Les vibrations de PQ

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Una est une enfant de la lune et du soleil. Elle en a décidé ainsi, comme elle a choisi comme ultime refuge un tableau. Elle a pour unique famille sa grand-mère Lili, peintre méconnue, et son père Damien. Suite au décès de ce dernier, un étrange visiteur oublie sa plume dans son appartement.
Mais Pierrot n’a pas d’amis. La plume est douce, elle brille, et Una aime ce qui brille. Elle-même est née de tant de choses, trop peut-être pour que sa vie se lise comme un livre d’enfant.
Lili sait le lourd secret  qui mène à sa naissance, de la drogue à la peinture, de la célébrité à l’obscurantisme d’un atelier de façade.
Louis, Pierre habitent les pensées de l’artiste, elle est femme, il est facile de la posséder.  Leurs manières diffèrent. L’un l’envoûte par ses délires philosophiques, ils sont nombreux. L’autre n’en a qu’un, la science, depuis qu’il n’a plus de corps. Les deux sont un outrage à son intégrité, mais elle ne le sait pas, Lili, quand commence leur histoire.
Publié le : lundi 2 novembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791026203216
Nombre de pages : non-communiqué
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Céline VAY
LES VIBRATIONS DE PQ
Ou le complexe de Pierre
© Céline VAY, 2015
ISBN numérique : 979-10-262-0321-6
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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I
Tu viens de te lever. Je sais que tu as déjà déjeuné, j’ai entendu les bruits, dans la cuisine, tout à l’heure.
J’ai entendu le bruit de tes pieds d’enfant qui cherchaient leurs pantoufles, sur le carrelage.
J’ai alors compté le temps, avant que tu ne viennes me voir.
La porte du « boudoir de Papa » a été stupidement close, mais tu n’as rien remarqué.
Tu ne te doutes pas que je demeure derrière comme un idiot, les yeux rivés sur ce ventail monolithique, il condamne résolument cette pièce de l’appartement où je passe mes journées, parfois mes nuits, quand il fait trop chaud dans ma chambre.
Cette pièce que tu as si joliment rebaptisée « boudoir ». Le mot t’avait plu, tu venais de le découvrir en lisant l’histoire de la petite duchesse d’Aquitaine, Aliénor.
J’avais souri. Emu aux larmes mais tu n’en as rien su.
Tu aurais aussi bien pu la baptiser « grotte de Lascaux », j’entrais déjà dans ta préhistoire, mais mon trait d’humour eut été trop noir, n’est-ce pas, mon amour, mon ange. Tu ne veux pas me voir en homme des cavernes, même si je ne quitte guère mon antre. Le pas serait néanmoins vite franchi. Sans la toilette effectuée tous les matins par les aides-soignantes, ma barbe brune cesserait de n’être que naissante.
Un jour pourtant, bientôt même, je cesserai de faire partie de ton histoire. Dans ton évolution, je ne serai que celui qui a précédé ta vie de femme.
Je ne te verrai jamais…je ne te verrai jamais femme, je veux dire.
Putain de porte qui m’amène à pleurer, j’aurais les yeux rougis, le nez baveux quand tu vas venir tout à l’heure. Tu vas prendre un mouchoir pour m’essuyer le visage, tu feras mine de ne pas être écœurée, mais, tu le seras pourtant. On le serait à moins, je ferais semblant d’être dégouté pour toi, une grimace sur un visage qui n’est plus que ça, pour t’obliger à rire. Enfin, à sourire.
Ce « putain » arraché à mes brumes ne suffit pas à conjurer ma haine. Il faut que j’en rajoute, même à mi-voix, les yeux fermés, pour que rien ne franchisse vraiment le barrage de mes lèvres, mais que je m’en imprègne quand même, en interne. C’est avec moi que je tape la discute, dans cette pièce, je suis le seul qui joue l’incruste.
Ma vie me tient en laisse. Parfois, elle me file une contredanse, pour excès en tous genres. Enfin, parfois seulement, quand je divague, car je suis trop las d’attendre, que rien ne vienne.
Tous les jours, à heures plus ou moins régulières, j’attends des mains, externes. Je suis leur obligé, à ces mains.
Un merci.
