Les Origines de l'alpinisme. Exercices spirituels

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De toutes parts, des questions fusent : Où suis-je ? Combien sommes-nous ? Vous plaisantez ? Qui êtes-vous pour me parler de la sorte ? Comment cela va-t-il finir ? Mais pourquoi pleurez-vous ?


Dans le brouhaha, on distingue quelques réponses, comme venues de nulle part. Certaines sont violentes, péremptoires, destinées à faire taire l'adversaire, d'autres lamentables ou encore de pure convention. Mais très vite, on prend la mesure des décalages : les réponses sont souvent étrangères aux questions qui, à leur tour, ne semblent en attente d'aucune réponse. Les malentendus abondent, qui prennent force de loi. Cette cacophonie pourrait être joyeuse : elle n'est que risible. Toutes ces voix impuissantes à se parler, à se rassembler, on se fatigue à les distinguer, à tenter de démêler en elles le vrai du faux. Alors il faut lutter avec le langage, ruser avec les lieux communs, les idées emprisonnées dans les expressions toutes faites. Avec ou contre ? Finalement, nous jouons moins avec les mots qu'ils ne jouent avec nous.


Au milieu de ce paysage de voix et de discours, au centre de la société invisible qu'ils finissent par former, une montagne s'élève soudain. Si elle n'était d'opérette et de carton-pâte, elle serait symbolique. Sur l'une des pentes, un alpiniste d'occasion, tel un ludion silencieux, monte, et surtout descend. Sur sa malheureuse personne, beaucoup de paroles vont converger.


Quant à l'auteur, il revendique "l'entêtement" du "guetteur" dont parlait Roland Barthes. Un guetteur placé "à la croisée de tous les discours, en position triviale".


Publié le : vendredi 25 juillet 2014
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EAN13 : 9782021187342
Nombre de pages : 141
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L E S O R I G I N E S D E L ' A L P I N I S M E
D U
M Ê M E
A U T E U R
Les Usages de l’éternité Seuil, coll. « Fiction & Cie », 1993
F i c t i o n & C i e
Patrick Kéchichian
LES ORIGINES DE L’ALPINISME
Exercices spirituels
Seuil e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
C O L L E C T I O N
« F i c t i o n & C i e » DP A RI R I G É E DE N I SRO C H E
ISBN9782021199246
©ÉDITIONS DU SEUIL,FÉVRIER2001
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–A qui le dédierezvous ? –A ceux que j’aime.
Je sais bien que je suis né à telle époque, en un lieu déterminé, et que j’ai un nom parmi les hommes. J’ai eu un père et une mère, j’ai eu des frères, des amis et des ennemis. Tout cela est indubitable, mais j’ignore le nomde mon âme, j’ignore d’où elle est venue et, par conséquent, je ne sais absolument pas qui je suis.
(Léon Bloy,Méditations d’un solitaire en 1916)
Prologue
Au début, avant la période dont je parle, il n’y avait rien à redire, et donc pas de quoi faire des histoires. Je crois même pouvoir affirmer que la situation était normale. Ou quasiment. Bien sûr, si on ne s’était pas laissé aller à ce point à l’insouciance, des soupçons auraient pu naître, car je souffrais déjà et une sourde angoisse avait trouvé en moi un partenaire disponible. Mais aussi, n’avaisje pas tout fait pour ? Oui, je ne pouvais m’en prendre qu’à moimême. D’ailleurs, je ne m’en privai pas. Un jour cependant, sans s’être fait annoncer, il entra en scène, ce géant sans langage ni manières mais pourvu d’une chair abondante. Ne sachant comment me comporter, cherchant une contenance, je lui souhaitai la bienvenue. Alors, plus rien ne fut comme avant. Les choses changè rent de nature. On passa à un tout autre registre. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le point de nonretour fut atteint. Les percussions, si j’ose m’exprimer ainsi, bous culèrent la douce musique de chambre.
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L E S O R I G I N E S D E LA L P I N I S M E
Sans attendre ni ménager de transition, il m’imposa ses mœurs frustes et ses singulières habitudes. Par un grogne ment et quelques gestes, il suggéra même qu’au lieu de m’étonner de cette façon d’être, de faire la fine bouche, je ferais mieux de me conformer aux nouveaux usages, de choisir mon camp. Car tels furent les traits distinctifs de cette époque : la brutalité, l’absence de considération comme de la plus élé mentaire courtoisie, la division cruelle des personnes, d’un côté celles qui valent et importent, de l’autre celles qui comptent pour rien. Ainsi, dès qu’il me rencontrait, avant même d’esquisser un geste de salut, il s’emportait, se ruait, jouait à me faire peur. Plus je reculais, plus il avançait, à grandes enjambées, feignant de tout renverser sur son passage, lançant des injures. Très vite, sans sommation, pour un oui ou pour un non, il était sur moi. Je sentais alors la pression de son ventre, sa forte haleine, et tout le débordement de sa per sonne. Serré dans cette proximité et contraint à ce rapport physique, je pouvais détailler ses grimaces et tous les traits de la figure effrayante qu’il tentait de se composer. Mais, malgré l’inconfort et la menace, j’avais une grande envie de rire. En même temps, j’étais convaincu qu’entre le marteau et l’enclume, entre le mur contre lequel il m’acculait et sa belliqueuse poitrine, je n’aurai bientôt plus de place pour protester, rire ou me plaindre. Mais de tout cela comme du reste, je me suis fait une raison. A l’endroit même où j’avais cru étouffer, je trouvai,
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