Les yeux blancs

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Je ne sais pas toujours très bien pourquoi je fais les choses, mais qui le sait vraiment ? Je me promène sur un chant de ruines, et en sifflotant, je tape dans des restes. Je n'aime ni le jour, ni la nuit, je ne suis nulle part chez moi. J'en entends rire, je ne récolte que ce que j'ai semé. J'en ai autant à leur service, et ce n'est pas fini. Je ne suis pas un animal, il n'y a pas plus humain que moi. Un animal est en accord avec son milieu, il a une place, et il la tient, sans se poser de questions. Moi, je n'ai rien, je ne suis rien, et les questions m'assaillent. Les souvenirs aussi, et c'est le plus difficile. Alors, parfois, quelqu'un paye. Je ne suis responsable de rien, je ne fais que me défendre, croyez-moi.
Publié le : mercredi 11 juin 2008
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EAN13 : 9782304009545
Nombre de pages : 315
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Titre
Les yeux blancs
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Titre Alain Laporte
Les yeux blancs
Roman noir
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2008 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00954-5 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304009545 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00955-2 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304009552 (livre numérique)
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. Pour Isabelle, Sarah, Elsa…
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Les gens se pressaient, les cols étaient relevés, les démarches rapides. Tout cela sentait terriblement l’employé de bureau studieux, pressé d’aller gagner sa croûte. L’after-shave et la chemise fraîchement repassée. J’étais de bonne humeur. Il faut dire que j’avais plutôt bien dormi. C’est tellement rare que ça me met à chaque fois dans un état bizarre. Quand je me réveille après une nuit de sommeil, je me sens toujours un peu euphorique, tout content, tout étonné. Après, ça s’estompe, mais c’est toujours assez agréable d’en profiter un peu. Je dégustais mon premier café de la journée, chez Fred, en regardant passer les gens. En regardant passer les femmes. Le café de Fred est toujours un peu trop amer, et c’est pour cela que je l’aime bien. J’étais là depuis une vingtaine de minutes, et pour l’instant, je n’avais pas eu grand chose à me mettre sous la dent. Une petite jeune, les cheveux châtains, avec sa jupe un peu froissée. Le genre qui se lève toujours un peu trop tard pour avoir le temps de fignoler. Trop maquillée,
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juste comme il fallait. Des chaussures à talons. Pas très bien habillée, pas très jolie, pas très bien coiffée. Dans un autre contexte, elle aurait mérité mieux. Les cheveux coupés au carré, elle avait quelque chose, une sorte de laisser-aller. Depuis, rien. Rien de vraiment intéressant, j’entends. Une ou deux filles aux airs de putes, heureusement, et le défilé habituel des mochetés. Rien que du très sage, du normal. Du classiquement moche à pleurer. Pantalons, corsages. Mocassins, même parfois. Le pire de tout, les mocassins. Je préfère encore les baskets. Au moins, c’est clair, on sait où l’on va. Les mocassins, c’est le mauvais goût même. C’est ringard, moche, faussement soigné. C’est très laid, mais c’est fait pour être joli. Ce n’est jamais pire qu’accompagné d’un serre-tête. Je ne sais pas ce qui peut pousser une fille à s’habiller comme ça, et à se dire en se regardant dans la glace avant de sortir « pas mal, je peux y aller ». Des femmes doivent aller à un premier rendez-vous avec un homme chaussées de mocassins, un serre-tête sur le crâne. Plus bizarre encore, des hommes doivent trouver ça mignon. Fred, le matin, ne met pas de musique. Pour ne pas réveiller trop brutalement les clients qui viennent boire leur « petit café avant de commencer ». Tous ces gens normaux qui viennent boire leur boisson normale du matin. Le café, la boisson obligatoire. Personne n’est
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