Toujours dire, merci, l’infirme, il n’a pas le droit de se défiler, question politesse.
Merci, même quand ce sont des mains de salope qui me tripotent, m’exécutent.
Comme celles de cette nouvelle aide-soignante, Natacha.
En guise de présentation, elle m’avait confié qu’elle venait de réussir son diplôme d’aide-soignante à « l’Ecole de la deuxième chance ». Une façon pour elle de mettre un terme à sa
vie d’avant. Elle n’avait jamais précisé ce qu’avait été sa vie, avant.
Moi, j’avais reçu l’information comme une mise en garde.
J’avais ri, cachant un premier sentiment d’angoisse.
Elle avait esquissé un sourire, ses lèvres avaient alors découvert des dents de carnassier. Je n’en avais pas été surpris. Cela allait de soi, une dentition d’ogresse.
Mon regard était descendu, plus bas, s’était paralysé à la vue des seins contrefaits comme une contrepèterie. Le chirurgien avait inversé la gravité, cherchant la courbe meurtrière. Comme de fait, sur les tétons laissés libre dans l’échancrure du haut léger, deux pointes métalliques dardaient leur offense aux bonnes mœurs.
Un long frisson m’avait parcouru.
C’était à elle, que le service d’hospitalisation à domicile m’avait confié.
Ça crève les yeux pourtant, ce qui la motive à s’occuper de types comme moi. Humilier à son tour, comme elle vient de l’être, la veille au soir, le matin, pour s’offrir trop, trop tôt, trop vite, même pas en prenant des gants, la culbute ne souffre parfois pas qu’on prenne de la hauteur, du recul, qu’on minaude.
Je pourrais m’en foutre, de ce qu’elle fait, en dehors d’ici, même si elle rentre dans la pièce en sentant l’homme. Sauf qu’elle s’acharne sur moi, de manière non conventionnelle, pas d’échange de consentement, au contrat de tripotage, et que je ne bouge plus ni mes mains, ni mes jambes. Elles pendent, à ce corps, en berne.
Je sue à grosses gouttes, je suis mal, c’est tenace la colère, quand elle ne s’exprime qu’en vain.
Penser à Amélie.
Penser à Amélie pour ne pas pleurer, ni maintenant ni plus tard, devant elle.
Ma chère et délicieuse Amélie.
Elle ne doit rien savoir, c’est là ma dernière pudeur, il ne me reste plus grand-chose, que je puisse encore cacher.
Elle, je l’ai choisie, pour les soins à l’infirme. Elle, j’ai su comprendre de son regard qu’elle ne me fera jamais de mal. Elle le pose sur moi, d’égal à égal, je l’accueille, le recueille, comme une offrande. Je lui suis reconnaissant.
Elle est de celles qui aident à vivre, et le moment venu, préparent à mourir. Le moment venu, elle me guidera, je me perdrai, m’effacerai dans la sonorité de sa voix, d’une exquise suavité. J’oublierai de respirer, confiant, les yeux tournés vers ses mains longues et fines, soucieux seulement de ne rien perdre de leur dernière caresse. Je m’oublierai dans sa façon de mouvoir son corps androgyne.
J’aime tellement me perdre dans les détails de sa nuque, des boucles blondes s’y attardent sur quelques centimètres carrés, à peine de quoi me cacher la délicatesse du grain de peau.
« Exquise esquisse, délicieuse enfant ».
Salut Gainsbourg.
Je n’ai pas mieux que vous, pour parler d’elle.
Je manque de talent.
Je ne pourrais pas expliquer, avec des mots légers, délicats, comme « cette exquise esquisse » pourquoi j’ai voulu poser mes lèvres, une fois, à la naissance de son cou.
Cette fois-là, elle s’était un peu trop penchée sur moi pour arranger les oreillers derrière ma tête. L’aide-soignante venait de me mettre au lit. Elle, elle était repassée un peu tard dans la soirée, inquiète de mon début de fièvre. Elle avait posé ses doigts sur mes lèvres, mi-fâchée, mi-amusée, me repoussant avec une adorable délicatesse. Je n’avais qu’esquissé les prémices d’un chaste baiser. Plus, je ne pouvais pas, plus rien ne bougeait, dans ce squelette d’escarres. Elle avait perçu néanmoins, du mouvement, l’intention. J’avais songé devenir rouge, mais je l’étais déjà, de fièvre.
