Les Milices du Kalahari

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« Le feu couve sous la cendre, dans ce roman, et devient de plus en plus brûlant au fil des pages. »
Mike Nicol
À la lisière du Kalahari, dans la province du Cap-Nord, les meurtres de fermiers blancs sont si fréquents que des milices d’autodéfense se sont constituées pour protéger les survivants contre la violence des Noirs, déterminés à récupérer les terres qu’on promet en vain de leur restituer. Aussi, quand Freddie, célèbre artiste peintre, et la petite fille métisse qu’elle a adoptée sont découvertes, la gorge tranchée, dans leur ferme reculée, les soupçons se portent aussitôt sur le contremaître, un bushman mystérieux et étonnamment sophistiqué. Mais il ne faut pas négliger la sœur de la victime, Sara. Elles n’étaient pas en très bons termes…
Personne ne semble disposé à aider l’inspecteur Beeslaar, venu de la ville et peu au fait des coutumes locales, dans son enquête qui se complique à vue d’œil.
Karin Brynard est née en Afrique du Sud. D’abord traductrice, puis journaliste politique, elle a fait ses classes pendant les émeutes de Soweto. Les Milices du Kalahari a reçu le Debut Prize for Creative Writing de l’Université de Johannesburg.
Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.
Publié le : jeudi 12 mai 2016
Lecture(s) : 9
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021331097
Nombre de pages : 576
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1

L’appel tomba juste après deux heures.

Il était en train de déjeuner, assis à son bureau du poste de police, d’un vetkoek*1 à la viande hachée. Qu’il faisait descendre, comme d’habitude, avec une tasse de café noir serré. Trois sucres.

Il avait presque terminé quand le téléphone sonna. Un des plantons du bureau d’accueil :

– Il y a eu un meurtre dans une ferme, annonça l’homme, le souffle court. Deux morts. Une femme et un enfant. Blancs. La ferme d’Huilwater, à environ quarante kilomètres d’ici, sur la route d’Upington. (Puis :) Le correspondant est toujours en ligne. Est-ce que l’inspecteur voudrait lui parler ?

L’inspecteur Albertus Markus Beeslaar posa son vetkoek.

Une voix d’homme, rauque et tremblante :

– Trop tard, ne cessait-il de répéter. Un fou… un démon… (La voix se brisa.) Comme des animaux. Toutes les deux massacrées, tout bonnement. Du sang. Sur tout. Partout.

L’homme ajouta qu’il se tenait debout dans une mare de sang. Puis il se mit à sangloter, ne cessant de balbutier qu’il était trop tard.

Il fallut d’abord le calmer pour obtenir son nom.

– Boet Pretorius, répondit-il enfin. J’habite la ferme voisine. L’enfant avait à peine quatre ans. Quatre ans, juste quatre, répétait-il en boucle.

– Où est le mari ?

Beeslaar réitéra sa demande plusieurs fois.

– Il n’y a pas de mari, s’entendit-il rétorquer d’un ton virulent. Un contremaître, oui, mais on n’a pu le trouver nulle part.

D’où appelait-il ?

Il y eut un long silence, comme si l’homme devait réfléchir à la question.

– Seigneur, mon vieux ! Sortez de la maison, tout de suite ! lui ordonna Beeslaar. Attendez dehors. J’arrive.

Pendant un instant il resta sans bouger.

Envolés la vie paisible à la campagne et son rêve de poste dans une petite bourgade tranquille. Il jeta son vetkoek dans la poubelle et ordonna au planton d’envoyer des renforts supplémentaires à Huilwater. Il récupéra deux collègues au passage ainsi qu’une voiture. La Citi Golf. La seule disponible dans un parc automobile de deux. Pas de clim, cent quatre-vingt mille au compteur.

Ils s’empilèrent dedans, prêts à affronter les quarante kilomètres de piste.

Le sergent Pyl dut s’installer à l’arrière et Ghaap prit le siège passager. Beeslaar réussit à caser sa carcasse de deux mètres derrière le volant. En jurant dans sa barbe, comme à chaque fois qu’il utilisait le véhicule exigu où il était à l’étroit. Il était déjà d’une humeur massacrante, avant même d’avoir pris la route qui menait à la scène de crime.

Mais ce qui l’irritait le plus dans tout ça, c’était d’en être encore à se débattre pour trouver ses marques dans son nouveau poste : en pur produit de la ville, il n’était pas à son aise dans ce monde de fermiers et de bétail, de chemins de ferme et de sable, de serpents et de chaleur-suffocante-sans-clim. À peine venait-il de débarquer, croyant naïvement mettre le cap sur un boulot tranquille dans un coin paumé et sans histoire, que la merde avait éclaté, éclaboussant de tous côtés.

