Les Morsures assassines

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Un autre bruit sourd retentit subitement, rappelant le craquement du bois écrasé par un pas un peu trop appuyé. Tétanisée, la jeune femme stoppa sa marche, puis écouta chaque son d'une oreille attentive. La peur s'était profondément installée dans ses yeux grands ouverts. Le portillon de la sortie se trouvait maintenant à une dizaine de mètres, elle se mit en quête de le rejoindre rapidement. Son objectif se rapprochait lentement sous ses pas fébriles, c'est alors qu'une silhouette traversa le sentier, à travers la nébulosité qui flottait doucereusement dans le petit parc. Effrayée par cette vision furtive mais bien réelle, elle eut un violent geste de retrait qui la fit subitement sortir du chemin. Elle s'éloigna de quelques mètres sur sa gauche avant de s'arrêter, paralysée par l'émotion grandissante. Sa présence se faisait de plus en plus accablante, il se rapprochait lentement.
Publié le : jeudi 24 septembre 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342042306
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342042306
Nombre de pages : 192
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Jonathan Chamberlin LES MORSURES ASSASSINES
Mon Petit Éditeur
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Chapitre 1 La nuit était tombée depuis quelques heures sur Paris, et le vacarme rugissant de l’agitation quotidienne était sur le point de s’estomper. Doucement alors le calme s’installait dans l’opacité des rues des quartiers de la capitale. L’animation intensive qui dominait chaque journée de sa frénésie débordante s’étiolait peu à peu, et bientôt, seule la lumière des néons braquée sur le bi-tume, ainsi que celle des quelques fenêtres encore allumées allait tenter de troubler la tranquillité de l’obscurité. Comme il était annoncé, le froid avait redoublé en ce lundi soir, et l’automne, voyant sa fin approcher, allait bientôt céder sa place à l’interminable froideur de l’hiver. Dans quelques jours les températures négatives, les pare-brise gelés et la neige al-laient s’emparer du paysage urbain, et faire cruellement régner dans le cœur des habitants, une douce mélancolie si fidèle à la saison. Illuminées par les lueurs du crépuscule, quelques voitures aux peintures ruisselantes circulaient lentement sur les routes, le long des caniveaux inondés par la bruine incessante de ces der-niers jours. Ce triste défilé de carrosseries venait ainsi briser sans retenue, le silence monotone par le bruit lancinant des pneus sur l’asphalte trempé. Les avenues et autres grands boulevards, qui d’habitude su-bissaient encore l’effervescence citadine de la métropole, se trouvaient à présent désertées, et semblaient bien tristes en comparaison de ces derniers mois, nostalgiques du climat eni-
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vrant que l’été de cette année mille neuf cent quatre-vingt-treize avait porté si loin dans l’arrière – saison. Les terrasses des brasseries et des restaurants étaient à pré-sent rangées jusqu’à l’année suivante, et les tenues estivales, légères et affriolantes, remplacées par les pulls, écharpes et au-tres manteaux fourrés. Dans ce climat austère, la grisaille ambiante emplissait chaque instant d’une inexorable morosité. Bien que le temps ne soit pas vraiment encourageant, par moments quelques silhouettes se dessinaient timidement sur les trottoirs. Leurs ombres ondulantes, qui filtraient sur les murs des immeubles à travers les gouttes d’eau, laissaient deviner un entrain manifeste et assuré. Le pas pressé et engagé, c’est ainsi que ces hommes et ces femmes bravaient les intempéries et la fraîcheur du soir, le re-gard déterminé et impatients d’arriver à destination. Dans l’une de ces petites rues sombres et dépeuplées, on en-tendait sur le macadam le claquement brusque et sonore des talons aiguilles. Le souffle haletant, une femme à la démarche pressée marchait à vive allure. Longeant la bordure du trottoir, elle se dirigeait vers le square qui allait faire dans son trajet noc-turne, office de raccourci en direction de son domicile. Elle était vêtue d’un long manteau bleu marine, le style bon chic bon genre acheté dans un magasin féminin bon marché, les boutons soigneusement fermés jusqu’au col, et recouvert d’un châle en soie blanche autour du cou. Sa main droite empoignait ferme-ment le petit parapluie noir qu’elle tendait droit au ciel, et qui abritait tant bien que mal son corps de la pluie diluvienne. Serrant bien fort la poignée du petit sac en cuir marron qu’elle portait dans son autre main, elle accéléra la cadence, puis traversa sur son chemin la route humide pour se retrouver de-vant l’entrée du parc. La grille en fer forgé, restée grande ouverte, lui tendait les bras. Elle emprunta alors l’allée tor-tueuse, bordée par les peupliers du jardin. L’endroit était agréable, un petit bout de nature parmi l’environnement anxio-