Qu’avait-elle alors cherché à me faire comprendre ? Que je n’étais qu’un putain de tétraplégique ?
Cela, je n’arrivais pas à le croire, il y avait trop de tendresse dans ses yeux couleur d’émeraude.
Alors quoi ?
Peut-être rien, je me faisais des idées, le geste ne se faisait pas, simplement.
Ou peut-être n’osait – elle pas me dire que j’étais trop vieux.
« LemonIncest »,même si elle n’était pas ma fille.
La parenthèse s’est close, seule, j’y repense souvent, j’en frémis encore, empli d’une légère honte.
Je me suis résigné, je crois.
Je me contente de la laisser me troubler, m’obliger à admirer combien elle est frêle, menue, fragile comme un coquelicot.
Assurément, elle ne peut se faire cueillir sans risquer de perdre ses pétales. Elle n’a jamais été déflorée. Quelques allusions faites sur l’importance de la virginité avant le mariage me l’a donné à penser. Au demeurant, l’idée que mon Amélie soit encore vierge me séduit. Mon Amélie est un ange d’un autre temps.
Je n’aurais probablement pas eu envie de le faire, même quand j’étais grand, athlétique. Lui faire l’amour et l’épouser, je veux dire.
Il y a trois ans, j’étais grand et pas mal athlétique, mais déjà vieux, pour elle.
Tous deux nous ne nous conjuguons pas au même temps, c’est cela l’explication à retenir, de cette absence entre nous. Je l’appelle Amélie elle m’appelle Monsieur Damien.
Si seulement je pouvais être encore « Monsieur » Damien, pour les autres. Mais je vois bien que je ne suis plus qu’une chose, une pompe à fric. « L’entité » qui m’envoie Natacha reçoit des subventions pour ses méthodes expérimentales de soins à la personne.
Je fais avancer la recherche scientifique, à ce qu’il paraît.
Dans mon état, on n’est plus à une connerie près.
Tout se subventionne. Même les histoires de bite.
Sauf que je croyais que le don d’organe, cela en est un, puisque mon corps est mort, ne pouvait se faire qu’à titre gratuit.
Sauf, surtout, que je ne veux pas qu’on me laisse avec l’allumeuse. Ça y est, elle a gagné, j’en pleure, comme un bébé, de toute façon je suis comme lui en couche, en mal de continence, je ne me l’approprie plus.
Il n’y a personne qui nous accompagne, ma fille et moi, dans ma vie, pour savoir ce que j’endure.
Le matin, le matin est une chose, qui n’est rien, à côté du soir. Le matin, elle se cache
comme une enfant sage derrière sa blouse blanche, les yeux bouffis de sa veille, la bouche presque tuméfiée de ses frasques. Elle lave, décalotte, joue un peu, histoire de.
Le soir…
Le soir, c’est cette deuxième partie de spectacle, bien plus terrible encore.
Quand elle revient, en début de soirée, pour sa dernière virée, elle agite sa petite jupe courte, évasée, sur ses jambes chasseresses, me jette des petits coups d’œil furtifs, s’attarde une fois encore, d’une main, sur mon anatomie qu’elle a pourtant manipulée tôt le matin. Attrapée en plein vol, secouée, et cette fois-ci, ce n’est plus histoire de. Le jeu devient la prise d’un selfi, se fait viol, ma pudeur, cette douleur, elle me blesse, avec ses griffes, ses dents, son piercing, du bout de langue. Et le portable, qui filme. Mais il n’y a rien. De tous mes muscles, celui-ci fut le premier à jeter l’éponge, cesser le combat. Je ne cherche plus le corps à corps depuis trois ans. Peut-être au début ai-je tenté de m’accrocher à un semblant d’érection, au matin, histoire de.
L’histoire cessa très vite d’être convaincante, mais n’étais-je déjà pas las moi-même de toutes ces simagrées…S’accrocher à la proéminence d’un sexe d’avance dépité de l’inutilité de sa démarche me parut pitoyable, au regard de ce que je vivais, autour.
Autour des testicules, la révolte gronde, l’influx s’affole, irrigue à outrance, narguant ce dont je tirais vanité quand je fus un homme.
