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Anne Percin les singuliers
la brune au rouergue
Présentation Durant l’été chaud de 1888, une communauté de peintres prend pension à Pont-Aven, un village pittoresque du Finistère. Parmi eux se trouvent un jeune Belge, Hugo Boch, issu d’une riche famille d’industriels, et un certain Gauguin, autodidacte à la grande gueule qui croit en son génie. Ils sont de cette avant-garde qui veut peindre autrement, voir autrement, vivre autrement. Hugo Boch n’est plus très sûr, lui, de vouloir poursuivre dans la peinture : il expérimente du côté de la photographie, cet art naissant. Surtout, il mène une correspondance assidue et les lettres qui s’échangent, entre la Bretagne, Paris et Bruxelles, sont foisonnantes d’anecdotes. Un vent nouveau se lève, en cette fin de siècle, dans les arts mais aussi dans les mœurs et les techniques.Tous ces explorateurs sont des jeunes gens audacieux, émouvants et parfois drôles, sauvages aussi, qui se battraient en duel pour défendre des tournesols peints par un Hollandais, réfugié dans le Midi, que beaucoup considèrent comme un fou et un barbouilleur… DansLes Singuliers, Anne Percin mêle figures historiques et personnages fictifs pour nous offrir un roman épistolaire bouillonnant. C’est un tableau monumental, qui croque sur le vif l’esprit du temps et nous le rend vivant.
Anne Percin
Anne Percin a publié ses deux précédents romans dans la brune :Bonheur fantôme (2009) etLe Premier été(2011). Elle est aussi auteur pour la jeunesse, notamment de la trilogie à succèsComment (bien) rater ses vacances, toujours au Rouergue.
Du même auteur au Rouergue
Bonheur fantôme- la brune, 2009. Le premier été- la brune, 2011.
Illustration de couverture :Paul Gauguin (1848 - 1903) Les misérables, 1888 Huile sur toile, 44.5 x 50.3 cm Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent Van Gogh Foundation)
© Éditions du Rouergue, 2014 ISBN : 978-2-8126-0699-1 www.lerouergue.com
Anne Percin
les singuliers
la brune au rouergue
Faut-il crever pour être aimé, dans le monde des étriqués ? James Ensor,Écrits, 1944.
Une certaine mélancolie nous demeure en songeant qu’à moins de frais, on aurait pu faire de la vie, au lieu de faire de l’art.Vincent Van Gogh,lettre à Théo du 29 juillet 1888.
LIVRE 1
1888 Apprendre à voir
Tobias,
Pont-Aven, dimanche 12 août 1888
Premier jour ici. C’est à toi que j’écris. Tu vois, ce que je t’avais promis de faire, je l’ai fait. J’ai eu, pour une fois, un peu de courage et d’esprit d’aventure, tu seras content de moi peut-être ? J’ai quitté Paris et laissé ma cousine Hazel là-bas, elle se débrouille très bien sans moi. Certes, la famille Boch m’en voudra jusqu’à la în des temps, mais je préfère sa ran-cune à la tienne et au remords de n’avoir jamais rien tenté dans ma vie. Je suis arrivé en Bretagne hier : par le train d’abord, de Paris à Quimperlé, puis en malle-poste. J’étais assez disposé à accomplir le reste du trajet à pied, en souvenir de nos péré-grinations dans les Flandres, mais une malle, un chevalet et un appareil photographique, ça vous plombe les semelles !
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Finalement, j’ai fait comme tout le monde : pour rejoindre Pont-Aven, on s’entasse dans une voiture à cheval et on endure les cahots du chemin en causant de peinture avec les autres… Comme les rêves qu’on a chéris nous semblent pauvres, quand ils traînent sur les routes et sont ceux de tout le monde ! La malle-poste nous a lâchés au centre du village, sur une place avec des hôtels. Le premier était trop cher pour moi, les autres complets. En prenant un verre dans un café, j’ai rencontré Laval, un peintre parisien : il m’a conseillé la pension Gloanec. Le déjeuner pour un franc, la pension com-plète pour soixante ! Il restait une chambre, je l’ai louée pour le mois : me voilà installé. De la mansarde où je suis logé me parviennent en ce moment même des cris de mouettes qui me rappellent la mer du Nord et nos échappées dans le Westhoek, et j’en deviens bêtement nostalgique. Mais il suït que je me penche par la fenêtre pour que tout change : j’aperçois l’Aven toute verte qui roule son eau à lessive, le pont où en ce moment même, sur le parapet, sont assis des peintres qui causent entre eux et dont j’entends les voix fortes, et puis à droite, la place avec ses tilleuls, les chaises et les tables de l’hôtel Julia où boivent les Anglais et les Américains. Les pipes fument dans l’air du soir, ça sent le tabac, la marée basse, l’huile de restaurant et l’essence de térébenthine. Je me sens incapable de prendre un crayon pour dessiner tout cela, je ne suis plus très sûr d’être venu pour apprendre à peindre. Peut-être apprendre à sentir, à voir, à vivre. Ce serait déjà beaucoup.
J’espère que ta cure t’a fait du bien ? Je poste cette lettre à l’adresse de ta mère à Ostende, espérant que tu l’auras
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