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gène des grandes villes. Il était évidemment comme tous les autres, entouré de grands immeubles surplombant la petite place, de boutiques et de restaurants tous plus laids les uns que les autres, mais la verdure des pelouses et les arbres, bien que désormais presque tous dégarnis de leurs feuillages, délivrait une franche bouffée d’oxygène dans cet univers maussade. La jeune femme déposa délicatement son parapluie sur l’un des bancs alignés dans l’allée principale, s’arrêtant ainsi pour se recoiffer, et remettre en place le fin élastique qui maintenait sa longue chevelure blonde. Dans cet environnement obscur et jusqu’à présent silencieux, un craquement bref mais retentissant la coupa dans son élan. Elle tourna la tête brusquement, apeu-rée comme un petit animal sauvage, surpris en pleine nuit dans la lumière des phares. Il n’y avait rien ni personne autour d’elle. La jeune femme observa chaque recoin en vain, elle était pour-tant sûre d’avoir entendu quelque chose. Peut-être le bruit du vent sur les branches, elle essaya du moins de s’en convaincre. Cet épisode inattendu lui avait retourné le sang, elle tremblait comme une feuille. L’esprit tourmenté, elle décida alors de ne pas s’éterniser, d’autant que si l’endroit avait l’air particulière-ment charmant la journée, il était plutôt angoissant une fois le soleil couché, et d’autant plus pour une femme seule. Elle reprit donc son parapluie, posé en appui contre le bois verdâtre, avant de continuer sa route dans le parc. Le lieu manquait franchement de clarté, et les lampadaires de leur hauteur n’éclairaient que le sentier recouvert de petits cail-loux opalins. De chaque côté, la végétation plongée dans l’opacité se faisait de plus en plus oppressante. Des ombres menaçantes se dessinaient derrière les rangées de bosquets qui bordaient la promenade, accompagnées par le vent qui de son souffle puissant, s’engouffrait dans les branches qui vacillaient chaque seconde un peu plus. Un autre bruit sourd retentit subitement, rappelant le cra-quement du bois écrasé par un pas un peu trop appuyé.
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Tétanisée, la jeune femme stoppa sa marche, puis écouta chaque son d’une oreille attentive. La peur s’était profondément installée dans ses yeux grands ouverts. Le portillon de la sortie se trouvait maintenant à une dizaine de mètres, elle se mit en quête de le rejoindre rapidement. Son objectif se rapprochait lentement sous ses pas fébriles, c’est alors qu’une silhouette traversa le sentier, à travers la nébulosité qui flottait doucereu-sement dans le petit parc. Effrayée par cette vision furtive mais bien réelle, elle eut un violent geste de retrait qui la fit subite-ment sortir du chemin. Elle s’éloigna de quelques mètres sur sa gauche avant de s’arrêter, paralysée par l’émotion grandissante. Sa présence se faisait de plus en plus accablante, il se rappro-chait lentement. Les membres tremblotants, la jeune femme sentait son cœur s’emballer sous les palpitations brutales, qui comme des petits coups de poignard, s’accentuaient vigoureusement sous son chemisier en coton carmin. Surmontant la terreur qui lui cou-pait bras et jambes, elle recula encore plus loin dans la pénombre, puis, guidée par l’affolement qui s’était violemment emparé de ses pensées, elle s’enfonça à corps perdu dans l’inconnu qui étendait ses bras longs et étouffants autour de sa taille. Happée par la confusion elle s’arrêta subitement dans son élan, son corps crispé et adossé de tout son long contre un ar-bre colossal. Elle resta ainsi sans bouger, pétrifiée sur ses jambes qui chancelaient toujours un peu plus, prête à s’effondrer. Un cri perçant s’échappa soudainement dans le ciel infini de la nuit, avant que le silence ne revienne comme si de rien n’était, quelques secondes plus tard. La jeune femme avait disparu. Il était maintenant une heure du matin, et depuis quelques minutes la pluie avait cessé de tomber. Malgré cette légère ac-calmie, le climat ambiant était toujours aussi glacial, et l’humidité avait définitivement pris possession de l’atmosphère nocturne.
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