La dernière cigarette, quand déjà le peloton d’exécution face à soi s’agite, s’apprête à tenir en joue, est l’ultime jouissance du condamné. L’a-t-il jamais savourée autant, seulement ?
Amélie m’est cette dernière cigarette, je ne la consomme pas, le plaisir en est infiniment plus suave. C’est moi qui m’éteindrais, sans connaître l’effroi de voir déjà la dernière lueur d’incandescence.
Mes songes sont sublimes, ils portent aux nues la bouche câline de la jeune femme. Je sens sa douceur sur ma joue, sur mes lèvres, comme si j’étais son Prince.
Je joue à « il était une fois ».
Il était une fois une bouche.
Je me perds dans son dessin, ses lèvres charnues sont ourlées dans une absence totale de pudeur, j’aurais presque qualifié cette ravissante proéminence de simiesque si les proportions n’avaient relevé de l’excellence, comme si un alchimiste de génie avait aidé la nature de quelques-unes de ses formules occultes. Cette explication me convient parfaitement : j’éprouve pour cette bouche un attrait qui frise l’obsession.
Quand elle est face à moi, la beauté de l’instant s’enrichit de la timide hardiesse de mes songes solitaires. Honteux, je suis contraint à baisser les yeux, à ne pas soutenir son regard, de peur qu’elle n’y lise le désir salace, c’en est un, dans mon état, la douceur de sa bouche, sur mes lèvres. Je suis laid, répugnant.
Immondes immondices, moi, dans ce fauteuil.
Mais je suis le condamné.
Il a droit à ses derniers instants d’immoralité.
Je ne suis plus à ça près, dans mon contradictoire.
Mon corps est déjà le plus grand organisateur d’orgie que la terre ait jamais porté. Je bas Caligula et Néron, je ne suis que frissons orgasmiques. Mes muscles, tendus à l’extrême, vivent une immense branlette. Je dois cet état de priapisme à un dérèglement de mon système neurologique. Et je songe pauvre fou à la douceur des lèvres d’Amélie sur ma bouche comme à un droit.
Mon Amélie, j’aime à me l’approprier, je me berce de la délicieuse illusion qu’elle n’est là que pour moi. Au demeurant, dans cette pièce, il n’y a généralement que nous et je me refuse à croire à l’existence d’autres patients, d’autres malades, qu’elle côtoierait, ailleurs. Mon Amélie, donc, s’étonne de l’exquise impertinence de ses vingt-cinq ans. Ils se posent là, en vainqueur, ils conquièrent, elle doute pourtant de leurs pouvoirs. En témoigne l’éclat sans cesse interrogatif de ses yeux d’amande. Toutes voiles dehors, ils émergent de son enfance, tandis que je me noie dans mes trente-huit balais.
Dans leur maturité. L’allégorie est belle, elle m’absout, je ne suis pas si tant, si rien, infirme jusqu’au bout de la queue.
Laisse-moi m’en convaincre, allégorie, de cette odeur de sainteté, autour de moi.
Cette dernière douceur, de fin de vie, Amélie… Ce n’est rien que de songer à la grâce du contact de ses lèvres.
L’image, l’image du condamné quand je doute. Immonde, je suis pur.
Mes pensées ne sont plus que jeu de mémoire, du temps où j’ai caressé les femmes, du temps où je les ai fait jouir. Et jamais ma mémoire ne joue avec le corps d’Amélie.
Elle joue, pour que mon temps se passe, avec d’autres femmes que j’ai connues, avant mon grand amour, mon épouse, ma Lise, rarement après qu’elle nous ait quittés.
Je suis mon seul compagnon de jeu. Je ne tends pas les bras, mes doigts ne bougent qu’à peine, je suis immuno-dépendant, l’infirmière est mon insuline. Et la porte fermée qui se dresse devant moi une parodie du dernier jour d’un condamné de Victor Hugo. Je vais le vivre à ma manière, en présente mes plus plates excuses à l’auteur.
Metteur en scène, comédien, allez, Monsieur Damien faites-moi la grâce d’une dernière tirade, avant que de devenir fou. Parcourez donc votre estrade, elle roule, votre bosse, vos mains sont à plats, mais pas votre esprit, tirez le moi donc, votre trait.