Ça avait commencé par une vague de vols de bétail sans précédent. Et soit il n’était plus bon à rien comme inspecteur, soit il avait affaire à une mafia particulièrement sophistiquée. Parce que, en dépit de tous ses efforts, il n’arrivait pas à trouver la moindre trace de ces escrocs.

Les fermiers, furieux, ne savaient plus à quel saint se vouer. Tous réclamaient des résultats, des arrestations.

Et puis, une quinzaine plus tôt, deux ouvriers agricoles avaient été sauvagement assassinés à Vaalputs. Ils avaient dû surprendre les voleurs en pleine action. Ce qui restait d’un troupeau de moutons, certains égorgés, d’autres les jarrets tranchés, avait été abandonné sur place, à bêler et se vider de son sang toute la foutue nuit. Jusqu’à ce que le fermier les trouve le lendemain matin et mette fin à leurs souffrances. Et découvre par la même occasion les corps des ouvriers, les frères Jacob, ensevelis sous les cadavres, réduits en bouillie par les bêtes paniquées.

Et lui, Albertus Markus Beeslaar, était resté planté là, les bras ballants. Alors que tout le monde comptait sur lui, lui le nouveau avec toutes ses années d’expérience, le Grand Homme de la Grande Ville. Formé par la crème de la crème de l’ancienne Brigade des vols et homicides de Johannesburg. Mais il était ici à présent, se laissant porter au gré du vent comme un pet égaré. Sans la moindre idée de ce qu’il devait faire ensuite.

Si seulement il avait mis la main sur les voleurs, la femme d’Huilwater et son enfant seraient encore en vie pour…

Il évita de justesse un nid-de-poule. Se cogna la tête et se maudit intérieurement – Arrête de ruminer et concentre-toi sur la route : les nids-de-poule étaient de la taille d’un congélateur.

Il écoutait d’une oreille le sergent Pyl derrière lui – un hyperactif incapable de fermer son clapet une seconde, même s’il devait crier pour se faire entendre par-dessus le fracas des gravillons qui claquaient contre le châssis. Il circulait pas mal de rumeurs, disait-il, à propos de la femme seule qui s’occupait de la ferme d’Huilwater. Une artiste excentrique de Johannesburg. Ainsi que sur la gamine griqua* qu’elle était en passe d’adopter et son étrange contremaître bushman. La voix de Pyl étant pratiquement couverte par le bruit de la voiture, Beeslaar n’arrivait pas toujours à suivre le fil.

Une demi-heure à se traîner, à se faire ballotter, à taper le plafond. Avec Pyl qui n’arrêtait pas de jacasser à l’arrière. Heureusement, Ghaap, au long corps maigrichon replié sur le siège à côté de lui, était moins bavard. Ils trouvèrent enfin l’embranchement qui menait à Huilwater et s’arrêtèrent devant la porte arrière de la ferme.

 

 

Boet Pretorius était assis sur les marches, sa silhouette imposante recroquevillée sur elle-même. Il y avait du sang sur ses vêtements. Des taches sur les genoux et les avant-bras. Il en avait même dans les cheveux. Sa chemise était couverte de vomissures et on voyait une trace sombre sur sa main crispée sur une cigarette.

Autour de lui se tenaient des hommes silencieux : des fermiers de la région, sortis de Dieu sait où.

Qui avait fait passer le mot ? se demanda Beeslaar une seconde. Pretorius ?

L’un d’eux traînait encore à l’entrée de la cuisine, le visage blême et effrayé. Sûrement entré là-dedans pour satisfaire une curiosité macabre, se dit Beeslaar en se dirigeant vers le groupe.

– Beeslaar, annonça-t-il, et les sergents Pyl et Ghaap. Combien d’entre vous sont entrés ?

Les visages baissés, les mains qui trituraient un chapeau ou un pistolet à la hanche lui dirent ce qu’il avait besoin de savoir.

– Nom de Dieu ! marmonna-t-il en les dépassant.

L’homme à la porte s’écarta prestement.

– Il n’y a plus personne, lança-t-il à Beeslaar, qui mit un moment à comprendre ce que le type essayait de lui dire.

– À partir de maintenant, vous restez tous à l’écart de cette maison ! aboya-t-il. Il s’agit d’une scène de crime, pas d’une putain de foire aux monstres ! (Il ravala sa colère et reprit, d’un ton plus neutre :) S’il vous plaît, assurez-vous que personne ne quitte cet endroit avant que j’aie parlé à chacun d’entre vous ! Compris ?

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