse pour me servir le thé ou faire du feu dans la cheminée. Je n’avais pas d’enfants à dorloter ou torgnoler, à protéger ou bercer d’histoires.

En revanche, je possédais les vêtements que j’avais sur le dos – des vêtements d’occasion, car je m’étais débarrassé de mon costume Burton de démobilisé dans l’estuaire de la Clyde ; pas pour des raisons esthétiques, tout simplement parce que c’était ça ou le garder et me noyer dedans. Mon Omega d’officier avait survécu à cette baignade comme elle avait survécu aux bombardements, à la poussière du désert et aux vibrations des mitrailleuses. Dans un carton de mon garni, entourées d’un morceau de velours, dormaient les étoiles de bronze que j’avais gagnées au combat en Afrique, en France et en Allemagne. Sauf qu’elles étaient plutôt monnaie courante par les temps qui couraient. Ma croix d’argent elle-même, avec son ruban violet et blanc, ne brillait pas par sa rareté : la Normandie était passée par là.

J’avais aussi mes diplômes de langues : mon français désormais saupoudré d’inflexions et de gros mots entendus chez les gens dont nous avions rasé les maisons pendant notre Blitzkrieg libératrice ; mon allemand pimenté par le vocabulaire des victimes et des bourreaux des camps de concentration où j’avais travaillé l’année précédente après la capitulation du Reich.

Mais ce qui contrebalançait vraiment tous les points négatifs, c’était que j’avais un travail. Et pas n’importe lequel. Le travail pour lequel j’étais fait, après trop de détours par l’université et par les forces de l’ordre. J’étais le journaliste le plus récemment embauché et sans conteste le plus mal payé de la Glasgow Gazette – « la voix du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Doublure et porteur d’eau de Wullie McAllister, le grand reporter en charge des faits divers. Grâce aux sujets que je lui avais fournis en avril à la suite de la pendaison injuste de mon vieil ami Hugh Donovan3, il s’était offert une série de scoops spectaculaires qui avaient permis d’anéantir la peu reluisante carrière de plusieurs policiers de haut rang. En échange, quand j’étais venu chercher un emploi à la Gazette, il m’avait ouvert quelques portes. Essentiellement des portes de pub, mais cela faisait partie du métier.

*
* *

Une autre mort d’homme me valut d’être convoqué comme témoin ce matin-là. Big Eddie Paton, notre rédacteur en chef, fondit sur le bureau que j’occupais dans le coin le plus éloigné de la salle de rédaction.

« Prenez votre chapeau, Brodie. McAllister n’est pas là. On a retrouvé un cadavre. Assassiné. Allez jeter un coup d’œil sur place et ramenez-moi tous les détails. »

Big Eddie avait fait tourner le mot « assassiné » dans sa bouche comme s’il dégustait un single malt. Même si je n’occupais mon poste que depuis quinze jours, je savais que, quand il demandait des « détails », Eddie les voulait aussi macabres que possible. Pourtant, je l’aimais bien. Malgré ses diatribes et ses fulminations, c’était un homme de presse jusqu’à la dernière goutte de l’encre qui irriguait ses veines variqueuses. Il pouvait transformer une banale histoire de dépassement de budget municipal en charge furieuse contre la corruption et l’incompétence de nos édiles.

Le « Big » était évidemment ironique. Placé sous une toise, Big Eddie aurait disparu vers la marque du mètre cinquante-huit. Il devait ce qualificatif à sa circonférence. Et à sa grande gueule. Sa tenue de travail comprenait des bretelles, un gilet de tartan et des bracelets de chemise. Il se levait d’un bond et était capable de surgir devant votre table tel un génie, ses grosses mains soit enfouies dans les poches de son gilet, soit occupées à tripoter une montre de gousset. Le temps filait toujours trop vite pour lui.

« D’où tenez-vous ça ? »

Il tapota son nez retroussé.

« Vous m’étonnez, Brodie. C’est un de vos ex-camarades qui nous a refilé le tuyau. »

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