Oui, ducon, qu’est-ce que tu attends, vis là, ta grande scène.
Mes pieds me démangent. La turgescence est poussée à son extrême. Ils s’animent, d’une envie presque meurtrière, que je m’efforce de calmer pour n’en retenir que cette délicieuse pensée, je me lâche, sous les invectives de mon public, moi. Mes pieds à présent bote un cul prisonnier de la culotte de grand-mère dont j’affuble la salope. Les dessous sexy sont une noble cause, prémices d’une rêverie. La culotte de grand-mère est une invite, elle pendouille, lamentablement, elle me vengerait déjà, si l’affront n’était pas trop grand, si mon corps ne se liquéfiait pas, de mes larmes, et du reste. Je sens presque mes ongles, dans mes paumes.
Crie salope. Crie nom de Dieu, Natacha.
Je parviens à me convaincre de la réalité de chacun de mes coups, je n’effleure pas le rebondi de chair, j’y enfonce avec joie le bout de mes pantoufles, mes charentaises de malade. Celles dont Homer squatte le dessus, me menace d’un doigt, je lui réponds que je l’emmerde en soulevant un chapeau imaginaire. J’éprouve un léger pincement de cœur, cependant. Même dans mon délire, je n’ose pas enfiler une véritable paire de chaussures. Je ne suis pas bien sûr de parvenir à nouer mes lacets, mes doigts sont devenus si gourds, si difficiles à remuer. De tout ce qui me manque, je crois que c’est cette absence-là de mouvement qui m’effraie le plus.
Je n’ai jamais été particulièrement grossier. Mais maintenant, l’envie me taraude de lever haut, unique, isolé dans son état d’âme, le majeur de ma main droite. Allez tous vous faire mettre.
Mais toi, Natacha, c’est moi qui vais te la mettre, quoi que le « la » puisse être.
Elle a niqué le bon Dieu, ou quoi, ta mère, pour qu’il autorise un tel marché de dupes?
Tes seins, ta bouche, tes fesses, sont du vol à l’étalage.
Que Dieu me pardonne de parler ainsi. J’ai trop de colère, elle m’étouffe. Il faut être prisonnier d’un corps pour comprendre la désespérance qu’engendre l’impuissance. Enterré dans un corps qui se bouge, se malmène, selon l’humeur, les mains s’amusent, elles peuvent tout, me terroriser, m’emmurer davantage encore. En fermant une porte. Simplement en fermant une porte.
Je suis là, comme un con, planté devant cette porte, crevant de ne pouvoir entrapercevoir la silhouette de ma fille quand elle passe dans le couloir. J’entends ses petits pas furtifs. Elle n’a pu que se rendre compte que la porte était close. Elle se dispense avec l’insouciance des enfants, je ne lui en veux pas, ce sont les mains de pute, les fautives, d’un léger signe, un baiser de la main…Cela fait plusieurs fois qu’elle repasse depuis qu’elle a déjeuné.
Je suis trop tourmenté pour somnoler.
Je darde à présent depuis des heures un regard sans espoir sur un bloc de bois peint à l’arrache, sans charme. Qui résisterait à un tel tableau ? Je vagabonde comme je peux. Ecoute, en moi, quelque part, cette petite voix, elle me pousse à l’insurrection, me supplie de ne pas museler mon esprit de bourgeois bien éduqué. Je suis déjà vieux à trente-huit ans, demain, ou après-demain je serais mort.Débride –toi Damien, explose, t’as le tréfonds qui bout Damien, ta couple est pleine, déborde Damien, nom de Dieu, déborde. Avant qu’il ne soit trop tard.
Difficile. Je suis un reste, de gamin bien élevé comme d’un homme courtois. Elle a raison, pourtant, la voix. Mes pensées, ma colère, inexorablement reviennent à Natacha. Il faut que ça pétarade. Règlement de compte à « Ok chorale ». Je ferais tous les cœurs, dans un seul unisson, pas d’autre choix que de me démerder moi. Dans ma tête. J’éprouve trop de honte pour informer par téléphone sa hiérarchie de ce que j’endure. Et puis, j’ai peur d’un rire ironique :
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